GUSTAVE GAUDET

LA VALLÉE DE MEMRAMCOOK : HIER - AUJOURD'HUI

1984

 

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L'éditeur tient a remercier les gouvernements du Nouveau-Brunswick et du Canada pour leur contribution au financement de cette publication par l'intermédiaire de la Commission du bicentenaire du Nouveau-Brunswick.

 

Imprimé par l'Imprimerie Chedik Ltée 

Chapman's Corner, Shédiac, N.-B.

 

ISBN 0-9691941-0-2

 

A: Clemence, Rachel et Denise.

 

Un merci spécial à la Caisse Populaire de Memramcook Ltée pour son aide financier. Je suis fier d'être un de ses membres depuis plus de 30 ans.

 

PRÉSENTATION

 

Plutôt que d'écrire ses mémoires personnelles, Gustave Gaudet a voulu nous laisser des souvenirs de la vallée de Memramcook, son lieu natal.

 

II passe ainsi tous les aspects de la vie autour de lui pour nous laisser des bribes historiques, des données sur la culture matérielle, un aperçu des coutumes et des croyances de l'époque, un tableau des activités qui se sont déroulées autrefois et finalement des éléments biographiques sur les personnalités de son entourage.

 

Tout ceci quoique teinté d'un sentiment nostalgique de l'empremier, nous laisse entrevoir la vie à Memramcook à la fin du 19e et au 20e siècle. Ce genre de monographie paroissiale, nous vient d'un homme qui regarde Memramcook avec les souvenirs de son coeur.

 

II est surtout approprié de publier ce livre à l'occasion du bicentenaire de la fondation de cette première paroisse acadienne d'après la déportation.

 

Memramcook va être le lieu d'interprétation de la survivance acadienne. Le livre de Gustave Gaudet nous donne des éléments de cette renaissance.

 

Maurice A. Léger, président,

La Société Historique Acadienne

 

DEDICACE

 

Je veux dédier ce livre à la mémoire de mon père, Henri J. Gaudet et de ma mère, Vitaline Bourque, qui pendant leur 65 ans de vie de mariage ont été des époux fidèles, de bons chrétiens ainsi que des amants de la petite histoire. Doués tous les deux d'une excellente mémoire, ils se plaisaient à analyser les événements de la vie quotidienne de la paroisse, de la localité, de la parenté, du voisinage et à parler de généalogie. A leur manière, ils ont fait de la petite histoire, de l'histoire locale et paroissiale, l'histoire d'un petit coin de l'Acadie, l'histoire de "chez-nous", la vallée de Memramcook.

 

En présentant ce livre, il m'incombe de remercier tous ceux et celles qui m'ont fourni des renseignements, des photos et détails sur certains événements qui sont racontés dans les pages suivantes.

 

Un merci tout spécial au Père Maurice Léger, président de la Société Historique Acadienne qui m'a aidé tout au long de ce travail en plus d'avoir eu l'amabilité d'en faire la présentation. Je veux lui exprimer toute ma gratitude.

 

Gustave Gaudet.

 

PREFACE

 

Un auteur français, Aldéric Cahuet, écrivait dans la préface de son livre:

 

"Dans la petite histoire d'une vallée, on peut retrouver la grande histoire tourmentée d'un pays, comme l'on voit une goutte d'eau refléter un monde. Un siècle d'événements et de visages s'est projeté sous mon regard, tandis que je rêvais d'écrire ce livre et lorsque je l'eus fini."

 

Dans les pages suivantes, le lecteur trouvera un siècle d'histoire de la vallée de Memramcook. Comme cet auteur français, j'ai essayé moi aussi d'écrire un siècle d'histoire d'une vallée, une vallée d'Acadie, la belle et grande vallée de Memramcook, la vallée de mes ancêtres, de mes parents, de ma famille, en un mot, ma vallée à moi aussi.

 

Memramcook a quand même plus d'un siècle d'histoire. Je veux raconter dans ce livre surtout l'histoire des cents quelques dernières années, c'est-à-dire, depuis les années 1854-1864 jusqu'à nos jours. Ce faisant, il faudra parler du bon vieux temps et regarder en arrière. On peut se poser la question: Pourquoi regardons-nous en arrière? Pourquoi trouvons-nous tant de joie et de consolation dans le passé? C'est probablement parce que le temps et la distance nous enchantent. Si on se rappelle le bon vieux temps, c'est qu'on le voit à travers les lunettes roses de la nostalgie. Le "bon" dans le bon vieux temps, semble nous rappeler qu'il y avait plus d'amour que de haine, plus de bonté que de cruauté, plus de décence que de saleté, plus de paix que de violence. II semble y avoir eu moins de scandales. Ce livre se voudrait donc d'être les souvenirs de ce temps-là comparé à nos jours. Ces rappels du passé, à la fois une bénédiction et une malédiction, sont rarement douloureux, parce que nous gardons seulement en mémoire ce qui était bon. L'homme a quand même besoin de ces souvenirs, car ils lui permettent de survivre et de progresser. L'homme est la seule créature dont les sentiments sont entremêlés avec sa mémoire; même les angoisses de sa mémoire sont le prix qu'il doit payer pour les quelques progrès qu'il peut en retirer. Nous ne voulons pas qu'aucune partie de notre vie ne soit vraiment passée. Nous voulons rendre ces souvenirs disponibles aux personnes avec qui nous les avons partagés. Lorsque celles-ci disparaissent, elles finissent par emporter une partie de nous-mêmes. II en est de même pour les objets que nous avons connus et qui ont fait partie de notre histoire et de notre vie, "même la vieille grange".

 

INTRODUCTION

 

Faire revivre le passé c'est préparer l'avenir.

 

Nos ancêtres venaient de l'Europe, plus précisément de la France. Ils sont arrivés dans le Nouveau-Monde avec un riche héritage de traditions religieuses, sociales, économiques et avec leur façon de vivre, de penser, de travailler, de se divertir. Afin de se reconnaître soi-même et bien connaître nos concitoyens, il est nécessaire d'être pleinement sensibilisé à cet héritage transmis par nos ancêtres. La vie et les progrès de l'homme d'aujourd'hui sont révélés par les souvenirs du passé. On peut faire des recherches, on peut fouiller les greniers, on peut explorer le fond des mers, on peut avoir recours aux archives avec ses documents et ses chronologies, mais lorsqu'une vieille personne évoque ses souvenirs d'enfance, c'est elle qui raconte vraiment la vie. Lorsqu'un historien utilise ce qu'il a retrouvé du passé pour retracer la vie des peuples, il écrit ou raconte l'histoire de l'humanité. Le récit des faits est comme un tableau du passé qui doit être colorié par les coutumes et les réalisations, les événements et les habitudes, les façons d'agir et de penser de nos ancêtres.

 

Roger Duhamel alors qu'il était éditeur du journal La Patrie de Montréal, écrivait vers 1955: "Ce n'est pas mépriser l'histoire que de voir en elle la science de ce qui n'est plus. Elle fournit des indications utiles à qui sait ne pas s'y soumettre servilement et aveuglément. Il est présomptueux d'y découvrir des lois d'une rigueur scientifique, comme en biologie. Elle joue sur trop d'impondérables et c'est pourquoi elle est moins un art qu'une science. L'histoire est utile aux hommes politiques ou publics en ce qu'elle affirme en eux la sensibilité politique; elle constitue aussi un merveilleux laboratoire psychologique. Et pour les personnes comme nous, elle demeure le roman le plus prestigieux de l'humanité."

 

J'aimerais aussi appliquer les paroles de l'éminent généalogiste, Mgr. C. Tanguay qui disait:

 

"Entreprenez de raconter l'histoire. Après des années de recherches, vous croyez avoir mis chaque chose à sa place, tirez les conséquences les plus naturelles, les plus légitimes connaissances acquises par vos études, mais vous ne pouvez être en sûreté tant que vous n'aurez pas sondé pouce par pouce le terrain sur lequel vous marchez. Autrement une mine éclatera au moment où vous y pensez le moins, détruisant l'édifice élevé à grands frais. Le personnage que vous faisiez agir à telle époque n'était pas encore né ou se trouvait mort depuis longtemps. Celui que vous faites mourir se trouve encore témoin à une foule d'actes. Vous rapportez à une seule administration ce qui a eu lieu à deux administrations différentes. Quel est l'historien qui peut dire au frontispice de son ouvrage: "Je suis sûr de ne m'être pas trompé?" La seule chose que nous demandons en retour de ce travail, c'est de vouloir bien user envers nous de la plus [7] grande indulgence. Et si d'aucuns s'offusquaient, qu'ils se rappellent cette consigne de Léon XIII: La première loi de l'histoire est de ne pas mentir; la seconde, de ne pas craindre d'exprimer toute la vérité."

 

"Le propre de l'histoire est de préparer l'avenir, l'histoire est une science qui s'inscrit dans la réalité humaine, c'est l'histoire qui donne une cohérence au présent, à la réalité tout en préparant les bases de l'avenir.

 

Un sens inné de l'histoire. II en est étrangement de même pour les peuples ... Le culte des traditions, un passé de grandeur ou plus simplement encore un solide fond moral, l'honnêteté, le respect de soi-même valent pour un grand pays ou pour l'individu, ce que valent les racines de l'arbre. Vienne l'heure de la tempête, si les racines sont solides, l'arbre tient bon. La tempête ne nous a pas abattus et voilà pourquoi, demain, le soleil luira de nouveau pour vous."

 

En effet, c'est toute l'histoire des Acadiens que ces vestiges du passé; c'est la robe du baptême, en passant par toutes les étapes de la vie, jusqu'à la dernière aspersion d'eau bénite avec le goupillon fait de crin, qui se présentent à nos yeux. Ce sont des récits dont la jeune intelligence et la curiosité naturelle de l'enfant sont si friands. Que naît à son insu, le culte si noble et si légitime des aïeux, du passé, de l'histoire et du pays. Plus tard, après avoir grandi dans ce milieu de souvenirs toujours vivaces de patriotisme éclairé, exempt de préjugés et de fanatisme, plus tard, dirons-nous, le jeune homme au coeur bien né et à l'intelligence bien dirigée se prend à redire ces paroles du Lauréat:

 

"O notre histoire, écrin de perles ignorées"

"Je baisse avec amour tes pages vénérées." [8]

 

LA VALLÉE DE MEMRAMCOOK

 

Tout le monde a son histoire; mais comme Médard Léger l'écrivait; "Lorsqu'on parle d'histoire d'une paroisse, ça ne doit pas être seulement un petite tournée parmi les pierres tombales de son cimetière, même s'il est bien rempli. C'est surtout nous amener à réfléchir à ce qu'il y a d'important dans la vie de cette paroisse et de là, du pays." L'histoire du passé de la paroisse de Memramcook est loin d'être terne. Si de nos jours, la vallée est belle et prospère, avec ses belles propriétés, ses maisons pourvues de tout le confort moderne, il ne faut quand même pas oublier que tout a débuté avec les anciennes maisons de "pièces sur pièces" en bois rond, dans lesquelles nos aïeux ont commencé à bâtir la société, la civilisation et l'économie d'aujourd'hui. L'écrivain révolutionnaire Edmund Burke a dit que "ceux qui ne se rapportent jamais au temps de leurs ancêtres, ne pensent guère à la postérité ou à l'avenir."

 

Qui furent nos ancêtres? Ce ne sont pas seulement nos pères ou nos mères de sang, mais tous ceux qui ont travaillé à l'édification de la paroisse. C'était des petits fermiers, des pêcheurs, des artisans, tous ceux qui abattirent des arbres dans la forêt vierge, pour en faire des cabanes, des chaises, des lits, des traîneaux et des charrettes, des moulins à vent ou à eau, des chaires et des clochers d'église. Nos ancêtres, ce sont tous ces gens dont nous voulons rappeler la mémoire dans ce livre. Tous ceux qui ont vécu alors que les mains Galeuses étaient à l'honneur et que l'on n'avait pas honte de dormir sur un lit de paille et de se mettre sous la tête une oreiller bourrée avec du foin de pré. Les hommes et les femmes dont nous évoquons la mémoire, ont payé cher de leur personne et de leurs peines pour faire de Memramcook ce qu'elle est aujourd'hui.

 

Le Père Anselme Chiasson écrivait: "L'histoire surtout pour nous Acadiens, est un facteur d'éducation nationale." C'est évident. Je ne veux pas insister là-dessus. L'Acadien qui connaît l'histoire de ses ancêtres ne peut pas ne pas être fier d'être acadien et résolu de prendre les moyens de rester fidèle à sa race, i.e., catholique et français. Tandis que le pauvre Acadien qui ignore tout de son histoire, n'a aucune fierté de lui-même et des siens. Un complexe d'infériorité le domine et finit par en faire un lâcheur. Avec quel propos s'applique à nous ce qu'écrivait un jour Mgr. Paquet dans ses "mélanges Canadiens". "La sève du présent s'élabore dans les racines profondes du passé." Du passé, fécondé par la sueur et le sang, monte une génération vigoureuse, du passé, surgissent des leçons et des exemples, des expériences et des lumières. Le passé est l'école de respect, de fierté, de constance, de magnanimité et de courage. Au souvenir de ceux qui nous ont façonné en ce que nous sommes, au spectacle du travail qui a marqué leur vie et à la pensée des vertus qui les ont portés jusqu'à l'héroïsme. C'est sur cela qu'a été édifié la patrie, c'est pourquoi nous aimons ce sol que nous foulons parce qu'il a été le théâtre, à la fois obscur et glorieux de tant de luttes, de tant de labeurs et de tant de souffrances.

 

En présentant son livre "Le Grand Chipagan", Mgr Donat [9] Robichaud, nous dit que la motivation principale de cette publication était de dire aux gens de chez nous qui ils sont et d'où ils viennent. II a voulu illustrer comment il arrive qu'un peuple perde son âme en oubliant ses origines, ses coutumes, sa langue jusqu'au vrai nom de sa famille. II veut aussi témoigner d'un mode de vie en voie de disparition. II souligne à ce propos "que les enfants n'ont plus le temps d'écouter ce que disent les vieux". Pour cette raison, il est important de recueillir maintenant tous les éléments possibles de notre petite histoire. En ce sens, dit-il, il serait a souhaiter que les cours d'histoires acadienne, maintenant enseignés dans les écoles suscitent chez les jeunes ce goût de découvrir leurs racines profondes.

 

Dans le dernier chapitre intitulé "Peuple sans histoire", du livre du Frère Marie Victorin, "récits Laurentiens", l'auteur raconte qu'un soir, Lori Durham, haut commissaire impérial et Gouverneur général de l'Amérique Britannique du Nord, dans un rapport qu'il faisait au Gouvernement de sa Majesté à Londres avait écrit en parlant des colons français "Ils sont un peuple sans histoire." Sur cette dernière phrase de son rapport, Lord Durham s'endormit à sa table. Quelques instants plus tard, une jeune fille de service, dans le château Haldimand, qui apportait sur un plateau le thé et les pâtisseries légères que tous les soirs, son labeur achevé, le gouverneur prenait avant de se retirer, avait par curiosité, jeté un coup d'Sil sur cette feuille. Soudain son fin visage se contracte et elle pâlit. Elle vient d'arriver aux lignes sur lesquelles le gouverneur a laissé tomber sa plume. Là, presqu'en haut d'une page, elle lit et relit ces mots tracés d'une écriture anguleuse et hautaine qui sue l'orgueil et le mépris: "Ils sont un peuple sans histoire." Tremblante de colère, Thérèse Bédard, c'était son nom, fille de patriote, saisit la plume qui a roulé là sur le papier; elle la plonge, fébrile, jusqu'au fond du grand encrier d'argent; et d'une main assurée, celle même dont les ancêtres savaient conduire la charrue et tenir l'épée, elle écrit sur la page inachevée ces mots "Thou liest, Durham" - "Madeleine de Verchères." Puis emportant le plateau, elle sort sans bruit.

 

Si Lord Durham ou autres représentants de Sa Majesté Impériaie en faisant rapport à Londres, osaient écrire de nos jours, en parlant de la paroisse de Memramcook, "C'est une paroisse sans histoire", les premiers colons, les pionniers, ces centaines d'habitants qui l'ont fondée, défrichée, cultivée, bâtie dès 1700, les milliers qui l'habitent aujourd'hui et les 42 prêtres et religieux, les quelques 165 soeurs et religieuses, les 21 médecins, 6 dentistes, 7 avocats, 4 agronomes, les ministres du cabinet provincial et fédéral, 2 sénateurs, 12 députés, 3 ingénieurs, les quelques 200 institutrices et instituteurs et des centaines d'hommes et de femme qui se sont signalés dans le commerce et l'industrie, dans les organisations locales ou nationales, tous et chacun auraient pu et pourraient écrire comme jadis Thérèse Bédard, "Thou liest Durham et compagnie."

 

La paroisse de Memramcook a une histoire bien à elle. Un politicien, en parlant de la Province de Québec a dit un jour "La province de Québec n'est pas une province comme les autres." On pourrait [10] appliquer cette citation à la paroisse de Memramcook et dire qu'elle n'est pas une paroisse comme les autres parce qu'elle a son histoire qui est différente des autres â plusieurs points de vue. Elle a des titres et des loires qui lui sont propres. Elle est l'aîeule des paroisses de cette partie du pays et elle conserve toujours sa vigueur et sa vitalité. C'est elle, qui a envoyé de ses fils et filles fonder les paroisses de Barachois, Aboujagane, Cap-Pelé, Shemogue, Cocagne, Bouctouche, Sainte-Marie, Saint-Paul et combien d'autres encore. Elle a été érigée en 1781, avant Caraquet en 1784 et Saint-Basile 1792. Elle a donné à l'Eglise, deux congrégations : Les Soeurs de Sainte-Famille fondées en 1874 par la Révérende Soeur Marie Léonie, congrégation transférée à Sherbrooke en 1895 et la Congrégation des Religieuses Notre-Dame du Sacré-Coeur en 1924.

 

Antonine Maillet dans son livre "L'Acadie pour quasiment rien" en parlant de Memramcook écrit:

 

"La vallée de Memramcook, de toutes les vallées du pays, ce sera sinon la plus belle, au moins la plus acadienne. On l'appelle le berceau de la nouvelle Acadie. Un peu parce qu'une vallée est toujours le berceau de quelque chose. Témoins la Vallée du Nil, la Vallée du Tigre et de l'Euphrate. De même celle de Memramcook. C'est là, qu'en rentrant de Virginie, de Louisiane et de la Nouvelle-Angleterre, les Acadiens ont fait souche à la fin du XVIII siècle. L'arbre a grossi et les graines ont volé partout en Acadie. C'est qu'il vous fait de ces vents dans la vallée. Memramcook trouve même exagéré les vents qui ont déraciné ses collèges et institutions pour les transplanter à Moncton. Pour une mère-patrie, elle n'a pas gardé grand chose, à son avis. L'Acadie est, au contraire, toute rouge de bons sentiments envers sa mère, Memramcook. II n'y a pas une famille du pays qui ne se glorifie d'au moins quatre quartiers d'une origine memramcookoise. Je défie tout autre village, le mien compris, de prétendre à une telle progéniture."

 

Pascal Poirier, lui, dans son livre "Le Père Lefebvre et l'Acadie" décrit la rivière de Memramcook comme suit:

 

"Au milieu de la prairie serpente, semblable à un ruban mille fois replié sur lui-même, la rivière, cours d'eau à fleur de marais, qui se vide tout à fait et s'emplit jusqu'à ses bords, deux fois toutes les vingt-quatre heures. Elle n'est pas précisément belle la rivière de Memramcook, empêtrée qu'elle est dans sa vase à marée basse et toute gonflée avec le flux de la Baie de Fundy, d'une eau plus jaune que celle du Missisippi ou du Tigre, le fluvieux Tibius des Romains."

 

La rivière de Memramcook, la rivière chocolat, n'a pas la majesté de la rivière Saint-Jean, ni les eaux claires et salées de la Baie-des Chaleurs, ni la limpidité des eaux de la baie de Caraquet ou le bleu azur du détroit de Northumberland, mais en serpentant la riante vallée de Memramcook, elle donne à la paroisse au attrait spécial que l'on ne rencontre en aucun autre endroit au Nouveau-Brunswick. En effet, pour le [11] touriste ou pour l'habitué aux beautés de la vallée, il n'y a pas de plus beau spectacle que d'arriver au haut de la Hêtrière à la sortie du portage de Moncton sur la route 6, par une fin d'après-midi chaude du mois de juillet de contempler le panorama qui s'étale à nos yeux. Aussi loin que s'étend la vue, une vaste étendue de verdure. Du côté est, sur une élévation, on y voit la petite église blanche de Lourdes (village de bois), plus à l'est au loin, les bâtiments gris du pénitencier à Dorchester. En deçà, dans la même direction, le clocher de l'église Saint-Thomas de Memramcook, à côté les bâtisses de l'Université Saint-Joseph, aujourd'hui l'Institut de Memramcook, plus à droite vers l'ouest, le coquet petit village de la Montagne.

 

LE SITE DE MEMRAMCOOK

 

Memramcook est situé dans le comté de Westmorland, à l'ouest de la paroisse religieuse de Saint-Anselme et de la rivière Petitcodiac, avec la paroisse religieuse de Scoudouc et la paroisse religieuse de l'Aboujagane à l'est, et au sud le village et la paroisse de Dorchester.

 

Le nom "Memramcook" est tiré de la langue Micmacs et signifie "rivière croche" *. [12]

*[Si l'on considère qu'à peu près toutes les rivières du monde sont "croches", il faut se demander si ceci est exact. Nous savons par contre, d'après une ancienne carte contenant les noms de localités Mi'kmaq, que la rivière se nommait Amalamkuk et qu'il existait une localité du nom de Amlamkuk sur la même rivière. La Pointe de terre, sise entre les deux rivières, se nommait Amlamkuk Kwesawek, qui se traduit à peu près comme "le delta où les eaux multicolores se rencontrent"]

 

LA TOPOGRAPHIE

 

Sans aucun doute, la paroisse de Memramcook est une des belles paroisses du Nouveau-Brunswick. C'est aussi l'avis de tous les voyageurs et les connaisseurs. Cette vallée a un cachet qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans la province pittoresque du Nouveau-Brunswick.

 

Cette étendue de terrain bordée par la rivière Petitcodiac comprend les villages suivants: Le village des Taylors, l'anse des Cormier (Cormier's Cove ou Cul de Sac), le village Saint-Joseph (village des Piaux), village des Pierre à Charlitte, village des Pierre à Michel (Belliveau Village), Le Cap, les Beaumont, village de la Pré-d'En-Haut, le village des Gautreau, le village de la "Montain", le village de Dover, la Hêtrière, le chemin de Shédiac, le village de McGinley's Corner, le village de College Bridge, du Ruisseau, le Lac, Memramcook, le village des "Saguenays" (Gayton's), le village du bois (Notre-Dame-de-Lourdes). Ces villages ne formaient qu'une seule paroisse jusqu'à séparation de ceux-ci par la création de la paroisse de Pré-d'En-Haut fondée en 1940 et de celle de Lourdes en 1960.

 

LE CLIMAT

 

On a dit que le climat du Nouveau-Brunswick est le plus salubre au Canada. La température y est comparativement moins rigoureuse; les froids de l'hiver et les chaleurs d'été bien plus tolérables. En été, les vents sont très fréquents et les nuits généralement très fraîches. A Memramcook, entre autre, les soirées, nuits et matinées froides sont communément dûes à une brume épaisse, salubre du reste, que la baie de Fundy projète devant elle jusqu'à 20 et 30 milles. Cette brume qui se termine par une rosée qui dure tard dans la matinée, jusqu'à ce que les rayons du soleil la sèche, cause un peu de difficultés lors de la récolte du foin. L'hiver, dans la paroisse, commence rarement pour de bon avant le mois de janvier. Par contre, les printemps sont très souvent tardifs.

 

DÉBUTS DES FAMILLES À MEMRAMCOOK

 

Parmi la grande quantité de documents et de notes que Placide Gaudet, le grand historien et généalogiste acadien a laissés, on trouve ce qui suit concernant le rétablissement de Memramcook:

 

"C'est près du pied des marais sur la terre qu'occupe aujourd'hui Eustache à Toussaint Gaudet, en face du Collège Saint-Joseph que les 6 chefs de famille se fixèrent dans un rayon d'environ 200 pas. Ces premiers colons permanents à Memramcook après le traité de Paris sont: Pierrotte à Pitre Gaudet, époux de Madeleine Aucoin, Jean à Pitre Gaudet, son frère Bonaventure LeBlanc, époux de Rosalie Belliveau, Joseph LeBlanc, époux d'Agnès Belliveau, Charlotte LeBlanc, époux de Théotiste Belliveau et Joseph Granger dit Don Jacques, époux [13] de Marie Madeleine Gaudet, fille de Pierrotte à Pitre Gaudet. Ces 6 familles avant de venir à Memramcook avaient séjourné 7 à 8 ans à Beauséjour et Peziguit."

 

Des liens de parenté existent sans exception dans chacun des groupes. Des villages entiers sont constitués uniquement de parents. Dans certains cas, trois frères vont épouser trois soeurs (Hypolite, Narcisse et Dominique LeBlanc, épouseront trois soeurs, 3 Boudreau) et dans d'autres cas sept soeurs d'une même famille (e.g. Pierre Belliveau, Memramcook-Ouest) vont se marier à 7 frères et s'établiront dans le même village que leur beau-père.

 

"Un chef de file semble toujours se dégager d'un groupe (pourrions-nous parler de patriarche?) à qui les autres s'adressent. Celui-ci peut être soit le père, soit le gendre, le plus instruit de cette cellule familiale. A Memramcook-est, ce chef c'est Olivier Boudreau, à Memramcook-ouest, c'est François Cormier."

 

SITES HISTORIQUES ET AUTRES FAITS SUR MEMRAMCOOK

 

(Un dépliant publicitaire émis en anglais par la Chambre de Commerce de Memramcook, intitulé "An Invitation to Memranecook" relate des faits historiques en y décrivant les sites. En voici une traduction.)

 

La vallée de Memramcook est une des plus vieilles localités du Nouveau-Brunswick. Des millions d'années passées, mère nature a sculpté cette vallée sur trois principales formations géologiques. La formation sableuse (sandstone) sur la pointe de Beaumont, les carrières (quarries) ont été exploitées pendant les années 1850 à 1900. Le lit d'huile ("bituminous shale") attend encore le prospecteur chanceux qui l'exploitera. La troisième formation se compose de granit pré-cambrien et est présentement en train d'être exploitée.

 

Memramcook, un nom sauvage qui signifie, rivière croche ("winding river") a été la scène de plusieurs événements historiques qui valent la peine d'être mentionnés. Memramcook fut le site de plusieurs lieux de campements indiens micmacques. II y a aussi les ruines d'un vieux fort français nommé "De la Gallisonnière" et un champ de bataille à Memramcook-ouest qui date de la déportation des Acadiens en 1755.

 

A Rockland, il y a le site où a été bâti une des premières églises construites au Nouveau-Brunswick. De plus, en 1854, Memramcook a été le site du premier centre d'éducation française dans les Maritimes, le petit séminaire Saint-Thomas.

 

La croix de fer illuminée qui domine la vallée indique l'emplacement d'une deuxième église bâtie en 1782, avec son cimetière. L'église paroissiale actuelle en pierre, bâtie en 1841 * , a été modelée dit-on d'après une vieille cathédrale.

*[La construction de l'église débuta en 1840 et l'église ne fut terminée qu'en 1855, la bénédiction officielle ayant lieu le 15 août 1856].

 

Le chemin de fer qui traverse la vallée est la seule voie ferrée qui traverse tout le Canada.

 

En 1881, Memramcook a été la scène de la première convention [14] nationale, regroupant le peuple Acadien après des centaines d'années d'isolation.

 

La paroisse a donné naissance à deux congrégations religieuses: "Les Petites Soeurs de Sainte-Famille" et la "Congrégation Notre-Dame du Sacré-Coeur" composées de centaines de membres et répandues à travers le monde. [15]

 

L'Institut de Memramcook incorporé récemment est le premier centre d'éducation adulte du genre au Canada.

 

Le Mont, Memramcook-est (Notre-Dame-de-Lourdes) à 250 pieds au-dessus du niveau de la mer est une localité prospère divisée par la route transcanadienne.

 

Au village de Beaumont, se trouve la vieille église bâtie en 1842 sur le site d'une réserve indienne micmacque. Une cinquantaine de maisons furent construites dans ce village lorsque la carrière était en production. Mais la plupart sont disparues aujourd'hui.

 

FONDATION

 

En 1941, l'Ordre Social, journal hebdomadaire de Moncton, publiait "Quelques mots sur Memramcook" par Henri P. LeBlanc, m.a.

 

Comme l'année 1941 marque le soixantième anniversaire du choix de l'Assomption comme fête nationale des Acadiens, et vu que ce choix fut fait lors d'un congrès tenu à Memramcook, il convenait de ne pas laisser finir cette année jubilaire sans faire l'historique de cette ancienne paroisse si méritante. Grâce à l'obligeance de notre distingué compatriote, M. Henri P. LeBlanc, qui possède de précieux documents sur l'histoire acadienne, nous commençons aujourd'hui la publication de "Notes sur Memramcook". Nous offrons nos sincères remerciements à M. LeBlanc et nous sommes certains que son travail intéressera vivement nos lecteurs.

 

On remarquera que M. LeBlanc adopte, pour sa paroisse natale, une orthographe qui diffère de celle communément en usage chez nous. II s'accorde en cela avec feu M. Placide Gaudet, le savant généalogiste acadien. II faut admettre que cette orthographe (c-o-u-k) est parfaitement conforme à la prononciation. - (Note de la Rédaction).

 

Vu que la paroisse Saint-Thomas de Memramcook célèbre cette année le soixantième anniversaire du choix de Notre-Dame de l'Assomption comme Patronne des Acadiens, j'ai pensé que les notes suivantes seraient d'un intérêt tout particulier. Ce sera ma contribution à la célébration, comme enfant de la vieille paroisse acadienne de Memramcook.

Je tiens à prévenir le lecteur que j'ai puisé mes renseignements dans de vieux documents, probablement inédits, jetés sur brouillon, il y a bien longtemps, par Monsieur Placide Gaudet, également enfant de Memramcouk.

 

La fondation de notre vieille paroisse date de l'année 1700. C'est, très certainement, un des plus anciens établissements acadiens de la province actuelle du Nouveau-Brunswick. A cette époque, l'Acadie était encore sous la domination de la France.

 

Evidemment, la population de Memramcouk n'augmentait point rapidement, puisqu'en 1752, il n'y avait que 151 familles dans cette localité. Les habitants longaient la Rivière de Memramcouk. Les noms de ces familles de pionniers étaient; 6 Blanchard, 4 Richard, 2 Lanoue, 2 Dupuis, 2 Benoît, 5 Landry, 2 Aucoin, 1 Maillet, 3 Girouard, 1 Forest, 1 [16] Gaudet, 2 Thibodeau, 1 Daigle, 1 Savoie, Robichaud, 1 Bastarache, 7 Hébert, Deslaurier dit Babineau, 4 Cyr et 1 Bourque.

 

Ces colons étaient établis du côté est de la rivière, ou du côté de College-Bridge.

 

De 1752 à 1755, ce premier groupe fut considérablement augmenté par l'arrivée des Acadiens de Port-Royal, (Annapolis-Royal), des Mines, de Pigiguit (Windsor), de Beaubassin, (Amherst).

 

Autrefois, on pouvait encore apercevoir les traces des habitations rustiques de ces pionniers. Ainsi, sur le site même où est le Pénitencier de Dorchester était la résidence d'Alexis Landry. Un peu plus loin, toujours en remontant la Rivière, tout près de la Pointe-aux-Boulots, en arrière d'une école qui se trouvait en face d'une église baptiste, se trouvait la demeure de Pierrotte à Pitre Gaudet. Avant la Dispersion, c'était là le désert à Pierrotte-à-Pitre. Tout près de ce désert, les deux Dupuis, père et fils, s'étaient établis.

 

Première église

 

La Pointe-aux-Boulots était tout près du pont de Rockland. (Lower Dorchester), mais au nord de ce pont. C'est en ce lieu qu'était la première église de Memramcouk. Elle n'était qu'à quatre milles de Dorchester érigée sur un lopin de terre situé près de ce qui est aujourd'hui la route principale. Un Monsieur Martin Black construisit, plus tard, son habitation en face des ruines de cette église qui fut détruite "à l'automne de 1755 par les troupes néo-anglaises".

 

Changements de noms

 

Afin que le lecteur puisse mieux suivre les différentes localités de Memramcouk où s'établirent les premiers Acadiens, il sera utile de dénoter quelques anciens noms avec leurs nouveaux noms.

 

Avant l'Expulsion, Palmers Road était le Ruisseau de Port-Roval, tandis que Aeron Brownell's Creek s'appelait le Ruisseau-à-Granger.

 

La chasse à l'Acadien

 

L'histoire a révélé les procédés cruels des auteurs du Grand Dérangement. En ces jours éloignés, les préjugés religieux étaient très forts en Europe comme en Amérique. Comme toujours, la victime fut le faible. En Acadie, la victime fut l'Acadien.

 

Lorsque Cornwallis fut envoyé par la Couronne britannique pour fonder Halifax, en 1749, il avait ses instructions, datées du 29 avril 1749. Elles étaient signées par le Souverain d'Angleterre. Dans l'Article 49, il est question du "dessein de convertir les dits habitants français à la religion protestante et de faire élever leurs enfants dans les principes de ce religion..." L'Article 50 ajoute: "C'est aussi Notre volonté et plaisir que vous accordiez aux habitants français qui embrasseront de temps en temps la religion protestante, une concession des terres qu'ils cultivent [17] actuellement &" Puis l'article se termine par ce conseil: "Et en vue d'amener lesdits habitants à se soumettre à Notre gouvernement vous êtes requis d'encourager autant que possible les mariages entre eux et Nos sujets protestants."

 

Ces instructions expliquent bien des choses. Elles projettent des rayons lumineux sur les événements qui ont précédé la Dispersion, sur la cruauté qui l'a accompagnée et sur la chasse à l'Acadien qui l'a suivie. Certains auteurs du Drame Acadien ont parfaitement résumé le véritable but de cette ignominie: déraciner les Acadiens du sol de l'Acadie.

 

Ainsi, après la Dispersion, le Major Frye avait dévasté leurs habitations à Chipoudie, Petitcoudiac et Memramcouk; Monckton avait détruit celles de Tintamarre, d'au Lac, de Beauséjour et de la Baie Verte; Winslow et Osgood avaient rasé les établissements de la Grand-Prée, Rivière-des-Mines, Rivière-des-Gaspareaux, Rivière-aux-Canards et Cobéguit; Murray avait détruit les habitations de Pigiguit, tandis que celles de Port-Royal avaient été incendiées par Handfield et Adams.

 

Malgré les déprédations des troupes de Monckton et de Frye, il avait encore, en novembre 1759, 190 personnes acadiennes, hommes, femmes et enfants le long des rivières Memramcouk et Petitcoudiac. Cette population vivait, comme bien l'on pense, dans un état d'extrême pauvreté. Son état pitoyable n'empêcha pourtant point les soldats anglais de lui faire la chasse sans trêve ni pitié.

 

L'Histoire nous enseigne que, lors du Grand Dérangement, en 1755, les Acadiens reçurent ordre du Colonel Monckton de se rendre au Fort Beauséjour. Or, un bon nombre de ceux de Memramcouk s'enfuiren chez ceux qui étaient établis sur la Rivière Petitcoudiac. D'autres se réfugièrent au Village des Babineau, aujourd'hui Coverdale, situé à cinq milles en haut de Moncton. Quelques-uns s'en allèrent au nord du Nouveau-Brunswick actuel. Un bon contingent se rendit sur la Rivière Saint-Jean d'où il poursuivit sa marche jusqu'à Québec. Le reste de la population acadienne traversa à l'lie Saint-Jean ou bien se cacha dans la forêt.

 

A l'automne de 1759, les proscrits qui vivaient péniblement cachés en quelques misérables gîtes dans ce qu'ils pensaient être l'Acadie Française, décidèrent de se rendre aux Anglais. Ils firent leur soumission à l'autorité anglaise sur l'avis de leurs deux missionnaires: l'abbé Manach, à Miramichi, le Père Germain, à la Rivière Saint-Jean, pour le NouveauBrunswick, et l'abbé Maillard, au Cap Breton.

 

A cet effet, les Acadiens conclurent des accords avec le Colonel Frye qui consentit à recevoir 63 de leur nombre au Fort Beauséjour, maintenant Cumberland, pour y hiverner. Le Colonel permit aux autres Acadiens d'occuper les habitations qui avaient échappé à la torche incendiaire des Anglais, à Memramcouk et à Petitcoudiac. C'était, en réalité, un nouveau guet-apens. En effet, l'été suivant, il s'empara d'un bon nombre d'entre ceux-ci et les envoya prisonniers à Halifax et au Fort Edward à Pigiguit (Windsor). II retint les autres à Beauséjour.

 

Le 6 février 1760, les Acadiens de la côte nord du Nouveau-Brunswick, en conformité avec le désir de la grande majorité et le conseil [18] des missionnaires, se rendirent à la Baie-Verte et à Beauséjour, tel qu convenu, pour compléter l'acte de soumission. Ils furent traités de même manière que les Acadiens des environs de Beauséjour dont nous venons d'exposer le sort.

 

Le Traité de Paris fut conclu, entre la France et la Grande-Bretagne le 10 février 1763.

 

L'année suivante, le Gouvernement de Londres donna instructions au Gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, qui comprenait le Nouveau-Brunswick actuel, de permettre aux Acadiens de s'établir dans le pays à condition qu'ils prennent le serment d'allégeance à la Couronne britannique.

 

Une Commission du Conseil fut nommé pour définir les limites des terres et déterminer les localités où l'on permettraient à ces pauvres infortunés, dépourvus de tout, de vivre désormais. Les conditions préparées par cette Commission, étaient inacceptables aux Acadiens. Ceux d'Halifax et des environs obtinrent la permission de s'en aller. C'est ce qu'ils firent à leurs propres dépens.

 

En 1765, le Gouvernement divisa en "Townships" ce qui est aujourd'hui le comté de Cumberland, en Nouvelle-Ecosse, et celui de Westmorland, au Nouveau-Brunswick. Cet immense domaine, habité par les Acadiens, avant la Dispersion, devait d'après l'infame plan de Shirley et de Lawrence, passer aux mains des spoliateurs. Ce devait être leur récompense. C'est pour cela que l'Autorité Britannique avait confisqué les terres et habitations des Acadiens, avant le Grand Dérangement.

 

II faut ajouter, cependant, que le Gouvernement avait imposé aux concessionnaires certaines obligations afin d'éviter trop d'abus. Le grand et pratique désir du Gouvernement était le défrichement et la culture de terres concédées. En un mot, il voulait des habitations pour remplacer celles des Acadiens qu'il avait exilés au profit des Anglais protestant venus de la Nouvelle-Angleterre ou de la Grande-Bretagne. C'était le programme.

 

Sur ces entrefaites, quelques centaines d'Acadiens se décidèrent de quitter la Nouvelle-Angleterre pour revenir vivre et mourir en terre acadienne. Au printemps de 1766, ils commencèrent leur long et bie pénible voyage à travers les 550 milles de forêts vierges qui séparent Boston de Memramcouk. Découvrons-nous devant cette caravane de proscrits qui préfèrent la mort, s'il le faut, à la continuation de la vie misérable qu'ils ont menée, en exil, depuis dix longues années!

 

Pendant le trajet, ces victimes de Lawrence eurent la grande douleur de voir la mort leur ravir quelques compagnons ou compagnes de malheur. Enfin, après plus que quatre mois de marche, ces exilés exténués et affamés arrivent à l'ancien Village des Babineau, aujourd'hui Coverdale, à cinq milles de Moncton. Là, sur la rive de la Rivière Petitcoudiac, ils rencontrèrent des compatriotes sympathiques qui les reçurent à bras ouverts. "C'est là qu'était le Petitcoudiac dont parlent les veillards d'aujourd'hui". Des Acadiens y résidèrent de 1755 à 1800.

 

L'histoire nous dit qu'un nombre des Acadiens arrivés de la Nouvelle-Angleterre, après s'être reposés pendant quelques jours [19] poursuivirent leur marche jusqu'à la Baie Sainte-Marie où ils ont fait souche.

 

Etablissement de Memramcouk

 

L'établissement de Memramcouk, après la Dispersion, date de l'année 1768. Pendant cette année-là, 6 chefs de famille s'installèrent sur un lopin de terre d'une grandeur d'à peu près 200 pas, "près du pied du marais", en face de l'Université Saint-Joseph, sur l'ancienne terre d'Eustache à Toussaint Gaudet.

Un autre groupe, des Richard, nommés Janis et Plates, s'établit au Village-des-Plates. D'autres Acadiens se fixèrent en bas de l'église, depuis la résidence de Joseph Belliveau jusqu'au Village des Taylor. Un dernier groupe était à McGinley's Corner jusque chez Moïse à Etienne Cormier.

 

Avant le Grand Dérangement, d'après la tradition, il n'y avait point de colons établis plus haut que les Chemin de la Montagne, chez Alphé à Gabriel Léger, où est le vieux cimetière. De là en descendant jusqu'au Village des Taylor, il y avait un bon nombre d'habitations. On ne connait pas le nom de ces Acadiens. II semble que la plus forte partie de la population se trouvait à partir du Village-des-Plates jusqu'au Village-duCul-de-Sac ou Anse-des-Cormier. Au Village-des-Richard, dit La Plate, étaient quatre frères: Jean, Michel, Joseph et François.

 

A l'endroit où est actuellement le Couvent des Soeurs de la SainteFamille, "demeurait un Acadien portant le sobriquet de Pétard. On a longtemps appelé cet endroit, la Butte-à-Pétard."

 

Le monticule sur lequel était "la commune" de la Butte-à-Pétard couvrait une superficie de terre de 38 1 /2 brasses de longueur sur un mille et demi de profondeur. Voici les noms des sept propriétaires primitifs de la Commune: Pierrotte-à-Pitre Gaudet, Jean-à-Pitre Gaudet, Joseph Grangé, dit Dom Jacques, Bonaventure LeBlanc, Charlitte LeBlanc, Joseph LeBlanc, dit Coujo, Pierre Belliveau, dit Piau.

 

Ces familles s'établirent dans un rayon de 3 à 4 arpents carrés. La résidence de Pétard était en face du vieux Collège construit en 1864. Le lot de terre à Joseph LeBlanc, dit Cartel, était voisin de celui de feu Dominique à Joseph Gaudet. Cartel était le fils de Charlitte LeBlanc, dit Le Fort, Joseph à Bonaventure LeBlanc, dit Bounan, avait un lot de terre situé entre la Commune et le lot de Cartel. L'Université Saint-Joseph est situé sur l'ancienne terre de Joseph à Bounan LeBlanc.

 

D'après une bien ancienne tradition, il semble qu'une partie des marais qui sont en face de l'Université et de l'église Saint-Thomas, fût endiguée avant la Dispersion. Les levées auraient été faites par les premiers colons qui étaient établis aux environs de l'église actuelle. Dans ce cas, c'eût été une partie du grand projet de l'abbé Leloutre.

 

Village des Piaux.

 

Au nombre des Acadiens qui abandonnèrent Tintamare, après [20] 1760, pour s'installer dans la belle vallée de Memramcouk, étaient un Pierre Belliveau, dit Piau, et son fils Joseph. Ainsi que nous venons de le voir, Pierre s'établit dans la Commune de la Butte-à-Pétard. Depuis ce temps, les anciens désignaient le village de l'église sous le nom de Village-des-Piaux.

 

Village des Pierre à Michel.

 

D'où vient le nom de Pierre à Michel? C'est encore la tradition qui nous répondra. II y avait deux frères, Pierre et Michel Vincent. Ils étaient mariés aux deux soeurs. Un jour, les deux frères engendrèrent querelle à propos d'une source, au grand scandale des vieux Acadiens d'alors. Désormais, en souvenir de cette chicane, les vieux désignèrent ce village sous le nom de Pierre-à-Michel et Michel-à-Pierre. Evidemment, le premier nom demeura.

 

Les premiers habitants qui s'y établirent, après la Dispersion, furent Pierre Belliveau, dit Piau, de la Butte-à-Pétard, son fils Joseph Belliveau, dis Jos Piau, Joseph Bourgeois, Aimable Richard, Isaac LeBlanc. Plus tard, le Village des Pierre-à-Michel fut souvent appelé Village-des-Jos-Piaux.

 

Côté Est de la rivière de Memramcouk.

 

Nous avons déjà dit un mot du Désert à Pierrotte-à-Pitre, pas bien éloigné de la Pointe-aux-Boulots.

 

Vers 1768, un Pierre LeBlanc, le vieux, s'installa sur la terre autrefois occupée par deux Dupuis, tout près de la Pointe. II obtint la concession de cette terre le 10 octobre 1786.

 

Peu de temps après son établissement, les Acadiens de la Baie Sainte-Marie vinrent enlever, pendant la nuit, deux chaudrons à sucre qui étaient enfouis sur la terre tout près d'une source.

 

En bas de l'habitation de Pierre LeBlanc était un grand marais qu'on a longtemps appelé le Marais des LeBlanc, parce qu'il appartenait, en partie, aux frères LeBlanc. "Ce marais avait été en partie endigué par les premiers colons de l'expatriation."

 

A une courte distance de là était la résidence de René Forest. Elle était située tout près du Ruisseau-Forest. Plus tard, Joseph Breau s'établit en ce lieu et on changea le nom de Ruisseau-Forest à celui du Ruisseau-des-Breau et, finalement, ce fut Palmers Pond.

 

Du même côté de la Rivière de Memramcouk, un peu plus haut que la gare de Memramcouk, il y avait une pointe de marais, autrefois la propriété de Jim Sherry. Dans l'ancien temps, c'était la Pointe-à-René-Daigle.

 

Entre 1768 et 1770, des Acadiens de Pigiguit, (Windsor), arrivèrent non seulement à Memramcouk, mais au Ruisseau-des-Renards, à Menoudie et à Nanpanne. Ces établissements, et d'autres, faisaient partie de la Paroisse de Saint-Thomas de Memramcouk. II était donc bien vaste le champ d'action du curé missionnaire de cette paroisse. [21]

 

Les Acadiens qui s'établirent du Côté Est de la rivière, vers 1770, et qui venaient de Pigiguit, étaient: Benjamin Bourgeois, Réné Landry, Petit Jean Landry, Petit Joseph Dupuis, Pierre-Victor LeBlanc, Louis Allain, Charles LeBlanc, Chariot Saulnier, Jason à Chariot Saulnier, Joseph Breau. (Pierre-Victor LeBlanc avait avec lui son fils Joseph, né vers 1764 et qui décéda le 2 mars 1855).

 

Vers 1771, deux autres familles arrivèrent et s'installèrent auprès des 10 premières: Réné Richard et Olivier Boudreau.

 

En 1777, un groupe de 10 nouvelles familles se joignirent à celles qui les avaient précédées.

 

Trois ans plus tard, partant en 1780 Simon LeBlanc, Jean Comeau et Pierre LeBlanc quittent également Pigiguit pour venir s'établir sur la rive Est de la rivière de Memramcouk.

 

Tous ces Acadiens sont des victimes du Grand Dérangement, l'oeuvre néfaste de Lawrence, de Shirley et de leurs accomplices. Elles cherchaient donc un asile plus hospitalier que Pigiguit.

 

Naturellement, ces proscrits et fils de proscrits ne trouvèrent que ruines dans la fertile vallée de Memramcouk. La misère les menaçait toujours. Ils s'en rendaient bien compte. Mais, ce que ces pauvres Acadiens ignoraient, c'est que les terres où ils étaient à peine installés avaient été concédées, dès 1765 à des Anglais du pays. Quoiqu'il en soit, il est probable que les Acadiens qui prirent des terres à Memramcouk le firent avec l'approbation de l'Autorité Britannique. D'ailleurs, le Gouvernement savait bien que les concessionnaires anglais, dont nous avons déjà parlé, n'avaient point rempli les conditions exigées lors de la concession. De plus, il n'est pas improbable que le Gouvernement était revenu à de meilleurs sentiments vis-à-vis des victimes de Lawrence, de Shirley et de Winslow.

 

Ces nouveaux colons, sachant que la France et la GrandeBretagne étaient en paix depuis 1763, montrèrent leur appréciation au Gouvernement devenu plus humain, qui leur concédait des terres, en se livrant courageusement aux rudes travaux du défrichement.

 

Enfin, l'heure de la délivrance comme celle de la renaissance était sonnée!

 

La seconde église.

 

II semble bien, d'après la tradition, que depuis le Grand Dérangement "le service divin reprit dans les demeures privées".

 

L'abbé Joseph-Thomas-François LeRoux arriva à Memramcouk en l'année 1782. C'est ce missionnaire qui érigea, "sur la Montain" la seconde église de cette ancienne paroisse. Aujourd'hui, une croix en fer en rapelle le site. "Elle fut érigée par le R.P.C. Lefebvre, c.s.c., avant la convention nationale de 1881." II y a donc 60 ans que cette croix commémorative ne cesse de prêcher, par son silence, la Renaissance du peuple acadien dans la riante vallée de Memramcouk. [22]

 

Le Nouveau-Brunswick.

 

En 1784, le Nouveau-Brunswick fut érigé en une province distincte de l'ancienne Province de la Nouvelle-Ecosse.

 

Comme par coincidence, en cette même année, les Acadiens qui étaient établis sur la Rivière Saint-Jean, à Sainte-Anne (Frédéricton), et ailleurs abandonnèrent ces lieux pour aller s'installer à Memramcouk. C'est dire, par conséquent, que la population originaire fut augmentée pas deux principaux groupes: les exilés de la Nouvelle-Angleterre et les réfugiés de la Rivière Saint-Jean.

 

D'après un rapport de l'abbé LeRoux, il y avait, en 1785, à Memramcouk, au delà de 160 familles, soit 600 personnes en âge de communier. Cela comprenait également la population des villages qui dépendaient de la paroisse-mère.

 

C'est en cette année 1785 que les Acadiens de Memramcouk émigrèrent en assez grand nombre, dans d'autres localités du NouveauBrunswick: à Tracadie, Bouctouche, Barachois, au Village de Richibouctou, à Kagigougouet, (Saint-Louis), Gédaic.

 

Le premier député de Westmorland à Frédéricton fut Amos Botsford. Un Acte fut passé à la Législature exigeant l'enregistrement des concessions accordées, en 1765, par la Nouvelle-Ecosse. Un bon nombre des concessionnaires négligèrent de se soumettre à la nouvelle loi, et, par ce fait, perdirent droit à leur concession. D'ailleurs, la plupart de ceux qui avaient obtenu ces domaines n'avaient jamais rempli les conditions imposées par la Couronne Britannique.

 

Le 10 octobre 1786, le député Botsford obtint deux concessions de terres longeant la Rivière de Memramcouk, dont une pour les Acadiens. Celle-ci était située à l'Est de la Rivière. Elle s'étendait du Pont-à-Tedet qui se trouve environ trois milles en haut de la gare actuelle de Memramcouk jusqu'à celle de Rockland. La concession des Anglais commençait à Rockland et allait jusqu'à l'embouchure de la Rivière de Memramcouk. La concession acadienne avait été accordée à Simon LeBlanc et vingt-six autres Acadiens tandis que celle des Anglais fut accordée à John Richardson et autres Anglais.

 

Trois ans plus tard, le 29 mai 1879, le même député obtint une autre concession pour vingt et un Acadiens établis au Ruisseau-des-Renards qui dépendaient de la paroisse ecclésiastique de Memramcouk. Elle fut reconnue sous le nom de "Concession à Sylvain Babineau et vingt autres." Celle-ci commence à Lewisville, près de Moncton, et s'étend jusqu'à l'embouchure du Ruisseau-des-Renards.

 

A cette période éloignée, le trajet de Memramcouk à Frédéricton se faisait à pieds et avec beaucoup de difficultés. Pendant l'hiver, le député Botsford offrit aux Acadiens établis sur le côté Ouest de la rivière de Memramcouk ainsi qu'à ceux qui étaient du côté Est de la rivière Petitcoudiac, le titre foncier de toutes les terres situées entre ces deux rivières aux habitants acadiens, à la condition que quelques Acadiens l'accompagneraient à Frédéricton pour porter ses malles. Malheureusement, ces Acadiens n'acceptèrent point cet offre et ils le [23] regrettèrent amèrement.

 

Ainsi que nous l'avons dit, le Gouvernement Britannique avait concédé d'immenses territoires à des Anglais. Plus tard, ceux-ci à leur tour, vendirent leurs concessions à d'autres Anglais.

 

Dans le cas qui nous intéresse, les terres que les Acadiens occupaient à Memramcouk et à Ruisseau-des-Renards avaient été, achetées par un nommé Joseph- Frederic-Wallet DesBarres, ou bien, lui avaient été concédées. Cette malheureuse situation causa d'interminables procès qui durèrent plusieurs années.

 

Un prêtre d'origine Irlandaise, l'abbé Thomas Power, qui., cependant, avait étudié à Paris, succéda à l'abbé LeRoux qui mourut le 10 mars 1794.

 

L'année suivante *, la seconde église de Memramcouk, située à la Montain, fut incendiée. Son toit était de chaume. Or, pendant qu'un paroissien faisait brûler un abatis, le grand vent transporta un tison sur le toit. Dans quelques minutes, le premier temple de l'après-dispersion était en cendres. L'ameublement fut en partie sauvé; maints objets du culte de cette antique chapelle sont conservés au musée d'archéologie acadienne, à l'Université du collège Saint-Joseph.

 

Afin de pouvoir aux besoins spirituels de la population toujours croissante, après de longues discussions, il fut décidé, par la majorité, de construire la nouvelle église "sur le site actuel de la tour de l'église paroissiale" actuelle. Les mécontents ou dissidents appelèrent, par dérision, le nouveau site "la grenouillère de la Butte-à-Pétard."

 

Au mois de septembre 1803, Monseigneur Pierre Denaut, Evêque de Québec, visita Memramcouk. "L'évêque profita de son séjour à ce dernier endroit pour y établir des archives paroissiales, ordonner des réparations urgentes et nommer l'abbé Ciquard missionnaire" pour succéder à l'abbé Power. Celui-ci se retira dans les missions anglaises du Comté de Cumberland où il mourut trois ans plus tard.

 

L'abbé Power, le 6 octobre 1806, fit don à son successeur, l'abbé Ciquard, d'un terrain de six arpents "qui avaient d'abord été cédés par quatre habitants pour être le terrain et emplacement de l'église."

 

En 1810, l'abbé Ciquard construisit une église temporaire * érigé lors de l'incendie de celle qui était située à la "Montain". Cette nouvelle église n'était qu'à quelques pas de l'église actuelle. Cette entreprise était conforme aux ordres donnés sept ans auparavant par Monseigneur Denaut qui avait ordonné "de mettre l'église à l'abri du vent et de la pluie."

 

Cette construction fut terminée par l'abbé Louis Brodeur * qui remplaça l'abbé Ciquard en 1812.

 

Lors de la visite du nouvel Evêque de Québec, Monseigneur Plessis, au mois d'août 1812, on était encore dans l'église en bois commencée deux ans plus tôt par l'abbé Ciquard * .

*[En se basant sur les lettres ecclésiastiques, entre les missionnaires de Memramcook et l'évêque de Québec, on peut apporter les clarifications suivantes. L'église de La Montain fut incendiée au printemps 1796. En 1798, l'abbé Power commença la construction d'une nouvelle église sur l'emplacement approximatif de l'église en pierres moderne. De piètre construction, elle fut graduellement améliorée et subsista jusqu'en 1817. L'abbé Ciquard reconnut la nécessité de bâtir une nouvelle église mais n'en fit jamais construire une nouvelle. C'est l'abbé Brodeur qui commença la construction d'une nouvelle église en 1816. Celle-ci fut terminée au printemps de 1818 et fut utilisée jusqu'en 1855.]

 

A cette date, les paroissiens de Memramcouk étaient en procès avec les héritiers de Desbarres qui réclamaient les immenses territoires concédés aux Anglais en 1755.

 

Avant de quitter Memramacouk, Monseignuer Plessis ordonna ce [24] qui suit: "Dans trois ans, et même plus tôt, si le procès pendant entre les seigneurs et les habitants du lieu finit avant cette époque, les habitants de cette paroisse entreprendront une nouvelle église longue de 72 pieds et large de 36 sur la place qui leur sera désignée par le missionnaire d'alors."

 

II n'importe de ne pas oublier qu'à cette date l'église de Memramcouk était la seule pour tous les environs. Elle devait abriter une population de 171 familles, 486 communiants, pour Memramcouk, Petitcoudiac et Scoudouc. A part cela, il y avait un petit noyau de 15 familles à Menoudie.

 

Six ans plus tard, il y avait, dans les mêmes lieux, Nanpanne en plus, 673 communiants.

 

En 1820, dans ces mêmes villages, moins Nanpanne, la population s'élevait à 1419 âmes. II y avait 168 personnes à Menoudie.

 

II ne semble pas y avoir eu de recensement en 1827 à 1864.

 

Un relevé de la population de 1827 indique 852 communiants pour Memramcouk, Petitcoudiac et Scoudouc.

 

Les travaux pour la construction de l'église actuelle furent commencés par l'abbé Ferdinand Gauvreau en 1840. Monsieur le curé fut toutefois obligé de suspendre les travaux, à cause d'une crise financière générale jusqu'en 1845. Une pierre trouvée dans le mur indique que l'extérieur de l'église en pierre fut terminé dans l'année 1847.

 

C'est pendant la construction de l'église que les Acadiens défrayaient les dépenses d'un procès qui durait depuis nombre d'années. Voici ce qu'en dit Monsieur Placide Gaudet: "Enfin, en 1842, pour avoir la paix et la tranquilité, les Acadiens achetèrent d'Augustus DesBarres, au prix d'une piastre l'arpent, les terres et marais qui de droit leur appartenaient."

 

En cette même année, "fut édifiée" la petite chapelle des Sauvages Micmacs, à la Pointe, Village-des-Beaumont. La population en ce lieu des fils de la forêt se montait à "environ deux fois douze cabanes". Monsieur le Curé de Memramcouk y célébra la Sainte Messe à l'automne de 1843.

 

A l'arrivée du Père Camille Lefebvre, en 1864, il y avait à Memramcouk, 2,905 âmes, 1814 communiants. Cette population comprenait 500 familles acadiennes et 37 familles irlandaises. [25]

 

PREMIERE CONVENTION NATIONALE DES ACADIENS

1881

 

Les 20 et 21 juillet 1881, la première Convention Nationale eut lieu au Collège Saint-Joseph à Memramcook. Chaque paroisse avait été invitée à envoyer trois délégués. Les extraits suivants tirés du Moniteur Acadien décrivent l'ampleur de la réunion et les thèmes à l'étude.

 

Le Moniteur Acadien, 28 juillet 1881 (Convention Nationale des Acadiens)

 

Environ 5,000 étrangers ont visité Memramcook pendant ces deux jours. L'lle St-Jean a fourni près de 200 délégués et autres ... On comptait deux prêtres, deux députés, des marchands, des instituteurs et des cultivateurs, et ces derniers de la classe la plus prospère que l'on puisse trouver à l'lle.

 

La Nouvelle-Ecosse était représentée par un prêtre, un député, M. Henri M. Robicheau, et sept ou huit autres délégués de la baie Ste-Marie; tous à la hauteur de leur position ont fait l'honneur à leurs compatriotes.

 

Du Nouveau-Brunswick il y avait affluence, et mardi et mercredi, toutes les avenues conduisant à St-Joseph étaient remplies d'une nombreuse foule formant comme une procession s'acheminant à la convention.

 

Les abords du collège était pavoisés de drapeaux et de verdures et l'église où devait s'inaugurer cette grande et mémorable réunion était décorée avec goût.

 

Le Moniteur Acadien, 19 juillet 1881 (à Memramcook)

 

Les questions suivantes, qui forment la base des délibérations de la convention sont référées à des commissions comme suit:

 

1.       Du choix et de l'adoption d'une fête nationale générale pour les Acadiens des Provinces Maritimes.

2.       De l'éducation.

3.       De l'agriculture et des moyens de la faire progresser au milieu des Acadiens.

4.       Colonisation et émigration et de la nécessité d'encourager l'une pour arrêter l'autre.

5.       La presse, son rôle et la necessité de l'encourager. [26]

 

LA VIE RELIGIEUSE

 

C'est un fait indiscutable que l'Acadie a été fondée par des colons venus de la vieille France, alors si Catholique, dans le but d'étendre le règne de Dieu ainsi que le domaine de la patrie. Nos premiers ancêtres, animés des sentiments les plus chrétiens, jettèrent les fondations à Port Royal, berceau des Acadiens. Jusqu'à la dispersion, les différents établissements avaient l'avantage de compter sur la présence des missionnaires qui s'occupaient de leur bien spirituel.

 

Après la dispersion, alors qu'en caravane, ils revenaient de l'exil et s'arrêtèrent à Memramcook, ils ne pouvaient guère compter sur la présence de missionnaires qui, à cause des distances et des moyens de transport les visitaient qu'à des intervalles assez éloignés. En dehors d'une visite ou deux par année, les missionnaires du Québec les laissèrent par la force des circonstances, se débrouiller par eux-mêmes du mieux qu'ils pouvaient. Telle fut la situation de nos ancêtres, descendants des premiers colons jusqu'en 1781, quand arriva l'abbé Joseph Thomas Leroux, comme premier curé résident.

 

Memramcook devint donc la première paroisse française érigée canoniquement en Acadie, avant Caraquet (1784) et St-Basile (1792). (Père Pacifique de Valigny, o.f.m. cap). L'abbé Thomas Leroux avait apporté de France le portrait de son patron Saint-Thomas qui devint la titulaire de la paroisse. L'abbé Thomas Leroux mourut à son poste le 10 mars 1794 et ses restes mortels reposent sous l'église de pierre actuelle. Il fut remplacé par M. Thomas Power (1794-1804) prêtre irlandais qui quitta Memramcook en 1804 et fut remplacé successivement par MM François Ciquart sulpicien (1804-1812), Louis Gingras (1821-1825), Célestin Gauvreau (1825-1829), Ferdinand Gauvreau (1829-1832), Antoine Gagnon (1833), Jos Couture (1833-1836) et quelques autres. L'abbé F.X. LaFrance (1852-1864) remit la paroisse aux pères de Ste-Croix et le père Camille Lefebvre (1864-1894) fut le premier de cette congrégation à être curé. Le père Alfred Roy, c.s.c., (1895-1918) suivit et le père Benjamin LeCavalier, c.s.c., (1918-1927), le père Napoléon Papineau c.s.c., (1927-1928), le père Dismas LeBlanc, c.s.c. (1928-1934), le père Eugène Daoust, c.s.c. (1934-1949) le père Hector Léger, c.s.c. (1949-1952), le père Arcade Goguen, c.s.c. (1952-1966), le père René Lauzon, c.s.c. (1966-1974), le père Louis Joseph Boudreau, (1974-1981) et le père Ulysse LeBlanc, c.s.c., le curé actuel.

 

En 1864, lorsque le père Lefebvre devint curé, il était en même temps le supérieur fondateur du collège St-Joseph; il cumulait les deux charges importantes à la fois. II eut quand même l'aide d'autres prêtres Sainte-Croix qui étaient pour ainsi dire, ses vicaires et le remplacaient à la paroisse alors qu'il était supérieur et professeur au collège. Depuis ce temps-là, la paroisse de Memramcook a l'avantage d'avoir un ou deux [27] vicaires. Par conséquent, les paroissiens ont toujours eu à leur disposition, pour les divers offices religieux, deux ou trois prêtres et la vie religieuse ne tarda pas à s'accentuer &

 

Jusqu'au Concile de Vatican II, la vie religieuse à Memramcook, comme ailleurs dans toutes vos paroisses était centrée sur le dimanche. La grand-messe dominicale voyait le rassemblement de tous les paroissiens le dimanche matin à 10 heures. A 9h55, la cloche sonnait et les paroissiens entraient et occupaient les places qu'ils avaient achetées et pour lesquelles ils devaient payer une certaine somme d'argent annuellement.

 

Comme il y avait toujours deux vicaires à la paroisse chacun chantait à tour de rôle, la messe du dimanche. Le curé officiait ordinairement seulement aux grandes fêtes. Après que les enfants de choeur étaient rendus à leur place de chaque côté du maître autel, le célébrant qui portait la chape faisait son entrée précédé des servants de messe, 2 grands et 2 petits. Les petits servants ou acolytes portaient les chandelles et un des grands servant portait le bénitier. Le célébrant au pied de l'autel entonait "l'Asperges me", bénissait les servants et les enfants de choeur et accompagnée de deux servants descendait dans la petite allée du côté du sud et revenait à l'autel par la petite allée du côté nord en aspergeant les fidèles. Revenu à l'autel, il chantait une oraison et une fois celle-ci terminée, se rendait à son siège (à la banquette) pour enlever la chape et se revêtir de la chasuble. Ainsi vêtu, il se dirigeait au pied de l'autel et commençait la messe avec "L'Introibo ad altare Dei". Les servants répondaient pendant que le choeur de chant entonnait "L'Introit". Cette prière terminée, il gravissait les marches de l'autel qu'il baisait, se rendait à droite du côté de l'épitre où il mettait de l'encens dans l'encensoir pour ensuite encenser l'autel. Revenu du côté de l'épitre il récitait I'"Introit" et ensuite le "Kyrie Eleison", qui était chanté en même temps par le choeur de chant. II entonnait ensuite le "Gloria" qu'il récitait à voix basse pendant que les chantres accompagnés par l'orgue le chantait. Le célébrant descendait à son siège, la banquette, du côté droit de l'autel, se revêtait de sa barrette jusqu'à la fin du chant du Gloria. II se rendait alors de nouveau à l'autel et se tournant vers les fidèles pour entonner le "Dominus vobis cum", auquel répondaient les chantres. II continuait avec "L'Oremus" et ensuite l'épître. Après avoir chanté l'épitre, de nouveau durant le chant de I'"Alleluia", il mettait l'encens sur les tisons de l'encensoir et se rendait à gauche de l'autel pour chanter l'Evangile. Un des servant changeait le missel de côté de l'autel en le portant à gauche et, de nouveau, le célébrant chantait le "Dominus vobis cum" et encensait le missel avant de changer l'Evangile.

 

Après quoi, le célébrant retournait à son siège s'il ne devait pas prêcher. Le curé ou le prédicateur montait en chaire pour faire les annonces, le prône et le sermon. La chaire sculptée se trouvait attachée à une colonne près de la sainte table. Pour monter en chaire, il y avait un escalier pliant qu'un des servant descendait et remontait après le sermon. Les annonces, publications des bancs, les messes chantées et les décès et autres annonces de même que !es remarques ou remontrances selon le [28] cas, pouvaient prendre de 10 à 15 minutes. Ensuite, c'était le sermon. Si le célébrant devait faire le sermon, le curé descendait et le célébrant après avoir enlevé sa chasuble montait en chaire. Le sermon durait une demi-heure ordinairement. Une fois terminée, la messe continait avec le "credo".

 

A l'offertoire, après l'encensement de l'autel, un des servant encensait aussi les fidèles. La préface suivait et terminait avec le "Sanctus" et l'élévation alors qu'on sonnait la cloche. Le célébrant chantait le "Pater noster" qui était suivi du "L'Agnus Dei". Aux messes, diacres et sous-diacre, les officiants se donnaient le baiser de paix. Comme personne ne pouvait communier sans être à jeun depuis minuit, il était assez rare que quelqu'un se présente à la sainte table. La messe finissait avec les dernières oraisons et le dernier évangile selon St-Jean.

 

II arrivait quelquefois que le salut du Saint Sacrement soit chanté après la messe. La grand-messe, le sermon et la bénédiction durait presque 2 heures. C'était le temps de sonner "L'Angelus" du midi. A la sortie de l'église, les gens se rendaient à leur voiture même si un bon nombre retournait chez eux à pied. Quelques-uns s'attardaient quand même à jaser avec des parents ou amis. Les paroissiens venaient d'accomplir leur devoir religieux selon le commandement de l'église: "Les dimanches tu garderas en servant Dieu dévotement". Le reste de la journée se passait soit en visitant des parents et des amis. Aucun travail n'était permis, c'était le jour de repos bien mérité car en ce temps-là, on travaillait six jours par semaine. Les dimanches aucune oeuvre servile n'était permise et les magasins étaient fermés. La seule exception au travail du dimanche était pour sauver la récolte de foin ou de grain lorsqu'il y avait danger que cette récolte soit perdue. C'était le prêtre qui donnait cette permission du haut de la chaire.

 

LES FETES RELIGIEUSES DE L'ANNEE

 

La fête la plus attendue de l'année est sans doute celle de Noël car au point de vue religieux, cette fête a quelque chose de spécial. C'est la première grande fête de l'année liturgique qui commence avec le premier dimanche de l'avent. Les avents sont un temps de préparation à la naissance du Sauveur et pendant ces 4 semaines, il y a la semaine des Quatre-Temps, jours de jeune et d'abstinence où aucune réjouissance n'était permise même pas de mariage.

 

La veille de Noël, grand jeune et abstinence. Les plus âgés se rappelleront comment il était difficile de ne pas manger, toutes les belles et bonnes pâtisseries que les mères préparaient pour la fête. La veille, il y avait confession dans l'après-midi et dans la soirée jusqu'à 11 heures.

 

La messe de minuit de Noël était la seule messe de l'année qui se célébrait à cette heure là. Comment décrire les messes de minuit du temps d'un père Roy, et celles du père LeCavalier dans la vieille église de Memramcook que l'on voyait toute illuminée ce soir du 24 décembre, éclairée par des douzaines de lampes dans les beaux lampadaires qui descendaient de la voûte et qui nécessitaient le travail de deux hommes [29] pour deux heures afin de les allumer. Pour la fête, le maître autel était décoré d'une centaine de lampions verts et rouges. Une magnifique crèche placée devant l'autel de St-Joseph du côté nord de l'église attirait l'attention des fidèles à leur entrée dans l'église. A 10 heures les cloches carillonnaient dans le silence de la campagne; elles sonnaient de nouveau à 11 h00 et enfin à 11 h45, elles annoncaient que la messe devait bientôt commencer. L'église était remplie à capacité, les petits jubés de chaque côté de l'autel étaient réservés aux jeunes; les garçons du côté nord de l'église et les filles du côté sud. Cette foule de paroissiens venus de tous les coins de la paroisse attendaient pieusement le "Minuit Chrétien" qu'entonnait de sa belle voix de ténor, le maître chantre. Oui, les fidèles tressaillaient d'espérance en cette nuit qui lui donne un Sauveur. Noël, Noël, voici le Rédempteur. Le cantique terminé, l'entrée du célébrant précédé des enfants de choeur en soutanes bleues et rouges, du sous diacre et du diacre, revêtus des plus beaux ornements dorés, jusqu'au pied du maître-autel pour commencer la messe. La chorale entonnait L'"Introit" "Dominus dixit ad me" après quoi, on entendait une messe chantée en partie à 4 voix. Au chant du Gloria, un enfant de choeur enlevait le voile blanc qui recouvrait la statue de l'Enfant Jésus; c'était Noël: "II est né le divin enfant". A la communion, les fidèles s'approchaient en rang à la sainte table et les trois prêtres distribuaient la communion. La grand-messe terminée, les diacres et sous-diacres se retiraient et de nouveau, au pied de l'autel, le célébrant commençait la messe d'aurore. Avant le Concile Vatican II, les prêtres avaient le droit de dire 3 messes à Noël et le 2 novembre, le jour des morts. C'était pendant cette deuxième messe qu'on entendait les beaux cantiques d'autrefois: "Ca bergers", "Dans cette étable", "il est né le divin enfant", "Les Anges dans nos campagnes", "Nouvel Agréable", "Le fils du roi de gloire". Les solos de ces pieux cantiques étaient chantés par différents membres de la chorale.

 

II était presque 2 heures du matin quand la foule quittait l'église. On avait alors hâte de retourner à la maison pour réveillonner. Les familles bien enmitoufflées s'embarquaient dans les traîneaux et les chevaux se mettaient en route. Quel beau spectacle d'entendre le son des cloches de l'église et des grelots des chevaux en pleine nuit et de voir cette suite de carrioles et de traîneaux, éclairés par un fanal et d'entendre les souhaits de "Joyeux Noël" de tous côtés. Arrivée à la maison, la famille rassemblée autour de la table, pouvait enfin goûter de ces pâtisseries, tartes, poutines rôties, biscuits, gâteaux et autres bons mets que nos mères savaient bien préparer. II fallait quand même se mettre au lit, car un bon nombre de paroissiens retournaient à la messe du jour à 10 heures.

 

Pour le dîner de Noël, comme l'élevage du dinde n'était guère pratiqué dans la paroisse, le menu consistait d'un ou deux beaux coqs rôtis que l'on avait pris bien soin d'engraisser et de réserver pour le dîner de Noël. Dans l'après-midi et si la température le permettait, les parents accompagnaient leurs jeunes enfants à l'église faire une visite au petit Jésus qui semblait leur sourire dans la crèche. On ne manquait pas de [30] mettre une obole dans le tronc réservé à cet effet. Lorsque l'argent tombait, l'ange inclinait la tête en signe de remerciement. Le jour de Noël était aussi la journée de la visite aux grand-parents. C'était le rassemblement de la famille autour de la table familiale où se prenait le souper après quoi on retournait à la maison.

 

LE JOUR DE L'AN

 

Huit jours après Noël, on était rendu au Jour de l'An, fête d'obligation, le premier jour de l'année nouvelle. A la grande messe, on entendait encore les cantiques de la messe de minuit et le curé faisait une revue de l'année qui venait de s'écouler et en même temps offrait ses voeux de bonne et heureuse année aux ouailles dont il avait la charge.

 

Un bon nombre de paroissiens se rappelleront du premier janvier 1919 alors que le curé nouvellement installé dans la paroisse, le père LeCavalier, qui avait le don de l'éloquence sacrée, offrit ses souhaits du nouvel an à ses paroissiens. On se rappellera que la guerre venait de finir quelques semaines auparavant et qu'aussi la grippe espagnole avait fait une quarantaine de victimes dans la paroisse. II commenca à offrir ses souhaits aux jeunes orphelins qui venaient de perdre soit un père, soit une mère, ensuite il fit ses souhaits aux adultes qui eux aussi pleuraient la mort d'un être cher et enfin, il adressa des souhaits tout particulier aux personnes âgées, aux vieillards. Ce sermon de circonstance restera à jamais gravé dans la mémoire des personnes présentes à la grand-messe du jour de l'an 1919. Inutile de dire qu'on pouvait entendre des sanglots à la grandeur de l'église et à la sortie de l'église comme à la maison on se serrait la main en échangeant ses souhaits de bonne et heureuse année et "le paradis à la fin de vos jours".

 

C'était aussi la coutume au jour de l'an pour les jeunes, d'aller visiter leur parrain et leur marraine qui ne manquaient pas de donner des pommes ou des oranges à leur filleul. Pour le dîner du jour de l'an, on avait réservé, soit un poulet ou quelquefois, un bon rôti de porc frais. On échangeait aussi des visites.

 

LA FETE DES ROIS - L'EPIPHANIE - LA CHANDELEUR

 

Le 6 janvier, la fête des Rois, était une fête d'obligation religieusement observée. Cette fête complétait la série de 3 fêtes.

 

Le 2 février, c'était la chandeleur, à la messe à laquelle un bon nombre de paroissiens assistaient, l'officiant bénissait des chandelles. Ces chandelles bénies étaient rapportées à la maison et servaient pendant les orages de tonnerre et aussi s'il arrivait que la communion était portée à des malades.

 

Pendant l'hiver, il y avait ordinairement une heure sainte dans l'après-midi du mardi gras et pendant le carême, le chemin de croix les vendredi après-midi. [31]

 

NEUVAINE DE ST-JOSEPH

 

"Volez, volez anges de la prière

A Joseph, au plus haut des cieux

Portez-lui- notre amour sincère,

Offrez-lui nos chants et nos voeux (bis)".

 

C'est par ce beau cantique à St-Joseph que les paroissiens de la vallée ont été convoqués pendant au-delà de 60 ans à la neuvaine de Saint-Joseph du 10 au 19 mars. Cette neuvaine doit son origine au Père Lefebvre qui, comme on le sait, avait une grande dévotion à Saint-Joseph. Que de souvenirs cette neuvaine rappelle aux plus vieux de la paroisse. En effet, les exercices de la neuvaine sans être obligatoires, étaient fidèlement suivis par tous les paroissiens. Chaque après-midi à 3 heures, l'église se remplissait comme aux beaux dimanches, seulement les malades, les personnes âgées et les femmes enceintes demeuraient à la maison. Le chapelet, prière et litanies de St-Joseph, sermon et le salut du Saint-Sacrement, tel était le programme. Les sermons étaient donnés par les prêtres du collège et quelquefois par un missionnaire. Pendant la neuvaine, beaucoup de fidèles se confessaient et venaient faire leurs Pâques à la messe du matin.

 

MERCREDI DES CENDRES

 

Le mercredi des cendres, le premier jour du carême, n'est jamais à la même date parce que cette période varie selon que la fête de Pâques est tôt ou tard. La messe de ce jour-là était ordinairement célébrée à 9 heures, alors que le célébrant mettait sur le front des fidèles un peu de cendre bénite pour rappeler à l'homme qu'il est poussière et qu'il retournera en poussière. "Mememto Homo". Au dimanche de la Passion, deux semaines avant Pâques, on couvrait les statues, les croix et les images du Christ avec un voile violet.

 

LE DIMANCHE DES RAMEAUX

 

La grande messe commencait avec la bénédiction des rameaux et ensuite il y avait la procession. Arrivé au portail (aux grandes portes), le célébrant et les servants sortaient dans la tour du clocher avec quelques chantres. Les chantres qui restent dans l'église chantent des versets "Gloria Laus". Ce chant est repris par les chantres en dehors. A la fin du chant, le célébrant frappe trois coups à la porte de l'église avec la hampe de la croix. Les chantres dans l'église chantent "Ingrediente Domino", et la procession s'avance jusqu'à l'autel pour commencer la messe. Pour la bénédiction des rameaux, il n'y avait que les enfants de choeur et le célébrant qui recevait des palmes, lesquelles, comme on le sait, viennent ou sud où l'on trouve les palmiers. Les paroissiens, eux, apportaient des branches de cèdre à l'église pour remplacer les palmes. Ceux qui n'avaient pas de cèdres dans leur lot à bois en demandaient à leur voisin [32] qui ne manquait pas d'en emporter plusieurs petites branches pour les distribuer avant la messe. Avec le dimanche des Rameaux commencait la semaine sainte.

 

JEUDI SAINT

 

La messe du jeudi saint commencait à 10 heures du matin. Au chant solennel du Gloria, l'orgue, les cloches et les sonnettes retentissent à toute volée pour se taire ensuite jusqu'au Gloria du Samedi Saint. A la fin de la messe, après le dernier Evangile, le célébrant mettait de l'encens dans deux encensoirs et encensait trois fois le Saint Sacrement. II revêt la chape et un voile humeral de couleur blanche et portait en Procession le Saint-Sacrement au reposoir. Dans cette procession, on porte la croix et des chandelles, deux servants encensent continuellement le Saint-Sacrement et l'on chante l'hymne "Pange Lingua". Arrivé au reposoir qui était à l'autel de la Sainte Vierge du côté sud de l'église, le prêtre déposait d'abord sur l'autel le calice renfermant le Saint-Sacrement et l'encensait. Ensuite le diacre le dépose respectueusement dans le tabernacle. Puis on récite les Vêpres après quoi on procédait au dépouillement des autels. A trois heures de l'après-midi, il y avait une heure d'adoration pour toute la paroisse. Pour le reste de la journée et durant la nuit, on se succédait de manière à ce qu'il y ait toujours des adorateurs devant le reposoir. Jusqu'au Samedi Saint, comme on ne pouvait sonner les cloches, on se servait d'un "tric-trac" pour signaler que les cérémonies allaient commencer.

 

LE VENDREDI SAINT

 

L'office de ce jour, se rapporte tout entier au drame de Golgotha et au mystère de la Croix. C'était à 9 heures du matin que commençait l'office avec quelques lectures et la passion selon Saint-Jean qui était chantée par trois prêtres. Après le chant de la passion, c'était les oraisons solennelles et l'Adoration de la Croix. Pour la vénération de la Croix, le célébrant et tous ceux qui prenaient place dans le choeur devaient enlever leurs chaussures et deux par deux après s'être prosternés, baisent les pieds du crucifix sur la croix qui avait été déposée au pied de l'autel. Le célébrant, le diacre et sous-diacre font vénérer la croix à l'assistance qui se rendait aux "balustres". Ainsi se terminait autrefois l'office du vendredi saint. Dans l'après-midi, à trois heures, c'était le chemin de croix auquel les paroissiens assistaient.

 

LE SAMEDI SAINT

 

Les offices de ce jour commençaient à 8 heures du matin avec la récitation de l'office des matines suivi de la bénédiction du feu nouveau et la bénédiction du cierge pascal. Les 12 prophéties étaient chantées par une douzaine de prêtres du collège. Après les prophéties, venait la bénédiction des fonts baptismaux suivi des litanies des Saints. A la fin des [33] Litanies, les chantres entonnent sur le ton pascal: "Kyrie eleison". Le prêtre entonnait lé "Gloria" et l'orgue commençait à jouer en même temps que les cloches commençaient à sonner. On disait que les cloches s'étaient envolées à Rome le jeudi saint et revenaient lors du Gloria du samedi saint. La messe continuait et se terminait à l'Ite Messa Est, Alleluia.

 

PAQUES

 

C'est dimanche, c'est Pâques,

C'est le jour où de la mort,

Le Seigneur s'éveilla

Les cloches sonnent là-haut, l'Alléluia

 

Le carême est fini. Les personnes de 21 ans révolus jusqu'à l'âge de 60 ans pour qui le jeûne était d'obligation, devenaient tout joyeux ce matin-là. Les dames en profitaient pour étrenner un nouveau chapeau et enfin on était arrivé au printemps.

 

Le premier dimanche après Paques est désigné sous le nom de "Quasimodo" et le lendemain, le lundi, c'était la fête des petits oiseaux, fête observée dans la paroisse.

 

Plus tard, les prières des rogations et la bénédiction des grains. Enfin arrivait le mois de mai "C'est le mois de Marie, c'est le mois le plus beau". II y avait prière tous les soirs du mois avec récitation du chapelet, lecture pieuse et salut au Saint-Sacrement.

 

En juin c'était la procession de la Fête-Dieu. En juillet le triduum des Dames de Ste-Anne avec messe, sermon et procession au cimetière le jour de la fête de Ste-Anne après la messe.

 

Le 15 août, fête de l'Assomption, n'était pas d'obligation mais était quand même la fête patronale des Acadiens. En octobre, le mois du rosaire, il y avait prière à tous les jours, chapelet et salut du Saint-Sacrement. Le premier dimanche d'octobre, appelé le dimanche du rosaire, était le dimanche des visites à l'église dans le but de gagner des indulgences applicables aux âmes du purgatoire.

 

Pendant le mois d'octobre, il y avait aussi journée de la sainte enfance; à une messe spéciale, les mamans amenaient leurs bébés et petits enfants à l'église et comme il n'y a pas de "crying room" dans l'église de Memramcook, on pouvait entendre toutes sortes de sons, des pleurs, des babillages et, des cris. Qu'importe, c'était la journée des enfants.

 

Avec le mois de novembre, c'était la Tousaint, fête d'obligation, messe diacre et sous-diacre. A partir du midi, les paroissiens ne manquaient pas de faire des visites en vue de gagner des indulgences. Le lendemain le 2 novembre, jour des morts, la grand-messe était suivie du chant du Libera. Les visites à l'église se continuaent jusqu'au soir. Le 8 décembre était la fête de l'Immaculée Conception, une fête d'obligation et la fête que l'on désignait comme la fête de Notre-Dame des Avents. [34]

 

Pendant l'année, le 14 du mois, c'était la récitation du rosaire (trois chapelets) et l'heure de garde qui, pendant les mois d'hiver avait lieu dans ia chapelle de Ste-Anne de même que le chemin de croix du carême car l'église n'était chauffée que les dimanches. La chapelle de Ste-Anne au-dessus de la sacristie pouvait contenir une centaine de personnes. Elle était chauffée par un gros poêle à bois et on y avait accès par un escalier à l'intérieur; elle était construite en bois et fût démolie pour agrandir l'église en 1935.

 

Pendant l'année, il y avait aussi les Quarante heures, où le Saint-Sacrement demeurait exposé, exercice suivi fidèlement par tous les paroissiens. Heures saintes du premier dimanche du mois. Neuvaine de communion du premier vendredi du mois. C'est donc dire que la vie religieuse dans la paroisse était échelonnée au long de l'année. On ne peut pas conclure de là que les paroissiens de Memramcook étaient des meilleurs catholiques qu'ils le sont de nos jours, mais la grande majorité de tous ces exercices de piété étaient suivis pour dire à la lettre par tous les gens et aujourd'hui, sont presque totalement inconnus de la jeune génération. C'était la vie de ce temps là et tous s'y conformaient.

 

En 1928, le père Dismas LeBlanc, fut le premier enfant de la paroisse à devenir curé de St-Thomas de Memramcook. II organisa le premier congrès marial, le 4, 5, 6 septembre 1931. Un monument en souvenir de ce congrès fut érigé en face du presbytère, monument dédié à Notre-Dame de la Paix. A la clôture de ce congrès, en plus des paroissiens, un grand nombre de gens d'ailleurs étaient présents. C'est en retournant chez-eux, ce dimanche après-midi du 6 septembre 1931 qu'un accident a coûté la vie à 6 personnes de la paroisse du Cap-Pelé, à la croisée du chemin de fer à Gayton's alors que le train "L'Ocean LImitée" en provenance de Montréal heurta le petit camion dans lequel voyageait ces victimes. Cet accident mortel jeta la consternation dans la vallée de même que la région environnante.

 

Mgr. Melanson, le premier archevêque Acadien fit sa première visite à la paroisse le 25 février 1942. Le 3 juin 1943, Mgr Norbert Robichaud, ordonnait à la prêtrise, l'abbé Roméo Gaudet et le père Léonard Gaudet, c.s.c., leur père, M. Arthur Gaudet, agronome, fut servant de messe pendant 50 ans ; il aura la consolation de servir la messe de ses propres enfants [35]

 

Prêtres de la Paroisse St-Thomas de Memramcook

 

Nom                                                                                         Ordination              Décès

CORMIER, François-Xavier,

Premier prêtre gradué de U.S.J.                                               1870             1906

LEBLANC, André-T., c.s.c.                                                       1875             1924

LEBLANC, Antoine-T.                                                              1877             1924

BELLIVEAU, Fidèle                                                                  1877             1891

CORMIER, André-D., c.s.c.                                                      1878             1930

BOURGEOIS, Philias, c.s.c.                                                    1879             1913

LEBLANC, Hippolyte, c.s.c.                                                     1882             1926

BELLIVEAU, Philippe-J., s.j.                                                    1883

BOUROUE, André, c.s.c.                                                         1884             1914

BELLIVEAU, Philippe-L., p.d.                                                  1884             1933

LEBLANC, Vital-D.                                                                   1889             1892

CORMIER, Henri, p.d.                                                             1898             1938

CORMIER, François-X.                                                            1903             1930

GAUDET, Jean, p.d..                                                               1906             1971

LEBLANC, Dismas, c.s.c.                                                        1908             1957

LANDRY, Albert                                                                       1909             1945

LANDRY, Napoléon                                                                 1914             1956

LEBLANC, Vital-H.                                                                   1917             1920

LANDRY, Zoël                                                                          1920             1952

McMANUS, Walter, s.j.                                                            1921             1942

RICHARD, Antoine                                                                  1927

BOUDREAU, Raymond                                                           1930             1976

LANDRY, Edgar, c.s.c.                                                            1933             1960

RICHARD, Calixte                                                                   1936

CORMIER, Camille                                                                  1937

GAUDET, Oscar                                                                      1941

GAUDET, Alfred                                                                      1941

GAUDET, Léonard, c.s.c.                                                         1943

GAUDET Roméo                                                                      1943

CORMIER, Jean-Baptiste, c.s.c.                                              1944             1980

BOUDREAU, Dollard                                                               1945

LANDRY, Zoël, c.s.c.                                                               1945

LEBLANC, Hervé, c.s.c.                                                           1945

LEBLANC, Armand                                                                  1946

CORMIER, Allain, c.s.c.                                                           1946

GAUDET, Donatien, c.s.c.                                                       1948

LEGER, Alphonse                                                                    1948             1977

GAUDET, Robert, c.s.c.                                                           1951             1963

LEBLANC, Gérard, c.s.c.                                                         1951

BOUDREAU, Benoît                                                               1951

LEBLANC, Léo-Paul                                                                1955

LEGER, Guy, c.s.c.                                                                  1958

 

[36]

 

LES VICAIRES A LA PAROISSE

 

La paroisse dirigée par les Pères Ste-Croix depuis 1864 a toujours eu l'avantage d'avoir à son service un ou deux vicaires. Les prêtres dont les noms suivants ont fait du ministère pendant quelques années.

 

Père E. Labbé                                                     Père E. Landry

Père J. Lecours                                                   Père T. Gallant

Père H. LeBlanc                                                 Père T. Blanchard

Père B. Lecavalier                                              Père A. Poitras

Père J. Fiset                                                        Père G. Léger

Père D. Morel                                                     Père Z. Landry

Père H. Lapointe                                                 Père S. Doiron

Père W. Gendron                                                Père P. Dufour

Père J. St-Martin                                                 Père J. Boivin

Père J.B. Plouffe                                                 Père L. Boudreau

Père J.N. Poulon                                                 Père E. Brien

Père P. Thériault                                                 Père Sylvio Doiron

Père J. Mallet                                                      Père U. LeBlanc

Père A. Goguen                                                  Père A. Richard

Père F. Goguen

 

RELIGIEUSES NÉES DANS LA PAROISSE

 

2 Hospitalières de St-Joseph (Hôtel-Dieu de Montréal).

2 de la Congrégation de Notre-Dame (Maison-mère, Montréal).

10 Soeurs de Sainte-Croix (Maison-mère, Notre-Dame, Indiana).

1 Soeur de Ste-Croix des Sept Douleurs (Maison-mère, St-Laurent, près de Montréal).

2 Soeurs de la Présentation de Marie (St-Hyacinthe, P.Q.).

78 Petites Soeurs de la Sainte-Famille.

25 Soeurs de la Charité de l'Immaculée-Conception (Maison-mère, St-Jean, N.-B.).

33 Religieuses de Notre-Dame-du-Sacré-Coeur (Maison-mère, St-Joseph, N.-B.).

3 Soeurs de Ste-Anne (Lachine, P.Q.)

3 Soeurs de la Providence (Montréal, P.Q.).

2 Religieuses du Sacré-Coeur de Jésus (Montréal, P.Q.).

1 Petite Soeur de l'Assomption (Campbellton, N.-B.).

1 Soeur Grise (Montréal, P.Q.).

1 Soeur de la Charité (Halifax, N.-E.).

1 Soeur Missionnaire du Christ-Roy.

 

Pour un total de 165 religieuses nées dans la paroisse.

 

LA FETE-DIEU EN ACADIE

 

Dans les douze mois de l'année, il n'y a peut-être pas une seule fête qui rapelle d'aussi heureux souvenirs au coeur d'un Acadien que la [37] fête de Dieu. Les autres nations ont depuis longtemps les fêtes de St-George, St-Patrice, St-Jean Baptiste et la Ste-Andrée qui sont chacune des jours de réjouissance et de grande démonstration, soit pour les Anglais et les Irlandais, soit pour les Canadiens français ou les Ecossais. Quant à nous, nous n'avons jamais eu de célébration nationale déterminée et unanimement adoptée avant cette dernière décade; aussi la fête de Dieu reste encore le grand jour que nous avons appris à aimer, tout particulièrement, dès notre enfance.

 

Autrefois, n'était-ce pas à la fête de Dieu que les jeunes étrennaient leurs habits neufs, que nos mères et grand-mères mettaient leurs plus belles cottes et leurs plus beaux mantelets? Aussi, en ce jour, tous les vieillards et les infirmes à quelque distance que fut l'église faisaient tous les efforts possibles pour assister à la procession, prier, adorer Dieu en commun et recevoir leur part de bénédictions qu'il répand toujours en pareille solennité, sur son passage.

 

Partout où les Acadiens s'étaient groupés, après la dispersion, depuis la vallée Française (Frenchvale) au Cap Breton jusqu'à Pobomcoup ou Pubnico, de Menoudy jusqu'à Paspebiac, les processions de la Fête-Dieu furent maintenues en honneur. Dès le matin, les miliciens munis de mousquetons et de fusils, se rangeaient sous les ordres d'un commandant. Le chapeau ou le casque sur la tête, cette garde militaire se tenait debout dans l'église pendant le Saint Office et suivait ensuite, au dehors la Procession, en qualité de garde d'honneur. Quand à la fin de la messe, le prêtre avait mis la sainte hostie dans la lunette de l'ostensoir, la cloche annonçait le départ de la procession. Puis les chantres le Pange Lingua; une décharge des armes à poudre saluait le Très Saint-Sacrement à la sortie de l'église. Et deux haies mouventes de fervents chrétiens à l'air recueilli et dont les coeurs battaient aux élans d'une même foi, accompagnaient le Très Haut, sur tout le parcours de la procession. Peu de paroisses acadiennes ont gardé jusqu'à nos jours les [38] vieilles rubriques ou anciennes coutumes de la Fête-Dieu; un bon nombre n'y font plus la procession d'usage. Toutefois, pendant ce mois-ci au cours duquel l'église célèbre la fête dont nous parlons, notre pensée se reporte d'elle-même à cette époque non reculée où le missionnaire, précédé d'une troupe militaire, portait publiquement la Sainte Eucharistie au milieu des foules en prière et en adoration. On n'y voyait point de riches parures, point de draperies de luxe étendues sur la route à parcourir, mais que de consolations cette procession répandait dans les coeurs:

 

Là, ne se montraient pas ces tissus précieux;

L'or, l'opale, l'azur n'y frappaient point les yeux;

Des bouquets sans parfum, enfants de l'imposture,

Ne cherchaient point l'autel du Dieu de la nature;

Et des puissants du jour l'orgueilleuse grandeur,

Ne venait point de luxe étaler la splendeur,

Seul, un Dieu tempérant tout l'éclat dont il brille,

Tel qu'un père adoré, visitait sa famille,

Accueillant l'infortuné et portant dans les coeurs,

L'espoir d'un meilleur sort et l'oubli des douleurs;

1er juin 1892Ph. F. Bourgeois, Eud.

 

HISTOIRE DE MEMRAMCOOK

LA FETE-DIEU

 

Pascal Poirier dans son livre "Le Père Lefebvre en Acadie", raconte l'épisode suivante qui s'est déroulée lors d'une procession de la Fête Dieu:

 

"C'est surtout aux processions du Très Saint Sacrement que les forts-à-bras en jaquette aimaient à venir se donner carrière. Mais il y avait pour eux risques et périls. La religion est douée mais non pas ses enfants, quand ils se battent pour elle. Une calèche, attelée de deux chevaux et montée de la fine gomme anglaise des environs, s'en était venue, l'année précédente, à Memramcook même, enfiler en sens contraire toute la procession, en chantant des airs bachiques et d'autres chansons. Par malheur, un vieux canon français, trouvé dans le marais sur son affût, encore assez bien conservé, escortait depuis cinquante ans, le Très Saint Sacrement, aux processions de la Fête-Dieu. C'était le pacifique et seul usage auquel il fut réservé. Mais quel tonnerre il faisait éclater à l'élévation de l'hostie, enveloppant le reposoir dans les volutes de son épaisse ramée! Les femmes et les enfants en frémissaient et les hommes au travers de leur adoration profonde, croyaient entendre l'écho de la France qui revenait.

 

Comme la voiture arrivait vis-à-vis du canon, celui-ci partit tout à coup sous les narines des chevaux, qui, de leur côté, partirent à travers les champs. On ramassa dans le fossé quatre ou cinq citoyens de la puissante Angeleterre, avec des roues [39] fracassées, des lambeaux pleins de boue et des "membres affreux", que des charrons affirmèrent avoir appartenu à une voiture de louage. Le canonier, Martin LeBlanc, la mine désolée, déclara que le vieux canon français était parti tout seul, par accident, oui, tout seul, en voyant les Anglais.

 

Messieurs les trouble-fête revinrent l'année suivante, à pied cette fois, bien déterminés à prendre une éclatante revanche. Ils se firent assommer. Pour avoir le dernier mot quand même, ils intentèrent un procès criminel, - procédé qui ne manquait jamais de réussir - contre celui dont ils avaient le plus à se plaindre, un jeune Théophile B. LeBlanc, qui les avait abattus comme des épis mûrs. Or, il arriva ce qui ne s'était pas vu depuis le régime français dans l'histoire de lAcadie: les inculpés eurent pour se défendre en cour de justice, un avocat de leur race, M. Pierre Landry, qui occupa pour eux.

 

L'émotion soulevée par cet incident dans la paroisse de Memramcook et dans les centres français environnants fut intense. Une cause criminelle française défendue par un avocat français! LeBlanc échappa à la prison et n'eut qu'une légère amende en argent, vite payée par la paroisse. Mais le bruit de ce procès se répercuta au loin, et, depuis ce temps-là, les Acadiens font leurs processions du Très Saint Sacrement à Memramcook et ailleurs, sans être molestés.

 

"LA PROCESSION DE LA FETE-DIEU"

 

Chaque année, à la Fête-Dieu, il y avait une procession. Cette pieuse et édifiante cérémonie établie probablement avec l'arrivée du premier curé résident en 1781 a cessée au printemps de l'année mil neuf cent soixante six (1966). Le divin prisonnier du tabernacle porté sous forme d'hostie consacrée dans l'ostensoir ne passe plus par le chemin du roi accompagné par une foule recueillie le priant à haute voix et proclamant ses louanges, marchant en rang, deux par deux et salué lors de son passage par un grand nombre qui, incapables de le suivre, se prosternait et demandait ses bénédictions. Ces inoubliables processions sont choses du passé. De nos jours, les gens se rassemblent plutôt le long du chemin et des rues lors des festivals pour voir défiler des parades de majorettes sautant au son d'une musique criarde, suivies d'une série de chars allégoriques qui étalent une publicité de produits à vendre ou des services à offrir. Quel contraste que fait le temps présent avec ce passé déjà lointain.

 

Après les incidents relatés par le sénateur Pascal Poirier, incidents regrettables qui eurent lieu durant la procession de la Fête-Dieu, on n'a pas eu à déplorer le moindre petit dérangement à partir de ce temps jusqu'en 1966, alors qu'eut lieu la dernière procession. Dans la mémoire des personnes les plus âgées de la paroisse, les processions du Saint-Sacrement à Memramcook se sont déroulées dans un ordre parfait et étaient suivies annuellement par tous les paroissiens de la vallée d'une manière édifiante. On pourrait dire sans aucun danger de contradiction que les processions à Memramcook étaient les plus imposantes de toutes [40] les paroisses acadiennes tant par le nombre de participants que par la piété de ces milliers de personnes, jeunes et moins jeunes qui, ce jour-là, célébraient probablement la plus belle fête de l'année. Si la fête de Noël était attendue avec impatience, celle de la Fête-Dieu ne l'était pas moins. On s'y préparait d'avance. C'était le temps de porter ses plus beaux habits. Pendant les années que je me rappelle, il y a eu très peu de cancellation à cause de mauvais temps. II semblait que le Bon Dieu voulait que les fidèles puissent l'accompagner dans les rues toutes décorées de drapeaux pour l'adorer et le prier pendant qu'il les bénissait et leur accordait des grâces innombrables. La préparation pour cette fête commençait avec l'érection d'arches montés par les gens d'un certain district de la paroisse; afin de diviser le travail, les préparatifs, tels que la coupe des balises, bouleaux et trembles, le montage et la décoration des arches était faite par les différents districts à tour de rôle. Comme le parcours de la procession était assez long, il y avait bien souvent deux reposoirs, un devant l'office du Dr. Gaudet et l'autre aux grandes portes du collège. Le dimanche, la grande messe était chantée par le Supérieur du collège avec diacre et sous-diacre. La procession se mettait en marche à la fin de la messe vers les 11 heures.

 

Pour ouvrir la procession, un paroissien nommé par le curé, portant une espèce de bâton, suivi de la banière des enfants de Marie. Cette banière de même que les autres étaient portées par des hommes nommés par le curé. Les officiers ou les officières des différentes sociétés, tenaient les cordons des banières. Les dames de Sainte-Anne venaient en second lieu avec leur banière suivie des dames et des demoiselles qui ne faisaient partie d'aucune organisation. Les filles du couvent accompagnées des religieuses et les soeurs de la Sainte-Famille complétaient le groupe du sexe féminin.

 

La croix et les enfants de choeur étaient en avant du célébrant qui portant l'ostensoir accompagné du diacre et du sous-diacre. Sous le dais [41] porté par 4 syndics, deux servants de messe encensaient continuellement le Saint Sacrement, pendant que les chantres suivaient en chantant le "Pange Lingua".

 

Après quoi, les banières des ligueurs, des assomptionistes, des artisans et autres organisations d'hommes suivaient accompagné des élèves du collège, de la fanfare et des prêtres et religieux en soutane et surplis blanc qui fermaient la procession. De distance en distance, des prêtres récitaient le chapelet auquel répondaient les fidèles. La fanfare jouait aussi quelques marches. Le long du parcours, était parsemé de jeunes mamans avec leurs bébés et petits enfants et les autres personnes qui étaient incapables de suivre; tous s'agenouillaient au passage de l'ostensoir.

 

Arrivé au reposoir, le célébrant déposait l'ostensoir sur l'hotel et les chantres chantaient le "Tantum Ergo". Le célébrant bénissait la foule agenouillée et la procession se remettait en marche.

 

Arrivé au deuxième reposoire, on procédait de la même manière. Pendant toute la durée de procession, les cloches carillonnaient continuellement jusqu'à la rentrée à l'église pour une dernière bénédiction. Le tout se terminait vers midi. Pendant les années 40, le Père Médard Daigle, c.s.c., a filmé en couleurs, différents groupes tout le long du parcours. Ce film est conservé au Centre d'Etudes Acadiennes à l'Université de Moncton rappelle à ceux qui ont eu l'occasion de le voir, les belles cérémonies religieuses qui se déroulaient dans la paroisse. Ces cérémonies à cause de la grandeur de la paroisse avec une population de plus de 3,500 personnes en plus des élèves et du personnel du collège, des religieux et des religieuses, les filles du couvent et leurs religieuses, formant une foule de presque 4,000 personnes. La procession de la Fête-Dieu à Memramcook n'était dépassée nulle part ailleurs dans nos campagnes par le nombre qui y prenait part et l'on pourrait dire par la piété manifestée et déployée tout le long de cette cérémonie. Après la fermeture du collège et le transfert de L'Université à Moncton en 1965, la dernière procession solennelle eut lieu en 1966. C'est le père Guy Léger (ce père Léger ordonné prêtre à Rome après avoir obtenu une licence en théologie est maintenant chancelier du diocèse de Yarmouth, N.-E. et en même temps curé de Buttes Amirault) c.s.c., le dernier fils de la paroisse à être ordonné prêtre (le 42ième) alors un des vicaires à la paroisse, qui a célébré la grande messe et qui a porté l'ostensoir.

 

LE CONGRES EUCHARISTIQUE

 

Du 5 au 8 septembre 1946, le premier congrès eucharistique régional regroupant une douzaine de paroisses de l'archidiocèse se tint à Memramcook. Les cérémonies se déroulèrent dans un décor grandiose au terrain de jeux de l'Université Saint-Joseph, où l'on éleva un magnifique reposoir, tout blanc, réplique de l'église de Grand-Pré. L'ouverture se fit le 5 au soir et le T. S. Sacrement resta exposé jusqu'au dimanche soir le 8 septembre. Le jour et toute la soirée jusqu'àprès les [42] messes de minuit en plein air, le T. S. Sacrement était au reposoir puis transportait à l'église ou la foule continuait l'adoration jusqu'au matin, le congrès se clôtura par une procession aux flambeaux, de 15,000 prsonnes parties de Collège Bridge jusqu'au reposoir. Ce fut un triomphe eucharistique sans précédent dans les Maritimes ce qui a certainement produit de grandes grâces. (Extrait du livre, les Saintes croix en Acadie] [43]

 

LA VEILLEE DES MORTS - LES ENTERREMENTS

 

Autrefois, dans nos campagnes, lorsqu'un décès survenait dans une famille, comme le métier d'entrepreneur de pompes funèbres n'existait pas, il incombait à des voisins ou à des voisines selon le cas, d'ensevelir la personnes qui venait de mourir. Dans certains villages, il arrivait qu'une ou deux personnes, sans être garde-malade, étaient reconnues pour leur bonne volonté de soigner les agonisants et de les préparer à la mort et de les ensevelir après leur trépas. Après l'ensevelissement, la personne décédée était exposée dans le salon ou la grande chambre de sa demeure. On demandait à un charpentier de faire un cerceuil de pin ordinairement doublé de coton noir, pour une grande personne et en coton blanc s'il s'agissait d'un enfant.

 

Ordinairement, on veillait le mort ou la morte pendant deux jours ou deux nuits. Les voisins, les parents et les amis venaient passer la nuit pendant laquelle on récitait le chapelet plusieurs fois. Après la mort, quelqu'un de la famille se rendait faire les arrangements pour la journée des funérailles.

 

C'était alors la coutume de sonner le glas pour annoncer un décès. La cloche tintait 7 fois pour une femme, 9 fois pour un homme. Après quoi, les cloches se mettaient en branle et sonnaient pendant quelques minutes; ceci se répétait trois fois. Le matin de l'enterrement à l'arrivée du cortège funèbre, la cloche tintait de nouveau et les 3 cloches sonnaient jusqu'à l'entrée du cerceuil dans l'église. De même à la fin du service, la cloche tintait 7 fois ou 9 fois dépendant et les 3 cloches sonnaient à toute volée accompagnaient ainsi le défunt jusqu'au cimetière.

 

Le service funèbre était ordinairement chanté deux jours après le décès et les enterrements avaient presque toujours lieu le matin. A Memramcook, le service de première classe était chanté par le curé, assisté d'un diacre et d'un sous diacre. Avant la première guerre, pendant un certain temps, si un pauvre venait à mourir, on sonnait seulement une cloche et le service était chanté par seulement un prêtre. Plus tard, une association fut formée, qui assurait à tous le glas de 3 cloches et un service de première classe, pauvre ou riche. Heureusement, cette distinction est disparue une fois pour toute.

 

Le matin des funérailles, puisqu'à l'époque, il n'y avait pas de corbillard (hearse) le mort était transporté dans un "wagon express", en traîneau pendant l'hiver. Les parents et amis suivaient le cortège de la maison à l'église. Après le service et un dernier "libers", les porteurs amenaient le cercueil jusqu'au cimetière beau temps, mauvais temps, hiver ou été et le descendaient dans la fosse nouvellement creusée. L'officiant qui était précédé de la croix portée par un servant récitait une dernière prière en aspergeant le cercueil. La cérémonie terminée, les fossoyeurs commencaient immédiatement à jeter la terre pour remplir la fosse. Dans certaines paroisses, les parents et amis ramassaient chacun une poignée de terre et la jetaient sur le cercueil. Ce geste symbolique signifiait dans sa simplicité, que le dernier service que l'on peut rendre à une être aimé est de voir que son corps soit enterré et non laissé à la merci [44] des éléments.

 

Avant le renouveau liturgique, les offices religieux, la messe, les Vêpres étaient dits ou chantés en latin, la langue de l'église. Après le Concile de Vatican II, la langue du peuple devint l'usage, c'est-à-dire que les messes et autres offices seraient dits ou chantés dans la langue du pays, français, anglais, etc ...

II en est de même pour le service funèbre qui, comme on le sait, était chanté en latin, dans une église, où tout était en noir les ornements sacerdotaux de même que les autels, le drap mortuaire. La liturgie romaine des funérailles est désormais empreinte d'une joie sereine qui fait heureusement oubier les terribles "Dies Irae" d'autrefois. L'officiant est revêtu de blanc. A cet égard, on trouve dans le feuillet paroissial de Memramcook du 14 mars 1976 ce qui suit: Liturgie des défunts: "Drap mortuaire. Depuis plus d'un an, le comité liturgique avait décidé de remettre en usage, la coutume de recouvrir le cercueil dans l'église lors des funérailles. Nous avons discontinué cet usage il y a environ 10 ans quand le blanc avait remplacé le noir comme couleur liturgique des funérailles. Nous remettons donc le voile mortuaire mais cette fois de couleur blanche. Le voile sera posé à l'entrée dans la tour de l'église et enlevé au même endroit lors de la sortie afin que tous, riches ou pauvres, au moins à l'église soient égaux. Cette mesure est la première d'une étude sur notre façon de marquer les funérailles chrétiennes".

 

Lors de la première guerre, Max Melanson, acheta un corbillard dans lequel les morts étaient transportés de la maison à l'église. Peu de temps après, Sylvain et Edouard Léger, se portèrent acquéreurs de ce corbillard sur lequel on attelait une paire de chevaux noirs. L'hiver, le corbillard était monté sur un traîneau. Madame Edouard Léger (Marie Landry) obtint son diplôme d'embaumeur en février 1938. C'est [45] probablement la seule acadienne de la province qui ait obtenu cette distinction à l'époque. A partir de ce temps, les morts étaient embaumés et ensevelis mais étaient toujours exposés dans leur maison. Le 15 décembre 1963, Dollard Dupuis, gradué en Sciences Mortuaires et licencié pour le Nouveau-Brunswick, prit la succession d'Edouard Léger et ouvrit le salon funéraire Dupuis à Memramcook. Comme les chemins sont ouverts à l'année, une auto corbillard des plus modernes transporte maintenant les morts du salon à l'église.

 

LES PETITES SOEURS DE LA SAINTE-FAMILLE

 

Le 15 juin 1980, était fêté à Memramcook, un centenaire important. La paroisse de St-Thomas de Memramcook et les religieux de SainteCroix en Acadie saluaient le Centenaire de fondation des Petites Soeurs de la Ste-Famille à Memramcook le 31 mai 1880. En septembre 1874, mère Marie-Léonie, qui était entrée au couvent des marianistes de Sainte-Croix à Saint-Laurent et admise à la profession religieuse en 1857 fut appelée à Memramcook par le Père Camille Lefebvre, c.s.c., pour diriger les jeunes acadiennes au service du collège; c'est là qu'elle fonda en 1880 son Institut des Petites Soeurs de la Sainte-Famille vouée au service des prêtres. Après la mort du co-fondateur, le père Lefebvre en janvier 1895, mère Marie-Léonie était toujours à la recherche d'un évêque qui approuverait officiellement sa communauté naissante. Elle rencontra l'évêque Mgr. Sweeney de Saint-Jean qui lui refuse son approbation. C'est Mgr. Paul Larocque, évêque de Sherbrooke qui, la même année accueille la jeune communauté dans son diocèse. Malgré tout, la communauté est restée au Nouveau-Brunswick, au service du collège St-Joseph jusqu'à sa fermeture en 1966. [46]

 

Voici un extrait du bulletin paroissiale de la paroisse de Memramcook du 11 août 1968:

 

"Nous sommes très heureux d'accueillir quatre petites soeurs de la Sainte-Famille qui seront désormais à notre service au presbytère et à l'église. Cette communauté est bien connue des paroissiens pour avoir été fondée ici même, à St-Joseph où elle s'est dépensée au service des religieux de Ste-Croix durant près d'un siècle. La fermeture du collège les avait obligé de se retirer ailleurs. Mais par une grâce insigne de la divine Providence, elle reviennent à notre service ici-même.

 

Nous les accueillons de tout coeur, leur souhaitant bonheur dans notre milieu et leur assurons la sympathie de tous les paroissiens de Memramcook".

Le bulletin paroissial du 30 décembre 1979 annoncait le centenaire des Soeurs de la Sainte-Famille en 1980, comme un événement particulier pour elles et toutes les personnes qui ont bénéficié de leur dévouement à travers les années. En effet, ce fut le centenaire de leur fondation le 31 mai 1980. Pour nous à Memramcook, nous considérons 1874 comme date de fondation avec l'arrivée de Mère Marie-Léonie au Collège.

 

A travers les années, 72 filles de la Vallée se sont données à cette communauté. Nous aurons l'occasion au printemps de fêter mère Marie-Léonie et ses filles dont nous apprécions tellement les services et les prières.

 

Le bulletin paroissial du 2 mars 1980 rapporte qu'à une réunion annuelle des paroissiens, il a été annoncé que Memramcook fêtera le centenaire de fondation de l'Institut des Petites Soeurs de la SainteFamille le 15 juin. Partout où les Petites Soeurs oeuvrent, c'est présentement une année de célébration ... et avec raison. Memramcook, comme berceau de la communauté désire apporter sa contribution aux fêtes. Les Religieux de Sainte-Croix en Acadie veulent aussi se joindre à la fête pour remercier mère Marie-Léonie et ses filles spirituelles qui les ont si bien épaulés dans leur apostolat. L'Evangéline du 16 juin donne le compte rendu suivant:

 

"Les célébrations du centenaire de fondation des Petites Soeurs de la Sainte-Famille se sont déroulées tel que prévoyait le programme. Huit ou neuf cents personnes assistaient à la messe concélébrée en l'église St-Thomas de Memramcook par S.E. Mgr. Donat Chiasson, archevêque de Moncton. II y avait une quinzaine de prêtres et des frères de la Congrégation SainteCroix. La manifestation du Centenaire était sous les auspices de la paroisse Saint-Thomas et les Religieux de Sainte-Croix."

 

Cent ans après la fondation, la communauté d'origine acadienne compte 787 membres vivants, soit 773 professes, 7 novices et 7 postulantes. Tout ce monde assure l'entretien de 74 maisons réparties au Canada, aux Etats-Unis, à Rome et au Honduras, en Amérique Centrale. En honorant les fiers services rendus par les soeurs de mère Marie-Léonie en Acadie [47] et dans le monde pendant 100 ans, les trois paroisses de la vallée de Memramcook veulent saluer les 76 religieuses qui sont nées chez-nous et qui ont oeuvré dans l'Institut de la Sainte-Famille. Le souvenir de la fondatrice mère Marie-Léonie sera aussi ravivé auprès de ses nouveaux amis qui continuent de se confier à son intercession. Sa réputation de sainte s'affermit parmi les paroissiens et dans les environs. D'ailleurs sa cause de béatification est introduite à Rome et de nombreuses faveurs obtenues par son intercession sont accueillies chaque jour au Centre Marie-Léonie à Sherbrooke. Soeur Juliette Saint-Pierre, supérieure générale et son conseil, assistaient à ces fêtes. II y eut aussi présentation d'un film "Les Servantes du Bon Dieu" au monument Lefebvre en présence de 300 à 400 personnes. La paroisse a ainsi rendu hommage à cette communauté qui vit le jour dans son sein, il y a 100 ans.

 

Le premier conseil général des Religieuses Notre-Dame du Sacré-Coeur, 1924.

 

Le conseil géneral actuel des Religieuses Notre-Dame du Sacré-Coeur, 1984.

 

LES RELIGIEUSES NOTRE-DAME DU SACRE-COEUR

 

Jusqu'en 1924, à travers toute l'Acadie, la congrégation anglaise des Soeurs de la Charité, recrutent en grand nombre, des jeunes acadiennes. A cette date, par une entente très cordiale, les religieuses acadiennes s'unirent dans une nouvelle communauté. Les Religieuses de Notre-Dame du Sacré-Coeur. La maison mère, le noviciat et le postulat fut établi à St-Joseph. Désormais, elles remplacèrent les Soeurs de la Charité qui avaient enseigné dans le couvent de St-Joseph depuis 1879 ainsi qu'ailleurs dans les autres centres acadiens. [48]

 

LES SOEURS DE LA CHARITE

 

Le Père Philéas Bourgeois dans son livre "La vie de l'abbé F.X. Lafrance" écrit ce qui suit:

 

"M. Lafrance avait essayé d'ériger un couvent pour les jeunes personnes de sa paroisse; mais la construction inachevée en avait été forcément interrompue à la fermeture de son séminaire. Le Père Lefebvre reprit en sous-oeuvre le projet de son prédécesseur. En 1868, il ouvrait son école aux jeunes filles dans une maison particulière. L'année suivante, ayant fait venir du Canada une maîtresse diplomée, il transporta l'école dans le haut de la sacristie. Toute la paroisse alors s'enthousiasma pour un couvent, dont la charpente fut instamment montée, avec accompagnement de réjouissances publiques, tel que cela se pratiquait autrefois en France et dans la vieille Acadie. Un ouragan la fracassa durant la nuit. Tenaces, pasteur et paroissiens se réunirent le dimanche suivant et ceux-ci souscrivirent, séance tenante, $1,000.00 pour l'érection d'un couvent plus grand que le premier. "C'est, disaient-ils, parce qu'il n'était pas convenable que le vent l'a renversé." Au mois de septembre de l'année suivante (1871), la maison était terminée et prête à recevoir les élèves. Le Père Lefebvre voulait en donner la direction aux Soeurs de la Congrégation de Sainte-Croix, mais Sa Grandeur Mgr Sweeney y préféra mettre les Soeurs de la Charité, communauté nouvellement fondée par l'épiscopat des provinces maritimes. Soeur Rosalie en fut la première supérieure. Cette institution, le couvent Notre-Dame du Sacré-Coeur, inaugurée le 15 octobre 1873, complétait à Memramcook l'institution nationale du Collège St-Joseph. Elle est aujourd'hui prospère et sous la présente direction spirituelle du R. P. [49] LeBlanc, elle peut compter sur la confiance des parents, assurée qu'elle est de la protection de Dieu."

 

En 1880, à la demande du Père F.X.J. Michaud, curé de Bouctouche, les Soeurs de la Charité de Saint-Jean assument la charge qu'il venait de construire dans sa paroisse. Les soeurs verront a l'enseignement des jeunes filles en y ouvrant un pensionnat. Les jeune filles et les jeunes garçons du village seront des externes. Ce couvent. connu sous le nom de Couvent de l'Immaculée-Conception, sera donc dirigé par les Soeurs de la Charité jusqu'en 1924. A partir de cette année 1924, les Religieuses Notre-Dame du Sacré-Coeur enseigneront les jeunes acadiennes de la région et cet oeuvre acquit la réputation d'un foyer de culture féminine. En 1965, le couvent ferme ses portes. Depuis 1969, il est devenu un musée qui attire un grand nombre de visiteurs surtout pendant la belle saison. En 1888, les Soeurs de la Charité ont leur couvent à Shédiac et enseignent aux enfants de cette petite ville.

 

En 1916, l'abbé Alban Robichaud, curé de Saint-Anselme, fit bâtir un couvent, tout prêt de l'église et le 17 août 1916, les Soeurs de la Charité de Saint-Jean prennent possession du couvent Notre-Dame de Lourdes. Ce couvent était à la fois un pensionnat et un externat. Plus tard, en 1923, les Soeurs de la Charité ont leur couvent au Petit Rocher.

 

Voilà où en était les choses en 1923. Les Soeurs de la Charité enseignaient dans les couvents de St-Joseph, Bouctouche, St-Anselme et dans les écoles à Shédiac et au Petit Rocher. La grande majorité de ces soeurs enseignantes étaient des acadiennes qui dispensaient de leur savoir à des jeunes acadiens et acadiennes de nos centres acadiens de la province. L'Evangéline du mardi, 21 septembre 1982 rapporte ce qui suit en parlant des fêtes paroissiales de Bathurst Est et des religieuses Notre-Dame du Sacré-Coeur qui sont là depuis 1942.

 

"Avant qu'on en dise davantage, permettez que soit retracé l'origine de cette congrégation. En un mot, qui sont ces religieuses si heureuses d'être parmi vous aujourd'hui? En réalité, elles sont une branche détachée d'un autre arbre, celui de la Congrégation des Soeurs de la Charité de Saint-Jean, N.-B. En 1871, deux ans avant la fondation du Couvent de Memramcook, un événement providentiel est survenu pour nous dans cette Communauté des Soeurs de la Charité; l'entrée au noviciat de Suzanne Cyr, originaire de Saint-Basile, N.-B. C'est elle qui vit dès 1908 probablement, la nécessité de grouper des religieuses de langue française de sa communauté pour qu'elles puissent plus adéquatement servir les acadiens dans leurs milieux respectifs. Elle songea d'abord à un noviciat, puis à une province. Finalement, sous la poussée des événements, (Mgr Arthur Melanson, en 1922, fondait à Campbellton, les Filles de Marie de l'Assomption, première communauté acadienne), elle comprit qu'il fallait fonder une congrégation tout à fait différente. Elle eut le support de Monseigneur Edouard LeBlanc, évêque de Saint-Jean, N.-B., ainsi que cinquante-deux compagnes religieuses qui ensemble risquèrent l'aventure d'une nouvelle [50] fondation. La demande fut introduite à Rome en 1922 et l'approbation accordée en 1924. Notre communauté, qu'on appelle les Religieuses de Notre-Dame du Sacré-Coeur, existe donc depuis le 17 février de cette année là. La Maison-mère fut établie à Memramcook (St-Joseph) où étaient les Soeurs de la Charité depuis 1873."

 

La paroisse de Memramcook voyait donc en cette date du 17 février 1924, la fondation d'une deuxième communauté. D'après les notes de Soeur Marie Dorothée, la date officielle de la fondation avait été fixée au 17 février. C'était un dimanche. A 7 heures du matin, Mgr LeBlanc célébra la messe puis, après le déjeuner, on procéda à l'érection du premier Conseil Général. Soeur Marie-Anne (Suzanne Cyr) fut élue supérieure, Soeur Marie-Thérèse, première assistante, Soeur Marie-Rosalie, deuxième assistante, Soeur Marie-Andréa, troisième assistante et Soeur Marie-Céline, quatrième assistante. Soeur Marie-Julie, fut élue économe et Soeur Marie-Andréa, secrétaire. Pendant ce temps, le Père Lecavalier, curé de la paroisse, s'occupait de son ministère paroissial, mais il pensait assurément au groupe de religieuses qui pendant qu'il célébrait, se formait en communauté. Après la messe, il invita donc ses paroissiens à se rendre à la salle du couvent pour saluer les Religieuses de Notre-Dame du Sacré-Coeur. Alfred (à Jude) LeBlanc, franc patriote et bon directeur de chorale, entonna l'Ave Maris Stella. Les paroles et la voix s'étouffèrent dans la gorge de plusieurs soeurs, tant elles étaient émues, mais l'hyme fut quand même chanté avec force jusqu'au bout.

 

N.B. J'ai eu le bonheur d'être parmi les nombreux paroissiens à cette occasion du dimanche, le 17 février 1924, alors que la nouvelle communauté acadienne N.D.S.C. était officiellement fondée avec 53 religieuses.

 

Dès le lendemain matin, les curieux purent voir à Memramcook, Shédiac, Bouctouche, Saint-Anselme, Petit Rocher et Moncton, des soeurs vêtues un peu différemment que de coutume. Leur style de vie et leur apostolat restaient sensiblement pareil. Elles récitaient en français, à peu près aux mêmes heures, les prières que leurs consoeurs de Saint-Jean récitaient en anglais. C'était en somme un besoin local qui les avait séparés physiquement. En réalité, toutes restaient des femmes consacrées au Seigneur selon les modalités d'apostolat de Saint-Vincent de Paul, de Sainte-Elisabeth Seton, de Mgr Connolly et de Mère Vincent. La fondation de Mère Marie-Anne venait tout simplement de faire surgir une nouvelle branche toujours sur le même tronc.

 

A partir de cette date, du 17 février 1924, cette nouvelle congrégation a prit un essor qui mérite d'être souligné. D'années en années, un bon nombre de jeunes acadiennes furent acceptées comme. postulantes pour devenir après leur noviciat, des religieuses qui ne fourniront pas à répondre aux demandes qui leur étaient faites d'aller enseigner dans nos centres acadiens.

 

A St-Joseph, la Maison-mère, le couvent abritait les postulantes les novices et les religieuses qui se dépensaient à l'enseignement des pensionnaires et de quelques externes de la paroisse. [51]

 

Voici d'autres notes concernant le pensionnat de Saint-Joseph où on y comptait qu'une cinquantaine de pensionnaires durant la crise économique des années 30, mais en 1939 arrive la deuxième guerre et voilà que l'on trouve jusqu'à 250 pensionnaires. L'édifice qui avait été agrandi plusieurs fois et qui abrite les religieuses, postulantes et novices, et élèves est devenu évidemment trop petit et pour combler à ce manque d'espace, les religieuses font l'achat de deux propriétés voisines du couvent et y logent les élèves de la 11ième année. En 1943, Soeur Jeanne de Valois ouvre la première classe d'enseignement classique. En juin 1947, mesdemoiselles Alphonsine Després et Antoinette Léger (cette dernière de la paroisse de Memramcook) sont les deux premières â mériter le baccalauréat ès arts, 46 jeunes acadiennes du NouveauBrunswick, de la Nouvelle-Ecosse, et du Québec ayant complété avec succès leur "High School" et 9 leurs cours commercial, probablement ie plus grand nombre de jeunes filles sur le théâtre dans le Monument Lefebvre ce 17 juin 1947, à recevoir leur diplôme.

 

En 1959, le Collège Notre-Dame d'Acadie ouvre ses portes à Moncton. On y dispense l'enseignement classique, secondaire et commercial à plus de sept cents jeunes filles pensionnaires et externes. La réforme du système d'éducation entraîne en 1965 la fermeture de ce collège.

 

Quant au couvent de Saint-Joseph, il n'existe plus depuis 1970, alors qu'il ferma ses portes après 97 ans d'existence. Peu après, il fut démoli et de nos jours, sur le site de l'ancien couvent, on y trouve le foyer Saint-Thomas, foyer de 22 appartements pour citoyens et citoyennes d'âge d'or.

 

La Soeur Thérèse Vautour, n.d.s.c., écrit dans l'Information de septembre 1982:

 

"Dès le début de sa fondation, la Congrégation des Religieuses Notre-Dame du Sacré-Coeur avait reçu comme mandat d'Eglise, entre autres, le soin des personnes âgées dans les foyers et résidences. Les circonstances n'ont pas permis que les religieuses puissent s'engager dans cette voie tout de suite. Le domaine de l'éducation a constitué leur premier champ d'apostolat. Cela s'explique très bien. D'abord, les fondatrices oeuvraient déjà dans les postes d'éducation, pensionnats et écoles. Aussi, les besoins en matière d'éducation étaient urgents, tandis que les soins des malades et des vieillards étaient déjà pris en charge par d'autres congrégations. Au cours des années 50 et au début des années 60, les religieuses avaient dirigé à Bouctouche le petit hôpital Stella Maris. En 1966, le premier hôpital appartenant à la congrégation ouvrit ses portes a Sainte-Anne-de-Kent Mais les religieuses gardaient toujours la hantise de compléter l'évantail des oeuvres auxquelles l'Eglise les appelait. Avec la Résidence Notre-Dame-du-Sacré-Coeur de Dieppe, c'est chose faite. La résidence a ouvert ses portes en janvier 1983. Elle peut accueillir une vingtaine de parents des Soeurs, âgés ou malades.

 

En 1983, 59 ans après sa fondation, du nombre d'au-delà [52] de 300 et plus, les religieuses Notre-Dame du Sacré-Coeur oeuvrant au Petit Rocher, à Bathurst Est, Néguac, Baie Ste-Anne, St-Paul, Ste-Marie, Cocagne, Dieppe, St-Anselme, St-Joseph, Pré d'En Haut, Ste-Anne-de-Kent, Grand Sault, Moncton, en Nouvelle-Ecosse dans le diocèse de Yarmouth, en Colombie et au Haïti. Dans ces divers centres, elles s'occupent soit de l'enseignement dans les écoles, de la catéchèse, de la pastorale et du soin des pauvres et des malades.

 

La paroisse de Memramcook se glorifie d'avoir vue la fondation de deux congrégations, soit les Petites Soeurs de la Sainte-Famille, et les Religieuses Notre-Dame du Sacré-Coeur. C'est tout un honneur pour la plus vieille paroisse française de l'Acadie et donc elle s'enorgueillit à juste titre.

 

LES EGLISES DE MEMRAMCOOK

 

Au chapitre de la fondation de la paroisse, on a vu que la première église de Memramcook a été construite à la Pointe-aux-Boulots, tout près du pont de Rockland. Elle n'était qu'à quatre milles de Dorchester, érigée sur un lopin de terre situé près de ce qui est aujourd'hui la route principale. Cette église fut détruite à l'automne 1755 par les troupes "néo-anglaises".

 

La seconde église, construite après le grand dérangement "sur la montain", là où l'on voit la croix de fer. En 1795, cette seconde église fut incendiée. Après discussion, il fut décidé de construire sur le site actuel. En 1810, le curé, l'Abbé Ciquart, construisit une église temporaire. En [53] 1812, on était encore dans l'église en bois commencée deux ans plus tôt. Les travaux pour la construction de l'église actuelle furent commencés en 1840. Ces travaux furent suspendus jusqu'en 1845. Une pierre trouvée dans le mur indique que l'extérieur fut terminée dans l'année 1847.

 

Dans le livre, les Sainte-Croix en Acadie, on peut lire ce qui suit concernant l'église actuelle: "En 1855, le Père Lafrance, curé, fit terminer l'intérieur. Ce sera, dit-il, la plus belle église du diocèse après la cathédrale". En 1865, Mgr. Sweeney bénit la première cloche de l'église. L'église terminée en 1847 n'avait encore qu'un petit clocher de bois qui fut démolit en 1879 pour la remplacer par la magnifique tour de pierre surmontée de la flèche actuelle. Cette tour qui s'élève à 150 pieds dans les airs fut terminée en 1881. Lors de la première convention générale des Acadiens en 1881, Mgr Sweeney bénit deux autres cloches pour l'église, une de 1400 livres et une autre de 550 livres; avec celle de 800 livres bénite en 1865, l'accord musical était parfait. Ce fut le premier carillon de la province.

 

Comme le notait le Moniteur Acadien, commentant les fêtes de la Convention: "La cloche de Grand Pré sonna la dispersion... les cloches de Memramcook sonnent le ralliement."

 

En 1904, à la venue du Père Alfred Roy, comme curé, l'église devenait trop petite pour la population sans cesse croissante de la paroisse; on avait prévu qu'il faudrait l'agrandir dans un avenir assez rapproché. C'est pourquoi en 1896, les syndics fondèrent une caisse de prévision des travaux futurs. Cette caisse eut tant de succès qu'en 1934. elle contenait la jolie somme de $65,000.00.

 

Agrandissement de l'église.

 

Le 30 avril 1934, après deux ou trois ans de pourparlers, Monseigneur LeBlanc autorisa l'agrandissement, mais avec la restriction que la paroisse devait aider, au pro-rata de ce qu'ils avaient mis dans la caisse d'agrandissement, les paroissiens de Pré d'En-Haut à se construire une église qui deviendrait une troisième desserte de Memramcook. Les travaux commencèrent simultanément aux deux églises et les fondations étaient déjà très avancées quand finit le second terme du Père Dismas LeBlanc, en juillet 1934.

 

Le Père Eugène Daoust, succéda au Père LeBlanc comme curé, et continua les travaux des deux églises. Les travaux d'agrandissement furent terminés en 1935. L'agrandissement fut fait de la manière suivante en allongeant l'église du côté ouest là où se trouvait la chapelle de Sainte-Anne et la sacristie. Une bâtisse de bois fut démolie pour permettre le prolongement de l'église en allant vers le cimetière. Les jubés de chaque côté de l'église à l'exception de celui du coeur de chant et de l'orgue furent aussi démolis et le plafond fut descendu, ce qui changea le style de l'intérieur. Dans l'église ainsi restaurée, on installa des nouveaux bancs de chêne en 1939. La nef pourra dorénavant accomoder 900 personnes et les jubés au-dessus de la sacristie et de la chapelle de Sainte-Anne, ainsi que le jubé de l'orgue, 450 personnes de plus. [54]

 

Un auteur inconnu a écrit ce qui suit:

 

"L'église actuelle terminée en 1847, agrandie en 1934, malgré son âge se porte très bien, demeure très solide et a vu des générations les unes après les autres, venir s'agenouiller dans son enceinte pour y nourrir leurs âmes de la Parole et y chercher des secours spirituels. Dimanche après dimanche, elle "S'emplissait et sa cours extérieure fut longtemps décorée de beaux chevaux avec voitures fines sur lesquelles l'assurance protection publique n'était pas une nécessité. Le Bon Dieu n'avait pas dit à Moise: "Attelle la grise et va à l'église."

 

LES ENFANTS DE CHOEUR

 

Aux grandes messes, les enfants de choeur remplissaient les deux bancs de chaque côté du maître-autel dans le sanctuaire. Les enfants de choeur n'étaient pas tous des enfants. Un bon nombre étaient de grandes personnes, certain même d'un âge assez avancé. Un certain vieux garçon avait sa place au fond du banc et il avait été surnommé le "beu du fond". Tous portaient la soutane ou une "cotte noire" et un surplis blanc. Les enfants de choeur étaient divisés entre les petits servants et les grands servants ou les acolytes. Un nombre de ces jeunes sont demeurés enfants de choeur jusqu'à l'âge adulte; entre-autre il y avait: Arthur Gaudet, Edouard Gaudet, Henri D. Gaudet, André LeBlanc, Edgar Belliveau. La quête du dimanche était toujours faite par deux de ces grands servants.

 

L'orgue de l'église paroissiale

 

Dans son livre "Le Père Lefebvre et l'Acadie", Pascal Poirier écrit ce qui suit:

 

"Quand en 1871, il (le Père Lefebvre) dota la paroisse de Memramcook d'un orgue, le premier qui ait été installé dans une église acadienne, cet orgue à tuyaux, de la maison Casavant a fait résonner tous les coeurs. II ne vieillit pas et dans sa mémoire, il se rappelle bien des Liberas, des Tantum Ergo du plain chant de jadis, les Glorias et les Crédos grégoriens et nos cantiques modernes lui sont maintenant familiers. Plusieurs organistes de renom l'ont touché lors des grandes cérémonies. Madame Eloise Gaudet Belliveau a été l'organiste pendant plus de 40 ans. Cet orgue, comme tous les orgues à tuyaux ne jouait pas sans qu'elle ne soit pompée. M. Joseph P. Landry fut pendant longtemps, l'homme désigné comme "pompeur" officiel. Plus tard, le curé installa un moteur électrique qui remplaça la pompe. En 1956, la paroisse fut dotée d'une orgue neuf moderne. Ce nouvel orgue fut descendu du jubé et placé au côté nord de l'église, là où se trouvait l'autel de Saint-Joseph, en 1968. Ceci étant en conformité avec le renouveau liturgique." [55]

 

Chiffres intéressants

Memramcook

 

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SCOLASTICAT DES FRERES DU SACRE-COEUR A ST-JOSEPH

 

Les frères du Sacré-Coeur arrivent à St-Joseph en 1951 et ouvrent un scolasticat dans la résidence du Docteur Edouard Gaudet qu'il achetèrent. Des cours d'Ecole Normale conduisant à l'obtention de license d'enseignement (première classe) furent autorisés par le Département d'Education du Nouveau-Brunswick. Cette école normal était partagée par trois communautés de frères enseignants: les Frères Ste-Croix, les Frères de l'Instruction Chrétienne et les Frères du Sacre Coeur.

 

En 1964, après 13 ans, les frères quittèrent la paroisse.

 

LES FRÈRES DE L'INSTRUCTION CHRÉTIENNE

 

Les frères de l'Instruction Chrétienne achètent la résidence do Madame Marcel LeBlanc en 1951 et y installèrent leur scolasticat. D'année en année, jusqu'en 1961, les groupes de frères qui se succéderont ici devienent de plus en plus nombreux et la maison a dû êtrre agrandie. Après la fermeture de l'Université, à St-Joseph, les frères quittent leurs résidence en 1965 même si de 1962 à 1968 quelques frères de l'Instruction Chrétienne enseignèrent à l'école régionale de la vallée de Memramcook.

 

LA VISITE PAROISSIALE

 

Au début du siècle, un événement qui avait une grande signification dans la vie religieuse des paroissiens de Memramcook était la visite aroissiale. Cette visite annuelle qui se faisait dans toutes les paroisses revêtait alors une importance qu'elle n'a peut-être pas de nos jours. Rappelons-nous qu'en ce temps-là, la familiarité qui existe aujourd'hui entre les paroissiens et les prêtres était chose inconnue et par [58] conséquent, recevoir le curé ou un de ses vicaires en visite officielle dans sa maison était une chose qui en quelque sorte inspirait une certaine crainte et c'était avec anxiété qu'on l'attendait.

 

La visite paroissiale du temps du Père Roy et du Père Lecavalier se faisait toujours en hiver, après les fêtes de Noël et du Jour de l'An. La paroisse éait divisé en 14 ou 15 districts et chaque district avait son syndic, la personne qui détenait ce poste était comme un sénateur, il était nommé à vie.

 

Une attribution du syndic était de conduire le curé dans son village ou district. La visite se faisait donc en carriole sur laquelle on trouvait la plus belle peau de "buffalo" et c'est ainsi que la visite se faisait de porte en porte. Les ménagères préparaient le salon ou le grand bord, qui à part quelques exceptions, était fermé à l'année. C'est là, qu'on y trouvait les meilleures chaises et les plus beaux tapis et les plus beaux meubles. Comme les maisons d'alors n'étaient pas trop rapprochées les unes des autres, il était relativement facile de voir où le prêtre était rendu et ainsi il était attendu par toute la famille qui était habillée "en dimanche". Le père ou la mère selon le cas, allait recevoir le prêtre à la porte pendant que toute la maisonnée, était à genoux pour recevoir la bénédiction. Après avoir jasé quelques minutes, le visiteur notait le nombre et l'âge des enfants, leur état de santé. C'est alors qu'il distribuait des médailles. Le père ou la mère lui remettait leur offrande. Cette quête nommée la quête de l'Enfant Jésus était consignée aux recettes de l'église.

 

On raconte qu'une certaine paroissienne, qui voulait tenir un discours avec le curé sans vouloir manquer de respect lui dit: "Et bien, nous voilà bien débarrassés, les fêtes et la visite paroissiale sont passés." Quelques dimanches après la visite terminée, le curé donnait un compte rendu de sa viste annuelle. Le nombre de personnes âgées, le nombre de familles, le nombre d'enfants à l'école et des enfants à la maison, les non-communiants, le montant d'argent reçu dans chaque district divisé par le nombre de familles, ce qui donnait la moyenne par famille du district. Ce n'était pas toujours le plus gros district qui arrivait le premier, car il arrivait que certains syndics, peut-être plus en moyen que les autres, ajoutaient quelques piastres pour augmenter le montant total, ce qui augmentait en même temps la moyenne par famille, comme point d'orgueil, ou si vous le voulez, comme point de légitime fierté de son petit coin de paroisse.

 

La visite paroissiale, une sorte de recensement ou de démembrement qui remonte aux temps les plus reculés, car en lisant l'Evangile de Noël, on y trouve que Joseph et Marie se rendaient à Nazareth pour répondre aux édits qui voulaient qu'un recensement se fasse périodiquement. En lisant aussi l'histoire des débuts de la colonie a Port-Royal, il y eut plusieurs recensements dans lesquels on y trouve les noms de familles, des enfants, le nombre d'arpents en culture, d'animaux, etc & [59]

 

LE CENTENAIRE DE L'ARRIVEE DU PERE LEFEBVRE

 

Les paroissiens des trois paroisses de la Vallée ont souligné le centenaire de l'arrivée du père Camille Lefebvre, c.s.c., le 7 juin 1964, cent ans, jour pour jour de son arrivée à Memramcook, le 7 juin 1864, en organisant une parade composée de 18 chars allégoriques et d'une quantité d'autres voitures qui défilèrent dans la paroisse. Le parcours fut du terrain du collège, passant par College Bridge, Memramcook, McGinley's Corner et de retour jusqu'au point de départ. Ces chars allégoriques furent commandités par diverses organisations de paroisse, de quelques commerces et des différentes familles. Près du monument Lefebvre, une estrade avait été montée sur laquelle prirent place plusieurs prêtres natifs de la paroisse entre autres, les pères Raymond Boudreau, Dollard Boudreau, Léonard Gaudet, Jean-Baptise Cormier, Gérard LeBlanc, Mgr Jean Gaudet, Antoine Richard, Léo Paul LeBlanc, Alphonse Léger, Roméo Gaudet, le Père Hector Léger, provincial des pères Ste-Croix, le père Arcade Goguen curé de la paroisse de Memramcook, le père A. Massé, curé de Pré-d'en-Haut ainsi que M. Alfred LeBlanc, agronome, Cléophas Léger, membre du parlement, le conseiller Paul Owen LeBlanc, Lucien Cormier, Centenaire et Madame Beatrice Gaudet.

 

1864 - CENTENAIRE - 1964

 

Ci-suit la liste des chars allégoriques qui ont pris part au défilé lors de la fête.

 

1er -              Hommage de la succursale No. 13 de la Société l'Assomption 7 juin 1864 - arrivée du Père Camille Lefebvre à Memramcook. Parti de Shédiac en [60] compagnie de Mgr Sweeney, évêque de Saint-Jean, il arrivait à Memramcook la même journée. II prenait possession de la paroisse comme curé et supérieur du nouveau collège.

 

2ième -          Hommage de Valley Plumbing Co., Saint-Joseph. Fondation des Petites Soeurs de Saint Famille, par le Père Lefebvre et la Soeur Marie Léonie en 1874.

 

3ième -          Hommage à la Légion de Marie. 1ère convention nationale en 1881. Choix de la Fête de l'Assomption comme fête patronnale de tous les Acadiens.

 

4ième -          Hommage de la Caisse Populaire de Memramcook. Le Père F.X. Cormier, fils de la paroisse, et premier prêtre gradué du Collège. II fait un don de $14,000. au Collège et on construit un aile en bois du côté nord du collège, aile qui portera son nom.

 

5ième -          Hommage de Boudreau Sheet Metal Workers, Dieppe, N.-B. Trois anciens du Collège, natifs de la paroisse atteignent la dignité de Prélats Domestiques, Mgr Philippe Belliveau, Mgr Henri Cormier et Mgr Jean Gaudet, deux autres - la haute fonction de juges de la Cour Suprême de la Province - Sir Pierre A. Landry et Arthur LeBlanc et enfin deux autres seront nommés Sénateurs, Dr. Thomas Bourque et l'avocat Antoine J. Léger.

 

6ième -          Hommage de la paroisse Notre-Dame de Lourdes. La paroisse de Lourdes fût jusqu'en juillet 1960 mission desservie par les Pères Sainte-Croix. Elle est maintenant paroisse détachée et indépendante.

 

7ième -          Hommage des Messieurs Léonard et Tréfflé A. LeBlanc. La croix de la Montagne - La 2ième et 3ième églises ont été construites sur le chemin de la montagne. Pour marquer ce site de ces deux églises, on y érigea une croix souvenir en 1906.

 

8ième -          Hommage de la Société d'Agriculture et de la Fédération Agricole de la paroisse. Le Père Louis Guertin, en plus d'avoir été professeur et supérieur, a aussi eu un grand amour pour l'agriculture. Conférencier renommé et recherché, il a prêché partout en Acadie. "En Avant l'Agriculture, en Avant l'Industrie Agricole de la paroisse".

 

9ième -          Hommage de la Chambre de Commerce de Memramcook. Le Collège de 1914 - Noces d'or du Collège présidées par le Père Benjamin Lecavalier et ouverture d'une nouvelle aile. [61]

 

10ième -        Hommage des Dames de Ste Anne de la paroisse. Père André Bourque - Un autre enfant de la paroisse est l'auteur des chants acadiens bien connus "Evangéline, Plainte et Pardon, Le Pêcheur Acadien et la Fleur du Souvenir".

 

11 ième -       Hommage d'Acadia Electric, Moncton. Fondation de de la Communauté Notre-Dame du Sacré-Coeur. Comme complément à son oeuvre éducatrice, le Père Lefebvre avait accueilli en 1873 les Soeurs de la Charité qui devaient voir à l'éducation des jeunes filles. En 1924, la Congrégation Notre-Dame du Sacré-Coeur les remplacaient et une nouvelle communauté enseignante acadienne.

 

12ième -        Hommage de la Boulangerie Mother's Own, Fox Creek. Feu de 1933 - Le 20 octobre le feu éclate et le Collège Saint-Joseph est rasé. Cruelle épreuve. Les Pères et Frères Ste-Croix consternés, mais non découragés, reconstruisent.

 

13ième -        Hommage de la Paroisse Notre-Dame de Pré-d'en-Haut. La paroisse de Pré-d'en-Haut - En 1934, sous l'habile direction du Père Daoust, une nouvelle paroisse s'organise et un nouveau temple s'élevait sur les bords de la Petitcodiac. En 1958, dans cette paroisse un nouvel édifice est construit, le Noviciat des Pères Ste-Croix.

 

14ième -        Hommage du Club de Pêche et de Chasse. La pêche, une industrie secondaire dans notre paroisse, à cependant aidé un certain nombre de paroissiens à gagner leur vie. De plus la pêche, comme la chasse, fournit un agréable passe-temps à un bon nombre de paroissiens et leur permet quelque fois d'étirer la vérité.

 

15ième -        Hommage de la succursale de la Légion Canadienne. Les vétérans - Notre paroisse a vu, elle aussi, plusieurs de ses fils tomber au champ d'honneur lors des guerres 1914-1918, et 1939-1945.

 

16ième -        Hommage de la Compagnie White Rose Gasoline, Saint-Joseph. Les sports - La renommée de notre paroisse au point de vue sportif, n'est plus à faire. Les nombreux trophées remportés, depuis un bon nombre d'années, en font la preuve.

 

17ième -        Hommage de la famille Willie Gaudet, Saint-Joseph. Le Père Philias Bourgeois, natif de la paroisse. Historien auteur d'un manuel "L'Histoire du Canada en 200 Leçons, La vie de l'abbé F.X. Lafrance, etc." [62]

 

18ième -        La Chorale de l'Université - Une chorale composée de quelques religieux Ste-Croix et de vingt-cinq élèves,           dirigée par le Père Léandre Brault, remporte un premier prix dans un concours international en Angleterre. Par des nombreux succès remportés en divers concours, elle ajoute à la renommée du vieux Collège.

 

DES FETES INOUBLIABLES

 

Le 10 octobre 1864, le Père Camille Lefèbvre et les Pères religieux de Sainte-Croix commencèrent leur oeuvre d'éducation en Acadie, oeuvre qui devait durer 100 ans dans la paroisse de Memramcook, sur la butte à Pétard. Le collège progressa d'année en année si bien qu'on pourrait écrire des volumes sur le rôle que ce centre d'éducation a joué en Acadie durant ce siècle de 1864 à 1964.

 

Dans le cours de ces cent ans, à quatre occasions, des fêtes grandioses ont signalé des anniversaires. En 1889, pendant 3 jours, on célébra avec éclat les noces d'argent, les premières 25 années. Un livre d'au delà de 200 pages, donne un compte rendu de ces fêtes auxquelles le Père Lefebvre, le fondateur constata que malgré tous les tracas éprouvés au début de la fondation, des succès énormes avaient été atteints. Les anciens élèves de la première heure, avaient déjà fait leur marque dans le monde et plusieurs occupaient des postes de commande ce qui ne manquait pas de réjouir le Père Lefebvre à qui on rendis hommage.

 

Les 16, 17 et 18 juin 1914, on fêta avec éclat les noces d'or, les premières 50 années. Ces fêtes se déroulèrent sous la présidence du Père Benjamin Lecavalier, suprérieur. Ungrand nombre d'anciens, de, [63] tous les coins du pays avaient répondu à l'invitation qui leur avait été adressée. Parmi ceux-ci on signalait la présence des élèves qui avaient été parmi les premiers à l'ouverture du Collège le 10 octobre 1864, entre autre, Sir Pierre A. Landry, l'Honorable sénateur Pascal Poirier, le professeur Alphé Belliveau et Placide Gaudet, généalogiste. Lors de ces fêtes, plus précisément, le 17 juin, en présence des anciens et des élèves, le Juge Landry dévoila la statue du Père Lefebvre; statue que l'on peut encore voir en avant du parterre de l'Institut de Memramcook. Chose étonnante, au moment où la statue fut dévoilée, le soleil sortit des nuages et la pluie qui avait tombé pendant toute la journée, cessa et le temps se remit au beau. On aurait presque crû à un miracle. Le soir de ce jour, un grand banquet dans le patinoir magnifiquement décoré réunit des centaines d'anciens, évêques, prélats, prêtres, religieux, professionnels de même que les élèves. Plusieurs orateurs renommés adressèrent la parole en proposant ou en répondant aux "toasts" qui sont toujours de mise en pareille circonstance. Le lendemain, à la clôture de l'année académique, on remit les diplômes honorifiques et les degrés universitaires.

 

En 1914 le Collège, dominant la vallée, était une belle grande et spacieuse bâtisse ornée de 4 clochers. Cet édifice fut la proie des flammes en octobre 1933. [64]

 

En 1939, dans un nouveau collège reconstruit après le feu, on était rendu aux fêtes du 75ième anniversaire de sa fondation. Les fêtes sous la direction du Père Laurent Lapalme, furent, comme les précédentes, bien réussies et un nombre imposant d'anciens étaient présents au banquet.

 

En 1964, les 16, 17 et 18 mai, on fêtait le centenaire de la fondation du collège, sous la direction du Père Léonard Gaudet. Une partie des fêtes se déroulèrent à Moncton. Le clou de ces fêtes fût le banquet du 18 mai réunissant plusieurs centaines d'anciens au cours duquel on entendit des discours d'envergure de la part d'anciens qui occupaient des postes importants dans le domaine religieux et civil.

 

A toutes ces fêtes du 25e, 50e, 75e et 100e anniversaire, les anciens sont venus nombreux revoir leur Alma Mater, renouveler les liens d'amitié avec leurs confrères qui, dans bien des cas, ne s'étaient pas revus depuis leur graduation. Ils exprimèrent aussi à leurs anciens professeurs, leur gratitude pour l'éducation reçue lors de leur séjour à l'Université St-Joseph.

 

NOTE: J'ai eu le bonheur d'assister à trois de ces anniversaires. J'en garde un souvenir qui n'est pas prêt de s'effacer. J'étais présent aux noces d'or en 1914, aux noces de diamant en 1939 et à la fête du centenaire en 1964.

 

LA PAROISSE N.-D. DE L'ANNONCIATION DE PRE-D'EN-HAUT

 

Longtemps avant la construction de l'église de la Pré-d'en-Haut, il avait été question d'une église le long de la rivière Petitcodiac. On se souviendra qu'il avait été entendu que la paroisse de St-Thomas devait aider au pro-rata de ce que les habitants des cantons des Beaumont, Belliveau Village, villages de Pré-d'en-Haut et des Gautreaux donneraient dans la caisse qui avait été établie dans le but d'amasser des fonds pour [65] l'agrandissement de l'église St-Thomas, pour la construction d'une église qui serait située à l'ouest de la paroisse de Memramcook quelque part le long de la rivière Petitcodiac. Les habitants des Beaumonts, du Cap et de Belliveau Village optèrent pour un emplacement au Village des Belliveau (Pierre à Michel). Mais ce fut Mgr Edouard LeBlanc évêque de St-Jean qui décida où l'église devait être construite: c'est-à-dire sur son site actuel. [66]

 

L'église fut donc construite en 1935 en même temps que les travaux d'agrandissement de l'église de St-Thomas de Memramcook. Elle fut une desserte jusqu'en 1940 alors qu'elle devint une paroisse séparée. Le père Arcade Goguen, c.s.c., fut le desservant jusqu'en 1941, alors que le père Azorias Massé, c.s.c., en devint le curé résident. Le presbytère fut bâti en 1945. En 1956, la congrégation Sainte-Croix commença un noviciat à Pré-d'en-Haut, sur une hauteur dominante de la vallée de la rivière Petitcodiac. Ce noviciat recevait les candidats qui se destinaient à entrer dans leur congrégation. En 1956, les pères Ste-Croix achètent le verger Belliveau reconnu aujourd'hui comme le plus beau et le plus grand verger de la province. Le verger est maintenant exploité par M. Louis Bourgeois qui l'a acheté des Ste-Croix. Ce verger compte au delà de 6,000 pommiers et les Melbas, Dudleys, Mclntoshs, Cortlands et Northern Spys sont les plus belles et plus juteuses pommes que l'on trouve dans tous les magasins du sud du Nouveau-Brunswick de même qu'en Nouvelle-Ecosse.

 

Cette industrie de la culture de la pomme fournit de l'emploi à plusieurs hommes et femmes de la vallée. L'école de la Pré-d'en-Haut a été construite en 1949, brûla en 1963 et fut reconstruite en 1964. Les religieuses N.D.S.C. y enseignent depuis 1949. La première graduation à cette école régionale eut lieu en 1956. Le Père Azarias Massé, curé depuis 1941 décéda subitement en avril 1967. Le père Paul Prévost, c.s.c., le remplaca et demeura curé jusqu'en 1980. Le père Louis Marcel Daigle, c.s.c., est le curé actuel.

 

Le noviciat devenu la maison Ste-Croix sous la direction du frère Walter Comeau est un lieu de rencontre pour les jeunes, pour les couples et pour des retraités de fins de semaine. A côté de cette maison on y trouve les maisons de la solitude que dirige le père Raymond Bujold, c.s.c. Pendant un certain temps, tout près de la maison Ste-Croix, on y trouvait aussi un zoo qui contenait plusieurs animaux sauvages et domestiques, ainsi qu'un assortiment d'anciens instruments agraires (en un mot, un genre de petit musée). [67]

 

Le tout était la responsabilité du frère Yvon Cormier, mais est maintenant disparu. Du haut de cette colline où se trouvait ce zoo-musée, on a une vue sans pareil; les vergers de Louis Bourgeois d'un côté, les forêts de pins de l'autre et en avant les terrains de pique-nique, une grande étendue miroitante de la rivière Petitcodiac avec les collines couvertes de forêt et des maisons qui semblent faites pour des poupées et les chemins du comté d'Albert, sur l'autre rive.

 

La paroisse de la Pré-d'en-Haut compte au delà de 225 familles avec une population de plus de 1,000 personnes. On y trouve aussi une Caisse Populaire très florissante. La paroisse a aussi son poste de pompiers et un camion d'incendie (Fire Truck), de même qu'une salle de quilles (Bowling Alley).

 

LA PAROISSE NOTRE-DAME DE LOURDES

MEMRAMCOOK-EST

 

Des trois paroisses de la vallée, c'est la paroisse de Notre-Dame de Lourdes qui est la plus jeune. Quoique la construction de son église remonte à l'an 1898, ce n'est que le 8 juillet 1960 qu'elle fut érigée en paroisse avec un curé permanent. Jusqu'à cette date, cette jeune paroisse était une desserte de la paroisse mère de St-Thomas de Memramcook. Cette ravissante petite église aux lignes ogivales, dont la blancheur se détache si bien sur le haut de la colline située sur le versant est de la rivière Memramcook a été construite en 1898 et le père Alfred Roy, curé de la paroisse chantait la première grand-messe le 29 juin 1899. [68]

 

Depuis cette date, ce furent les vicaires de la paroisse de Memramcook et parfois aussi des prêtres du collège qui se rendaient chanter la messe à tous les deux dimanches. Les autres dimanches, les habitants de ce village devaient se rendre à St-Joseph, à une distance de 4 milles. En 1910, on érigea le calvaire actuel du cimetière. Ce n'est qu'en 1960 que Notre-Dame de Lourdes fut érigée en paroisse. En 1962, la paroisse a son premier curé résident, le père Roland Bouchard, qui construit le presbytère en 1963. Le père Calixte Richard, le remplaca et ensuite ce fut le père Guillaume Pellerin jusqu'en 1979. Le père Irois Després est le curé actuel. La paroisse compte au delà de 180 familles avec une population d'environ 800 personnes. [69]

 

LA CHAPELLE DE STE-ANNE AU PARC DES BEAUMONTS

 

D'après les notes du père Hypolite LeBlanc, c.s.c., l'église des Beaumont (chapelle de Ste-Anne) fut édifiée en 1842. On l'appelait aussi l'église des Sauvages. C'est sur la pointe du village des Beaumont où l'on trouvait environ deux fois douze cabanes. La population indigène de ce lieu était de la tribu des Micmacs. Cette chapelle située à environ 8 milles de l'église de Memramcook, fut dédiée à Sainte-Anne et fut une desserte de St-Thomas jusqu'en 1943. Depuis, elle relève du curé de la Pré-d'enHaut. Les dernières familles de Micmacs sont disparues depuis longtemps mais tout près de la petite chapelle blanche, on y trouve le cimetière où sont enterrés plus de 16 amérindiens.

 

L'ARRIVEE DE L'EVEQUE

 

Parmi les coutumes du passé, il y avait celle de recevoir, d'une manière grandiose, l'arrivée de l'évêque dans la paroisse à sa visite épiscopale. Une garde à cheval accompagnait la voiture dans laquelle l'évêque prenait place de la gare au presbytère, en même temps que les cloches de l'église, sonnaient à toute volée.

 

RAPPORT D'UN MISSIONNAIRE A PROPOS DE MEMRAMCOOK

1803

 

Ce document reproduit avec l'autorisation des Archives de l'archevêché de Québec est une lettre du père Ciquart relatant à son évêque la situation morale et religieuse de cette époque. (Archives de l'archevêché de Québec, Série 311 CN, III - 34). [70]

 

Richibouctou, 25 août, 1803

 

Monseigneur,

étant revenu à memeramkouk, ou je couchai qu'une nuit, je partis le lendemain matin pour pecoudiak avec les gens qui étaient déjà partis pour aller me chercher meme jusqu'à menoudi. mr bédard n'avoit pas travaillé dans cette mission. aussi c'étoit bien et c'est encore un champ inculte et abandonné. Je l'ai défriché un peu et autant que j'ai pu pendant trois semaines que j'y ai resté.

 

Vous ne sauriez croire l'indifférence pour la religion qui regnait dans cette mission...

 

car j'en ai trouvé meme de 22 ans qui n'avoient jamais encore été à confesse et avec qui il falloit user de ruse pour les déterminer. l'ivrognerie et le libertinage sont les vices dominans, ainsi que les mauvaises paroles. parmi les grandes personnes, pères, mères, un très grand nombre n'avoit pas été à confesse depuis plusieurs années. depuis 6, 10 et 15 ans c'étoit le commun, le grand nombre a montré asses d'ardeur à venir aux exercices de la mission. et au milieu de leur malheur ils conservoient encore la foi et le désir de revenir à Dieu et de mieux faire. la confession paroissoit leur faire de la peine et la craignoient beaucoup. cependant une fois déterminés ils y venoient asses volontiers, et presque tous ont demandé d'eux-mêmes à faire des confessions générales. j'ai et asses content d'eux et plusieurs m'ont édifié. mais vous ne sauries croire combien il m'a fallu travailler et confesser pour en préparer quelques-uns à pouvoir faire leurs pâques. tout le temps que j'y a été depuis le matin jusqu'à 9 ou 10 heures du soir je n'avois pas un moment de libre. après un repas frugal je me couchois pour être piqué et mangé par les mouches ainsi que pendant le jour. j'ai regretté de n'avoir pas plus de temps à leur donner. la rivière pecoutiak depuis le haut et le bas contient environ 58 familles, 175 communians et 195 enfans. j'ai eu 72 communians en forçant bien. je ne scai pas encore ce qu'il y a à memeramkouk beaucoup plus nombreux, mais pas en meilleur état, et quoiqu'en dise mr power le grand nombre n'a pas fait ses pâques ni été a confesse. et ceux-ci comme ceux-là auront besoin de confessions générales, malheur pour eux et pour moi que mgr ne les visite point, une autre année, si j'y suis, j'espère qu'ils seront un peu en meilleur état et plus disposés à être confirmés. je ne crois pas qu'on y en trouvât maintenant la moitié dignes de l'être. je n'y ai travaillé que huit jours, tout a contribué à me troubler et à me déranger pour travailler comme j'aurois désiré, les gens ne me paroissent pas aussi méchans qu'on me le disoit, j'espererois avec le temps les mettre au niveau de ceux des autres missions.

 

Ciquard, ptre [71]

 

LA VIE SOCIALE

 

Les Acadiens sont de nature, des gens très sociables et les gens de la vallée ne font pas exception à la règle. Avant toutes les inventions modernes et les moyens de transports rapides d'aujourd'hui, les paroissiens de Memramcook menaient une vie sociale qui leur procurait des moments de détente rendant ainsi la vie de tous les jours plus agréable. Leur vie sociale se résumait à des réunions de famille, à des promenade chez les parents des villages voisins, à des visites chez des voisins et à des soirées de cartes. Celles-ci assez régulières, on jouait au petit 45, au pitro, à l'auction 45, au whist. Des parties de whist surtout ont été à la vogue pour un bon bout de temps. On jouait régulièrement au whist dans la salle de l'Assomption à St-Joseph et dans la salle C.M.B.A. à Memramcook. Le prix d'entrée à ces soirées était de 0.25 cents et cet argent allait principalement pour défrayer la "finition" de la salle à St-Joseph.

Les profits de ces activités sociales allaient aussi pour aider certaines familles dans le besoin. De temps à autre, à ces parties de whist, il y avait une vente de panier (Basket Social). Des paniers remplis de gâteaux, biscuits, sucre à la crème, etc... et joliment décorés, préparés par des jeunes filles, se vendaient à l'encan. L'encanteur ne dévoilait pas le nom de la personne qui avait préparé le panier sur lequel on gageait, afin que le cavalier ne reconnaisse pas le panier de sa blonde qu'il voudrait bien acheter à tout prix. Parce qu'il était de coutume que celui qui avait acheté le panier aille manger les gâteaux et autres friandises avec celle qui avait confectionné le panier.

En plus de ces soirées qui avaient lieu ordinairement durant l'hiver ou à l'automne, de temps à autre, différentes organisations pour prélever des fonds afin de bâtir ou agrandir leurs locaux ou pour payer certaines dettes, organisaient des piques-niques. Au début des années 1900, ces piques-niques avaient lieu sur le terrain du Collège. Vers 1907 ou 1908, à un de ces pique-nique, en plus des jeux ordinaires, les jeunes eurent l'avantage d'avoir pour la première fois, un carousel "Merry-go-round". Le même soir de ce pique-nique, un dénommé Duguay marcha sur un câble suspendu entre le monument Lefebvre et la tour du côté nord du Collège. A ces piques-niques, les dames et demoiselles servaient aussi des repas et le manger, la viande, les légumes et les pâtisseries étaient fournis gratuitement par les gens de la vallée et les profits réalisés étaient ainsi des profits nets. Sur le terrain du pique-nique, les activités les plus communes étaient: les roues de fortune qui avaient comme prix une boîte de chocolat, les palettes qui se vendaient à 5 cents ou 6 pour 25c, les comptoirs de crème à la glace, de bonbons, de liqueurs douces, les tables de chance et la pêche. Pour les hommes, il y avait en plus, le jeu de la "masse" qui consistait à frapper de la "masse" un indicateur de poids afin de faire sonner la cloche trois fois pour gagner un prix. Pour réussir, il ne s'agissait pas de frapper très fort car le truc était de frapper d'aplomb pour [74] avoir un cigare. "Hit the nigger, you'll get a cigar". Ce jeu n'était pas fait pour rire des nègres. Ce jeu consistait à essayer de frapper avec des balles de caoutchouc (rubber) un homme qui se montrait la tête dans un trou d'une grande toile à quelques pieds de distance. Comme les nègres ne sont pas communs dans nos centres français, le jeune homme qui devait éviter les balles avec sa tête se noircissait le visage d'où vient le nom du jeu.

Durant les années 30, le district scolaire de St-Joseph organisait aussi quelques piques-niques sur le terrain de baseball afin d'aider à payer la nouvelle école du village. En 1950, il y eut le 1er festival de la fraise; festival qui se continua pendant plus de 15 ans.

En plus on se rappellera d'une première séance, jouée par des acteurs de la paroisse dans le monument Lefebvre vers la fin du siècle dernier. Par la suite, des drames, des comédies se succédaient assez régulièrement et agrémentaient la vie sociale des gens de la vallée. Ces séances jouées au début au monument et après la construction de la salle l'Assomption furent présentées sur cette scène. Bien des talents amateurs se sont fait valoir dans des comédies aussi bien que des tragédies. Voici les noms de quelques-uns de ces acteurs et actrices reconnus pour leur talent et dont la renommé s'étendait dans toute la région.

Dans les rôles tragiques il y avait: Albert Landry, Dismas LeBlanc, Hervé T. LeBlanc, Albert Gaudet, reconnus comme des acteurs qui jouaient leur rôle presqu'à la perfection, on disait que c'était des acteurs nés. Dans les comédies, Edmond Gaudet n'avait pas son pareil, en plus d'être artiste-peintre, musicien, bon chanteur, gai luron, Edmond savait prendre la vie du bon côté, il était toujours gai et de bonne humeur.

Edmond vivait de musique, de chant et rêvait de théâtre. II a été maître-chantre en plus d'être directeur de chorale, de fanfare et d'orchestre. II jouait le violon, du cornet et du baryton. S'agissait-il de faire le décors pour la pièce de théâtre, avec son pinceau, Edmond réalisait des toiles dépeignant la mer, les flots et la forêt pour décorer la scène et les coulisses. Sur scène, Edmond jouait toujours le rôle principal des comédies. II lui arrivait parfois d'oublier des lignes, mais ça ne le dérangeait pas, car il trouvait toujours le moyen d'improviser naturellement et parfois l'auditoire pouvait en rire jusqu'aux larmes. II marchait d'un bout à l'autre de la scène pour poser un geste, se retournait et l'assistance se tordait de rire à le voir faire.

Pendant l'entracte, comme il n'y avait pas de musique ou orchestre pour entretenir les gens, Edmond avait un répertoire de chansons comiques qu'il avait apportées du Collège St-Cesaire où il a été étudiant et il entrait sur scène et avec sa belle voix, chantait et mimait ses chansons avec des gestes appropriés. Comme comédien, Edmond n'a jamais eu d'égal; il a été pour ainsi dire " Le Ti-zoune" de l'Acadie. Au cours des années, les pièces suivantes ont fait le délice de ceux et celles à Memramcook qui se sont empressés d'aller les entendre et les encourager. - Les pirates de la Savane, - Le reliquaire de l'enfant adoptif, - Le solitaire de tombeaux, - Le coeur de maman, - Les [75] enfants du Capitaine Grant, - La prière des naufragés, - La chasse à l'ours, -L'archiduc Casimir, - Le secret des Pardaillants, - Le rosaire, - La dispersion des Acadien, - Le voyage des Berlurons, et Candidat Beausoleil.

 

CARACTERE DES ACADIENS DE MEMRAMCOOK

 

II y a quelques années, le poste de radio CBAF Moncton émettait sur ses ondes un programme journalier sur la vallée de Memramcook. L'annonceur dans son introduction, décrivait le caractère des gens de la vallée en se servant des qualificatifs suivants: Ils sont amicales, charitables, industrieux, entrepreneurs, vaillants et bons vivants. Ce sont toutes des qualités dont on peut être fiers et s'enorgeuillir. Pour les gens des paroisses voisines, les Memramcookois ont la réputation d'être moqueurs, gouailleurs et tout ça, mais il n'y a pas la moindre malice de leur part. Ils aiment bien se taquiner les uns les autres et souvent une riposte n'attend pas l'autre. On les a baptisés des mangeurs de soupe comme les habitants de Fox Creek sont désignés des mangeurs de crêpes, ceux de Scoudouc mangeurs de poiratres, ceux de Barachois mangeurs de hareng. Au Barachois, on posait la question: Qu'entendez-vous par le mot soupe avec la riposte on entend, glou, glou, dans le ventre des Memramcook. Deuxième question que l'on pose encore au Barachois: Qu'entendez-vous par le mot hareng et la riposte On entend, les Memramcook de bon printemps. Ceci longtemps passé, car les fermiers de Memramcook se rendaient au printemps en voiture chercher du hareng à saler et pour des engrais sur leurs terres.

Quoiqu'il en soit, les gens de la vallée ne s'en font pas et ils sont fiers de leur paroisse et leur menu quotidien est aussi varié que celui de tous les Canadiens et la consommation de soupe n'y est pas plus grande là, que dans le reste du pays.

 

LES SOIREES D'HIVER

 

Durant les longues soirées d'hiver, les mères filaient, les jeunes femmes piquaient des couvertes, houkaient des tapis ou brochaient des bas ou des mitaines et les grand-mères ou grand-père endormaient le plus jeune en lui racontant des contes ou en lui chantant: C'est la poule grise, qui va pondre dans l'église, après avoir fait rimer la poule grise, on reprenait avec la poule noire, la poule blanche, jaune et toutes les autres couleurs jusqu'au moment où le bébé s'endormait. On promettait à l'enfant que la poule allait pondre un beau petit coco, pour l'enfant qui va s'endormir bientôt. L'enfant, enfin endormi était déposé bien doucement, dans son berceau en prenant soin de ne pas le réveiller.

LES CHANGEMENTS

 

Dans le Voilier du 12 décembre 1974, Médard Léger rapporte [76] le journal d'une vieille acadienne: C'était dans le temps, que l'on appelait un poêle de cuisine par son vrai nom au lieu d'une cuisinière électrique, un coquemar n'était pas une bouilloire automatique de 1500 watts et un chaudron était un gros potte en fer noir et non une casserole pyrex ou stainless. Du potte en potte, du fricot cuit dans ces vieux ustensiles avaient toutes les vitamines ou les enzymes nécessaires permettant à nos pères d'élever 15 enfants tout en chiquant du "black jack" ou du "Napoléon". Nous avons parcouru beaucoup de chemin pendant les 75 ans de ce siècle, mais nous pouvons toujours nous demander si ce "progrès" a été pour le mieux ou le pire. Le changement est inévitable et chaque génération en apporte sa contribution.

 

CHOSES DU PASSE

 

Avant la venue des automobiles, on voyageait en voitures à chevaux ou à pied. Ici et là, en cours de route, il y avait des auges qui servaient à abreuver les chevaux. En plus, à côté des petits ponts, il y avait souvent un petit détour que les chevaux connaissaient et ne manquaient pas pour se désaltérer à l'eau fraîche du ruisseau. Quant aux gens qui n'avaient pas de chevaux, il ne s'en faisaient pas et se rendaient facilement à pied à Dorchester, le chef-lieu du comté pour régler des comptes et pour d'autres affaires. II arrivait mêmes qu'ils aillent à Moncton à pied. A St-Joseph, il y avait une "pône" (pound) qui est un enclos sous forme octogonale dans lequel on enfermait les animaux errants et lorsque le propriétaire de ces animaux venait les reclamer, il devait payer une amende déterminée par la loi. M. Willie Gauet était le gardien de cette "pône". [77]

 

OBJETS DE 1900

 

Avant la mode des montres bracelets, les hommes portaient avec fierté des montres de poche attachées à une chaîne.

Les chemises "fines" avec collets et "cuffs" détachables étaient empesées.

Les petits garçons portaient des culottes courtes, culottes qui descendaient seulement jusqu'aux genoux.

L'hiver, les "mocassins" faisaient la fierté des petits gars. Comme les bottes n'étaient pas d'usage courant, pour ceux qui n'avaient pas la chance d'avoir des mocassins ou souliers de peau (comme on les désignait) ils mettaient des bas de laine par dessus leurs souliers avec des claques (rubbers).

A la petite école, les garçons occupaient les bancs d'un côté et les filles de l'autre. Il arrivait quelquefois que des petits garçons étaient obligés de s'asseoir en arrière d'un banc occupé par les petites filles.

II ne faut pas oublier qu'à ce temps là, la manière de se peigner pour les filles était des "couettes" ou tresses qui était le malheur de ces jeunes demoiselles, car les "malcommodes" de petits garçons se faisaient un plaisir de faire tremper le bout des "couettes" dans l'encrier que chaque écolier emportait à l'école en plus de son ardoise et de ses livres.

Les jeux à l'école. Dans les petites écoles des campagnes, on ne trouvait pas toutes les facilités pour jouer pendant les récréations que l'on trouve aujourd'hui. Les petits garçons jouaient à "tag", à cacher-boucher, les petites filles, de leur côté de la cour, sautaient dans des carreaux tracés dans le sol en faisant bien attention de ne pas sauter sur les lignes.

Quant à la mode pour les femmes, elles se chaussaient de bottines qui montaient presqu'aux genoux, talons hauts et bouts pointus. L'hiver pour se protéger du froid, elles portaient des châles et aussi des manchons "muffs" qui gardaient leurs mains chaudes. Les hommes se chaussaient de souliers à boutons. choses disparues maintenant.

Lorsqu'on allait en carriole en hiver, on se couvrait avec des peaux de "buffalos". II y avait aussi des couvertes pour les chevaux et des fouets (lash). Autre choses qui ont disparues, des planches à laver "washboard", des fers à repasser qu'on faisait chauffer sur le poêle, des cuves à laver "bailles", des lampes à parafine que l'on portait de chambre en chambre. II y avait aussi des "curlers", fers à friser les cheveux et que les femmes faisaient chauffer dans les tuyaux des lampes pour mieux se friser les cheveux.

Les "crémoires" une espèce de chaudière dans laquelle on gardait le lait après l'avoir passé dans un couloir ou entonnoir. Ces "creamers ou crémoires" étaient ensuite gardés dans le puit pour conserver le lait aussi frais et aussi longtemps que possible. Au bas de ces "crémoires" il y avait un robinet qui permettait de prendre du lait. Une petite vitre graduée indiquait l'épaisseur de la crème qui se dépose toujours au haut du lait.

Après plusieurs jours, lorsqu'il y avait suffisamment de crème, on le recueillait pour le mettre dans la baratte. C'était le barattage, qui donnait [78] le bon beurre de ferme que les ménagères mettaient en moule d'une livre ou bien dans des cruchons gardés à la cave.

Voilà quelques coutumes d'un passé qu'ont vécu toutes les personnes du troisième âge d'aujourd'hui et de ces objets que l'on ne trouve plus et qui sont rélégués aux musées.

 

IL Y A 100 ANS

 

Dans le troisième livre de lecture que les élèves des petites écoles de campagne avaient à lire au début du siècle, il y avait une leçon intitulée: Il y a 100 ans, habitation des premiers colons. Cette leçon sans entrer dans trop de détails, décrivait le mode de vie et les maisons de nos ancêtres. Il serait de mise ici de faire une description détaillée des maisons de la paroisse, il y a 100 ans, afin de rappeler à la jeune génération qui jouit de tous les conforts modernes que l'on trouve dans les belles résidences de la vallée d'aujourd'hui, que leurs grands-pères et grands-mères et même leurs pères et mères n'ont pas connus. Les maisons, il y a 100 ans, n'étaient pas du même style que les maisons modernes. C'était, en grande partie des constructions à un étage et demi. Bâties de bois, recouvertes de bardeaux de cèdre, sur les côtés comme sur la couverture. Quelques maisons étaient blanchies à la chaux. A certaines maisons, on y ajoutait des lucarnes et des galeries. A la porte principale et pour empêcher le froid ou le vent d'y pénétrer, se trouvait le tambour. Durant l'été, on trouvait dans le tambour, le banc des seaux. A l'intérieur de la maison, au premier étage, se trouvait la cuisine ordinairement assez grande, un grand "bord" ou le salon, avec une chambre à lit à côté. II y avait aussi un "bord" ou une salle à manger dans certaines maisons. Dans la cuisine, il y avait d'abord le poêle, qui chez-nous portait le nom de "star". Ce poêle à bois avait un fourneau de forme ronde. Sur le poêle on y trouvait le "coquemar" ainsi qu'un gros "potte" en fer et sur le réchaud du fourneau, le "thépot". En arrière du compartiment du feu il y avait une grille sur laquelle on y voyait les fers à repasser. Pendant l'hiver, on y mettait aussi les mitaines à sécher. A l'arrière du poêle, se trouvait la boîte à bois qu'on avait le soin de remplir tous les soirs avant le souper, surtout l'hiver. Dans la cuisine, il y avait aussi la planche d'horloge sur laquelle était placé l'horloge et les lampes à "paraffine". Plus tard, un peu avant la première guerre mondiale, plusieurs maisons s'installèrent l'eau dans la cuisine en "drillant" un puit dans la cave. On trouvait aussi dans certaines maisons une "pantry" dans laquelle on serrait les assiettes, tasses, etc...

Dans la cuisine, où la famille se tenait, la plupart du temps, on y trouvait des chaises à "roulettes" ainsi que des chaises ordinaires autour de la table familiale.

Ordinairement, le salon était meublé d'un sofa, de deux ou trois chaises "bourrées", de portraits encadrés et sur le plancher des tapis "hookés" de dessins variés. On y trouvait aussi dans plusieurs maisons un orgue. La plupart du temps, le salon était fermé et était seulement ouvert pour les grandes occasions, telles que la visite du prêtre et d'autres [79] grands personnages et les soirs où la fille de la maison recevait sa "pelure". La chambre à coucher était réservée pour le père et la mère ou dans certains cas, pour les grands-parents.

Au deuxième étage ou au grenier, qui était bien souvent chauffé seulement par le tuyau du poêle de cuisine se trouvait les chambres des enfants. Pour se rendre au deuxième étage, il y avait un escalier bien souvent ouvert. Dans les premiers temps, l'accès au deuxième étage se faisait au moyen d'une échelle. Les enfants couchaient sur des paillasses, tandis que les âgées avaient ordinairement un lit de plumes.

Les garde-robes n'étaient pas connues, le linge était accroché sur les murs. Dans la plupart des maisons, le deuxième étage n'était pas fini et il arrivait qu'on pouvait voir les étoiles à travers les trous de la couverture de la maison. [80]

Les matins froids d'hiver, alors que l'on pouvait voir la gelée blanche sur la pointe des clous, les jeunes ne tardaient pas à dégringoler le plus vite possible pour aller se réchauffer près du poêle de la cuisine; celui-ci remplit de bois franc sec, donnait une bonne chaleur. II faut aussi mentionner que dans toutes les chambres, sous le lit, on y trouvait l'indispensable "vase de nuit" mieux connu sous le nom de "Pisse-pot"

Les maisons étaient construites sur des caves. Le maconnage était fait de pierres de taille et tenues par du mortier. Les caves servaient à conserver les patates qui étaient versées dans des dalots après des arrachages, les navets, les carottes, les oignons, les betteraves et les choux. On accédait à la cave par un escalier du dehors ainsi que d'un escalier qui descendait de la cuisine.

Dans la cave, il y avait aussi le quart de lard et l'armoire aux préserves. Durant l'été, on y trouvait aussi le "cruchon" de crème qui était gardé à la fraîche. Quant arrivait l'automne, les portes de cave étaient fermées pour l'hiver et la maison était terrassée. Au dehors, les maisons étaient entourées d'une clôture (ou bouchure) de même que les granges pour ne pas laisser les animaux libres dans les chemins. Il fallait donc des barrières et de clayons. A côté de la maison, on y voyait la "shed à bois", le poulailler et le cabinet d'aisance. Tout près de la maison, il y avait la couche de petits oignons, des "bouillées" de grosseilles, des gadelles et une rangée de rhubarbe. Le jardin potager se trouvait aussi tout près de la maison. En plus, chaque famille avait une douzaine de pommiers, un ou deux pruniers et des cerisiers. La provision de pommes que l'on conservait aussi en cave, fournissait la famille de ce bon fruit pendant tout l'hiver. On ne cultivait pas trop de fleurs, quelques "bouillées" de dahlias et comme arbuste, quelques lilas. Près de certaines maisons on y trouvait aussi des balançoires (galances).

 

50 ANS DE MARIAGE OU PLUS

 

La majorité des couples qui ont célébrés 50 ans de mariage ou plus sont tous les deux natifs de la vallée de Memramcook, la paroisse St-Thomas, Pré-d'en-Haut ou Lourdes. Parmi les autres couples, il y a au moins un des conjoints qui est natif de la vallée.

M. & Mme Thaddée Léger             - La Montagne         - 60 ans et plus

M. & Mme Thaddée Léger             - La Montagne         - 60 et plus

M. & Mme Sifroi Léger                  - McGinley               - 60 et plus

M. & Mme Eddie A. LeBlanc         - La Hétrière             - 60 et plus

M. & Mme Albert Belliveau           - La Hétrière             - 60 et plus

M. & Mme Honoré J. Gaudet        - La Montagne         - 50 et plus

M. & Mme Clovis B. LeBlanc         - La Montagne        - 50 et plus

M. & Mme Hervé D. Gaudet          - St-Joseph              - 50 et plus

M. & Mme Ben Belliveau              - St-Joseph              - 50 et plus

M. & Mme Alphée Léger                - St-Joseph              - 50 et plus

M. & Mme Hypolite LeBlanc         - St-Joseph              - 50 et plus

M. & Mme Ernest Sonier              - College Bridge      - 50 et plus

M. & Mme Pierre O. LeBlanc        - College Bridge      - 50 et plus [81]

M. & Mme Jimmy Dupuis              - Lourdes                 - 50 et plus

M. & Mme Auguste LeBlanc         - Lourdes                 - 50 et plus

M. & Mme Fred LeBlanc               - Lourdes                 - 50 et plus

M. & Mme Léo J. LeBlanc             - Ottawa                  - 50 et plus

M. & Mme Eddie D. LeBlanc        - St-Paul de Kent     - 50 et plus

M. & Mme Camille V. LeBlanc      - St-Paul de Kent     - 50 et plus

M. & Mme René T. LeBlanc          - Shédiac                 - 50 et plus

M. & Mme Gustave Gaudet          - Shédiac                 - 50 et plus

M. & Mme Cyrille Gautreau          - Pré-d'en-Haut        - 50 et plus

M. & Mme Edouard Gautreau       - Pré-d'en-Haut        - 50 et plus

M. & Mme Désiré LeBlanc             - Pré-d'en-Haut        - 50 et plus

M. & Mme Joseph Caissie            - Moncton                - 50 et plus

M. & Mme Laurie M. LeBlanc       - Hétrière                  - 50 et plus

M. & Mme Edgar Cormier             - Hétrière                  - 50 et plus

M. & Mme Eric Cormier                - Lourdes                 - 50 et plus

M. & Mme Edmond Cormier         - Memramcook        - 50 et plus

M. & Mme Vital Landry                 - Memramcook        - 50 et plus

M. & Mme Albéni P. Gaudet          - Dieppe                  - 50 et plus

M. & Mme Alfred T. LeBlanc         - Dieppe                  - 50 et plus

M. & Mme Eloi Boudreau              - Dieppe                  - 50 et plus

M. & Mme Albert LeBlanc             - Hétrière                  - 50 et plus

M. & Mme Anselme LeBlanc         - Hétrière                 - 50 et plus

M. & Mme Henri Landry                - St-Joseph              - 50 et plus

M. & Mme Edmond Cormier         - Lourdes                 - 50 et plus

M. & Mme Antoine A. LeBlanc      - McGinley's            - 50 et plus

 

DATES A RETENIR

 

- L'Association Acadienne d'éducation a été officiellement fondée en 1937, au congrès de la Société Nationale des Acadiens à St-Joseph.

- En 1939, premier cours abrégé en agriculture à l'Université St-Joseph.

- En 1938, début des cours d'été.

- En 1954, Radio-Canada chez les Acadiens.

- En 1962, L'Université de Moncton est fondée.

- 7 mars 1965, Renouveau liturgique et la première messe en français.

- En 1968, l'orgue est descendu du jubé et placé du côté nord de l'église.

- En 1971, la Banque Provinciale devient une succursale.

- En 1976, des vitraux en couleurs recouvrant les fenêtres de chaque côté de l'église. Ces vitraux représentant différentes époques de la vie religieuse et nationale de la paroisse.

- En 1980, la Banque Provinciale prend le nom de Banque Nationale.

 

QUELQUES DATES DANS L'HISTOIRE DE MEMRAMCOOK

 

1781 Premier curé résident.

1854 Fondation du Séminaire St-Thomas.

1864 Fondation du collège St-Joseph. [82]

1868 Premier train à travers la Vallée.

1868 Incorporation du collège St-Joseph comme Université par Acte de la chambre locale.

1870 A l'occasion de la fête de Ste-Cécile, la fanfare du collège joue pour la première fois en public.

1871 Les Soeurs de la Charité prennent charge du premier couvent édifié par le père Camille Lefebvre.

1887 Les Pères Ste-Croix organisent le premier pèlerinage à Ste-Anne de Beaupré. Le père André Cormier fut le directeur. Un deuxième pèlerinage fut organisé pour le 10 juillet 1888 et un troisième en juillet de l'année suivante (1889).

1881 Première convention nationale des Acadiens ou le 15 août fut choisi comme fête nationale des Acadiens.

1888 Première collation des degrés universitaires.

1897 Construction du Pont Lefebvre de Collège Bridge.

1897-1898 Construction de l'église de Lourdes.

1889 Noces d'argent du collège St-Joseph.

1900 Le Dr. Edouard Gaudet est engagé comme médecin du collège en raison de $50.00 par année, devant soigner les élèves, les religieux et les religieuses.

1903 Le collège construit une usine électrique qui fournit l'électricité au collège. Cette usine fut agrandie et perfectionnée en 1912.

1903 Don du père F.X. Cormier au Collège de la somme de $6,000.00 et de la ferme Belliveau.

1905 Construction d'un aqueduc et moulin à vent et un grand réservoir pour l'usage du collège et dépendances et la construction d'une aréna (patinoir).

1905 Un groupe de mineurs (miners) sont à la recherche de l'huile et plusieurs perforations (drillings) furent faits dans le village près du collège et sur la terre de Damien Gaudet. D'autres tentatives pour trouver l'huile furent entreprises en 1919, 1959, 1967 à différents endroits de la paroisse et à la Pré-d'en-Haut.

1908-1909 Le Dr. Alfred Gaudet est le propriétaire du premier automobile dans la paroisse.

1909 Construction de la haute-digue (levée), du lac St-Camille.

1914 Construction de l'aqueduc du village St-Joseph.

1921 Construction d'un réservoir d'eau pour le village.

1922 Construction d'un réservoir d'eau pour le collège.

1928 L'électricité au service des habitants de la paroisse.

1935 Pavage du chemin de la Hétrière.

En 1939 Le Congrès de la Société Nationale l'Assomption avait lieu à l'Université St-Joseph de Memramcook. Ce fut le dernier congrès avant celui de 1957 alors que la société prit le nom de Société Nationale des Acadiens.

En 1949 La congrégation des religieuses N.D.S.C., fondée à St-Joseph en 1924 décide de construire un collège à Moncton. Le Couvent N.D.S.C. à St-Joseph devient maison-mère et l'école d'art ménager. [83]

En 1958 Le Père Hector Léger qui avait été curé de 1949-1952 et provincial de la Vice-Province Acadienne devient Provincial de la Province Acadienne de plein droit.

En 1953 L'Université St-Joseph achète l'Académie Notre-Dame du Sacré-Coeur à Moncton et y transfère une partie de ses cours.

En 1958 Construction de l'école régionale de la vallée de Memramcook première graduation en 1959. En 1972 on lui donna le nom d'Ecole Abbey Landry.

L'année 1955 restera mémorable dans les annales du diocèse et de toute l'Acadie. Des grandes fêtes marquèrent au mois d'août le bicentennaire de la dispersion des Acadiens. Le jeudi et vendredi 11 et 12 août, les fêtes se déroulèrent à Moncton. Le samedi 13 août, c'est à Memramcook, sur le terrain de l'Université St-Joseph que les fêtes se poursuivent. On y commémorait l'Acadie en 1955. Pour cette fête, le comité local avait fait érigé une estrade près du monument Lefebvre qui devait servir d'autel pour une messe solennelle, chantée en plein air. Mais malheureusement, une pluie battante dérangea les plans et la messe fut chantée dans l'église paroissiale. Pour cette fête, tous les paroissiens avaient décoré leurs maisons de drapeaux étoilés, de banderoles, bleues, blanches et rouges, etc... Des milliers de visiteurs venus de tous les coins du pays, même de la Louisiane, participèrent à cette fête de l'Acadie 1955. dans la vieille paroisse de Memramcook et se dirent enchantés de la réception qui leur avait ét réservée.

 

LES CENTENAIRES

 

Pendant le dernier siècle, au moins 16 personnes nées dans la Paroisse ont atteint l'âge très respectable de 100 ans et plus. Quelques-unes de ces personnes nées dans la Vallée sont allées vivre ailleurs et mourir ailleurs. Les autres ont vécu leur vie entière dans la vallée. II s'agit de:

Madame Surette, née Mathilde Gautreau [84]

Mme Justine à Simon Charles Gaudet

Mme Marie LeBlanc

Mme Euphrosine LeBlanc

Mme Josephine Gaudet

Mme Marie Dina LeBlanc

Mme Rosalie Gould

Mme Emma Boudreau

Soeur Julienne Exelda Belliveau (104 ans)

Thomas LeBlanc

Docité LeBlanc

Lucien Cormier

Tim Léger

Calixte Landry

Anselme Gaudet.

Vital Landry

Josh Breau (102 ans)

 

SERVICES AU PUBLIC

 

Dans la paroisse, on peut trouver:

- Des salons de barbiers,

- des salons de coiffure pour les dames,

- une petite imprimerie,

- des garages, [85]

- des stations de services pour l'essence,

- une taverne,

- des restaurants,

- un "Laudromat" buanderie

Pendant un certain temps, une salle de quilles à "McGinley's Corner", permettait aux gens de la vallée de s'adonner à ce sport mais elle vient de fermer ses portes, Par contre, à la Pré-d'en-Haut, une nouvelle salle de quilles permet aux amateurs de continuer à pratiquer leur sport favori.

Il y a aussi le parc du centenaire inauguré en 1967. Le domaine Beaumont fut officiellement ouvert dimanche 1er juin 1980. C'est le lieu de rendez-vous des Scouts et des Guide francophons du diocèse de Moncton.

 

LADY SMITH

 

Par un bel après-midi d'été, avant la première guerre, les habititants de la paroisse étaient témoins du spectacle suivant: Une élégante voiture à laquelle était attelé un beau cheval fringant, que conduisait un homme en belle tenue et coiffé d'un chapeau fin. Cette voiture ouverte contenait trois dames: une assise sur un siège élevé, protégée des rayons du soleil par un parasol, les deux autres dames, assises sur un siège plus bas faisaient face à la dame seule.

Cette dame, Lady Smith, était la femme d'Albert J. Smith, ancien premier ministre de la province et un éminent avocat de Dorchester.

Lady Smith, tenait à son rang et il ne fallait pas que ses deux compagnes, Madame Josh et Mademoiselle Vail soient assises sur un siège au même niveau qu'elle. Le cocher, Fabien LeBlanc, était le valet, le jardinier, le gardien de la propriété, l'homme à tout faire et même l'aviseur de Lady Smith. Fabien LeBlanc, d'après J.E. Belliveau, l'auteur de "The splendid life of Albert J. Smith and the women he left behind", à la mort de Lady Smith, hérita de la maison dans laquelle il vivait avec :sa famille et la somme de $500.00.

Cette promenade annuelle dans la paroisse était un spectacle qui excitait la curiosité des gens et peut-être aussi l'envie des moins fortunés, devant ce déploiement de richesse apparente.

 

MAGGIE DUTCHER

 

Vers la fin du siècle dernier, la région de Westmorland était en émoi. La cause de cette "commotion" fut un meurtre qui avait été commis à Meadowbrook. Cet acte de violence sur la personne de Madame Dutcher par un homme du nom de John Sullivan avait été commis en présence de la fille de la victime, un enfant de 7 à 8 ans, du nom de Maggie Dutcher. Elle s'était sauvée chez des voisins après avoir reçu une blessure sur la tête en arrière de l'oreille lors de cet attentat. Le Père Alfred Roy, curé de Memramcook, alla la chercher et l'amena chez les [86] Soeurs Ste-Famille. De là, on la transféra au couvent de St-Joseph. la soeur Julienne, (Exelda Belliveau) Centenaire, se rappelle de l'arrivée de Maggie Dutcher au couvent, alors qu'elle était étudiante, en 1896. Maggie Dutcher fut surveillée par les soeurs qui craignaient un attentat à sa vie parce qu'elle devait comparaître comme témoin lors du procès de Sullivan. On prétendait que des rôdeurs avaient été vus aux alentours du couvent. Des gardiens furent engagés pour surveiller et étaient prêts à éloigner tout étranger qui aurait tenté de s'approcher du couvent. Dans un petit village comme St-Joseph, toute cette "commotion" avait éveillé la curiosité des habitants. John Sullivan subit son procès et fut trouvé coupable. Condamné à la pendaison, il composa une complainte avouant son crime. II fut pendu à Dorchester le 14 mars 1896.

 

LES IRLANDAIS

 

Vers 1843, un groupe d'Irlandais arrivèrent dans la vallée et s'installèrent à Memramcook Ouest et à l'est dans le village qu'on baptisa, le village de "McGinley's Corner". Parmi ces familles, il y avait les McManus, Sweeney, Doherty, Sullivan, Cassidy, McGowan et les Sherry. Les familles McManus et Sherry installées à Memramcook non loin de la première gare du chemin de fer de la paroisse, fondèrent des commerces et des magasins qui desservaient les paroissiens de la vallée. Ils cultivèrent, en même temps, les terres et les marais. Advenant leurs prospérités, ils se logèrent dans de belles résidences et construisirent de grands magasins. L'un de ces magasins, celui qui appartenait à James Sherry est maintenant la propriété de Walter Dupuis et après la mort de son premier propriétaire a servi de premier magasin de la Commission des Liqueurs.

La famille McManus a donné un prêtre à l'Eglise, le Père Walter McManus, un député provincial, M. Reid McManus et aussi une religieuse, Winnifred, Soeur de la Charité à Halifax. Un autre membre de cette famille, le lieutenant William McManus, est mort sur le champ de bataille à Dieppe en France.

Quand les Seven Days Adventists s'installèrent dans la paroisse au début des années 20, il se portèrent acquéreurs de certaines propriétés de Memramcook appartenant aux McManus et y établirent un collège. De nos jours, il ne reste que M. Reid McManus, fils d'Edward, des descendants de ces premiers pionniers. Les Irlandais arrivés en 1843 ont joué un rôle de tout premier ordre dans la vie industrielle, commerciale et religieuse de la paroisse.

 

LES SEVEN DAYS ADVENTISTS

 

Vers les 1920, un groupe d'étrangers arrivèrent à Memramcook et firent l'achat de quelques maisons et construisirent un genre de collège pour leurs enfants. Ces personnes appartenaient au secte religieux connu sous le nom de Seven Days Adventists. Ils cultivèrent les terres et ils étaient de paisibles citoyens. Par contre, pendant un certain temps, ils [87] causèrent un certain scandale car ils travaillaient le dimanche et observaient le samedi comme leur dimanche: ceci était un contraste frappant avec le mode de vie des paroissiens de Memramcook de voir des hommes et des femmes travailler leurs champs en plein dimanche alors qu'à l'époque, tout travail manuel était absolument défendu en ce jour du Seigneur.

Ayant fait l'acquisition de certaines propriétés des "Macs", ils demeurèrent dans la paroisse pour quelques années jusqu'à l'incendie de leur collège vers 1935 lorsqu'ils quittèrent définitivement Memramcook.

 

LA NURSE POWELL

 

Pendant toute sa vie, la "nurse" Powell s'est acquise une renommée de grande bienfaitrice dans la région de la Pré-d'en-Haut et du village des Gautreau. Cette garde-malade, a fait une grande quantité d'accouchements, remplaçant le docteur qui était éloigné de 5 à 6 milles. C'est surtout durant l'épidémie de la grippe espagnole à l'automne de 1918, qui a fait tant de victimes dans le monde entier, qu'elle a prodigué ses soins aux personnes atteintes de cette maladie. Son nom était Isabelle Powell, elle était garde-malade enregistrée "R.N.". Son souvenir demeurera à jamais auprès des habitants de cette région le long de la Petitcodiac. Elle fut une femme qui a passé en faisant le bien pendant au delà de 40 ans.

 

LES COMIQUES

 

Dans tous les villages, on trouve de ces hommes qui même s'ils ont seulement une instruction bien ordinaire, possèdent quand même ce qu'on appelle l'esprit présent et ont une repartie admirable. Ils voient le côté comique de chaque situation et ont une réponse immédiate à tout.

Le p'tit Moïse Gautreau, appelé Chinichi, appartenait à cette catégorie. II était reconnu comme un homme qui avait toujours une réponse prête et savait se tirer de situations parfois embarassantes. Quantités d'histoires sont racontées sur son compte. Certaines de ces histoires se racontent plutôt privément, mais d'autres sont convenables en tout temps et tout lieu. "Le p'tit Moise se promenait sur une rue de Moncton un bon jour de printemps. Le trottoir n'était pas complètement débarrassé de mares de glace et sur une de ces mares, le p'tit Moise glissa et tomba. Aussitôt tombé, aussitôt relevé, car il était très agile. Aux passants qui s'informaient s'il s'était fait mal, il répondit que non. Regardant la mare de glace qui avait causé sa chute et voulant pour ainsi dire prendre sa revanche il dit: "Moi, je ne peux pas rien te faire, mais le mois de juillet t'arrangera". Le p'tit Moïse était un des favoris du père Labbé, qui fut longtemps vicaire à la paroisse et qui le taquinait pour entendre ses réparties.

Un autre favori du père Labbe qui avait lui aussi toujours une réponse appropriée, était Hypolite LeBlanc, connu sous le nom de "Polyte Coudjo", et il était fossoyeur. C'était un de ces hommes paisibles [88] mais avec une présence d'esprit pas ordinaire. Nombreuses aussi sont les histoires sur son compte.

A Collège Bridge, Calixte LeBlanc, appelé "le p'tit Calixte" appartenait lui aussi à cette catégorie d'hommes qui sont des comiques et qui savent profiter de ce talent inné et s'en servent pour égayer leur entourage. Le p'tit Calixte siègait le plus souvent à la station de Collège Bridge et les passagers en attendant l'arrivée du train bénéficiaient de ses remarques drôles.

 

LE VILLAGE ST-JOSEPH

 

L'histoire nous dit qu'après le Traité de Paris de 1763, sur la terre en face du collège St-Joseph, les 6 chefs de famille se fixèrent dans un rayon d'environ 200 pas et devinrent les premiers colons permanents de Memramcook. On a longtemps appelé cet endroit "La butte-à-Pétard". Un dénommé Pierre Belliveau, dit Piau était un de 6 colons, ce qui fait que ce village était aussi désigné du nom du village des "Piaux". C'est dans ce village que l'église actuelle est située et que l'Abbé Lafrance bâtit son petit séminaire devenu le Collège St-Joseph en 1864 avec l'arrivée du Père Lefebvre et les religieux de Ste-Croix et pris alors la nom de village de St-Joseph.

Comme les autres villages de la Vallée, le village St-Joseph avec les années augmenta en population et après la deuxième guerre mondiale, avait atteint au-delà de 600 personnes. Un groupe de citoyens intéressés firent application auprès du Ministère des Services Municipaux pour incorporer le village en "District d'améliorations Locales - Local Improvement District". Le 24 janvier 1949, le village fut incorporé et les officiers suivants furent élus à l'unanimité;

M. Ulysse D. Gaudet - président

M. Joseph A. Gaudet - conseiller

M. Léonce LeBlanc - conseiller

M. Valérie Landry  Auditeur

L'incorporation du district permit l'installation des lumières le long de la route, la construction des trottoirs, etc... Pour défrayer les frais encourus, des taxes furent prélevées sur les habitants du village.

Le 9 novembre 1966, le village St-Joseph fut incorporé comme village avec tous les avantages que cela comporte.

M. Alcide Gronet fut élu maire,

M. Paul Eugène Gaudet pro-maire,

M. Vital Gaudet, conseiller

M. Edgar A. LeBlanc, greffier et trésorier.

Le 19 avait lieu l'inauguration de l'édifice municipal de Saint-Joseph et l'ouverture officielle des nouveaux locaux, en l'occurence, dans la deuxième école du village, école vacante depuis la centralisation des écoliers de la paroisse. On fêtait en même temps le 10ième anniversaire de la bibliothèque régionale de Memramcook. [89]

(Extrait de l'Evangéline):

Plusieurs personnes ont pu assister à cette double fête qui s'est terminé par un goûter. La bénédiction de l'édifice a été faite par le curé René Lauzon et plusieurs invités d'honneur ont adressé la parole dont le Père Lauzon, Mme Mark Yeoman, présidente du comité régional de la bibliothèque Albert-Westmorland-Kent, Claude Potvin, directeur de la bibliothèque régionale, Harold Terris, représentant du Ministère des Affaires Municipales, Cléophas Léger, député libéral provincial, Edouard Arsenault, directeur de l'Institut de Memramcook et le maire de St-Joseph, Fortunat Duguay.

Aux élections municipales de 1980, Madame Thérèse Gaudet reçut l'appui des électeurs du village Saint-Joseph et fut élue maire. Ré-élue maire en 1983, Madame Gaudet fait partie d'un groupe restreint de femmes occupant le poste de maire de leur village dans la province du Nouveau-Brunswick. C'est tout à l'honneur du beau sexe.[90]

 

CASERNE DES POMPIERS

 

C'est le 4 novembre 1979 que fut inaugurée la Caserne des Pompiers de la Vallée. Le service des incendie commencé en 1950.

Après le premier festival de la fraise en 1950, qui avait pour but l'organisation de la protection contre les incendies, l'Association de Pompiers Volontaires fut formée. Une cotisation de $1.00 à $3.00 était prélevée auprès de chaque famille et en 1954, l'association fit l'achat de deux camions. Un de ces camions était logé à la Hétrière et l'autre à College Bridge, jusqu'en avril 1978, lorsqu'on commença la construction d'une caserne de pompiers à St-Joseph, grâce à un projet du Canada au travail. Avec un bon nombre d'autres personnes, la coupe du ruban fut faite par le maire de St-Joseph, M. Léo-Paul Gaudet à une cérémonie où le Ministère des Affaires municipales de la province du N.-B., M. Horace Smith était présent. Le chef des pompiers actuel depuis 1976 est M. Willie P. LeBlanc. Avant lui, les personnes suivantes ont occupé ce poste: Fred Robichaud (1954-1962), Thomas Bourgeois (1962-1963), Donald LeBlanc (1963-1966), Léonce Breau (1966-1971), Bernard LeBlanc (1971-1976).

 

LA FANFARE

 

En 1898, un groupe de personnes du district de McGinley's Corner et de Memramcook Ouest eurent l'idée géniale d'organiser une fanfare.

Ce fut probablement une des premières fanfares organisées dans nos centres acadiens. Toutefois, cette fanfare ne fut pas la première à être organisée dans la paroisse.

Dès 1870, quelques années seulement après la fondation du collège, le Père Lefebvre avait vu à l'organisation d'une fanfare par les élèves du collège. La fanfare du 1898 de Memramcook, fut une de ses premières apparitions en public lors d'un pique-nique à Lourdes; pique-nique qui avait pour but de ramasser un peu d'argent pour défrayer les dépenses encourues par la construction de la nouvelle église de Lourdes. [91]

Vers 1900, le Père Hypolite LeBlanc, c.s.c., joueur de cornet de première classe en plus d'être un bon musicien et le directeur de la fanfare du collège, prit aussi la direction de la fanfare de la paroisse. Le 15 août 1901, à la cérémonie du dévoilement du tableau de la dispersion des Acadiens, d'Henri Beau au monument Lefebvre, la fanfare de Memramcook fit les honneurs de la musique. A cette occasion le Dr. Lucien Belliveau, de Shédiac, un fils de Memramcook, prononça le discours de circonstance. Ce magnifique tableau que l'on pouvait voir autrefois dans le monument Lefebvre fait maintenant partie de la collection du musée acadien à l'Université de Moncton. Plus tard, lorsque Edmond Gaudet prit la direction de la fanfare, celle-ci prit part à plusieurs processions de la Fête-Dieu.

En 1911, la fanfare de Memramcook était au nombre de plusieurs fanfares de la région de Moncton pour accueillir Sir Wilfred Laurier. A cette occasion, la fanfare de Memramcook se distingua et passa pour la meilleure parmi les 5 ou 6 présentes. On nommait cette fanfare la Banne (Band) de Memramcook. Vers les années 1915, elle cessa d'exister.

 

LES REMEDES

 

Malgré que dans le passé, la paroisse a eu l'avantage d'avoir un médecin à qui on avait recours en cas de maladies graves, nos ancêtres connaissaient et se servaient d'une quantité de remèdes naturels pour soigner les maladies les plus communes de leurs enfants.

Les remèdes les plus utilisés étaient les suivants:

- Feuilles de plantain et couenne de lard salé pour guérir les plaies où il y avait danger d'infection.

- Le "White Liniment" était un remède très connu pour guérir les troubles musculaires. [92]

- Les "emplâtres" de moutarde, d'avoine, de miettes de pain ont été en vogue jusqu'à l'arrivée des "Sulfa".

- Pour le mal de tête, on frottait le front avec du vinaigre.

- Pour le mal d'oreille, on "boucanait" les oreilles.

- Pour le mal de dents, on se servait de clou de girofle.

- Pour le mal de ventre et coliques, on buvait du gingembre et on se servait du "Castor Oil" pour la constipation.

- On avait aussi recours à une neuvaine de soufre.

- Il y avait l'absinthe et la "tansy", remèdes contre la fièvre.

- On buvait du thé de violon (tamarac).

- On sauvait l'eau de neige du mois de mai pour le mal des yeux.

- Pour prévenir les maladies, les enfants portaient un petit sac de camphre.

La plupart de ces remèdes connus et employés n'avaient pas un très bon goût mais étaient quand même efficace. Aujourd'hui, les remèdes sont si bons au goût que les jeunes les mangent comme des bonbons.

 

LES CONTES

 

II était une fois, il y a 50, 60, 75 ans dans toutes les paroisses acadiennes, des conteurs de contes, qui allaient de maison en maison, conter des contes aux petits enfants. A Memramcook, cet homme s'appelait, Vital Bourque, surnommé "Peteau" qui avait le tour de bien raconter, de tenir son jeune auditoire assis par terre, tout autour de lui, en suspens. "Ali Baba et les 40 voleurs" était son compte favori. Son répertoire ne s'arrêtait pas là cependant. La même ritournelle revenait à la fin de chaque conte: "Happy as a lord avec sa petite femme. Ils ont fait une noce avec des rings round et des crottes tordues". II faut se rappeler qu'en ce temps-là, il n'y avait ni radio, ni télévision et pour les enfants comme pour les plus grands, écouter un conte bien raconté par ainsi dire, un expert, était une manière d'éveiller la curiosité des jeunes et en même temps un divertissement peu coûteux. D'ailleurs, la grande majorité des gens d'âge d'or ont entendu durant leur enfance, quantités de contes qui leur ont été racontés plus d'une fois alors qu'ils étaient bercés par le grand-père ou la grand-mère, ils écoutaient le conte du "P'tit Poucet" ou la vie de Sainte Geneviève et combien d'autres encore.

 

LA CHANDELEUR

 

Courir la chandeleur était une expression que l'on entendait à tous les ans vers la mi-janvier. Il y a soixante ans et plus. Cette coutume de courir la chandeleur remonte à plusieurs années. En ce temps-là, on n'était pas rendu au secours direct et comme il a toujours existé des pauvres dans nos paroisses, on avait trouvé un moyen d'aider aux familles dans le besoin. Le 2 février, on courait la chandeleur, visitant les marchands et les différentes maisons de la paroisse, pour ramasser du linge, divers produits de la ferme, patates, carottes, navets, etc... que l'on [93] allait distribuer aux familles les plus pauvres. Cette quête, de porte en porte, avait ceci de particulier, c'était en même temps, une vraie partie de plaisir pour les jeunes. De bonne heure, le matin, on se rassemblait à un point déterminé, à cheval, en traîneaux et en carriole dans laquelle, un couple représentant des mariés, prenaient place. Il fallait aussi se costumer et l'on trouvait donc une variété de costumes "clowns", vieux, vieilles. On se mettait en route en procession, en chantant, en dansant. En arrêtant aux diverses maisons, les plus hardis, étant costumés et déguisés et quelquefois ayant prit un petit coup, en profitaient pour embrasser la fille de la maison. A la fin de la journée, alors que les traîneaux étaient remplis, on distribuait les légumes et autres nourritures ainsi que le linge etc... aux familles qui en avaient le plus besoin. Dans la soirée, il y avait une réunion dans une maison et on s'amusait. Les poutines râpées étaient au menu et de la bonne tire pour le dessert. C'était une manière d'accomplir une oeuvre de charité tout en s'amusant.

 

LES DEPUTÉS

 

La paroisse de Memramcook a fourni 13 députés au gouvernement provincial de Frédéricton et 3 au gouvernement fédéral d'Ottawa. Au provincial, Amand Landry fut le premier député à siéger à l'Assemblée Législative de Fredericton. Elu député conservateur de Westmorland en 1846, 1853, 1854, 1861, 1865, 1866.

Son fils, Pierre Landry, avocat, élu député pour le comté de Westmorland en 1870. Réélu en 1878, il fut Ministre des Travaux Publics et Secrétaire Provincial jusqu'en 1883. Elu député fédéral pour le Comté de Kent en 1883.

David Landry élu à la Législature Provinciale pour le comté de Kent en 1908, il fut Secrétaire-Trésorier et Ministre de l'Agriculture, 1908-1912.

Clément Léger, élu député en 1903, 1908, il fut l'orateur suppléant de la Chambre Législative de Fredericton en 1917.

Antoine Léger, avocat, élu député en 1925, il fut secrétaire- [94] Provincial de 1925 à 1935. II fut le seul au Nouveau-Brunswick, a avoir présenté le discours budgétaire dix années consécutives.

Siméo Melanson, élu en 1935-1939.

Reid McManus, 1921-1925.

Edouard Léger, 1939, 1944, 1948.

Cléophas Léger, 1952, 1956, 1960, 1963, 1970.

Thomas Bourque, élu député pour le comté de Kent en 1908 et en 1912.

Arthur LeBlanc, élu député de Restigouche en 1917.

Ambroise Richard, avocat, fut élu membre du Conseil Législatif en 1883 et l'un des premiers Acadiens à siéger à ce conseil. Il fut aussi élu membre de l'assemblée législative en 1892 et nommé Procureur Général.

Olivier LeBlanc, élu député pour le comté de Kent en 1882. Le 15 octobre 1889, il était admis au Conseil Exécutif à titre de ministre sans porte-feuille. Elu député fédéral en 1900-1904 et 1908. Je trouve dans le "Père Lefebvre et l'Acadie" du Sénateur Poirier, ce qui suit:

"Il y a quelques années, les procès verbaux de la Chambre d'Assemblée du Nouveau-Brunswick, eurent à enregistrer les minutes d'une séance toute en français. M. Olivier LeBlanc, Ministre Acadien dans le cabinet, fit dans sa langue maternelle une proposition qu'appuyèrent, dans la même langue, tous ses compatriotes et ceux parmi la députation anglaise qui avaient lu le télémague dans l'original. M. White, l'orateur, mit la proposition au vote dans un français très tolérable au milieux des acclamations de toute la Chambre. Les os des aïeux en tressaillirent dans leurs tombes."

Roméo LeBlanc, élu député fédéral pour Kent et Westmorland en 1972, réélu en 1974, nommé Ministre des Pêches et de l'Environnement. II fut réélu en mai 1979. II fut nommé Ministre des Travaux Publics en 1982, Sénateur en juin 1984.

 

LES CONSEILLERS

 

La paroisse religieuse de Memramcook au point de vue civil fait partie de la paroisse civile de Dorchester. Jusqu'à l'abolition des conseils de comtés en 1967, la paroisse religieuse de Memramcook a eu pour la représenter, les conseillers municipaux suivants: Ambroise Richard, Alphonse LeBlanc, Eloi Léger, Edouard Léger, Siméon Melanson, Herman Léger, Lucien Cormier, Emile Belliveau, Cléophas Léger, Paul Owen LeBlanc. Les conseillers, Alphonse LeBlanc et Edouard Léger durant leur terme au conseil ont présidé comme préfet du comté "Warden". Les conseillers étaient élus par vote des contribuables "tax payers". Les conseillers élus des différentes paroisses du comté élisaient ensuite le préfet. [95]

 

LES MEDECINS DANS LA PAROISSE

 

Les docteurs Maillet, Boissy, Edouard Gaudet, Fidèle Gaudet, Elzéar Gaudet, Alfred Gaudet, Camille Gaudet, Edouard Doherty, JeanLouis Melanson ont été les médecins résidents qui pratiquèrent leur profession dans la paroisse au siècle dernier. Ils se sont succédés à tour de rôle et avaient un bureau où ils exercaient leur profession à plein temps. D'autre médecins ont certe aussi pratiqué dans la paroisse. Actuellement, les docteurs Eugène Cormier et Léo Paul Landry sont à la disposition des gens de la paroisse quelques jours par semaine. Tous ces médecins (appelés médecins de famille) faisaient des visites à domicile à toute heure du jour et devaient même se rendre auprès des malades en pleine nuit. C'étaient des omnipraticiens.

Les docteurs Euclide Léger, Gérard Léger, Eugène Léger, Gabriel Léger, Léonard Gaudet, Loyola LeBlanc, Joseph Gaudet, Lucien Belliveau, Phileas Bourgeois, Thomas Bourque, Dollard Cormier, David Landry, Rodolphe LeBlanc, Aimé LeBlanc, J.M. Auffrey, Roland Léger, sont nés dans la paroisse mais ils ont exercé ou exercent encore leur profession médicale ailleurs.

Les dentistes nés dans la paroisse sont: Dr. Yvon Gaudet, Aurèle Gaudet, Edouard Landry, Oswald Léger, Léonide Gaudet. Ceux-ci sont maintenant décédés tandis que les dentistes Georges Alfred Gaudet et Robert Léger pratiquent encore leur profession à Moncton.

 

LES AVOCATS

 

Les avocats nés dans la paroisse sont: Pierre Amand Landry, Arthur LeBlanc (ces deux avocats sont devenus juges) Antoine Léger, Ambroise Richard et Eric Richard.

 

LES AGRONOMES

 

Les agronomes nés dans la paroisse sont: Arthur Gaudet, Gustave Gaudet, Aurèle Gaudet, Alfred LeBlanc, Raymond Boudreau et Clovis Boudreau.

 

LES MAGASINS

 

Les premiers magasins établis dans la paroisse à la fin du siècle dernier et qui ont servi la population de Memramcook étaient les suivants: McManus, J.P. Sherry, F.F. Gaudet, T.O. LeBlanc, C.M. Léger, Anselme LeBlanc, Napoléon LeBlanc, E.A. Léger, Hypolite LeBlanc, Jos Taylor. Ces magasins n'existent plus aujourd'hui. Les marchands en 1979 étaient les suivants: Magasin Melanson, Gaudet à St-Joseph, Donald LeBlanc à College Bridge, Magasin Dupuis à Memramcook. [96]

 

MODES D'ECLAIRAGES

 

L'électricité en 1903, une génératrice électrique fut bâtie par le collège St-Joseph, jusque-là éclairé par des lampes à l'huile. Afin de donner au Collège et à ses dépendances, l'électricité nécessaire, cette génératrice d'électricité fut agrandie et perfectionnée en 1912. Le Collège fournissait aussi l'électricité au presbytère, au Dr. Gaudet et au couvent NDSC, jusqu'à l'arrivée du pouvoir hydro-électrique dans la paroisse en 1929.

Aujourd'hui, on peut dire que chaque résidence est éclairée à l'électricité, on y trouve tous les appareils électriques: poêle, laveuses, etc... Certaines maisons sont même complètement chauffées à l'électricité.

 

LE TELEPHONE DANS LA PAROISSE

 

C'est en 1888 qu'apparurent les premiers téléphones dans la paroisse. En 1893, une "switch board" était en fonction à Dorchester. C'est donc de là, de Dorchester, que le "central" desservait la paroisse. Au début du siècle, on y trouvait seulement que quelques maisons qui avaient cette commodité. Avec le temps, plusieurs lignes furent installées dans la vallée. II faut dire que ce service téléphonique était loin de donner satisfaction, car jusqu'à 6 téléphones se trouvaient branchés sur une même ligne, les lignes privées n'existaient pas. Très souvent, il n'était pas possible de faire des appels, même urgents parce que la ligne était occupée. Un autre désavantage était que tous les abonnés sur une même ligne pouvaient écouter les conversations des autres. II fallait donc se garder de dire des secrets au téléphone. Ce n'est qu'en 1955 que la Compagnie de Téléphone du Nouveau-Brunswick après de nombreuses démarches faites par la Chambre de Commerce de la vallée, construisit une "centrale automatique" à College Bridge. Cette centrale a permis l'installation du téléphone dans pratiquement toutes les maisons de la paroisse, ligne privée ou semi-privée selon les besoins. De nos jours, rares sont les maisons qui ne jouissent pas de cette invention si pratique et pour ainsi dire indispensable.

 

LES FORGES - LES FORGERONS

 

Longfellow, dans son poème "Evangéline", nous décrit la forge de Basile Lajeunesse comme le centre du village, là où les jeunes se plaisaient à regarder le vieux forgeron battre les fers chauds sur l'enclume. Cette description s'appliquait aux forgerons de la paroisse, il y a 75, 100 ans passés, alors qu'on trouvait les forgerons, Isaie Léger à St-Joseph, Albeni Léger à McGinley's Corner, Dan MacGowan à Memramcook, Alphée Landry et Alfred LeBlanc à College Bridge de même que Joseph Saulnier, Aimé Bourgeois à Belliveau Village et Thomas Bourque chez les Beaumont. A mi-chemin entre St-Joseph et McGinley's, Sylvain à Thaddée Léger, forgeait dans une forge qui était [97] unique en son genre. Cette forge a été transportée au Village Acadien de Caraquet et reconstruite telle qu'elle était au début du siècle. Une des dernières forges à St-Joseph est disparu après la guerre. Jacques Poirier en était le propriétaire.

Pour ferrer les chevaux, le forgeront s'affublait d'un tablier en cuir et pour chauffer les fers, un soufflet attisait le feu dans lequel les fers étaient rougis à blanc avant d'être battus sur l'enclume. Le forgeron ajustait le fer à la patte du cheval, ce fer tout rouge brûlait la corne (sabot). Avant de le clouer à la patte du cheval, le forgeron plongeait le fer rouge dans une cuve d'eau froide. Ce rude et honorable métier comme bien d'autres est pour ainsi dire disparu. Les forges ont donné leurs places aux garages et postes d'essence, les autos et les camions ayant remplacé les chevaux. C'est le cas de le dire: "autre temps, autres moeurs".

 

LES CORDONNIERS

 

Un autre métier qui était pour ainsi dire presqu'indispensable était celui du cordonnier. Métier disparu avec l'importation de chaussures des vieux pays et la multiplication des magasins à chaine que l'on trouve dans tous les Centres d'Achat. Cinquante, soixante ans passées, on retrouvait dans la paroisse, les cordonniers suivants: A St-Joseph, Marc Bourgeois qui eut aussi à un certain temps une tannerie, Frank Lirette, Maxime Bourgeois, Joseph à Moïse Gaudet et son fils Honoré. Ces deux derniers étaient les cordonniers attitrés du Collège. Plus tard, Clorice Cormier exercait aussi ce métier de cordonnier à St-Joseph en même temps qu'Honoré Gaudet qui maintient encore sa boutique (shop) en y travaillant quelques heures par semaine. [98]

 

LES BOUCHERS

 

Avant l'arrivée des supermarchés où la ménagère peut se procurer à tous les jours de la semaine des coupes de boeuf, de porc ou de volaille les bouchers de profession fournissaient à une clientèle régulière, viande fraîche, chaque semaine. Dans la paroisse de Memramcook, les bouchers Frédéric LeBlanc, André O. LeBlanc, Adolphe D. LeBlanc Edouard C. LeBlanc, Edouard J. LeBlanc, Maxime Bourgeois, Henri Bourgeois, Léopold Léger, Léo T. Gaudet ont été pendant plusieurs années des personnes familières pour un bon nombre de familles. De nos jours, ceux qui exercent ce métier sont en petit nombre. Roméo LeBlanc Uldège LeBlanc, Henri A. LeBlanc sont les seuls qui font la boucherie à toutes les semaines et vivent de leur commerce.

 

LES LAITIERS

 

Vers la fin de la première guerre, les frères Emile et Eli Gaudet entreprirent la livraison du lait à domicile dans le village de St-Joseph et à Collège Bridge. Quelques années plus tard, Léandre Gaudet, Hervé D. Gaudet et Treflé LeBlanc qui possédaient de gros troupeaux laitier organisèrent des routes de livraison dans la paroisse et le lait frais était distribué à tous les jours à des centaines de familles. Avec l'arrivée de la pasteurisation obligatoire du lait destiné à la consommation humaine, le lait provenant des troupeaux laitiers est transporté par camion citerne à Sussex ou à Newcastle et en Nouvelle-Ecosse. Les distributeurs de lait s'approvisionnent du lait pasteurisé à des dépots à Moncton, à chaque jour et de 800 à 1,000 litres sont distribués dans les foyers de la paroisse.

 

LES MARCHANDS TAILLEURS

 

Pendant plusieurs années, on pouvait trouver dans la paroisse des boutiques de couturiers. A St-Joseph, Lucien M. Léger employait 3 ou 4 filles à la couture d'habillement d'hommes. A College Bridge, Patrick Richard et Abbey Bourgeois et à Memramcook, Tilmon Melanson avaient chacun leurs clients et exercaient ce métier qui en ce temps-là était indispensable. Le progrès, les moyens de locomotion, la mode ayant changé, ce métier de couturier tailleur est hélas disparu et les garçons et hommes de la paroisse s'habillent dans les magasins de Moncton.

 

LES RAMONEURS

 

Autrefois, certaines personnes exercaient le métier de ramoneur. Ce métier consistait à ramoner les cheminées, c'est-à-dire à râcler l'intérieur des cheminées pour enlever la suie qui y était déposée. Ce travail se faisait ordinairement à l'automne, et quelquefois au printemps. Il arrivait parfois qu'une épaisse couche de suie se déposait le long des tuyaux et des cheminées, ce qui causait souvent un danger grave de feu. [99]

Le résultat, plusieurs maisons ont été la proie des flammes dans le passé. Si par hasard, la cheminée prenait en feu, on conseillait de jeter des poignées de gros sel dans le poêle.

 

LE COLLECTEUR DE TAXE ET LE "CONNESTABLE"

 

Un autre métier qui est disparu de nos moeurs était celui de collecteur de taxe. II y avait la taxe des propriétés et la taxe des écoles, chacune de celle-ci était perçue par un différent collecteur. Ces personnes étaient appointées par les conseillers et ils devaient passer de maison en maison pour percevoir le montant que les contribuables devaient payer. Comme salaire, ils recevaient un pourcentage des montants "collectés" ou recueillis.

En plus des collecteurs de taxe, un autre métier qui est aussi disparu est celui de connétable (connestable), comme on le désignait.

C'était un genre d'officier de la paix. Ils étaient en quelque sorte l'aide au "shérif". Ce rôle d'officier est confié maintenant à la Gendarmerie Royale.

 

LES SOURCIERS

 

Les sourciers sont les personnes qui possèdent le talent de découvrir les sources souterraines au moyen d'une fourche de bois de coudrier. Dans le language populaire ce sont des personnes qui "rodent" pour trouver de l'eau. Ces hommes peuvent chercher de l'eau en se servant d'une fourche de bois soit de senelier ou de "varne" d'une longueur d'environ 20 pouces qui ne doit pas être pelée. Lorsque le sourcier s'en sert, il tient une branche dans chacune de ses mains, marche doucement en se coubant légèrement vers la terre et maintient la pointe dans un angle d'environ 50 degrés. Le corps de la hart tressaille lorsqu'il y a de l'eau.

 

LES COLPORTEURS (PEDDLERS)

 

II y a 70, 75 ans, une fois par année, des colporteurs portant sur le dos des valises de marchandise, visitaient les maisons de la paroisse.

Ces hommes étaient connus sous le nom "D'Arables" car c'était pour la plupart des émigrés venus au Canada de la Syrie. Ces colporteurs qui, après un certain temps, ayant appris à parler convenablement le français, étaient les bienvenus et entraient dans la maison avec leurs valises contenant un lot de marchandise, telles que des peignes, papiers d'épingles, bagues, colliers, etc... Les gens n'achetaient pas souvent de leurs produits mais ce déploiement d'objets divers excitait surtout la curiosité des jeunes, qui à ce temps-là, n'avaient pas souvent l'occasion de visiter les magasins, 5, 10 et 15. Ces colporteurs couchaient toujours dans la même maison à chacune de leur visite. Après un certain temps, ils se sont munis de cheval et de voiture, ceci leur permettant d'avoir plus de marchandise à vendre, telles que linge de femmes, indienne, etc... Ces [100] "Arables" ont débuté comme colporteurs mais après quelques années, ils ont pour la plupart pu ouvrir des magasins à leur propre compte. On trouve encore aujourd'hui leurs descendants, propriétaires de gros magasins dans plusieurs villes du Nouveau-Brunswick, les Abud, Battah, Gorayeb, David, Farrah, etc... De nos jours, il y a eu aussi des vendeurs de produits Raleigh, Walkins et bien d'autres. Peut-être reste-t-il des vendeurs et vendeuses de "Fuller Brush" et de produits de beauté "Avon". Les temps ont donc changés, depuis la première visite des "Arables" au début du siècle dans la paroisse.

A la même époque, en plus des vendeurs colporteurs, il y eut des Juifs qui passaient par les campagnes pour acheter du fer, des os, des guenilles et des peaux d'animaux. Ils voyageaient en voiture tirés par un vieux cheval et naturellement ne payaient pas cher pour ce qu'ils achetaient. II y eut aussi les "Gypsies" qui ne vendaient pas, n'achetaient pas, mais plutôt quêtaient et étaient prêts à jeter des mauvais sorts si on leur refusait ce qu'elles demandaient. De temps à autre, des sauvages (indiens) passaient et avaient de jolis paniers à vendre. Tout ça est maintenant chose du passé.

 

LES SAGES-FEMMES

 

Pendant une centaine d'années, la paroisse et les régions environnantes ont pu profiter de la présence d'un ou de deux médecins qui leur prodiguaient les soins en cas de maladie. Jusqu'à la mise en vigueur des plans d'assurance maladie et d'hospitalisation, la grande majorité des accouchements se faisaient à domicile. Les sages-femmes ont donc joué un rôle d'une grande importance, remplaçant souvent le docteur qui ne pouvait être présent à cause de la grandeur du territoire qu'il avait à parcourir.

Dans la paroisse au début du siècle, deux femmes étaient reconnues comme sages-femmes; Madame Osithe (Aimée) LeBlanc du village des Pierres à Charlitte et Madame Regina (Stanislas) Dupuis du vieux chemin de Shédiac. Pendant leur vie, ces deux femmes ont procédé à des centaines d'accouchements et ont prodigué leurs soins aux jeunes mamans pour parfois plusieurs jours.

Une autre sage-femme, Madame Rosanna (LeBlanc) Bourque dans un interview accordée au journal l'Evangéline, s'attribue au delà de 200 naissances et affirme d'avoir aidé par le passé toutes les futures mamans du Village Saint-Joseph. Madame Bourque a vu naître avec soulagement l'ère des hôpitaux modernes et s'est réjouie de voir les femmes de la vallée se rendre à l'hôpital pour accoucher. "C'est plus certain à l'hôpital, confie-t-elle". Elle a parfois accompagné ces jeunes femmes pour les rassurer pendant le trajet. Madame Bourque, âgée de 95 ans, demeure à la Hêtrière. De nos jours, on pourrait dire que cent pour cent des bébés de la vallée voient le jour dans un des deux hôpitaux de la ville de Moncton. [101]

 

LES INDUSTRIES DANS LA PAROISSE

 

II y a plus d'une centaine d'années, dans la paroisse de Memramcook comme dans toutes les paroisses acadiennes, les principales industries assurant la survivance de nos ancêtres étaient l'agriculture et la pêche, industries fondamentales qui ont procuré au genre humain depuis la création du monde, la nourriture nécessaire à sa vie et à sa subsistance. En plus, à Memramcook, il y eut pendant ul certain temps, d'autres petites industries qui ont procuré de l'emploi supplémentaire et assuré un gagne pain à ceux et celles qu'elles employaient.

La première de ces industries, il y a plus de 150 ans, fut les carrières des Beaumonts. Les pierres de l'église de Memramcook, du monument Lefebvre, du pénitencier de Dorchester et d'une foule de bâtiments des villes de Boston et de New York furent prises de ces carrières. Les tailleurs étaient reconnus comme d'excellents ouvriers. Après la fermeture de la carrière, plusieurs s'en furent travailler aux carrières des Etats-Unis, notamment à East Long Meadow, Mass. En 1886, lorsque les propriétaires des carrières de Memramcook déménagèrent aux Etats-Unis, une cinquantaine de familles de la Vallée émigrèrent avec eux. Quelques familles sont même déménagées dans l'Ohio où l'on venait d'ouvrir une carrière.

Vers les 1890, Michel McLaughlin de Bouctouche fit construire un beurrerie-fromagerie à St-Joseph. M. Georges Michaud de Bouctouche était en charge et cette petite industrie locale fonctionna pendant 15 à 20 ans en employant quelques personnes.

A peu près vers les mêmes dates, à McGinley's Corner, M Clément M. Léger avaient construit un atelier de ferblanterie où on manufacturait des chaudières, des gobelets, des tuyaux de poêle, etc & Cette ferblanterie fournissait les gobelets de "fer blanc" au chemin de fer et sur lesquels les initiales I.C.R. (Intercolonial Railroad) étaient gravées. [102]

Toujours à McGinley's Corner (Memramcook Ouest), un moulin à scier des billots, un moulin à farine et un moulin à laine furent bâtis par Sylvain R. Gaudet. Ces trois moulins ont procuré le gagne pain de plusieurs familles en donnant de l'emploi à plusieurs personnes. Alors que ces moulins étaient la propriété de M. Edouard A. Gaudet, ils ont été la proie des flammes.

Plusieurs ferblantiers ont appris leur métier dans cette petite industrie et sont allés établir des ferblanteries à Moncton et à Memramcook. Parmi ceux-ci il y avait les frères Thaddée et Eloi Léger ainsi qu'Azime Léger qui avaient un magasin qui fit des affaires pendant plusieurs années sous le nom de "T & E Léger" qui est ensuite devenu "Moncton Hardware".

Il y eut d'autres moulins à bois dans la région, entre autre le moulin des Macs dans le district de Gayton's, le moulin des Andersons, en haut du ruisseau et le moulin à John Gaudet à St-Joseph. Ces moulins faisaient la coupe des billots en les transformant en planches, madriers et autre bois de charpenterie et de construction. Les premières coupes des billots appelées vulgairement les croûtes "slabs" étaient jetées dans une fournaise qui fournissait la vapeur pour mettre ces moulins en "marche".

A côté de ces moulins stationnaires, il y avait aussi les moulins qui se déplacaient pour lesquels on se servait d'engins à gazoline. Ces moulins servaient surtout à faire la coupe du bois de chauffage et étaient transportés de ferme en ferme.

Vers les années 1950, toujours à McGinley's Corner, une autre industrie vit le jour. C'était une manufacture de matelas, propriété de M Léonard A. LeBlanc, établie à Memramcook, dans l'ancienne salle de la C.M.B.A, qui appartenait alors à la paroisse. Cette industrie a fourni de l'emploi à 12 personnes pendant 10 ans.

A St-Joseph, Louis LeBlanc, transforme le magasin d'Elphège Léger en un moulin à laine. Ce magasin avait été la propriété de Patrick T. Léger de McGinley's Corner avant d'avoir été acheté par Elphège Léger qui, en 1921, l'avait fait transporter sur la place du marais. La manufacture de laine fabriquait des bas de laine, des mitaines et autres [103] articles du même genre et employait 2 hommes et 4 femmes.

Toutes ces petites industries locales sont disparues de la Vallée de Memramcook. II n'y a aujourd'hui que la boulangerie "Pain du Collège Enregistré", propriété de Lorenzo Richard. En plus, il y a les garages, Bourgeois, Boudreau, Gaudet et quelques autres postes d'essence qui donnent de l'emploi à quelques personnes hommes et femmes, les magasins LeBlanc, Dupuis, Melanson et Landry.

Aujourd'hui, les gens de la Vallée gagnent leur vie en travaillant soit à Moncton ou Scoudouc, dans différents métiers et professions comme secrétaires, charpentier, employés de garage, ouvrier du C.N.R., etc...

II y a aussi quelques hommes de la paroisse qui travaillent à Gayton's à la carrière "D'Acadia Crush Stone", d'autres travaillent à une petite industrie de "rembourrage de meubles" et finalement il y a les salons de coiffure et les salons de barbier.

 

LES SOCIETES - LES ORGANISATIONS

 

Dans toute paroisse bien organisée, on y trouve toute une variété de sociétés, de clubs, d'associations qui ont un but spécifique et vise certains objectifs, soit spirituel, social, matériel, etc...

Les sociétés religieuses:

La plus ancienne de ces sociétés qui a été organisée il y a 75 ans mais qui a cessé d'exister il y a une quinzaine d'années est les Dames de Ste-Anne. Cette société a été remplacée par le Mouvement des Dames Chrétiennes. Les Enfants de Marie, société de jeunes filles a aussi disparue ainsi que la Ligue du Sacré-Coeur qui regroupait les hommes.

Ces trois organisations tenaient des réunions plus ou moins régulières au cours de l'année. Pendant un certain nombre d'années, les membres de ces sociétés communiaient en groupe à un certain dimanche du mois. La Légion de Marie fondée en 1957 existe encore. [104]

Les clubs ou cercles sociaux sont nombreux:

Le Club d'âge d'or, le Club de Tennis, le Club Optimiste, Le Club des Lions, le conseil récréatif, le conseil paroissial, les cercles sportifs de Memramcook, le comité d'aide sociale, le comité d'accueil aux réfugiés, le comité de la maternelle, les sociétés du cancer, la fondation du coeur, la fondation des maladies du rein, le comité d'agriculture et le comïté d'artisanat de la Vallée.

II y a aussi les cadets de l'air 651, les Dames de l'Institut, les dames auxiliaires de la Légion, la Chambre de Commerce, le service de gardeuse, les Dames d'Acadie, les Chevaliers de Colomb, le Foyer Ecole le Foyer St-Thomas, l'association Canadienne de déficience mentale dc Memramcook, les Rencontre de Renouement Conjugal (Mariage encounter) les alcooliques anonymes (AA), les Lacordaires, les rencontres de préparation au mariage, la société historique de la Vallée, la société de chasse et pêche, les directeurs du département de feu, l'A.C.J.C., le Cercle St-Thomas, la société L'Assomption succursale Lefebvre no. 13, fondée en 1905. C.M.B.A. (Canadian Mutuel Benefit Association) succursale St-Joseph, no. 278, fondée le 11 janvier 1896 et les réunions se tenaient dans la salle au-dessus des bureaux du Dr Edouard Gaudet. Plus tard, cette société occupait la salle à Memramcook dont le curé de la paroisse en fit l'acquisition en 1944 pour les oeuvres de l'A.C.J.C. Les Artisans Canadiens Français avaient aussi une succursale dans la paroisse. La société soeur de l'Assomption et de la C.M.B.A n'existe plus dans la paroisse.

 

LA CHAMBRE DE COMMERCE DE MEMRAMCOOK

 

La Chambre de Commerce occupe certainement une première place parmi les nombreuses organisations qui travaillent au bien être temporel de la vallée. Le 19 mai 1947, un groupe d'une vingtaine de personnes réunit dans le sous-sol de l'église (qui servait alors de salle paroissiale) fondèrent une Chambre de Commerce. A l'élection des officiers et des directeurs, les officiers fondateurs suivanta furent unaniment élus: Président, Dr. Camille Gaudet, 1er vice-président, Aurèle Young, 2ième vice-président, Emile Belliveau, secrétaire-trésorier, Léonce LeBlanc. Le but de la Chambre de Commerce de Memramcook fut de s'organiser afin de développer les intérêts commerciaux, économiques et sociaux de la région. La nouvelle Chambre fut dûment incorporée le 27 janvier 1948.

Ses réalisations:

- L'organisation du festival de la fraise.

- La fondation de l'association pour la prévention des incendies.

- L'obtention d'un central téléphonique dans la paroisse.

- L'organisation de la clinique des donneurs de sang et la campagne de la Croix Rouge.

- L'aide aux organisation paroissiales.

- L'aide aux sinistrés. [105]

- Le lancement du projet de la consolidation des districts scolaires en vue de l'érection d'une école régionale consolidée.

- La demande et l'obtention de signaux lumineux aux traverses de chemin de fer et autres le long des chemins publics.

- La participation active dans la préparation des fêtes du bicentenaire.

Le 12 mai 1963, la Chambre de Commerce marquait le 15ième anniversaire de sa fondation à un banquet tenu dans la grande salle de l'école consolidée Abbey Landry. Le 19 octobre 1968, ce fut le banquet du 20ième anniversaire de la fondation de l'école Abbey Landry avec au delà de 200 convives. Le 12 octobre 1973, un grand banquet dans le réfectoire de l'Institut marque le 25ième anniversaire. A cette occasion l'orateur invité était le Premier Ministre, Louis J. Robichaud. Lors de cette célébration du 25ième anniversaire, la Chambre décerna des certificats ordre du mérite à Messieurs Léandre Gaudet, Emile Belliveau et Léandre Dupuis. On a voulu rendre hommage à deux des fermiers les plus prospères de la région et souligner le dévouement de ces trois personnes aux oeuvres paroissiales de Memramcook, de la Pré-d'en-Haut et de Notre-Dame de Lourdes. [106]

En 1973, des certificats de l'ordre du mérite furent décernés à Messieurs Aurèle Young, ancien secrétaire, Fred Bourque (association des pompiers) et à Mesdames Marie Léger, Evelyne Landry et Hélène LeBlanc à titre posthume pour la contribution de leurs maris Edouard Léger, Abbey Landry et Antoine L. LeBlanc au progrès économique et social de la paroisse.

En 1975, trois nouveaux récipiendaires s'ajoutèrent aux autres décorés. Le Père Napoléon Morin (Frère Arsène), Adolphe D. LeBlanc et Sylvain Léger.

Depuis sa fondation en 1947, la Chambre de Commerce a joué et joue encore un rôle de premier ordre.

Menu du banquet - 15ième anniversaire - 12 mai 1973

Jus de tomate de Saint-Joseph

Hord d'oeuvre variés

Pommes de terre succulantes à la Memramcook

Carottes nouvelles de Lourdes

Petits pois verts de College Bridge

Sauce aux canneberges

Dinde rôtie

Tarte aux pommes de la Pré-d'en-Haut

Crème glacée

Thé - Café - Lait

Biscuits - cigares -cigarettes

 

LA CAISSE POPULAIRE DE MEMRAMCOOK LTEE

 

Comme toutes les caisses populaires Acadiennes, la Caisse de Memramcook a eu des débuts modestes. Les statistiques suivantes nous donnent une idée des progrès qu'elle a réalisé depuis sa fondation en 1941, alors que ses 161 membres avaient un actif de $1,339.00. Elle a atteint son premier million en 1970 alors qu'elle comptait 2,597 membres. Les états financiers au 29 février 1984 donnaient un actif de $8,789,518. Le nombre actuel de ses membres est de 3,717.

Depuis sa fondation, la caisse a prêté $48,364,193. à 28,020 emprunteurs membres.

Le personnel comprend 7 employés à temps plein et 2 à temps partiel. La caisse est logée dans une édifice de brique qui a coûté, lorsqu'il fut construit en 1975, la somme de $190,000.00 et qui est situé dans le village de St-Joseph. En novembre 1977, on installa le système de télétraitement (computer). La caisse en plus d'offrir à ses membres tous les services ordinaires, offre un service de chèques personnels, de chèques de voyage, de coffrets de sûreté, etc... Messieurs Hector [107] Gaudet, Valérie Landry, Joseph A. Gaudet, Lionel Cormier, Ronald E. LeBlanc, furent gérants à tour de rôle. Le directeur gérant actuel est Charles Gaudet.

Le 12 mai 1966, à l'occasion du 25ième anniversaire de la caisse, il y eut un grand banquet qui a réunit quelques cents membres dans la salle de l'école régionale. Avant le banquet, à 4h00 p.m., il y eut une messe à l'église paroissiale. Le banquet après, à 5h30 fut sous la présidence de M. Ulysse Gaudet. Voici le menu:

Jus de tomates épurées des surplus de 25 ans

Dinde de l'actif, moulée par les intérêts "Co-op"

Patates de la Vallée

Carottes en dés: mode du concours mensuel

Pois épluchés: taxes à 3.12 le cent

Céleri: arrosée par la sauce de Lourdes

Tarte aux pommes et crème glacée

Bonbon Gagnon

Cigarettes Export

Lait, thé, café.

Le repas terminé, M. Joseph A. Gaudet, le gérant, fit l'historique de la caisse qui fut suivi par la présentation des certificats du vingt-cinquième; 6 officiers reçurent ce certificat de 25 ans de service à la Caisse. L'orateur invité était M. Martin J. Légère, gérant général des Caisses Populaires Acadiennes. Après que le Rev. Arcade Goguen, le curé dit le mot de la fin, l'Ave Maris Stella termina ce 25ième anniversaire.

 

LA BANQUE

 

En 1910, la Banque Provinciale ouvrait une sous-agence à St-Joseph. Un employé de la succursale de Moncton se rendait à St-Joseph, une fois la semaine et ouvrait un bureau dans la maison de Tilmon Bourgeois. Après la construction de la salle L'Assomption en 1918, un [108] bureau permanent comptant un gérant et 2 ou 3 employés fut aménagé. Ce bureau demeurait une sous-agence de Moncton. Après l'incendie de 1933, des bureaux furent aménagés dans la résidence de M. Alfred LeBlanc, le gérant. En 1942, après l'achat de la résidence de M. LeBlanc par les religieuses Notre-Dame du Sacré-Coeur pour en faire une résidence pour les élèves du grade 11, le bureau de la banque fut transféré dans un appartement à M. Arthur Léger. En 1966, un nouveau local fut aménégé au premier étage de la maison de M. Vital Gaudet, en face de l'église. Le 1er novembre 1979, il y eut une fusion entre la Banque Provinciale du Canada et la Banque Canadienne Nationale. Désormais, ces deux banques deviendront la Banque Nationale du Canada. En novembre 1981, un nouvel édifice, sur le chemin menant à College Bridge ouvrait ses portes et la Banque Nationale du Canada qui dessert la population de la vallée depuis bientôt trois quart de siècle continuera a servir ses nombreux clients de la vallée dans cet édifice des plus modernes. M. Jean Paul Levesque est le directeur actuel. Sept employés à plein temps et une employée à temps partiel sont au service du public.

 

LE FOYER ST-THOMAS

 

L'ouverture officielle du Foyer St-Thomas de la Vallée de Memramcook, le 25 octobre 1975, marquera l'achèvement d'un projet communautaire commencé il y a 3 ans. L'édifice de 22 appartements a accueilli sa première locataire le 1er mai 1975. Le foyer occupe une partie du site de l'Ancien Couvent des Religieuses N.D.S.C. au centre du Village St-Joseph. Ce terrain avait été acquis par le village St-Joseph qui en a fait don à la Corporation du Foyer St-Thomas. Le Foyer St-Thomas est administré par une corporation à but charitable et non-lucratif, formé de citoyens des trois paroisses de la Vallée: Memramcook, Pré-d'en-Haut et Lourdes. Le financement de la bâtisse de plus de $350,000.00 a été rendu possible grâce à un prêt préférentiel de la Société Centrale d'Hypothèque et de Logement. L'Honorable Roméo LeBlanc, Ministre des Pêcheries était l'invité d'honneur. Le Maire du Village St-Joseph, M. [109] Fortunat Duguay, souhaitera la bienvenue aux invités et visiteurs. L'architecte, René LeBlanc, a préparé le plan et Hervé V. LeBlanc, a été le contracteur des travaux. Ces deux personnes, sont des anciens paroissiens de Memramcook. En 1979, des démarches furent entreprises auprès des autorités gouvernementales dans le but d'obtenir l'addition au foyer d'une aide avec soins infirmière (nursing home). Actuellement, une quarantaine de paroissiens de la Vallée sont à la Villa Providence à Shédiac et à la Villa du Repos à Moncton.

 

LA COMMISSION DES LIQUEURS

 

En 1929, le gouvernement provincial ouvrait un magasin de la Commission des Liqueurs de la province du Nouveau-Brunswick à Memramcook dans l'ancien magasin de J.P. Sherry. En 1952, la commission déménagea dans un magasin tout neuf en briques à quelques verges seulement du premier emplacement. Ce nouveau magasin s'avéra trop petit et un magasin des plus modernes, où la clientèle peut se servir elle-même fut construit à College Bridge en 1975. Le premier magasin construit à Memramcook sert maintenant comme salle pour les pompiers volontaires de la paroisse.

 

LE CLUB D'AGE D'OR

 

Le 19 septembre 1976, le cercle de l'âge d'or de la Vallée de Memramcook qui comptait alors 314 membres, inaugurait son nouveau local, situé entre l'église à St-Joseph et le terrain de jeux. Le programme de la journée débuta avec la messe célébrée par le Père Louis Boudreau, curé, assisté des R.R.P.P. André Richard, provincial des Saintes-Croix, Guillaume Pellerin, curé à Notre-Dame de Lourdes, Roméo Gaudet de l'Université de Moncton. Le Père Emery Brun, dirigeait le chant. Mme Géraldine Cormier touchait l'orgue. Après la messe, le ruban symbolisant l'inauguration fut coupé par le Ministre Fédéral des Pêches, l'Honorable Roméo LeBlanc qui remit ensuite un document signé par le premier Ministre du Canada, Pierre-Elliott Trudeau au cercle, document qui se lit comme suit: "Certificat d'attestation de réussite décerné au Club de l'Age [110] d'Or de la Vallée de Memramcook pour un projet "Nouveaux Horizons" bénéfique aux retraités de la collectivité. Projet subventionné par le Gouvernement du Canada".

La cérémonie d'inauguration fut présidée par Ulysse D. Gaudet et Madame Marie (Joseph) Gaudet, veuve du président fondateur, M. Fred Robichaud, président du cercle accompagna le ministre à la coupe du ruban.

 

LA LÉGION CANADIENNE DE MEMRAMCOOK

 

Un mot sur la succursale no. 89. La Branche no. 89 de la Vallée de Memramcook est la seule au Nouveau-Brunswick à avoir obtenu une charte en français.

Le Camarade Robert LeBlanc fut un des premiers à s'informer auprès des dirigeants de la Légion dans le but d'établir une succursale. Ces derniers en informèrent M. Ron MacBeth, commandant du district qui nous informa de la nécessité d'avoir un minimum de vingt-cinq membres pour ouvrir une succursale. Ce qui fut fait sans tarder. Ils obtenèrent leur charte le 28 décembre 1956 du président provincial.

La première réunion eut lieu dans une salle d'école et la charte fut présentée à la salle paroissiale. Les premiers officiers furent les suivants: Wilfred LeBlanc, président, Robert LeBlanc, 1er vice-président et officier de service, Bernard Gaudet, 2e vice-président, Fidèle Chevarie, sergent d'armes et Dollard Dupuis, secrétaire-trésorier.

L'ancien magasin co-opératif de College Bridge était utilisé au début comme quartiers-généraux. Ceci n'était pas très agréable car un vieux poêle à charbon réchauffait tant bien que mal et il fallait, à maintes reprises, passer le chapeau afin de recueillir l'argent nécessaire à l'achat du charbon. La bonne volonté et même l'enthousiasme des membres permit d'aménager avec le temps convenablement le local.

Malheureusement, le feu eut raison de tous ces efforts à l'automne de 1961 en endommageant considérablement l'édifice. Mais en bons soldats qui ne reculent pas devant l'obstacle, ils décidèrent de s'installer dans une autre salle disponible à Memramcook.

Quelques temps après, ils prenaient la décision de se doter d'un local permanent. En conséquence, un terrain fut acheté en vue d'une construction prochaine qui débuta immédiatement. Cette dernière ne tarda pas puisque l'ouverture officielle du nouvel édifice eut lieu le 1er juillet 1963.

Depuis lors, plusieurs améliorations furent apportées, entre autre un splendide cénotaphe à l'entrée du terrain. Un groupe de dames auxiliaires fut formé en 1959 et celles-ci apportent une aide précieuse au fonctionnement.

Actuellement, la succursale no. 89 compte 92 membres en règle.

Ils espèrent continuer à progresser en augmentant les effectifs dans le but de venir en aide aux membres et autres familles dans le besoin.

Le territoire que dessert la légion comprend les paroisses de Memramcook, Lourdes, Pré-d'en-Haut et Saint-Anselme. Dollard Dupuis [111] est le secrétaire-trésorier et cette information est tiré du feuillet "Biographie du Sgt Alban LeBlanc, M. M. Royal 22ieme Régiment".

 

LE SERVICE POSTAL ET LES BUREAUX DE POSTE

 

Dans le deuxième cahier de la Société Historique Acadienne, Rodolphe Bourque raconte la vie de Gros Jean Doiron de Fox Creek qui fut le courrier de Sa Majesté. Ce Gros Jean transporta à pied le premier sac de lettres et de petits paquets d'Halifax à Fredericton, distance de plus de trois cent cinquante milles. Gros Jean qui marchait de 30 à 40 milles par jour, c'est-à-dire, dépendant de la température, franchissait cette distance dans 10 à 12 jours. Nous voyons qu'en l'an 1800, le service de livraison de la poste était presqu'aussi rapide que de nos jours avec les moyens modernes de transport. Vers les 1815, des postes de relais furent établis et le courrier était transporté de l'un à l'autre. Plus tard, la "malle" fut transporté par train et un bureau de poste fut ouvert au Collège St-Joseph en 1869. Un autre bureau de poste fut ouvert à "McGinley's Corner". Mme Marie LeBlanc fut la maîtresse pendant plus de 40 ans.

En 1918, le service de poste rural vit jour. Six jours par semaine, le courrier était délivré de porte à porte en partance du bureau de poste de Memramcook, aux habitants des villages de Gayton's, Chemin de Shédiac, la Hétrière, Dover, Gautreau jusqu'au bureau de poste de Pré-d'en-Haut, de la Montagne. Les gens n'avaient plus à se déplacer, leur courrier leur arrivait tous les jours et était déposé dans des boîtes devant leur maison. [112]

En 1918, le bureau de poste du Collège St-Joseph déménagea dans un local aménagé à cette fin dans la résidence d'Edmond Gaudet qui fut aussi nommé maître de poste et on y installa une certaine quantité de casiers.

Aujourd'hui nous trouvons trois bureaux de poste dans la paroisse, un à Memramcook, construit en 1960, un à St-Joseph, construit en 1965 et un à College Bridge, dans la résidence de Robert LeBlanc. Du bureau de Memramcook, le service de livraison rurale englobe la paroisse de Lourdes, les villages de Gayton's, Chemin de Shédiac, Hétrière, Dover et la Montagne.

Du bureau de St-Joseph, part le courrier destiné aux habitants de la paroisse de la Pré-d'en-Haut. Le bureau de College Bridge, lui, dessert les habitants de ce village ainsi que le Haut du Ruisseau et l'Anse aux Cormiers. [113]

 

LA VIE AGRICOLE

 

LES TRAVAUX SUR LA FERME

 

Au début du siècle, la majorité des habitants vivaient sur leur ferme. Quelque-uns travaillaient aux usines du C.N.R. à Moncton. Le travail journalier sur une ferme consistait à prendre soin des animaux établés, c'est-à-dire, traite des vaches, nettoyage de l'étable, donner le foin aux animaux, aux bêtes à cornes et aux chevaux. Etant donné qu'il n'y avait pas d'eau courante à la disposition des animaux, il fallait les faire boire au moins une fois par jour en les guidant à des auges ou au ruisseau. Pendant les pires tempêtes de l'hiver, leur soif aussitôt satisfaite, le bétail retournait le plus vite possible à la chaleur des étables. C'était aussi pendant cette période que le bois de chauffage était coupé et charroyé en grosses traines et empilé près de la maison ou du hangar. Chacun coupait ainsi du bois vert de 10 à 20 cordes, tout dépendant de la grandeur de la maison à chauffer. En février ou au début de mars, le bois était débité en longueur de 12 à 14 pouces. Ordinairement ce travail se faisait par des moulins à scie, actionnés par un engin à gazoline. Le propriétaire du moulin passait de maison en maison pour scier le bois et était payé tant la corde. En mars, alors que le soleil commençait à être plus chaud, c'était le temps de fendre ce bois pour lui permettre de sécher. Le bois fendu était empilé sous forme de cône et chacun se ventait d'avoir le plus beau "bûcher" du village. Plus tard, après que le bois eut été exposé au soleil et au vent, on le rentrait dans le hangar ou dans la "shed à bois" où il était cordé solidement. Ce beau bois sec servirait pour l'hiver prochain et tout en pétillant et en rendant une bonne odeur dans la cuisine, réchaufferait la maison et permettrait de faire cuire le bon pain de ménage.

 

Voici en quoi consistait le travail après la fonte des neiges, il y avait le charroyage du fumier et après le dégel, c'était le temps du réparage des clôtures. Les piquets qu'on avait eu le soin de "plumer" et appointis, servaient à remplacer ceux que la neige avait cassé. On faisait aussi la réparation des clôtures de travers, clôtures faites de "lisses" de cèdre quand on en trouvait sur la ferme, sinon, ces travers étaient faits avec des lisses de sapin ou de "prusse".

 

La belle saison arrivée, c'était le temps des semences. Quelques retardataires faisaient aussi du labour ou achevaient les labours non terminés de l'automne précédent: hersage, disquage, herse à dents et à ressorts. Le premier grain semé était du grain bénit lors des rogations.

 

Les semences au début du siècle se faisaient à la main, plus tard vinrent les semoirs tirés par les chevaux. Les semences terminées, on avait la précaution de rouler le terrain afin de l'aplanir et le roulage servait aussi à enterrer le grain qui ne l'avait pas été par le hersage. Au même temps des semences, on préparait aussi le jardin. Il fallait planter des patates, des pois, des carottes, des oignons et autres légumes aussi vite que possible afin d'avoir des légumes frais à la fin de juillet "légumes pour manger du vert", selon l'expression. Après les travaux des semailles et de la plantation, le travail du fermier consistait à prendre soin de son jardin, le [114] "renchaussement" des patates, les sarclages, l'éclairsissement des navets, bêchage, arrosage contre les insectes, etc ... Anciennement, les fermiers attendaient assez tard en juillet avant de commencer à faire les foins. Tout le travail se faisait avec des chevaux et il fallait toujours compter sur une bonne température. De nos jours, les quelques fermiers qui exploitent les belles fermes de la vallée commencent les foins en juin, pour ceux qui font de l'ensilage et les autres, il se font dès le début de juillet.

 

TOURNER LA MEULE

 

Plus de cinquante ans passés, sur presque toutes les fermes, près des bâtiments, on trouvait une meule. Un jeune garçon d'une douzaine d'années avait à faire tourner la meule pour aiguiser les haches ou les faux, travail qu'il trouvait assez fatiguant.

 

II fallait que les faux et les dents soient bien aiguisées pour faire du bon travail. Quelquefois, le tournage de la meule pouvait se faire assis. On pouvait comparé ce travail à celui de faire tourner la baratte quand la crème s'obstinait et ne voulait pas changer en beurre. Avec le temps, on oublie toutes les peines du barattage pour ne se souvenir que du bon beurre de la ferme.

 

FAIRE LES FOINS - LA FENAISON

 

De tous les travaux de la ferme, aucun ne procurait plus de satisfaction que de faire la récolte du foin. Ce travail se faisait lorsque la température était idéale et demandait un travail dur et pénible, car au début du siècle, l'ouvrage se faisait seulement avec des chevaux et à l'aide de beaucoup de travail manuel. C'était un travail familial avec une [115] bonne paire de chevaux attelés sur une faucheuse de six pieds (mowing machine) avec un râteau à foin sur lequel s'assoyait un jeune garçon. Le foin était mis en rente après quoi, on le mettait en "mulerons", qu'on prenait bien soin de ranger en ligne, après les avoir bien bâtis en forme de cône pour que la pluie ne passe pas au travers. On les laissait ainsi pour une nuit. Quel beau coup d'oeil que présentait un champ de foin par une belle soirée de pleine lune, lorsque nous voyons ces rangées de "mulerons" bien en ligne à la largeur du champ, assez éloignés les uns des autres pour permettre le passage du "wagon" et aussi de pouvoir charger des deux côtés en même temps. Le foin était chargé à la main avec des fourches à long manche et l'on prenait soin de bien le "piler" ou le tasser afin d'avoir un voyage ou une charge qui se tiendrait ensemble jusqu'à l'arrivée à la grange. Une fois la voiture bien chargée de manière à ce que l'arrière de la charge soit plus haute que le devant et après avoir "raclé" le foin de chaque côté afin de ne pas en perdre en chemin, on "perchait" la charge au moyen d'une longue perche au bout de laquelle pendait un gros câble qui s'entourait autour de la charge à l'arrière du "wagon". Ainsi une charge de foin qui pesait facilement une tonne ou plus, pouvait se rendre à la grange sans inconvénients ou sans basculer le long du chemin. C'est ainsi que l'on pouvait voir les 3 ou 4 paires de chevaux du collège traînant chacune un beau gros voyage de foin, revenir de la ferme Belliveau pour l'entreposer aux granges du collège. Dès ce temps, pendant les grandes chaleurs de l'été, le foin était déchargé dans les "carrés" ou "tasseries" où un jeune homme recevait le foin sous le toit de la grange réchauffée par les rayons ardents du soleil, la sueur coulait le long de son visage et de son dos et les brins de foin entraient dans sa chemise ouverte et se collaient sur son corps abimé de sueur. C'est ainsi que se faisait la récolte du foin, il y a 60, 75 et 100 ans passées.

 

La récolte terminée sur la terre haute, on se rendait faire les foins de marais. Quel contraste avec la méthode de faire les foins de nos jours, alors qu'un homme n'a qu'à conduire les différentes machineries qui font pratiquement tout le travail manuel d'autrefois. II n'a qu'à conduire le tracteur avec la presse à foin et l'escalateur qui range les ballots dans les fenils automatiquement.

 

La vente du foin de qualité, surtout le foin de pré a toujours bien rapporté aux fermiers de la vallée en plus d'être une source de revenus additionnels.

 

Une fois la récolte du foin en grange et que le grain était rendu à maturité, le grain était coupé à la petite faux, plus tard il fut coupé avec le moulin à faucher (mowing machine), après quoi, on vit l'apparition de la moissonneuse (reaper), de la lieuse (le binder). Le grain coupé était lié en gerbes, ensuite ramassé à la main et mit en tas (stooks). Toutes ces machines dispendieuses ont été remplacées par la "combine", une grosse machine qui non seulement coupe le grain mais le bat en même temps. II faut, bien entendu, attendre que le grain soit mûr avant de le couper. Les ancêtres battaient le grain avec un fléau, puis au début du siècle, on vit l'apparition du moulin à battre (treshing machine) appelées vulgairement un "trash". Un moulin qui était actionné au moyen d'un [116] "horse power" une sorte de cage pontée dans laquelle on attelait une paire de chevaux qui en marchait toujours à la même place, faisaient tourner le moulin. Dans la paroisse, on trouvait seulement un ou deux de ces moulins qui passaient de grange en grange à l'automne et le fermier payait pour le battage de son grain, avoine, blé, orge (baillarge), le sarrasin (buck wheat) en donnant un boisseau pour tous les 8 qui étaient battus. Puisque les battages demandaient de la main d'oeuvre, les voisins s'entraidèrent.

 

Vient ensuite l'arrachage des patates. Puisque la culture des patates n'était pas pratiquée sur une grande échelle dans la paroisse et que les fermiers n'en plantaient seulement assez pour leur propre besoin et non pas pour la vente, l'arrachage se faisait au moyen d'un instrument à main, appelé "hack" ou pioche. Les patates arrachées étaient ensuite ramassées par les jeunes, même si les femmes aussi ne manquaient de venir donner un coup de main. On se servait de paniers qu'on remplissait avant de les verser dans des barils pour les transporter à la cave. Après quoi, l'on ramassait les feuillages (arbres) de patates qu'on faisait sécher pour les brûler une belle soirée calme; occasion propice pour les jeunes de se rassembler autour du feu afin de courir et de jouer. Ceci faisait partie de la vie sociale de l'époque.

 

II fallait aussi récolter les autres légumes avant les gelées tout en gardant la récolte des navets pour en dernier.

 

Après avoir tout sauvé, les récoltes, les froids d'automne arrivaient et il fallait terrasser la maison, mettre les instruments aratoires à l'abri et se préparer pour l'hiver. Lorsque les froids arrivaient, il ne resterait que la boucherie. Presque toutes les familles avaient un cochon bien gras à tuer pour fournir de la bonne viande nécessaire pour tout l'hiver. Pour abattre [117] ce porc, on avait souvent recours à un saigneur, un homme qui possédait ce métier à perfection. Avec le sang qu'on avait pris la précaution de sauver, on faisait du boudin. Rien n'était perdu car les ménagères savaient aussi faire de la tête fromagée (head cheese). II y avait l'excellente coutume aussi de donner des morceaux de viandes au voisin comme un genre d'échange. En ce temps de l'année se faisait aussi l'abattage des bêtes à cornes.

 

En plus, pendant ce temps se faisait aussi le labour d'automne, travail qui se faisait avec des chevaux de trait, "la mort inévitable d'une tradition des siècles, la relation intime et dépendance mutuelle entre le cheval de travail et l'homme. Je regrette, écrit-il et résent le passage du cheval de trait. Pour moi, ce cheval symbolise un mode de vie plus simple, plus indispensable que le substitut que représente faussement le soi-disant progrès". L'on dit, avec raison qu'un jeune homme retire plus de satisfaction à conduire une belle paire de chevaux fringants que de gouverner un tracteur.

 

LA CULTURE DE LA FRAISE

 

Dans le programme souvenir du Festival de la Fraise, on trouve ce qui suit: "La fraise, par la demande dont elle est l'objet et la somme de profits nets que sa vente permet de réaliser, vient première par ordre d'importance parmi tous les petits fruits cultivés au Canada et aux EtatsUnis".

 

Les qualités du goût, les nombreuses vertues médicales et les propriétés alimentaires de la fraise expliquent que la consommation de ce petit fruit est de plus en plus grande. [118]

 

Alcakanisante, la fraise est excellente pour les goûteurs, son sucre, la lévulose convient au diabétique, tonique et riche en minéraux, elle est indiquée pour les tuberculeux.

 

La culture de la fraise dans le comté de Westmorland date au delà de 70 ans, introduite dans cette paroisse (Memramcook) par M. Edgar Hicks, du Ruisseau, vers l'an 1910. Les premiers Acadiens à la cultiver furent MM Robert Dupuis, Danford Smith, Philippe Vienneau, Philomon Landry et Edmond LeBlanc. Depuis, elle s'est propagée dans tout le comté, et celui de Kent et devenue une industrie très importante dans notre économie.

 

En effet, la culture de la fraise s'était répandue dans la paroisse depuis les années 30 à tel point que les producteurs ne trouvaient plus de marché pour écouler leur produit. Le marché local était saturé, il fallait vendre à un prix dérisoire. Les producteurs ne recevaient que 4 cents le "casseau". Cet état de chose ne pouvait durer et les fermiers de la vallée organisèrent la "Coopérative de Memramcook Ltée" en 1939. Cette coopérative permettait l'expédition des fraises sur les marchés extérieurs, notamment à Sydney et Halifax, Montréal et Boston et dès la première expédition, les producteurs reçurent non pas 4 cents du "casseau" mais 8 cents, c'est-à-dire le double. Pendant vingt ans, la Coopérative de Memramcook permit donc aux producteurs de fraises de la vallée, de la Pré-d'en-Haut, de l'Aboujagane et même de St-Paul de Kent d'écouler les milliers de casseaux de fraises en expédiant jusqu'à 10 à 12 wagons réfrigérateurs plusieurs fois par semaine sur les grands marchés de Montréal et de Boston où ils recevaient des prix satisfaisants et rémunérateurs. II y eut jusqu'à 27 chars de fraises expédiés en une année après la guerre. Durant les années 50, la production ralentit, plusieurs producteurs abandonnèrent la culture de la fraise pour diverses raisons, entre autres, la main d'oeuvre devenue plus rare, la période [119] d'après la guerre. l'ouvrage de construction, etc ... prenait soin d'un grand nombre de personnes. La fraise aussi devient sujette aux maladies, ce qui nécessitait des arrosages et de nouvelles variétés furent introduites.

 

Pour toutes ces raisons, la culture de la fraise n'est plus pratiquée dans la paroisse et la Coopérative de fraises est maintenant inopérante et les paroissiens cultivent les fraises seulement pour leur consommation.

 

LES ARBRES FRUITIERS ET LE DIMANCHE DES CERISES

 

C'est un fait reconnu que le sol de la vallée de Memramcook de même que celui de la région de la Petitcodiac convient très bien à la culture des arbres fruitiers, pommiers, cerisiers, pruniers ainsi qu'à la culture des petits fruits. Pour le curieux, il suffit d'aller faire un tour dans la section de la paroisse de Pré-d'en-Haut pour voir un des plus beaux vergers de la province. Quand à la culture de la fraise, on se rappellera que durant la dernière guère, cette culture rapportait à chaque année des milliers de dollars aux producteurs, membres de la coopérative. Les premiers colons avaient apporté de France des plants de pommiers qui leur fournissaient ce fruit délicieux, la vallée qu'ils habitaient convenait bien à cette culture dans ce temps-là comme d'ailleurs de nos jours. L'histoire nous dit que de l'ancienne Acadie, plusieurs de nos ancêtres étaient venus s'établir à Memramcook où ils purent sans doute constater que le sol et la température convenaient très bien pour les arbres fruitiers. C'est ainsi qu'il y a 100, 75, 50 ans passés, on trouvait sur chaque ferme de la vallée un verger d'une douzaine de pommiers, une douzaine de cerisiers, 2 ou 3 pruniers, une "boullée de gadelles et des groseilles". C'est donc dire que toutes les familles avaient leur provisions de pommes pour l'hiver. Le surplus de cerises et de prunes qui n'étaient pas consommés durant la saison étaient mis en conserve pour l'hiver.

 

C'était surtout dans le village des Pierre à Michel, de la Pré-d'enHaut et des Gautreau qu'on s'adonnait le plus à la culture des cerises. Au début du siècle jusqu'aux années après la première guerre, les propriétaires des cerisiers dans la région le long de la rivière Petitcodiac, écoulaient le surplus de leur récolte aux promeneurs qui se rendaient en acheter en voiture le dernier dimanche du juillet, appelé le dimanche des cerises. C'était la promenade annuelle des amoureux. Plusieurs cavaliers retenaient les chevaux d'Isaie Léger loués une année d'avance. II arrivait certaines années que le premier dimanche d'août était aussi le dimanche des cerises, dépendant de la température. Donc le dimanche des cerises était, une promenade agréable en voiture que se permettait les jeunes dans ce temps-là. De nos jours, les citadins se rendent en auto le dimanche des cerises au verger Belliveau ou les ouvriers vendent de grandes quantités de cerises délicieuses, qu'ils achettent à un prix raisonnable. [120]

 

LA SOCIETE D'AGRICULTURE

 

Le premier avril 1888, un groupe de fermiers de la paroisse et de personnes intéressées se réunissaient à la salle Sonier de College Bridge dans le but d'organiser une société d'agriculture dans le district de Dorchester. Sur 102 membres fondateurs de la société no 18, 48 étaient de langue anglaise. M. Philippe F. Bourgeois fut élu premier président et le premier secrétaire-trésorier, M. Robert E. McVey. Les directeurs élus: Messieurs Job McFarlane, Albert Denier, Edward Toole, J.B. McManus, Philip Veno, Moses O'Brien, Dr. E.T. Gaudet, Venning Black, D.P. Landry, Amand Sonier, T.B. Calhoun, Albert Turner, William Hayes. La cotisation était de $1.00 par année. Le principal but de cette société était l'amélioration des animaux de la ferme par l'emploi de reproducteurs de race pure que la société achèterait. L'amélioration des cultures, l'achat en commun de la chaux et des engrais chimiques. Etant donné qu'il y avait encore des membres de langue anglaise jusqu'en 1917, les procès verbaux de la société étaient consignés en anglais dans le grand livre du secrétaire et le 2 avril 1917, on y trouve le premier rapport en français signé par le secrétaire d'alors, M. Arthur J. Gaudet. Vers les 1920, la société en collaboration avec l'Université fit l'achat d'une batteuse de trèfles, machine assez dispendieuse. Les fermiers de la paroisse purent bénéficier de l'usage de cette machine pour au delà de 25 ans. En janvier 1941, la société participa à l'organisation de la coopérative de fraises. Au début des années quarante, on disposa des 3 ou 4 taureaux reproducteurs qui furent remplacés par l'insémination artificielle. En 1959, par l'entremise de la société d'agriculture, plusieurs cercles d'étude furent fondés. Ces cercles venaient s'ajouter à une quantité d'autres dans les différentes paroisses de l'archidiocèse. On y étudiait divers sujets agricoles. Les membres des sociétés d'agriculture recevaient gratuitement le Fermier Acadien, revue mensuelle agricole jusqu'en 1965 alors que cette revue cessa d'exister. La société d'agriculture âgée de 90 ans en 1978 est encore vivante et active malgré que le nombre de ses membres a beaucoup diminué. Elle fournit encore à ses membres les mêmes avantages qu'elle a toujours donnés depuis sa fondation en 1888. M. Gérard H. Gaudet, préside cette société depuis 29 ans. Le secrétaire-trésorière est Madame Ruth LeBlanc. [121]

 

L'ELEVAGE DES RENARDS, DU DINDE ET DES POULETS

 

A St-Joseph et dans le district de la Hétrière, après la première guerre, plusieurs fermiers s'adonnèrent à l'élevage du renard. Pour plusieurs raisons, cet élevage fut dicontinué et les "ranches" à renard sont disparus.

 

Durant plusieurs années, M. Léopold Léger, de College Bridge a fat l'élevage de dindes. II disposait de plusieurs milliers de ces oiseaux par année et fournissait le marché local et régional.

 

A Memramcook, il y eut pendant un certain temps, un gros poulailler où l'on faisait l'élevage des poulets à gril (broilers). Ce poulailler offrait au marché plusieurs milliers de ces poulets par année, mais lorsque le feu a ravagé cette grande bâtisse, elle ne fut pas reconstruite.

 

LE FESTIVAL DE LA FRAISE

 

En 1950, la culture des fraises avait pris de l'importance dans la Vallée de Memramcook. Donc, dans le but d'encourager la culture de ce fruit excellent et délicieux, les membres de la Chambre de Commerce de la Vallée organisèrent un premier festival qui eut lieu au début de juillet de cette année. On aménagea une estrade sur le terrain de balle-molle de St-Joseph qui était décorée d'arbres à feuilles caduques et le tout était couvert d'une immense parachute étendu qui servait d'arrière fond. La première reine du Festival fut couronnée sur cette estrade où on avait placé un trône, ce fut Mademoiselle Thérèse Arsenault de St-André qui était entourée de six (6) jolies princesses représentant le Pré-d'en-Haut, Lourdes, St-Anselme, St-Joseph, Collège Bridge et le chemin de Shédiac. Pour cette occasion, il y eut une foule de plusieurs milliers de personnes [122] qui avaient pris des places dans les sièges habituellement réservés aux amateurs de baseball. Parmi l'assistance on pouvait remarquer la présence des députés, du curé de la paroisse, du supérieur du collège et du groupe imposant d'instituteurs et d'institutrices des cours d'été. Après les présentations d'usage par le maître de cérémonies, le tout fut suivi d'un programme musical et de chant.

 

Les profits du festival ont servi de fonds destinés à acheter de l'équipement pour les pompiers de la région.

 

Ce premier festival fut un grand succès de même que les autres qui suivirent pendant plusieurs années.

 

LES ABOITEAUX

 

Les aboiteaux, le marais, la prée, la part de prée, la levée.

 

Dans son livre, Vie de l'Abbé François Xavier Lafrance, le père Phileas Bourgeois écrit ce qui suit:

 

"Du côté ouest de la rivière de Memramcook, au bas de la terre haute, vis-à-vis du Monument Lefebvre, on voit encore des vieilles reliques des premiers aboiteaux construits en cette partie du marais. Le premier aboiteau élevé par les douze familles du village des Piaux (village actuel de l'église) fut construit pas plus tard qu'en 1760, en bas de chez Martin Coujo, tout près de la terre haute, à l'endroit où il y a un pont de bois, sur le détour du chemin du marais. Sous ce pont, on voit encore aujourd'hui (1912) la dalle de bois de pin de cet ancien aboiteau; elle est très bien conservée.

 

Le deuxième aboiteau du marais des Piau fut bâti vers 1790. Ses ruines sont encore visibles de nos jours, au milieu du marais. Vers 1824, les habitants de ce village construisirent leur [123] troisième aboiteau, là où l'on en voit un aujourd'hui. A ce dernier site, la reconstruction a été faite vers 1860 et 1890, car un aboiteau ne reste guère plus de trente ans aux violences des marées. A la fin du dix-huitième siècle, le village des Piau commençait chez Simon à Charles Gaudet et s'étendait jusqu'à chez Moïse à Pierre à Charles Gaudet, emplacement occupé de nos jours par Joseph à Moïse Gaudet. Les douze familles de ce village pour mieux s'encourager, travaillaient souvent en commun, soit au marais soit sur la terre haute. Quand elles renfermaient un morceau de marais et le protégeaient par des levées et des aboiteaux, elles divisaient en douze parts et chaque famille cultivait la part qui lui avait été assignée. Sur les deux rivières, l'ouvrage des marais fait en commun; c'est ce qui explique le système des parts."

 

Médard Léger dans le deuxième cahier de la Société Historique Acadienne, écrit un long article sur les aboiteaux. En voici quelques extraits:

 

"La construction des levées et des aboiteaux en terre acadienne, surtout en ancienne Acadie mais aussi au retour des dispersés de 1755, venus reconquérir la patrie qu'ils avaient fondée eux-mêmes de toute pièce et de leurs propres mains, après 1604, est une histoire empreinte de courage et d'héroisme, qui a profondément marqué le caractère des Acadiens. Histoire pas trop connue de nos jours que cette lutte de trois siècles pour empêcher la mer et les rivières d'envahir de fertiles terres basses. On nous dit qu'il y a un peu plus d'un demi-million d'acres de terres sous le niveau de la mer aux pays des Maritimes, qui comptent parmi les plus productives de notre pays. II semble que ce n'est qu'après avoir goûté de l'eau salée et assimilé les varecks et autres déchets marins que ces terres basses, prés ou marais, ont acquis une si prodigieuse fertilité. Les Acadiens savent, plus que tout autre peuple en Amérique, ce qu'est cette lutte contre la mer, car pendant trois siècles, avec l'énergie et le génie qui les caractérisent et pour protéger ces terres si fertiles, ils construisirent depuis le début du 17ième siècle ce qu'ils appellent des levées et des aboiteaux. Malheureusement aujourd'hui la ferme familiale disparaît de nos milieux. Ce fut pourtant la force motrice de toutes ces activités et la principale planche de salut de notre peuple,, avec la religion et le berceau de nos mères. Les mots, levées, aboiteaux, lourdement chargés de sens et d'émotions pour les plus vieux d'entre nous, disent peu à nos jeunes, éblouis par les découvertes scientifiques du siècle. Les levées, ce sont des ramparts, des digues, tandis que les aboiteaux sont d'ingénieux mécanismes en forme d'écluses dont l'idée fut apportée de France par les premiers défricheurs du sol de l'ancienne Acadie, pour irriguer les terres basses à marée perdante et dont les portes se refermaient contre la marée montante.

 

On nous dit que aboiteau vent du mot "aboteau" et que nous devons ce terme à la Saint-Onge où l'on s'en sert pour désigner une digue qui contourne un cours d'eau. C'est le "Coffer-dam" [124] anglais qui avec une "sluice" aurait la même signification que nos levées et aboiteaux. Louis Lejeune, père Oblat, dans son dictionnaire général du Canada, décrit ainsi l'aboiteau acadien: "ABOITEAUX" - terme populaire, servant à désigner une certaine partie des digues élevées pour protéger les prairies contre les hautes marées de la Baie Française (Fundy). II était en usage surtout chez les anciens Acadiens. Le procédé consistait en un conduit ou canal carré, placé au bas de la digue, avec une porte suspendue sur des gonds de fer, par le haut de sa monture et s'ouvrant du côté de la mer. La marée montante automatiquement fermant la porte (clapet) - la pression de la mer montante, la tient presque hermétiquement fermée jusqu'au reflux de la marée. Alors que les eaux d'égouttement du côté de la prairie ouvrent suffisamment le clapet pour y passer. L'opération se répétant à chaque flux de la marée."

 

Mais même si l'on omettait toutes ces définitions, tout le monde sait que chez les Acadiens, l'aboiteau a joué un rôle important et historique pour les habitants qui s'établissaient surtout à proximité de prés ou des marais qu'ils pouvaient reconquérir à la culture. Ce fut le cas à Memramcook comme en beaucoup d'autres centres du Nouveau-Brunswick. Le long des bords de la Baie des Chaleurs et les rives des deux rivières de Caraquet. Parmi les premières familles qui sont venus de France pour fonder lAcadie, en plus de créer un peuple nouveau sous la calotte des cieux, tout nous porte à croire que plusieurs d'entre eux étaient déjà des bâtisseurs de levées et d'aboiteaux, car on pratiquait ce métier dans certains lieux de leur origine en France. Dans tous les cas, prés et marais étaient considérés alors des terrains de grande valeur en Acadie, mais les dieux savent comment les temps et les valeurs ont changé et cela dans une courte période. Au début de la colonie, le fauchage du foin de pré se faisait souvent à la petite faux à main. Le terrain étant parfois trop mou pour supporter les chevaux et les machines, mais c'était étonnant et intéressant de voir ce que cinq ou six hommes à l'unisson et rangés comme des soldats pouvaient abattre de grandes herbes dans une journée, guising, guisang, guising, guisang. Avec de longues pierres fines on s'arrêtait, en même temps, pour aiguiser la faux tous ensemble et au même rythme. Ce son strident, aigu et monotone, mêlé aux bourdonnements des maringouins dans nos jeunes oreilles, donnait aux prés la sorte de sensation que Dante a décrit dans son Enfer."

 

Revenons aux marais de Memramcook. Les marais de la paroisse étaient divisés ou connus sous les noms suivants: Le marais du côve, le marais de St-Joseph, le marais de Memramcook, (le marais des plattes), le marais à Jim Sherry et le long de la Petitcodiac, le marais de la Pré-d'en-Haut. Voici ce qu'on l'on a écrit au sujet de ces marais:

 

"Pour empêcher l'eau salée d'inonder la prairie ou le foin poussait en abondance, alors que les terres hautes n'étaient pas encore ou très peu défrichées pour construire des digues, ils [125] auraient pris (Memramcook) la terre grasse des marais, mélangée de hariers, contenait bien les marées. Avec leurs digues ou aboiteaux, ils ont volé à la mer des milliers d'arpents de prairie et récolté des millions de tonnes de foin dans le passé. De nos jours, les propriétaires des parts, il y a trente ou quarante années passées, les ont vendu. Ce sont les frères Emile et Lucien et Hervé D. Gaudet qui les possèdent.

 

Rameau de Saint Père disait:

 

"Ces marais entourés de digues ou aboiteaux étaient le caractère essentiel de la base de toutes les colonies Acadiennes; elles conquirent ainsi de vastes terrains poussant toujours sur la mer - C'était sur eux que reposait la fortune et l'existence de ces colons dont on peut dire, mieux encore que les Hollandais, que leur histoire toute entière est écrite dans les digues de leur marais.

 

En 1948, le gouvernement fédéral a travers le MMRA (Maritime Marshes Reabilitation Act) prit en main la construction et la réparation des levées et des aboiteaux. Ce travail, il va sans dire était jusque là, fait par les propriétaires des parts. Travail qui se faisait sous la direction d'un "sewer boss" travail pénible, travail manuel. De nos jours, tout se fait au moyen de tracteurs et autres instruments mécaniques. C'est le progrès. Et c'est ainsi que l'on peut dire que les levées, les aboiteaux, les marais sont presque du domaine de la légende.

 

L'auteur compositeur, Calixte Duguay a composé une chanson sur les aboiteaux et il y a quelques années passées, en 1955, l'Office National du Film a réalisé dans la vallée de Memramcook, un film sur les levées et les aboiteaux d'après un texte documentaire de M. Roméo LeBlanc, film qui nous permet de conserver une tradition et qui aidera à perpétuer une époque particulière à nos origines. [126]

 

LA COUPE DE GLACE

 

Jusqu'aux années cinquante, les employés de la ferme de l'Université St-Joseph accomplissaient un travail spécial pendant l'hiver. Ce travail assez pénible était la coupe de glace sur le lac St-Camille. Cette récolte annuelle rapportait environ 400 tonnes de glace qui était charroyée par les chevaux de la ferme et mise dans la glacière située en arrière de la cuisine de l'Université.

 

La coupe de la glace se faisait avec de grandes scies et la glace qui pouvait avoir jusqu'à 2 pieds d'épaisseur était coupée en morceaux de 2 pieds carrés. Ce travail manuel demandait une certaine habilité et l'on pourrait dire que c'était un travail assez ahurissant et fatiguant.

 

La glace récoltée pendant l'hiver servait à conserver les viandes, le lait et autres aliments périssables pendant les chaleurs d'été. Pendant les années cinquante, l'Université aménagea un entrepôt frigorifique qui remplaça à tout jamais la nécessité de la coupe de glace. Maintenant on pouvait conserver une température constante et garder les denrées alimentaires en bon état à l'année longue. La coupe de glace, comme beaucoup d'autres travaux qui se faisaient à la main ou avec des chevaux est maintenant chose du passé. [127]

 

LA VIE SPORTIVE

 

Les sports ont été à la mode dans la vallée depuis une centaine d'années. Ce sont les collégiens qui ont organisé les premiers jeux de "football" et de "baseball" sur le terrain de jeu du Collège. Au fur et à mesure que les jeunes de la paroisse ont commencé à fréquenter le Collège, ils ont participé à ces jeux et y ont excellé comme Napoléon Landry, au "football".

 

Arthur Gaudet, Camille Gaudet, Emile Gaudet, Léo LeBlanc et Léonard Gaudet étaient reconnus comme de bons joueurs de baseball et ont fait partie de la première équipe du Collège, à tour de rôle.

 

Au hockey, Yvon Gaudet a été la grande vedette du premier club durant ses années de Collège et fut reconnu comme le meilleur joueur de défense des Etats de la Nouvelle-Angleterre, alors qu'il étudiait l'art dentaire à Boston.

 

Au début des années 1920, un groupe de jeunes de la paroisse approchèrent le curé, le Père Lecavalier, pour que la paroisse cède le terrain près de l'église en vue d'aménager un champ de "baseball". La permission fut accordée et un groupe de bénévoles nivela le terrain avec des pelles tirées par des chevaux pour être complété par plusieurs heures de travail manuel des jeunes intéressés. C'est sur ce terrain que les équipes de baseball de la vallée ont remporté les championnats des Maritimes, classe intermédiare et classe senior.

 

Le nom des "Memramcook Rovers" dès les années 40 jusqu'en 1967 était un nom connu de tous les amateurs de baseball des Maritimes. En 1965, les Rovers remportent le championat des Maritimes, classe intermédiare A. Parmi les membres de l'équipe des Rovers des années 40, il y avait Alonzo Gaudet, Albert Gaudet qui par la suite ont fait partie de la ligue de Baseball du Bas St-Laurent et Alonzo Gaudet en 1949-50 était membre d'une équipe professionnelle à Springfield en Ohio, ensuite en Caroline du Nord pour un club de formation des "Giants" de New York.

 

En 1950, Eugène Poirier a fait partie du club des Légionnaires de Moncton, club professionnel. Plus tard, on le retrouve en NouvelleEcosse, jouant au baseball avec les clubs de Windsor, Kentville et les Halifax Arrows successivement. Au hockey, il a fait partie des équipes de la ligue du Bas St-Laurent pour aboutir dans la ligue du "North-Shore", avec les Bathurst Papermakers.

 

Pius Gaudet, bon joueur de défense, a fait partie de l'équipe de Providence, ligue américaine, en 1943. En 1943-44, il jouait avec les "Hollywood Wolverines". De 1946 à 1949 à Halifax, avec l'équipe des "Halifax Crescents" et en 1950 avec l'équipe de "Halifax St. Mary's". De 1951 à 1955, il s'est rendu à Mont Joli, P.Q. pour faire partie de la ligue du Bas St-Laurent.

 

Oscar Gaudet, né à Moncton, déménage à St-Joseph à l'âge de 3 ans, considéré comme un fils de la paroisse où il a grandit pour graduer de l'Université de St-Joseph. Avant sa carrière professionnelle, Oscar a joué [128] avec les équipes de hockey juvénile, junior et senior de Moncton pour ensuite se diriger dans la ligue américaine, Central et Western et finalement avec les Chicago Black Hawks. Pendant sa carrière, il a été reconnu comme un compteur des plus prolifique. Pendant toute sa carrière professionnelle de hockey, il a été un digne représentant de la paroisse de Memramcook.

 

Depuis 1967, le softball est le jeu des jeunes de la vallée. Des équipes de la paroisse de Pré-d'en-Haut, de Lourdes ont formé la ligue de la vallée et grâce à l'installation de lumières sur le terrain de St-Joseph en 1975, les parties se jouent les soirs en plus des dimanches après-midi. Des terrains de "softball" ont été aménagés à Collège Bridge, à Lourdes et à la Pré-d'en-Haut.

 

Le softball est aussi très populaire auprès des femmes et jeunes filles. En 1971, celles-ci fondaient un club qui devait les mener à deux championats au niveau des provinces maritimes et en 1975, elles représentaient le Nouveau-Brunswick à Calgary aux compétitions nationales. Ce club portait le nom des As de Memramcook (junior). Dans la classe midget, les "Rookies" remportaient le championat des provinces maritimes en 1978, et à nouveau en 1979. En 1980, ce club de jeunes filles de la vallée ont représenté le Nouveau-Brunswick au championat national à Brookfields en Nouvelle-Ecosse. En compétition nationale, les Rookies sont arrivés en 4ième classe.

 

A Moncton, en 1984, les "Rookies" de Memramcook remportent le championnat canadien junior de "softball" en disposant des meilleures équipes de l'Ouest, de l'Ontario, du Québec et des Maritimes, méritant la médaille d'or. C'est la première fois qu'une équipe du Nouveau-Brunswick remporte cet honneur. Cette victoire ajoute à la renommée de la Vallée reconnue comme centre producteur d'excellents et d'excellentes athlètes. [129]

 

LA LUTTE

 

La renommée des frères Cormier n'est plus à faire dans le sport de la lutte. Ces 4 frères, natifs de la paroisse, ont depuis plusieurs années remporté une quantité de titres canadiens, américains, soit comme individu ou comme équipe. Ils ont été à tour de rôle, porteur de la ceinture emblématique à diverses reprises. Ils ont livré des combats de lutte non seulement au Canada, mais au Japon, en Europe jusqu'en Australie. Les noms "The Beast", "Léo Burke", "Ruddy Kay" et "Bobby Kay", sont des noms familiers dans le monde de la lutte professionnelle. Comme sportifs, les frères Cormier ont fait connaître la vallée de Memramcook à l'étranger.

 

La vallée de Memramcook a aussi ses adeptes dans le sport des rois, la course à cheval, connu sous le nom de "Harness Racing". A Memramcook, c'est surtout le nom des Belliveau qui est connu sur les pistes de course des maritimes. La chambre de Commerce locale a décerné un certificat à Albert Belliveau, pour avoir fait reconnaître la paroisse de Memramcook dans le domaine des courses sous harnais aux provinces maritimes.

 

Depuis le 18 janvier 1975, la vallée voyait l'ouverture du magnifique centre communautaire érigé sur le terrain tout près de l'Institut de Memramcook. Ce centre communautaire de la vallée a été et demeurera une réalisation vraiment communautaire. C'est tout à l'honneur des citoyens des trois paroisses, Pré-d'en-Haut, Lourdes et Memramcook et tous ceux qui ont contribué de quelque façon

 

GENE "FOGGY" BOUDREAU ET MEDDY CORMIER

 

Ces deux natifs de la paroisse ont atteint, chacun dans leur domaine, une renommée sportive provinciale et même nationale.

 

L'Evangéline du 1er septembre 1978, rapportait ce qui suit:

 

"Hommage à Gene Boudreau: L'excellent instructeur de baseball junior dans la région de Moncton, Gene "Foggy" [130] Boudreau a été honoré hier soir, précédent la partie entre les Mariners de Moncton et les Ironmen de Chatham de la ligue senior de baseball du Nouveau-Brunswick. Boudreau a été instructeur "coach" pendant quarante ans pour plusieurs équipes de Moncton, Lewisville, Memramcook et Shédiac. II a remporté dix titres provinciaux avec les Juniors Keefe Cubs et il fait partie du Temple de la Renommée du Nouveau-Brunswick. Boudreau n'a jamais perdu de titre provincial. "Je serai encore instructeur si j'avais ma vue", a-t-il dit lors d'un remerciement émotionel. "Laisser le baseball a été l'une des choses les plus difficiles dans ma vie. J'aimais tellement ce sport. Je remercie tous ceux qui ont joué pour moi. "Le commanditaire des Keefe Cubs, Jack Keefe, a présenté une plaque à Boudreau en reconnaissance de ses plusieurs années passées dans le baseball et le maire de Moncton, Gary Wheeler, lui a présenté un certificat de citoyen émérite en plus d'une passe à vie pour le parc Kiwanis à Moncton.

 

Autre extrait de l'Evangéline:

 

Amédée (Meddy) Cormier, l'instructeur d'athlétisme par excellence de Moncton et responsable des programmes intramuraux à l'Université de Moncton, vient d'être nommé instructeur en chef pour l'équipe des Benjamins Cadets (Bantams-Midgets) qui représentera le Nouveau-Brunswick au championnat National à Waterloo, Ontario, le 16 août. Cette compétition est commanditée par le Légion Canadienne et l'équipe du N.-B. reçoit son assistance de la part des succursales provinciales.

 

La participation de M. Cormier dans tous les secteurs de l'athlétisme serait trop longue à énumérer. Cependant, il faut souligner les étapes suivantes de sa carrière. II est l'instructeur des courses et des cross-country à l'Université de Moncton. II occupe le poste d'instructeur de l'équipe de la Légion Canadienne succursale no. 8 de Moncton. [131]

 

En 1973, il fut nommé instructeur de l'équipe d'athlétisme section féminine qui a représenté le Nouveau-Brunswick aux Jeux du Canada à Burnaby, Colombie-Britannique.

 

En 1969, il fut stagiaire à une clinique d'athlétisme à Guelph, Ontario, dont l'instructeur principal était le célèbre Geoff Dyson. L'année dernière, il était un officiel pour les Olympiques Juniors a Edmonton en Alberta.

 

II est classifié comme un officiel catégorie 3 au Canada. II recevra sous peu son brevet de catégorie 4, c'est-à-dire, instructeur de calibre national.

 

Possédant plus de 20 ans d'expérience en athlétisme, les gens du Nouveau-Brunswick peuvent demeurer confiants que leurs jeunes sont entre bonnes mains.

 

Meddy Cormier est aussi le "coach" pour l'équipe de "curling" des jeunes étudiantes a l'Université de Moncton. [132]

 

LA VIE SCOLAIRE

 

LES PETITES ECOLES

 

Si les Acadiens ont attendu plus d'un siècle avant de voir la naissance du premier collège, les petites écoles également ont connu un long cheminement avant d'arriver à nos polyvalentes d'aujourd'hui. Le passé a eu ses maîtres ambulants à partir du début de la colonie. Ils donnaient "quelques bribes de savoir" et les premiers rudiments de la lecture au long du parcours de leur route. Avec le temps surgissent dans les villages, des petites écoles avec les ardoises, les bancs doubles et le poêle à bois. La vie scolaire d'alors englobait le syllabaire jusqu'au 4ième livre. Par la suite, on établira divers grades. A la gloire de la maîtresse du village d'autrefois, celle-ci était respectée, reçue à bras ouverts. Elle avait l'autorité; "la strappe" jouait un rôle important dans le maintient de la discipline.

 

Le catéchisme était essentiellement des cours préparatoires à la Communion Solennelle. Ils devancent de loin, les nombreux cours de toutes sortes qui se donnent aujourd'hui. Avant les années 1950, la maîtresse n'avait à sa disposition qu'une demi-heure pour enseigner la religion à sept ou huit grades; elle ne pouvait qu'effleurer la matière. Pour remédier à cette situation, les enfants devaient suivre trois semaines de catéchisme en juillet. Ces cours se donnaient à l'église et se couronnaient d'un diplôme de Communion Solennelle. Plusieurs enfants parcouraient à pied des distances de quatre à cinq milles. On était aux temps héroïques, comparés à nos jours où l'on voit les enfants prendre d'assault les autobus même pour aller aux jeux. Ces leçons de catéchisme disparaîtront avec l'apparition des grandes écoles où l'on peut consacrer le temps voulu à cette matière. Emile Lauvriere disait: "L'histoire de l'Acadie est une leçon d'espérance." Nous avons à rendre hommage à toutes ces personnes qui nous ont précédées, à ceux et celles de la première heure comme à ceux de la onzième heure.

 

TOUTES SES PETITES ECOLES

 

La fermeture des écoles de rangs dans les paroisses et dans les petits villages de la Vallée et avec la venue du transport par autobus scolaires des élèves (même dans les première années de scolarité) on centralise les écoles parfois situées à des milles de leur foyer. Ceci affecte notre sens de l'histoire car les jeunes ne sont plus attachés à leur communauté; les jeunes vont au village voisin durant le jour et sont seullement à la maison pour y passer la nuit et les fins de semaine. Les [133] villages deviennent des rangées de maisons dans lesquelles le monde vit et les jeunes n'ont plus le sens de la communauté et ainsi ils ne sont plus portés à regarder autour d'eux pour l'histoire locale. Ils dépendent des livres et des personnes qui vont leur parler d'histoire à l'école. C'est un facteur qui veut dire que dans 20 ans, le Canada ne sera plus source de l'histoire orale comme il l'est présentement.

 

Avant la consolidation en 1947-48 des districts scolaires, on pouvait compter dans les paroisses de Memramcook, Lourdes et Préd'en-Haut, des petites écoles aux endroits suivants: chez les Beaumont, Pierre à Michel, Belliveau Village, à la Pré-d'en-Haut, dans le Cove, à St-Joseph, à la Montagne, à Dover, à la Hétrière, à McGinley, au chemin de Shédiac, à Gayton's, à Memramcook, au Lac, à Collège Bridge, en Haut du Ruisseau, à Lourdes Nord et Sud.

 

II y avait 18 commissions scolaires distinctes en 1940 et chacune de ces écoles avaient leurs commissaires ou "trustees" qui étaient élus par les payeurs de taxe de ce district ou de cet arrondissement. [134]

 

DIVERS

 

Dans les pages qui vont suivre, le lecteur trouvera de tout. Ce sera le récit d'événements joyeux ou tristes, d'aventures, d'anecdotes quelquefois cocasses, la description d'incidents, de faits qui font partie de la petite histoire locale, c'est-à-dire, l'héritage populaire. A Memramcook comme ailleurs, certaines personnes ont joué, sans faire de bruit, un rôle qui a enrichi la vie de leur famille, de leur voisinage et de la paroisse toute entière. Je voudrais ici leur rendre hommage en rappelant leur mémoire pour les générations futures.

 

LES COUTUMES

 

Larousse définit le mot coutume: "Habitude, usage passé dans les moeurs." Chaque pays a ses coutumes. Beaucoup de coutumes qui se pratiquent couramment au début du siècle sont passées hors mode, d'autres ont résisté à la vague de matérialisme qui est en train de s'implanter parmi nous. La paroisse de Memramcook a aussi ses coutumes qui lui sont propres.

 

Parmi celles-ci, il y a les coutumes qu'on pourrait appeler coutumes pieuses, les autres, des coutumes d'ordre temporel. Quelques-unes des coutumes des deux catégories se pratiquent encore dans la paroisse, d'autres sont du domaine du passé. Parmi les nombreuses coutumes pieuses pratiquées au début du siècle, quelques-unes avaient une signification particulière.

 

C'était la coutume pour les hommes d'enlever leur chapeau lorsqu'il passaient devant l'église, ceci en respect pour le Saint-Sacrement présent dans le tabernacle à l'intérieur. II y avait la coutume de réciter le bénédicité avant les repas et les grâces après, de réciter l'Angelus, de faire sa prière du matin et du soir, de réciter le chapelet en famille, d'aller veiller les morts et d'accompagner le cortège après le service funèbre jusqu'au cimetière, de faire chanter des messes pour les défunts, d'aller prier sur leurs tombes. C'était la coutume de faire bénir les grains de semence à la fête de Saint-Marc et ensuite de faire un signe de croix avant de commencer les semailles et de mettre la semence bénie en terre.

 

C'était la coutume d'apporter de l'eau bénite le samedi saint, eau bénite qui servait si le prêtre venait administrer un malade en danger de mort, d'asperger les fenêtres pendant un orage électrique, aussi de placer l'image de la Sainte Face dans une fenêtre du côté de l'orage. C'était la coutume d'avoir des crucifix dans les différentes appartements de la maison ou du moins d'avoir des images saintes dans les chambres, de faire brûler des lampions, de faire des neuvaines, d'aller communier les neuf premiers vendredis du mois. C'était aussi la coutume de tremper l'index dans le bénitier en entrant à l'église, de faire le signe de la crois. avant de se rendre à son banc, de faire la génuflexion et une courte prière à genoux en regardant le tabernacle, c'était la coutume d'emporter du [135] rameau béni à tous les ans, enfin c'était la coutume de sonner l'angelus, le matin, midi et soir et de tinter la cloche à l'élévation à la grande messe.

 

Parmi les coutumes d'ordre temporel, il y avait celle d'arrêter l'horloge à la mort de quelqu'un dans la maison, de mettre un ruban noir sur la porte s'il s'agissait de la mort d'une grande personne et un ruban blanc, s'il s'agissait d'un enfant. C'était la coutume pour les hommes de porter un brassard noir quand ils étaient en deuil d'un proche parent, coutume pour les femmes de porter un voile noir de même qu'une robe noire pendant l'année de deuil. C'était la coutume d'aller chercher le prêtre en cas de maladie grave ou en cas d'accident et ceci selon l'expression "à course de cheval". C'était la coutume d'aider les voisins dans la misère, de faire la charité aux mendiants, de donner ou d'échanger le morceau du voisin lors de la boucherie, d'aller ouvrir et battre les chemins après les tempêtes d'hiver, de faire des frolics pour le labour ou la coupe du bois, etc ...

 

LE MARIAGE - LES NOCES

 

Lorsqu'un homme et une femme veulent s'unir dans le sacrement du mariage, les lois de l'église exigent qu'il y ait publication de "bancs" ou promesses de mariage qui, de nos jours, se fait dans le feuillet ou le bulletin paroissial. Mais autrefois, la publication des bancs était faite du haut de la chaire au prône du dimanche de la façon suivante: II y a promesse de mariage entre un tel, ..., fils majeur de ..., et ..., fille majeure de ..., avec degré de parenté, si parenté il y avait. Les degrés de parenté allaient jusqu'à la 4ième génération.

 

II pouvait y avoir parenté simple ou double avec degré de consanguinité. Cette promesse de mariage se faisait trois dimanches de suite et se terminait avec la monition suivante: "Si quelqu'un connait des empêchements à ce mariage, il est tenu de nous en avertir le plus tôt possible, sous peine de faute grave".

 

Les mariages avaient lieu habituellement le matin des trois premiers jours de la semaine. Mais de nos jours, les mariages ont presque toujours lieu les vendredi soirs ou les samedis.

 

Autrefois, aussi, les voyages de noces n'étant pas à la mode, on se contentait de prendre le dîner des noces chez la mariée. Dans l'après-midi, les mariés accompagnés de leur suite, garçon suivant et fille suivante, se rendaient chez le père du marié où il y avait un souper et si les invités étaient nombreux, il pouvait y avoir deux ou trois tablées.

 

A la première tablée, il y avait les mariés, leurs témoins, les pères et les mères des deux conjoints, les frères et soeurs. Pour les tablées suivantes, il fallait garder un certain ordre, les cousins et cousines, oncles et tantes et enfin les voisins et autres invités. Le souper terminé, le joueur de violon en place, c'était la noce. Les mariés et leurs témoins ouvraient la danse et les quadrilles se succédaient tout le reste de la soirée. Le maître du bal voyait à ce que tout se passe en ordre. [136]

 

LE PARLER

 

Que dire, du parler des gens de la vallée: II ne diffère pas trop du parler des gens de la région du sud-est de la province du NouveauBrunswick. II n'est pas meilleur ni pire. C'est un fait reconnu que le parler des sections françaises de Kent et Westmorland contient beaucoup trop de mots anglais entremêlés avec le français. Ceci provient probablement de l'influence de la radio et de la télévision anglaise que la grande majorité regarde et écoute. II s'en suit que le parler devient un méli-mélange qui a été baptisé de parler "Chiac".

 

Comme exemple de ce language, on cite le cas d'une dame qui exigeait une employée qui parlait le français pour la servir dans un grand magasin de Moncton. Voici ce que la dame voulait acheter: Une "Can de bean", de la "toothpaste", un "loaf de whole wheat bread", et une douzaine de "clothes pins". Un jeune garçon faisant la description d'une partie de hockey, a donné le compte rendu suivant à son ami: "II a pris le "puck" il a "splitté la défence", il a "shooté" et a "scoré".

 

Ce n'est pas tout à fait la description ni les termes que René Lecavalier emploie le samedi lors de la soirée du hockey. S'il s'agit de dire ce qui c'est passé à une partie de "baseball", le même petit gars dirait: "II a "batté" une "fly" au "centre field". Là non plus, ce ne sont pas les mots dont se sert Guy Ferron lorsqu'il décrit la partie des Expos à la T.V.

 

Ce ne sont pas seulement les jeunes qui entremêlent des mots anglais dans leur conversation. Un autre exemple: L'homme et la femme qui s'en vont chercher leurs "groceries" le vendredi soir. Arrivés au "store", l'homme dira à sa femme: "Espère moi içitte, je vas aller "parker" mon "car".

 

Autrefois, nos ancêtres employaient plus de vieux mots français "J'avions, j'étions", etc ... De nos jours, entourés de personnes de langue anglaise, c'est cette langue franglaise qu'on entend du matin a soir, sept jours par semaine, 365 jours par année. Nécessairement cette influence se fait sentir et la loi du moindre effort entre au jeu, le résultat est l'emploi de mots anglais que l'on veut franciser plutôt que de chercher le mot correct français. Piètre excuse. Si par hasard, un quelqu'un parle un bon français, on dit "qu'il parle à la grandeur". Avec nos écoles françaises, du grade 1 au grade 12, notre Université française, arrivera-t-il que le "chiac" disparaitra un bon jour. C'est à souhaiter et à espérer.

 

QUELQUES EXPRESSIONS

 

Dans la vallée, de temps à autre, on entend certaines expressions qui sont aussi communes à d'autres localités environnantes.

En voici quelques unes:

- Malade comme un chien,

- La maladie qui passe

- Une beauté (pour dire beaucoup)

- Une bouillée de sapins [137]

- Fais pas ton faraud

- Un temps maussade

- Ca fait yanque mal un petit brin

- II fait des accroires

- Voyons, Pierre Eustache (homme emplâtre)

- Elle est picasse

- Y a pas de jarniguiene

- Qu'il aille chez poutche (expression propre à Memramcook)

- II est longis

 

II y a aussi les mots: - Ragorgner, - adouner, - se grouiller, - garrocher, - brailleux, - attarzer, - calouetter, - amanchures, - faire semblant.

 

Aujourd'hui ces mots semblent quand même disparaître du language de tous les jours. On peut cependant entendre encore les mots: - souligner, - faignants, - s'émoigner, - les rouins (parlant de mauvais chemins, etc ...), - aller cri les vaches, - il fait un temps crû (ce qui veut dire un temps humide et froid), un temps transsisant.

 

On dit aussi d'une certaine personne qu'elle est légère de croyances. - Donner la pelle (i.e. qu'une fille ne veut plus voir son cavalier), - faire manger de l'avoine (si un garçon ôte la blonde de l'autre), - faire danser dans l'auge (lorsqu'une plus jeune se marie avant l'aînée), - si une fille a beaucoup de cavaliers, on dit qu'elle à la vogue. - Une escousse, - Moi itou, - des fanforluches, - les grignons de l'automne.

 

Autres mots ou expressions qu'on peut encore entendre: diffarance, branchages, du papier taré, des ragues, de la défaisure, un abris, un appent, pardu, b'en du dégat, étarnités, woir, ébarouis, des belluets, des libêches, des travées, des p'tites plaques, un grand brûlis, de la chasse pareille, des harbages, en abondance, s'aligner, les écôres, les mocoques, la T'chuelette, t'cheille âge que t'a, t'chueurieuse, vous avez ti su la darnière nouvelle, des r'poussants, doutance, s'aouaindre, simagrée, basir, la barre du jour, en l'etchipollent, à la valdrague, grand bidet, lingar, un append, ammounèter, amanchure, une potée de savon, une bolée de lait.

 

DES "DIT-ON"

 

- Nuages blancs en août, beaucoup de neige l'hiver qui vient.

- Rate blanche d'un cochon, beaucoup de neige.

- Les hirondelles portent chance là où elles construisent leurs nids.

- Si un chat noir croise votre chemin, c'est signe de malchance.

- Si le soleil paraît et qu'il pleut en même temps, on disait que le diable bat sa femme et marie sa fille.

- Un chien qui mange de l'herbe, signe de pluie.

- Si on voyait un corbeau, signe de tristesse

- deux corbeaux, signe de joie

- trois corbeaux, une lettre

- quatre corbeaux, signe d'un garçon

- cinq corbeaux, signe d'argent [138]

- six corbeaux, signe d'or.

- Si la main droite vous démange, c'est signe que vous allez donner Ia main à quelqu'un avant longtemps.

- On faisait sécher la clavicule de poulet en forme d'Y, le "wishbone" sur la clé du tuyau de poêle. Lorsqu'il était sec, on tirait avec le petit doigt, celui ou celle qui avait le plus petit morceau en le cassant, se mariait le premier

- Sept ans de malchance si on a le malheur de casser un miroir.

 

DICTONS - CROYANCES

 

- Le matin, s'il pleut avant sept heures, le temps s'éclaircira avant onze heures.

- Arc-en-ciel du matin, désespoir du marin, arc-en-ciel du soir espoir.

- Après un orage disait-on, si l'on peut voir du ciel bleu assez grand pour faire une paire de culottes, le temps s'éclaircira.

- A la Toussaint, cache-pied, cache-main. L'hiver s'en vient.

- Aux Rois, les jours ont allongés de 3 pas de coq.

- Les douze jours entre Noël et le Jour des Rois, prédisaient le temps qu'il fera durant les douze mois de l'année.

- Si l'on portait du neuf au jour de l'an, on serait bien habillé toute l'année.

- Si les hirondelles volent bas, le mauvais temps s'en vient.

- Coups de soleil. II fallait porter des chapeaux de paille, la tête toujours couverte, défense de brûler au soleil. Chapeaux de paille faits au pays, chapeaux de paille de blé tressé.

 

LES SOBRIQUETS

 

A Memramcook, comme dans beaucoup de nos paroisses acadiennes, on désigne les personnes rarement par leur nom de famille mais on ajoute plutôt le nom du père et parfois même du grand-père pour nommer un tel ou une telle. Et cela depuis des générations. Ainsi par exemple, on disait: Vital à Simon Charles, une génération après, c'était Willie à Vital, de nos jours, on dit Louis à Willie et quelquefois on dit Louis à Willie à Vital à Simon Charles (Gaudet). Quelques autres exemples: Arthur à John (Gaudet), Albert à Phileas (Gaudet), Léo-Paul à Hervé, Hervé à Damien à Thaddée (Gaudet), Vital à Vital (Léger), Léopold à Eloi (Léger), Pierre à Olivier (LeBlanc), Joseph à Anselme (LeBlanc), Adolphe à Dana (Donat), Gaspard à Docité (Bourque), Fred à Hilaire (Boudreau). Corinne à Dominique (LeBlanc), Germaine à Pascal (Cormier), Gérald à Eloi (Belliveau), Jude à Fidele (Belliveau), etc ... C'est ainsi qu'on désignait et que l'on désigne encore les personnes en question. En entendant les personnes appelées ainsi, immédiatement on sait de qui il s'agit. Dans bien des cas, on trouvait et l'on trouve encore des mêmes noms, prénoms et noms de famille. II est presqu'impossible de dire lequel est lequel (which is which). A Saint-Joseph, il y a quelques années passées, il y avait 5 Gérard Gaudet: Gérard à Henri, Gérard à Raymond, [139] Gérard à Wilfred, Gérard à René et Gérard à Albeni. C'était la seule manière de les distinguer, c'est-à-dire en. nommant le nom de leur père. Mais la chose se compliquait, surtout pour le maître ou la maîtresse de poste lorsqu'arrivait une lettre adressée comme suit: Gérard Gaudet, Saint-Joseph, N.-B. A quel des 5 fallait-il donner la lettre? Ce qui arrivait souvent, c'est que le dernier des 5 à qui on remettait la lettre, on pouvait lire sur l'enveloppe "ouvert par erreur". Imaginez les complications s'il s'agissait d'une lettre d'amour.

 

Pour désigner aussi les personnes, on se servait souvent d'un qualificatif comme suit: On disait Eloi au Grand Louis, Frank au p'tit Maximin, Hervé au p'tit Simon. Le gros Ben, le p'tit Moise, le vieux John Richard, le vieux Marc, le vieux Jos, la vieille Marie. Dans certains cas, si le père était décédé assez jeune et que la mère avait élevé la famille seule, on donnait le nom des enfants comme suit: Alphé à Véronique, Laurent à Babée, Louis de la veuve, etc... Ce n'était pas par dérision qu'on nommait ainsi telle ou telle personne, c'était la coutume et l'on pourrait dire dans bien des cas, des marques d'estime pour ces personnes là.

 

LES SOBRIQUETS DE FAMILLE

 

Les Amand Batistes                                Chumay                                        Good Bread

Les Babées                                              Couleway                                      Gorhomme

Les Simon Charles                                  Castor                                           Gorlette

Les Larients                                             Crotte de chat                               Gaudal

Les Sagannis                                           Calote                                           Grand Roi

Les Bunkers                                            Chico                                            Graissette

Les Romas                                              Fly a Pet                                       Grafteux

Les Saindoux                                           Fusil                                              Griche Poil

Les Marmites                                           Fringo                                           Gachinolle

Les Thaddée à David                               Go Bill                                           Gorlo

Les Véroniques                                        Batway                                          Hard Times

Les Pierre à Michel                                  Bisquette                                       Jay

Les Pierre à Charlitte                               Bourg                                            Joe Poutine

Les Gautreaux                                         Brone                                            Joe menoudie

Les Thaddée à Isaac                                Bedoux                                         Joe mon Joual

Les Oiseaux de Poil                                Broquette                                      Joe Peck

Les Steers                                               Bunker                                          Joe Mou

Les Malagans                                          Canard                                          Jospiau

Bad Road                                                Chinichi                                         Luno

Bichounne                                               Coudjos                                        Matelot

Boco                                                        Chienne à Mahard                        Madouest

Bouleau                                                   Chien Blanc                                  Mouche

Burlock                                                    Cochon rouge                               Malagan

Bedeche                                                  Driver                                            My

Boeuf du fond                                          Fleur                                             Marmite

Barrelle                                                    Flute                                              Marle

Calliman                                                  Face à pique                                 Nahau [140]

 

Nouck                                                      Rigole                                           Picrine

Ninimes                                                   Sam à Baig                                   Pointu

Piau                                                         Sam à Daigle                      Poussière

Pique                                                       Swiss                                            Shieu de cable

Pintail                                                       Steer                                             Talin

Pareteunne                                              Six Pouces                                    Yankee

Pigou                                                       Shack                                            Tom à Phare

P'tit Cook                                                 Rankin                                          Virolle

Peteau                                                     Pouche

Raisin                                                      Pinois

 

ACCIDENTS MORTELS

 

Comme toutes les autres localités, la paroisse de Memramcook a connu sa part d'accidents mortels.

 

La grosse majorité de ces accidents qui ont coûté des vies humaines ont été causés par des automobiles qui ont tué soit un passager de la voiture ou ont fait une victime d'un piéton le long de la route. Depuis l'avènement de la première voiture dans la paroisse, il y a presque 75 ans, une vingtaine de personnes ont été enlevées de l'affection de leurs parents et amis.

 

II y eut aussi quelques noyades, une victime d'une explosion, une personne électrocutée, quelques victimes d'incendie, une victime d'un accident industriel, trois personnes gelés à mort et un suicide par pendaison.

 

CHOSES OU COUTUMES DISPARUES

 

1) La terre de pré

 

Jusqu'aux années après la première guerre, les fermiers de la vallée, charroyaient de la terre de pré durant les mois d'hiver. Pour ce faire, ils arrangeaient des espèces de charettes à bascule sur des "bobsleighs". La terre de pré, prise près de la rivière de Memramcook en y creusant des trous appelés "tâches" était transportée dans les champs pour être étendue plus tard au printemps. La terre de pré contient un peu d'acide phosphorique et servait ainsi d'engrais. Avec l'emploi d'engrais chimiques en plus grande quantité, cette pratique du charroyage de la terre de pré a disparu.

 

2) Les hotels

 

Au début du siècle, on trouvait dans la paroisse deux hôtels à Memramcook, non loin de la gare de chemin de fer. Ces hôtels de plusieurs chambres accomodaient les voyageurs de commerce car il y avait des salles où les commis voyageurs étalaient leur marchandise pour [141] que les marchands du lieu puissent les voir et en acheter. Avec les nouveaux moyens de transport de marchandise, ces hôtels sont disparues. Vers les années quarante, on vit l'apparition de cabines et de motels dans le district de La Hêtrière. Celles-ci ont pu accomoder des centaines de voyageurs mais de nos jours, le tracé de la route transcanadienne a éloigné le trafic des automobiles du centre de la paroisse et les motels et les cabines ont disparues.

 

3) Le magasin Co-opératif

 

Peu de temps après la première grande guerre, un groupe de personnes intéressées étudièrent la possibilité de construire un magasin co-opératif. Après plusieurs réunions, il fut convenu que le site le plus pratique serait à Collège Bridge car le transport des marchandises, à ce temps là, se faisait par chemin de fer duquel il y avait avantage d'être aussi proche que possible de la station. Un magasin inoccupé fut donc loué et ouvrit ses portes à ses membres. Ce magasin coopératif eu à faire compétition aux autres magasins de la vallée et ne fonctionna, tant bien que mal, pendant un certain temps et après quelques années d'existence, il dû fermer ses portes.

 

4) Autres coutumes

 

C'était la coutume de donner "les âges aux enfants" en les tapant légèrement sur les fesses - une fois pour chaque année de naissance en y ajoutant une tape de plus pour faire grandir.

 

C'était la coutume aussi de faire des toupies avec un fuseau de fil. Avec un gros bouton et un bout de corde (amarre) de faire des pattes de coq. Ceux-ci, faits à la maison pour amuser les enfants étaient des jouets qui ne coûtaient pas cher.

 

II y avait aussi la coutume pour les jeunes de sauter sur le foin fraîchement engrangé. Les plus hardis sautaient de haut et faisaient la bascule (somerset).

 

Certains hivers, on a vu de belles grandes mares de glace dans les marais ce qui permettaient aux jeunes de patiner de St-Joseph à Memramcook. II y avait aussi le glissage sur le verglas en petites traînes. De nos jours, ces amusements d'hiver ont été remplacés par les "skidoos". Autrefois, durant l'hiver, il y avait aussi les courses de chevaux sur le lac à Memramcook et sur le lac du portage de Moncton. Durant l'été il y eut pendant quelques années, des courses de chevaux à Memramcook, sur une piste (race track), située non loin de l'endroit où se trouve actuellement la boulangerie du "Pain du Collège".

 

C'était aussi la coutume des marchands de payer la traite, soit avec un cigare ou des bonbons, lorsqu'un client venait régler son compte; à cette époque on achetait à crédit tout le nécessaire, telle que farine, sucre et autres denrées alimentaires.

 

L'envoi des valentins comiques a eu aussi la vogue pendant assez longtemps, cette coutume est disparue de nos jours. II y a eu la coutume [142] de faire courir le poisson d'avril.

 

Toujours dans le même domaine, une traite d'hiver, c'était de faire de la "tire" et la faire refroidir sur la neige fraîche.

 

Choses disparues - les pipes de plâtre ou de craie et les pipes de blé d'inde.

 

Dans un autre domaine, une coutume heureusement disparue était celle de vendre les pauvres, Notre Seigneur a dit qu'il y aura toujours des pauvres parmi vous. Memramcook, comme ailleurs, a eu sa part de pauvres. Comme ces pauvres n'avaient pas de logis, on les vendait, une fois par année, ordinairement à la Toussaint. Vendus à l'encan, ils étaient pris en pension car la municipalité payait leur entretien à l'acheteur. Au début du siècle, Jude à Simon Charles Gaudet (surnommé Boss), tenait la maison des pauvres à Lourdes. II recevait de $12.00 à $15.00 par mois pour quelques 10 à 12 personnes qui habitaient chez lui.

Une coutume du passé qui est encore courante est celle de faire dire des messes pour les biens de la terre.

 

Une coutume disparue depuis quelques années est celle de sonner l'Angelus, matin, midi et soir.

 

Avant le mariage, le prétendant, après avoir fréquenté sa "pelure" pendant un certain temps et après avoir fixé la date de son mariage allait faire la grande demande. C'était la coutume d'approcher le futur beau père et la future belle-mère et leur demander la main de leur fille en mariage. Le futur marié ne manquait pas d'apporter une traite ce soir-là en signe de gratitude à ses futurs beaux parents qui accéderaient à sa demande en lui confiant l'avenir de leur fille bien-aimée.

 

En fait de dot, la mariée apportait en premier lieu un coffre bien rempli de linge, couvertes, draps, travaux de fantaisie, etc ... Si la marié appartenait à une famille assez à l'aise, son père lui donnait quelquefois une vache qui allait grossir le troupeau du nouveau couple.

 

5) Quelques expressions

 

A Memramcook, on entend les expressions suivantes: Une bonne bordée de neige, bordée des avents, le doux temps des avents. On parle des roulis de neige, des bourrasques de poudrerie.

 

Parmi les choses disparues, il y a la cuisine d'été, les entraits et le bas côté, des parties des vieilles maisons de même que les "maçounes".

 

Autres expressions - On disait en regardant la nouvelle lune. Elle a les cornes en l'air, pas de pluie prochainement aussi, si les mouches à feu étaient nombreuses, il y aura beaucoup de "gâte".

 

LE CHEMIN DE FER A TRAVERS LA VALLEE

 

M. Lloyd Machun dans son livre "History of Moncton" reproduit dans le Times, le premier voyage qui se fit par chemin de fer de Moncton à Dorchester.

 

"La première édition du Times (hebdomadaire) en date du 11 décembre 1868 contient une description de la section du chemin [143] de fer de Painsec à Dorchester. L'European and North American Railway, qui fut transféré à l'Intercolonial en 1870 après que le chemin de fer fut complété de Sackville à Amherst"

 

Sur le premier train qui quitta Moncton ce 11 décembre 1868, se trouvaient des journalistes, des juges, avocats, médecins, ministres, politiciens, marchands et autres. A 6 milles de Moncton, on arriva à Painsec Junction où la nouvelle section de chemin de fer commence. (On sait que déjà depuis 1857, on voyageait entre Moncton et Shédiac). A Memramcook, on y voit une très belle station (gare), pas trop grande, mais suffisante sans doute pour accomoder ceux qui auront l'occasion de s'en servir. Celle-ci (la gare) ainsi que plusieurs édifices le long de la ligne, incluant le Collège St-Joseph, étaient abondamment décorés de drapeaux en l'honneur de ce jour et de cet événement. Le Collège St-Joseph est situé sur une longue élévation de terrain et nous apparaît du train comme un bâtiment large et spacieux. Ce n'est que quelques 30 ans plus tard que fut construite la gare de College Bridge, gare qui a servi à des milliers de personnes, collégiens et filles du couvent pendant plus de cinquante à soixante ans. Les deux gares, Memramcook et College Bridge n'existent plus. Le progrès a amené leur démolition et de nos jours, l'Ocean Limité et le Scotian traversent la vallée à soixante milles à l'heure sans arrêter.

 

L'accomodation, petit train local qui faisait la navette entre Springhill Jct et Moncton tous les jours excepté le dimanche de même que le quotidien de l'lle qui faisait lui aussi le trajet de Charlottetown à Moncton avec arrêt à toutes les stations de la paroisse, Upper Dorchester, College Bridge, Memramcook, Gayton's et Calhoun sont choses du passé.

 

Les autobus des frères Anselme et Antoine LeBlanc et d'Edouard Robichaud (Memramcook Transport Ltd.) les ont remplacés pour un certain temps. Les autobus S.M.T. sont le seul moyen de transport pour ceux et celles qui n'ont pas d'autos à leur disposition. Pour les autres, plus fortunés, les gens de la vallée vont à Moncton en Volks, Fords, Chevrolets, Dodges, Plymouths, Pontiacs et même Cadillacs. C'est donc dire que les temps ont changé, depuis le passage du premier train à travers la vallée, ce 11 décembre 1868. [144]

 

METS ACADIENS DE MEMRAMCOOK

 

Beignets râpés         Pâté râpé, chiard

Poutines râpées       Poutines rôties ou poutines à trou

Poutines à la viandePoutines en sac

Tartes à la mélasse  Biscuits au gingembre (ginger

Grosse soupe          snaps)

Baked BeansFlanc

Pain de Buckwheat Pain de blé dinde

Crêpes de buckwheat         Fricot à la poule

Boudin          Tête en fromage (hash)

Confitures et préserves aux          Beignes (doughnuts)

rhubarbes, fraises, framboises,    Pain doux (gâteaux).

bleuets, gadelles, groseilles,         Washington Pie, War Cake

pommes, pommettes (crab)          Biscuits au sucre avec anis

Poutine au pain. Pain grâlé Torteaux chaux (hot biscuits)

Tire sur la neige      Tamarin

 

Memramcook n'a pas l'exclusivité des mets acadiens. Dans toutes les paroisses acadiennes, on peut faire bonne chère et se rassasier de poutines, fricôts, tartes, gateaux, etc ... Cependant, dans la vallée, au début de l'été, on pourra trouver deux mets qui ne sont pas très connus en dehors de la région de Westmorland. Ces deux mets sont la passe-pierre (goose tongue) et les tétines de souris (Samphire green). Ce sont deux herbages qui poussent dans les marais près de la rivière. On les ramasse à la fin de juin et au début de juillet en attendant l'arrivée des légumes frais. Ces deux mets ont un goût spécial, goût de homard et font les délices des gourmets de la vallée.

 

LA FETE DES PETITS OISEAUX

 

(Tiré d'un article anonyme paru dans le Moniteur Acadien le 19 avril 1887. II y a aussi une copie dactylographiée dans les Archives Acadiennes de l'Université de Moncton qui porte le nom de Placide Gaudet comme auteur.)

 

C'était hier la "Fête des petits oiseaux" qui tombe toujours chaque année le lundi de la Quasimodo. Cette fête a été instituée, il y a au moins un siècle et demi, par nos ancêtres lorsqu'ils travaillaient sur le sol chéri de l'ancienne Acadie avant la tourmente de 1755. II est regrettable qu'on ne puisse trouver dans les archives aucun document se rattachant à l'origine de la date de cette fête acadienne et à la localité où elle fut célébrée la première fois. Les renseignements qu'on possède sont bien maigres et nous ont été transmis par la tradition et sont plus ou moins corrects. Quoiqu'il en soit, nous nous bornons à raconter ce que nous ont raconté les vieillards.

 

Dans une certaine région de l'Acadie, des nuées de petits oiseaux à bec crochu venaient chaque année dévorer les grains [145] que les habitants ensemencaient sur leurs terres et le malaise et la disette s'ensuivaient. Le missionnaire de la localité, voyant les dommages que causaient ces ovipares, dit à ses paroissiens que pour éloigner le fléau, il fallait avoir recours à la prière et à cette fin, il fixa un jour de jeûne et d'abstinence et enjoignit aux fidèles de s'y conformer en abandonnant pendant toute la journée leurs travaux et occupations ordinaires, et se rendre à l'église pour assister à la messe qui serait célébrée afin de faire disparaître ces oiseaux ravageurs. Le monde se rendit en foule à l'église au jour indiqué et on observa fidèlement les ordonnances du prêtre. A partir de ce jour, les oiseaux qui ravageaient les grains disparurent et en souvenir de ce miracle, chaque année dans la suite on fêta le jour de cet anniversaire qui fut nommé la "Fête des petits oiseaux".

 

Jusqu'à l'époque du drame de 1755, cette fête était religieusement observée dans chaque canton acadien, et même longtemps après l'expulsion des acadiens du sol qui les vit naître et qu'ils chérissaient à plus d'un titre, ceux d'entre eux qui échappèrent à la déportation ou qui revinrent de l'exil, continuèrent de s'abstenir de travail le jour de la fête des petits oiseaux. II arrivait parfois que quelques-uns travaillaient ce jour-là comme aux jours ordinaires, et on dit que les grains de ceux-ci étaient mangés par les oiseaux.

 

Aujourd'hui, il n'y a que l'ancienne et florissante paroisse de Memramcook qui observe encore la "Fête des petits oiseaux". Ce jour-là, il y a grand'messe à l'église paroissiale, le peuple y assiste en foule et le reste de la journée se passe comme si c'était un jour de fête d'obligation. Les honoraires de cette messe sont payés par les paroissiens dont chacun fournit généreusement son obole. C'est la seule fête instituée du temps de nos ancêtres avant la dispersion qu'on chôme de nos jours. Honneur donc à Memramcook d'avoir conservé cette ancienne coutume. Nous aimerions pouvoir donner aussi le nom du pieux missionnaire qui institua cette fête, mais nous ne le savons pas et nous craignons fort que son nom reste à jamais enseveli dans l'oubli. Au commencement du siècle actuel, un missionnaire de Memramcook, dont le nom nous échappe, établissait un jour de prières publiques et de jeûne pour conjurer le Tout-Puissant de faire disparaître l'épaisse couche de neige qui couvrait la terre. La saison du printemps approchait et il n'y avait aucune apparence de la fonte des neiges. Les prières du missionnaire et des habitants de Memramcook, furent exaucées et plusieurs témoins oculaires nous ont assuré qu'une pluie chaude mêlée de brume fit disparaître aussitôt cette épaisse couche de neige. On appela ce jour la "Fête des neiges". Et aujourd'hui, "fête des petits oiseaux" et celle "des neiges" ne forment qu'une même fête et se célèbrent chaque année le lundi de la Quasimodo.

 

LA GRIPPE ESPAGNOLE

 

Dimanche le 6 octobre 1918, premier dimanche du mois, dimanche du rosaire. L'après-midi, les paroissiens, individuellement ou en groupes [146] faisaient des visites à l'église afin de gagner des indulgences applicables aux âmes du purgatoire. Comme c'était la coutume, vers un heure de l'après-midi, les élèves du collège venaient en groupe eux aussi, faire des visites.

 

Le préfet récitait le chapelet et à chaque dizaine, les élèves défilaient par les portes du côté pour entrer dans l'église par les grandes portes. Les visites terminées, les élèves toujours en rang prenaient le chemin du marais pour une marche appelée le tour des deux ponts, celui de College Bridge et celui de Memramcook. Quant aux fidèles, les visites continaient jusqu'au souper pour se terminer à six heures alors que l'Angelus sonnait et que le bedeau fermait les portes. Bien malin, par cette belle journée, celui qui aurait dit ce dimanche là, à ceux qui avaient assisté à la messe de même qu'à ceux qui avaient fait des visites au cours de l'après-midi, la prochaine fois que vous viendrez à l'église, on sera au mois de novembre et vous viendrez en carriole et une quarantaine de paroissiens seront morts et enterrés. C'est pourtant ce qui est arrivé. En effet, durant la semaine, la grippe espagnole, l'influenza, ou la "Spanish Flu" commencait à faire des victimes et les autorités ordonnèrent la fermeture des églises, salles de théâtre, les écoles et tous les lieux de rassemblement. On sait que la grippe espagnole dans l'espace de 5 à 6 semaines a fait plus de victimes que la guerre qui se termina le 11 novembre de cette même année alors que l'armistice était signé en France. Dans la paroisse de Memramcook comme dans toutes paroisses du Nouveau-Brunswick, les victimes de la grippe mourraient après quelques jours de maladie et cela à une allure de 4 ou 5 par semaine, ce qui naturellement épeurait tout le monde à tel point que personne n'osait sortir.

 

Le Docteur Alfred Gaudet, travaillait pour ainsi dire jour et nuit. En plus de soigner les malades de la paroisse, le docteur se rendait à S-Anselme, l'Aboujagane et à Dorchester.

 

En ce temps-là, il n'y avait aucun remède connu contre la grippe, les "sulfas" et la pénéciline n'avaient pas encore été découverts. Le Père Alfred Roy, le curé, allait lui même chercher les morts à leur demeure et les morts étaient transportés de la maison au cimetière dans un "express wagon" et étaient enterrés aussitôt que possible. Afin de ne pas semer la panique, on arrêta de sonner le glas et les cloches demeurèrent silencieuses et c'est ainsi que les choses se passèrent.

 

Durant cette période, tel que relaté plus haut, le 11 novembre la guerre mondiale qui durait depuis le 4 août 1914 prenait fin. A ce temps-là aussi, une nouvelle en provenance de Montréal, annonçait la nomination du Père Roy au poste de Provincial des Pères Sainte-Croix. II devait donc laisser la cure de la paroisse où il avait été curé pendant 23 ans.

 

Le Père Benjamin Lecavalier, supérieur du collège le remplacerait. Comme la grippe diminuait d'intensité, les églises, les écoles et lieux de rassemblement publics furent ouverts de nouveau et le dimanche 24 novembre, les paroissiens pouvaient assister à la messe et comme il y avait assez de neige, la mode de transport était donc les traîneaux et les carrioles. C'est à cette messe que le Père Roy annoncait son prochain [147] départ de Memramcook. Dans presque tous les bancs de la grande église, on comptait par centaines les parents des victimes de la grippe et comme c'était la coutume, on portait le noir, le voile et le brassard noir sur le bras.

 

LES INCENDIES

 

Comme partout ailleurs, il arrive de temps en temps qu'un incendie fasse des ravages dans une paroisse. Jusqu'à date, la paroisse a été épargnée d'une conflagration générale qui ailleurs en un court temps a rasé tout un village. L'histoire nous dit que la deuxième chapelle érigée à la "montain" a été détruite par le feu au printemps de 1775. Le collège St-Joseph, lui, fut la proie des flammes le 20 octobre 1933. En ce qui concerne les maisons ou autres bâtiments, dans le temps qui nous concerne, les moulins à bois, propriétés de John et Aldéric Gaudet et plus tard d'Isaie et Sylvère Léger, passèrent au feu à plusieurs reprises, soit en 1910, 1916, 1935 et 1939. Le moulin à bois, ancienne propriété de Sylvain R. Gaudet, acheté par Edouard Gaudet, brûla en 1933. En 1918, au mois de mai, un incendie détruisit la grange et la maison de Vital Gaudet. En 1949, le magasin et la maison d'Uldège Gaudet, anciennement F.F. Gaudet, fut détruit de fond en combre. A la Pré-d'en-Haut, l'école régionale fut avariée par un incendie et dût être reconstruite. D'autres maisons, dans différents coins de la paroisse ont été rasées par le feu. L'école des Seven Days Adventists à Memramcook, fut aussi la proie des flammes et complètement détruite.

 

- Le feu du Collège.

 

Le 20 octobre 1933, un vendredi, à 8h30 p.m., avec un froid d'automne, alors que les élèves étaient réunis dans la chapelle pour la prière du soir, le feu se déclara dans la grande salle de récréation. Le Père Arcade Goguen, préfet de discipline, fut averti immédiatement et à son tour informa les élèves en leur disant d'emprunter un escalier de sauvetage situé en arrière de l'autel et de descendre jusqu'à terre. Les élèves défilèrent en ordre et rendus dehors, il ne purent même pas pénétrer dans le collège tellement le feu rageait. Les élèves, comme les religieux perdaient leurs effets personnels. Seule, la chapelle, de construction récente, résista. Du collège, le feu poussé par le vent de l'ouest se propagea au couvent des Soeurs Ste-Famille, à la chaufferie et aux granges.

 

Comme il était impossible de contrôler ce brasier, il n'y avait pas à ce temps-là, de service d'incendies, le feu s'attaqua bien vite à la salle l'Assomption qui brûla en même temps que les résidences de Donat et Aldéric Gaudet. Une grange à foin, dans le marais, non loin du pont, brûla aussi tellement les tisons emportés par le vent, se rendaient loin. Les maisons d'Arthur Gaudet et Elodie LeBlanc, furent endommagées, mais grâce au bon travail des volontaires, elles furent épargnées.

 

Cette dure épreuve que subirent les autorités du Collège ne les découragèrent pas et on raconte que le Père Guertin, qui avait déjà passé au delà de 40 ans dans cet édifice et qui avait perdu tous ses livres, toutes [148] ses notes accumulées après tant d'années, maîtrisant sa peine, donna quand même une conférence sur l'agriculture .à Saint-Anselme, deux jours après cette catastrophe. Le Collège fut reconstruit en 1934 et recevait les élèves à l'automne de cette année-là.

 

L'EAU - LES SOURCES - LES PUITS

 

Parmi les nécessités de la vie, l'eau détient une des premières places. Pour vivre, l'homme doit boire et manger. C'est pourquoi, l'homme, avant de construire sa cabane ou son chez-lui, veillait à bâtir près d'une source ou près d'un ruisseau. A défaut d'une source ou d'un courant d'eau potable pour lui et ses animaux, il creusait un puits. C'est ainsi qu'au début du siècle jusqu'à l'arrivée de l'électricité dans la paroisse, tout chacun avait son puits. Ces puits creusés à différentes profondeurs étaient maçonnés en forme ronde ou octogonale. Une fois le puits terminé et maçonné, il s'agissait de "pêcher" l'eau. Pour ce faire, on voyait toutes sortes d'inventions. Sur certains puits, on bâtissait une cabane dans laquelle on y mettait un tour sur lequel s'enroulait un câble ou une chaîne. Au bout du câble ou de la chaîne était accroché un seau. En faisant tourner le tour muni d'une manivelle, on descendait le seau au fond du puits pour le remonter une fois rempli. A côté du puits, il avait soit une auge ou un baril que l'on remplissait pour y faire boire les animaux.

 

Sur certains puits, au lieu d'avoir un tour pour descendre le seau, on avait inventé la "brinqueballe". C'était une longue perche prise entre deux poteaux, au bout de laquelle il y avait ou un câble ou une chaîne. En tirant sur le câble ou la chaîne selon le cas, la perche pivotait et on descendait le seau dans le puits. Une fois le seau plein en le remontant, la pesanteur de l'autre bout de la perche qu'on avait pris le soin d'appesantir en y ajoutant des gros morceaux de bois, facilitait le travail, de sorte qu'un enfant pouvait puiser des pleins seaux d'eau sans effort. Sur certains puits, on y installait des pompes de bois qui furent remplacées plus tard par des pompes de fer (Force Pumps). Ces pompes de bois, que seuls des experts étaient capable de manufacturer, étaient faites d'un arbre sain de préférence un "prusse noir" dans lequel on creusait un trou le long du centre du billot. Une fois que le trou avait été creusé, on fixait deux valves de bois franc au bout d'une tige de fer (rod) d'environ une douzaine de pieds de long attachée à l'autre bout à un manche. En plongeant le manche de la pompe, les deux valves à clapet descendaient dans l'eau qui avait pris son niveau dans le billot creusé et en baissant le manche de la pompe, le clapet se refermait, trappait la colonne d'eau qui en remontant se dévidait lorsqu'elle arrivait au "bec" de la pompe, retombant dans un seau, une auge ou un baril, selon le cas. Les pompes de bois et les puits creusés sont choses du passé. En se rappelant cette partie de l'histoire, on ne peut faire autrement que d'être impressionné par le savoir faire de nos ancêtres, qui déploièrent tant d'énergie et de persévérance en voulant se procurer une des premières nécessités de la vie, l'eau potable pour leur famille et leurs animaux. [149]

 

LA SOCIÉTÉ L'ASSOMPTION - LA SUCCURSALE LEFEBVRE

 

"C'est le 8 septembre 1903 dans la salle Lafayette de Waltham, Mass. que la Société l'Assomption commence son existence; c'est à cette date que la société prit son nom, qu'elle adopta son premier règlement et qu'elle reçut les premières contributions de ses membres. Le but de la société est premièrement, rallier sous un même drapeau tous les Acadiens; deuxièmement secourir ses membres malades; troisièmement assurer une aide pécunière aux héritiers légaux des membres défunts; quatrièmement, conserver notre langue, nos moeurs et notre religion. II y a aussi la caisse écolière. Les fondateurs de l'Assomption avaient compris qu'à notre société, il fallait une aide plus salutaire que l'assistance matérielle; que pour grouper tous les Acadiens sous le même drapeau, pour conserver notre langue, nos coutumes et notre religion, il fallait s'élever jusqu'au domaine supérieur de la charité intellectuelle. Voilà pourquoi, la Société l'Assomption a fondé, dès le principe, sa caisse écolière. En devenant membres de la société, les sociétaires s'engageaient à payer d'avance une somme annuelle de $0.50 par année. II avait été convenu que lorsque la somme de $200.00 serait atteinte, on procéderait au choix d'un ou deux garçons qui deviendraient des boursiers de la société et que la bourse reçue aiderait à payer un cours d'études. Les deux premières bourses furent décernées en 1904. En 1905, deux autres protégés furent choisis: Yvon Gaudet de Memramcook et Jean Léger de Waltham. Or, quand le Docteur Édouard Gaudet, le père d'Yvon apprit que son fils avait été choisi comme protégé, il écrivit immédiatement au président général lui disant qu'il appréciait beaucoup le privilège que la société avait décerné à son fils, mais qu'il fournirait lui-même les moyens d'éducation, afin que la Société pût en faire bénéficier un autre. Une nouvelle élection fit le choix de Placide LeBlanc, de la succursale de Beaubassin, de Grand-Étang, Cap-Breton, lequel grâce à la générosité du Docteur E. T. Gaudet et à la sublimité de l'oeuvre de la caisse écolière, devient en 1916, le premier protégé de la Société l'Assomption qui fût ordonné prêtre."

Tiré des grandes lignes de l'histoire de la Société l'Assomption par Antoine J. Léger, avocat Conseil de la Société.

 

Comme la société avait été fondée par des résidents de la Nouvelle-Angleterre, il était normal que les huit premières succursales soient établies dans cette région. La première succursale fondée au Nouveau-Brunswick fut celle de Bouctouche, sous le nom d'Evangéline, le 25 juillet 1904. Le 1 mai 1905, la succursale Lefebvre No 13 prenait naissance et le 8 mars 1914 la succursale des Dames no 13, Notre-Dame du Sacré-Coeur, venait prendre place à côté de la succursale Lefebvre. En janvier 1915, avait lieu la première réunion conjointe des deux succursales. Jusqu'à ce temps, les réunions se tenaient dans la salle C.M.B.A. C'est alors que la nouvelle salle fut bâtie sur un terrain généreusement fourni par M. Jean B. Gaudet. C'est là que les réunions [150] mensuelles se tenaient. Pour payer cette nouvelle bâtisse de deux étages d'une grandeur de 40 par 80, on organisait des parties de cartes (whist). II va sans dire qu'à cette époque, l'argent ne roulait pas en abondance et les procès verbaux des différentes réunions nous donnent des recettes nettes pour ces parties de carte de $6.65, $10.75, $12.25, $17.70. Une vente de paniers (Basket Social) remportait la jolie somme de $40.00.

 

En 1920, on trouvait dans la salle les bureaux de la Banque Provinciale, un salon de barbier de M. Henri LeBlanc de même qu'un local pour le cercle Saint-Thomas. C'est aussi vers ce temps-là que fut terminé l'étage supérieur en un beau théâtre sur la scène duquel, les acteurs et les actrices de la paroisse présentèrent des drames et sous l'habite direction de M. Edmond Gaudet et du Père Dismas LeBlanc. Pour payer les emprunts faits pour aménager ce théâtre, d'autres parties de cartes furent organisées de même qu'un pique-nique en 1929 qui rapporta des recettes nettes de $742.88. Cette belle salle qui faisait la gloire des Assomptionistes de la vallée fut réduite en cendres durant la soirée du 20 octobre 1933 en même temps que l'Université Saint-Joseph était la proie des flammes. Après un certain temps, les réunions mensuelles de la société avaient lieu dans le sous-sol de l'église et le 20 juillet 1950, ce fut le fusionnement des deux succursales Lefebvre et Notre-Dame du Sacré-Coeur. En 1955, à la demande des Assomptionistes de la vallée, la paroisse accepte de payer l'illumination de la croix de fer au chemin de la "Montain". Cette même année, la succursale défraie le coût d'un char allégorique à la grande parade des fêtes du bi-centenaire à Moncton. En 1958, il y avait 1303 membres dans la paroisse. Peu de temps après cette date, la Société l'Assomption devint une compagnie mutuelle d'assurance-vie et le repatriement des primes amena la disparition des succursalles et la dernière assemblée de la succursale Lefebvre fût tenue le 1 décembre 1968 après 63 ans d'existence, elle disparaissait. Durant ce laps de temps, un grand nombre de jeunes garçons et filles ont eu la chance d'être choisi protégés de la caisse écolière et ont pu poursuivre des études classiques, commerciales, agronomiques et universitaires.

 

Les hommes et les femmes de la paroisse, membres des succursales Lefebvre et Notre-Dame du Sacré-Coeur et les autres assurés en union avec des milliers d'autres Acadiens ont contribué par leurs faibles moyens à l'oeuvre magnifique que la Société l'Assomption qui vit le jour en 1903 a accompli et qu'elle continue d'accomplir de nos jours pour le plus grand bien de la race acadienne.

 

L'Evangéline du 14 mai 1956 donnait le compte rendu suivant:

 

"Au 50e anniversaire de la succursale Lefebvre à St-Joseph" La succursale Lefebvre no. 13 de la Société Mutuelle de l'Assomption célébrait dimanche dernier son 50e anniversaire de fondation. La manifestation comportait une messe et un banquet. On a rappelé, au cours de cette journée, que cette succursale avait été fondée le 1er mai 1905 et que c'était la deuxième à être organisée au Nouveau-Brusnwick, après celle de Bouctouche. Le 50e devait être fêté l'an passé, mais à cause des célébrations du bi-centenaire, les gens de Memramcook [151] avaient décidé d'attendre au printemps 1956. La succursale Lefebvre, l'une des plus nombreuses de la société compte 1200 membres.

 

La messe célébrée par le R.P. Théophile Blanchard, c.s.c., vicaire de la paroisse St-Thomas, permit aux fidèles d'entendre du chant polyphonique sous la direction de M. Lorenzo Léger. Mgr Alderic Melanson, c.s., aûmonier général de la Société Mutuelle l'Assomption, prononça le sermon de circonstance. On remarquait à cette cérémonie, outre les notables de la vallée et des nombreux assomptionistes, plusieurs représentants du bureau-chef: M. Simon Bujold, trésorier général, M. Camille Lang, chef de l'Actuariat, M. Gérard Marcoux et M. Léonce LeBfanc du service de l'organisation. Le banquet présidé par M. l'agronome Gustave Gaudet, président de la succursale jubilaire fut servi à 70 convives au restaurant LeBlanc de la Hétrière. On remarquait à la table d'honneur outre M. & Mme Gaudet, Mgr. Melanson, M. Henri P. LeBlanc, M. & Mme Bujold, le père Arcade Goguen, c.s.c., curé et M. Georges Poirier, secrétaire général. Les tables étaient ornées d'un menu artistique rappelant quelques détails de l'histoire de la succursale Lefebvre. Le principal discours fut prononcé par M. Henri P. LeBlanc, archiviste de la mutuelle des Acadiens. Ses connaissances, sa mémoire et son éloquence le servirent très bien dans le tableau qu'il fit des débuts de la société l'Assomption au Nouveau-Brunswick, et ceux de la succursale Lefebvre en particulier. Le premier président de cette succursale fut le Dr. Édouard Gaudet. Du groupe des fondateurs, un seul officier survit; il s'agit de M. Clément Léger, de Memramcook."

 

Menu du banquet

 

Dinde rôtie

Punch au raisin

Hors d'oeuvre variés

Pommes de terre succulentes à la Lefebvre

Carottes nouvelles

Petits pois verts

Sauce aux canneberges de la Vallée de Memramcook

Salade verte de la Pré-d'en-Haut

Tarte aux pommes de Saint-Joseph

Creme glacée

Thé, café, lait

 

Gateaux, bonbons, cigares

13 mai 1956

 

LES PETITES GRANGES

 

Contrairement aux granges-étables de nos fermes qui abritaient les animaux, le foin et les grains, les petites granges qui s'échelonnaient le long du chemin de la Pré-d'en-Haut, non loin de l'aboiteau et à proximité [152] de l'église, il y a un siècle ne servaient que quelques heures de la semaine, les dimanches, les fêtes d'obligation et autres offices religieux.

 

Une photo prise de l'église et du presbytère avant 1879 montre où se trouve actuellement le terrain de baseball, des petites granges. Une autre rangée de ces granges qui ont été démolies il n'y a pas très longtemps, se trouvaient à peu près où est le bureau de poste. Ces granges appartenaient à des paroissiens soit de la Pré-d'en-Haut ou de Belliveau Village qui mettaient leurs chevaux à l'abri alors qu'ils assistaient à la messe ou autres offices religieux. Du côté nord de l'église, les paroissiens de la Hétrière ou de la Montain ou du Chemin de Shédiac louaient des stalles dans les granges des habitants non loin de l'église. Quant aux autres, les chevaux étaient attachés à des poteaux de fer du côté nord de l'église et le long du chemin du côté du verger du collège, où se trouve actuellement l'Ecole d'Agriculture. Durant les froids d'hiver, on recouvrait les chevaux avec des couvertes ou des "buffalos". II va sans dire qu'en se temps-là, la grande messe de 10 heures se terminait à midi. Le prône, les annonces, publication des bancs, messes recommandées pour les morts duraient une bonne heure, de sorte que le tout durait deux heures. Depuis quelques années, le bulletin paroissial publie les annonces, le prône a été considérablement raccourci et le tout ne dépasse pas 35 minutes. De nos jours, les autos ont remplacé les voitures, carrioles ou traîneaux et sont rangés des deux côtés de l'église et même en arrière le long du cimetière. C'est le cas de dire, autres temps, autres moeurs.

 

LE MONUMENT LEFEBVRE

 

Pascal Poirier dans son livre "Le Père Lefebvre et l'Acadie" écrivait ce qui suit:

 

"Voulant donner un prompt témoignage de leur reconnaissance envers le grand bienfaiteur de I'Acadie et leur profond attachement au Collège de Memramcook, les anciens élèves, tous sans distinction de nationalité et de religion, se sont réunis peu de temps après sa mort, et ont décidé de lui élever un monument commémoratif, monument que l'on nommera le Monument Lefebvre. Le monument est terminé; l'inauguration a été faite l'été dernier. Cest un superbe bâtiment en pierre dont le rez de chaussée servira de musée, de cabinet de physique, de laboratoire et de classe pour l'enseignement de ces sciences et l'étage supérieur de salle publique pour les exercices de fin d'année. "

 

De tous les bâtiments qui ont fait partie du campus du Collège, le Monument Lefebvre est celui qui rappelle aux milliers de collégiens les plus heureux souvenirs. La scène du théâtre de cette bâtisse a été témoin dès les débuts, de l'art oratoire de centaines d'aspirants orateurs, comédiens, politiciens, prédicateurs. C'est sur cette scène qu'ils ont affronté les feux de la rampe. C'est sur cette scène du monument que [153] s'est joué des milliers de drames, comédies, sketches, en commencant par un premier drame joué à l'occasion de l'ouverture. "Les pirates de la savane", drame dont l'un des acteurs a perdu un doigt. Ce fut le Père Dismas LeBlanc, qui fut plus tard préfet de discipline, professeur d' dramatique et le premier supérieur du collège. C'est sur cette scène que les discours bilingues prenaient place, les discours d'adieux, la collation des degrés universitaires, les bacheliers ès arts, ès lettres, ès science commerciales, les maîtrises, les doctorats honorifiques. C'est encore sur cette scène que le préfet des études faisait la lecture à chaque mois des notes que les élèves avaient méritées. Malheur aux élèves dont moyenne était au dessous de 4, le piquet les attendait pour le reste de l'agrès-midi alors que les autres étaient en congé. C'est le monument Lefebvre qui recevait la visite du premier évêque Acadien, Mgr Edouard LeBlanc en 1913, le Cardinal Villeneuve, le Gouverneur Général, l'Honorable Vincent Massey, d'autres hauts dignitaires du monde religieux, évêques et missionnaires, des lieutenants gouverneurs, des juges, avocats, médecins, premiers ministres, ambassadeurs et autres. C'est sur cette scène qu'on a pu voir et entendre les Compagnons de Laurent, la famille Von Trapp, des artistes tels que Paul Boutet, Gilles Lamontagne, Simone Rainville, Patricia Poitras, Marie Germaine LeBlanc John Milligan, les violinistes Arthur LeBlanc, Francis Chaplin, Menudin et les compagnons de la chanson. C'est encore sur cette scène qu'on a pu entendre et jouir de beaux concerts donnés par la chorale de l'université St-Joseph de renommée, sous la direction du Père Léandre Brault, après son retour du festival international de folklore au pays de Galles où comme représentante du Canada elle a remporté en concurrence avec les chorales de 14 pays, la première en Folklore avec une note de 95.5. C'est dans le monument Lefebvre qu'on a pu goûter et apprécier des chants inoubliables tel, l'hymne à la vie étudiante, le pommier doux, Venerabilis Barba Capucinorum, l'hymne à la nuit de Sibellius, Jubilate Deo, Domin non sum dignus, chants qui sous la direction du Père Brault, nous transportaient pour ainsi dire dans un autre monde. Le père Brault dirigeait pour une dernière fois sa chorale à la distribution des prix et diplômes en 1953 avant de quitter St-Joseph pour retourner à l'Oratoire St-Joseph pour y fonder une manécanterie. Enfin c'est sur la scène du monument qu'on put entendre aussi la fameuse chorale de Notre-Dame d'Acadie et combien d'autres artistes encore.

 

Depuis le départ des élèves de la butte à pétard pour la butte de Sunny Brae, le monument est vide et inoccupé. L'Evangéline du 10 novembre 1976 publiait l'article suivant:

 

"Le mal silencieux menace le monument Lefebvre. Eh oui. Un mal silencieux menace le monument Lefebvre. Ce mal ronge mais pourrait se guérir. Ce n'est pas la vieillesse qui le mine. Ses pierres et ses poutres sont solides, elles tiendront encore longtemps, longtemps. Le mal qui s'attaque à notre monument, c'est l'ennui, c'est le mal du silence. Habitué autrefois aux bousculades des étudiants, aux nombreux concerts, aux conférences, le monument ne s'habitue pas à la [154] solitude d'aujourd'hui. Ceux qui l'aiment voudraient lui redonner la vie. Faut-il en fait un site historique? un centre culturel? un studio de radio? Voilà les questions que se pose la direction de l'Institut de Memramcook et la société historique acadienne. C'est pour cela qu'une grande réunion publique a été organisée et à laquelle tous sont invités. La rencontre aura trois objectifs: s'informer sur la valeur historique et architecturale du monument, faire l'inventaire des ressources disponibles et créer un comité responsable de poursuivre et de mener à bonne fin les démarches amorcées au cours de la soirée. A ces fins, la Société historique acadienne a réuni autour d'une même table, un architecte, un historien et des représentants des administrations fédérale et provinciale des ressources historiques, du Secrétariat d'État et de l'office des affaires culturelles du Nouveau-Brunswick."

 

L'Evangéline du 4 janvier 1977 publiait aussi ce qui suit:

 

"Un attachement sentimental pour ce monument Lefebvre." Je crois qu'il y a raison d'être fier de ce remarquable édifice qui malheureusement dort dans l'oubli. L'édifice a été construit par les anciens et amis de l'Université St-Joseph en l'honneur du fondateur le Père Lefebvre, est d'une architecture remarquable et d'une solidité impressionnante malgré trois quarts de siècle d'existence. La grande salle de concert et de spectacle peut se vanter d'avoir la meilleure acoustique de toute la région et peut-être même de toute la province. Les gens de la Vallée de Memramcook peuvent se compter chanceux d'avoir un tel monument dans leur localité, un monument qui fait sûrement et avec raison, la jalousie de bien des régions et même des grandes villes.

 

Il s'agit, en fait du premier monument acadien du Nouveau-Brunswick et c'est à notre honneur. Soyons réalistes, il n'est pas question de faire reconnaître pour le moment du moins le monument Lefebvre comme monument historique national mais l'important pour le moment est de voir que cet édifice soit utilisé sur une base régulière. Radio Canada a reconnu la qualité acoustique et plusieurs réalisateurs s'en servent maintenant comme un grand studio d'enregistrement pour les émissions musicales et le théâtre Amateur de Moncton a commencé à s'en servir, mais ce n'est pas suffisant. II faudrait que le monument Lefebvre devienne une sorte de petite Place des Arts ou encore l'équivalent du Centre de la Confédération de Charlottetown. En plus de la grande salle de spectacle, l'édifice contient plusieurs petites salles de grandeur, de galeries d'art ou encore de petits musées. Bref, si les gens de la région le veulent réellement, ce monument Lefebvre peut devenir la fierté de toute la vallée et une attraction touristique remarquable. "

 

Et toujours dans un autre numéro de l'Evangéline:

 

"Un événement décisif pour la promotion de la culture dans la Vallée fut la réouverture officielle du monument Lefebvre. Le [155] monument est aujourd'hui le centre d'activités théâtrales et M. Magee espère voir le jour où Lefebvre deviendra la mecca du Théâtre acadien, le Stratford acadien, en quelque sorte. On y a présenté plusieurs spectacles, tels la Chorale du Mascaret, les Jeunes Chanteurs d'Acadie, Paulette Cormier, Donat Lacroix et le First Baptist Handbell Choir. Et finalement, le 2 juin 1978, le gouvernement Canadien reconnaissait officiellement la survivance du peuple Acadien comme événement historique d'importance nationale en dévoilant une plaque commémorative qui sera fixée au Monument Lefebvre de l'Institut de Memramcook. Voici le programme de cette cérémonie: "En souvenir de la Survivance des Acadiens" Court interlude musical, O Canada, mot d'ouverture du président, professeur Jules H. Léger représentant du Nouveau-Brunswick, Commission des monuments et sites historique du Canada. Discours: M. Léo-Paul Gaudet (maire de St-Joseph), Dr. Jean Daigle directeur, Centre d'étude acadiennes Université de Moncton, l'honorable Omer Léger, représentant le premier Ministre Hatfield, M. Herb Breau, député de Gloucester aux Communes, remplaçant l'Honorable Roméo LeBlanc, Ministre des Pêches, du Gouvernement Fédéral, et qui dévoila la plaque et pour terminer, une prière de consécration par le curé de la paroisse, Rev. Louis Joseph Boudreau. La chorale Champlain fit les frais du chant. La cérémonie terminée, il y eut réception à l'Institut. Voici ce que l'on peut lire sur cette plaque: "Survivance des Acadiens". Après les déportations des années 1750, peu d'Acadiens restaient en Acadie. Mais ils revinrent en grand nombre pour y vivre selon leurs traditions propres. Avec courage et détermination, ils réussirent à fonder de nombreux villages ici et là dans les Maritimes et à restaurer leurs institutions religieuses, économiques et sociales. Une grande partie de l'élite acadienne fut formée ici au Collège Saint-Joseph, qui ouvrit ses portes en 1864 et fut le siège de la première convention nationale des Acadiens en 1881. Cette convention rassembla des milliers d'Acadiens et consolida une conscience nationale qui persiste encore. Parcs Canada".

 

Dans son éditorial de même date, M. Paul-Emile Richard écrit CE qui suit:

 

"Le gouvernement fédéral souligne, aujourd'hui, de façon spéciale la survivance acadienne. D'ailleurs, il faut bien se dire que ce n'est pas par prétention que les Acadiens se qualifient de peuple fondateur du Canada puisque la première colonie canadienne a été fondée en 1604 en Acadie soit à Port Royal. La déportation des Acadiens est déjà considérée comme un événement historique, d'importance nationale avec un centre d'interprétation à Grand Pré. A Ste-Anne-du-Bocage, on commémore le retour des Acadiens expulsés et le Village historique recrée un village acadien du 19e siècle. Pour sa part, le centre d'interprétation de la survivance acadienne devrait éventuellement brosser le tableau non seulement d'un peuple qui [156] a survécu à la mort mais surtout d'un peuple qui a malgré et contre tout, réussi à se développer à tous points de vue. "

 

Et plus loin dans l'éditorial:

 

"Le village St-Joseph a naturellement accueilli avec joie l'annonce d'un tel projet dans les limites de la municipalité en pensant tout de suite à l'aspect touristique. C'est un fait qu'un tel centre d'interprétation de la survivance acadienne devrait attirer de nombreux touristes. Mais j'ose croire que cette reconnaissance s'adresse d'abord aux Acadiens, avant les touristes. Et puis si la Vallée de Memramcook songe à attirer des touristes à cause de ce centre, la population locale devrait songer sérieusement à revêtir une image nettement plus acadienne afin de refléter, avec fierté, cette survivance acadienne."

 

L'éditorialiste termine ainsi:

 

"Le centre d'interprétation de la survivance acadienne est maintenant la responsabilité de Parcs Canada. Cette direction se propose d'avoir recours à des experts pour préparer un programme audio-visuel de grande qualité. Jusqu'à présent, la Société historique de la Vallée de Memramcook a été complètement ignorée par Parcs Canada. II ne faudrait pas que les experts "oublient" les Acadiens dans leur projet de grande qualité et nous présentent une belle Acadie artificielle, gentile et bilingue pour plaire à la majorité. Nous serons vigilants." [157]

 

LES HIVERS - LES TEMPETES - LA NEIGE

 

Après la reddition de la Nouvelle-France à l'Angleterre, (traité de Paris 1763), Voltaire, un écrivain Français, en guise de consolation, après la perte de la colonie, écrivait que la France ne perdait que 30 arpents de neige. Voltaire, qui n'avait jamais mis les pieds dans ce nouveau monde, en ignorait certainement l'étendue, car cette terre que son compatriote, Jacques Cartier, avait découvert en 1534, s'étend maintenant d'un océan à l'autre. C'est un fait que la neige recouvre durant plusieurs mois par année le Canada et les hivers sont parfois durs. Ici, rappelons les pires hivers: 1907, 1918, 1923, 1924, 1933, 1934, ces hivers ont été rigoureux et une chute abondante de neige recouvrait le sol. En mars 1907, une violente tempête de vent et de neige dans la paroisse, causant des dommages matériels énormes en enlevant des toitures de maisons et de granges et démolit aussi le pont couvert de Memramcook. Cette même tempête failli coûter la vie à trois personnes du village de la "montain", Messieurs Hypolite Bourque, son fils Patrick, et la jeune fille de ce dernier. Ces trois personnes avaient passé l'après-midi chez un voisin qui demeurait à 2 ou 3 arpents de chez-eux, s'égarèrent en retournant chez-eux vers la fin de l'après-midi au plus fort de la tempête. Patrick Bourque et sa petite fille qu'il portait dans ses bras, après plusieurs heures de marche dans la neige, en plein champ, se retrouva à la maison du voisin qu'il avait quitté quelque temps auparavant. Quant à Hypolite Bourque qui était assez âgé, après s'être égaré pendant plusieurs heures, arriva durant la soirée à une grange située à un demi-mille de chez-lui où il entra pour y passer la nuit en se couchant près des animaux. Le lendemain matin, le propriétaire de la grange, M. Joseph Gaudet, le trouva sain et sauf mais sur les entrefaits, Hypolite Bourque avait été rapporté disparu.

C'est seulement vers midi, qu'on a su où il était car en ces temps il n'y avait pas de téléphone et quoique la tempête était finie, les chemins demeuraient impassables.

 

Le 10 mars 1918, durant une tempête, trois hommes de la paroisse, Aurèle Gaudet, du Cove, André Belliveau, des Beaumonts et Philippe Belliveau de Belliveau Village périrent dans le marais de St-Joseph. Ils travaillaient à Moncton et voulant aller reprendre leur travail, quittèrent St-Joseph dans la soirée du dimanche soir, au plus fort de la tempête, pour se rendre à College Bridge, où ils devaient prendre "l'Express Maritime" (train régulier de Montréal à Halifax), qui passait vers les 10 heures du soir. Le chemin reliant St-Joseph à College Bridge était complètement rempli de neige et les trois s'égaraient en se dirigeant vers la rivière dans la direction de Dorchester, c'est près de la rivière Memramcook, en arrière du couvent des Soeurs Notre-Dame-du-SacréCoeur, que le 18 mars, on les trouva morts, tout près les uns des autres.

 

Le 6 janvier 1956, la région du comté de Westmorland a été frappée par une tempête de pluie qui dura toute la journée et se changea en neige durant la soirée, neige qui se colla sur les lignes de téléphone, d'électricité, sur les arbres qui surchargés se cassèrent. II s'en suivit donc que toute la paroisse de Memramcook, la région de Moncton, de Shédiac [158] et du Cap-Pelé furent privées des services essentiels du téléphone et d'électricité pendant plusieurs jours. On a dû même retarder la rentrèe des classes du collège, du couvent et des écoles jusqu'à ce que ces services soient rétablis, ce qui prit plusieurs jours pour certaines localités On a dû même avoir recours à des électriciens de différentes régions de la province et même du Maine qui aidèrent aux réparations nécessaires et remettre en ordre ce service indispensable. Heureusement que la température se maintint pendant plusieurs jours pas trop froide, autrement les gens auraient eu à en souffrir.

 

L'hiver 1922-1923 est reconnu comme un des hivers où la chute de neige a été la plus abondante. Dès la fin de décembre 1922, les trains voyageurs s'enlisèrent déjà dans les bancs de neige. II a fallu que des groupes d'hommes, engagés par le chemin de fer, armées de pelles, aillent "déprendre" ces trains immobilisés. Durant le reste de l'hiver, plusieurs autres tempêtes encombrèrent les trains et de nouveau, on eut recours à la main d'oeuvre d'une centaine de personnes pour remettre les trains en marche car les puissantes locomotives et les charrues ne pouvaient pas venir à bout de ces amoncellements de neige d'une hauteur d'une vingtaine de pieds.

 

L'hiver 1933-1934 vit aussi une abondante chute de neige. il semble que depuis ce temps là, les hivers sont moins rigoureux et même qu'à certains hivers, la chute de neige est négligeable. Quand l'ouverture des chemins durant l'hiver à partir des années 1940, avec les charrues et des souffleuses, les tempêtes de neige incommodent moins les gens. Avant ceci, on circulait en traîneaux ou carrioles; il fallait, sous la direction de celui qui était en charge des travaux de la voirie, "battre" les chemins une fois la tempête finie. Si la tempête arrivait une dimanche, les paroissiens éloignés de l'église ne pouvaient même pas se rendre à la messe. Seulement les gens du village St-Joseph, qui demeuraient près de l'église pouvaient s'y rendrent.

 

On sait que le village St-Joseph était appelé le village des "Piaux". On raconte que ce dimanche là, le curé entonnait le Credo de cette façon, "Credo, il n'y a que des "Piaux", voulant dire par là, que les autres paroissiens éloignés étaient dans l'impossibilité d'accomplir leur devoir dominical.

 

LES ETES, LA CHALEUR, LES ORAGES ELECTRIQUES

 

A la suite des hivers rudes dans la région, les étés qui suivent sont généralement beaux et chauds. Si la chaleur est beaucoup appréciée elle entraîne souvent des orages électriques et des coups de tonnerre qui effraient souvent les gens. II semble qu'aujourd'hui les orages de tonnerre sont plus rares et que le tonnerre ne roule pas aussi fort. Autrefois. Pendant un orage, on fermait les portes et les fenêtres, on placait l'image de la Sainte Face du côté de l'orage, on allumait une chandelle bénie et on aspergeait autour avec de l'eau bénite au plus fort de l'orage. Lorsque les éclairs et les coups de tonnerre se suivaient proche à proche, on [159] s'agenouillait et on disait la prière suivante:

 

"Sainte Barbe et Sainte Flore

Vous qui portez la croix de Notre Seigneur

Préservez-nous de tous les dangers

Partout où on la dira

Jamais le tonnerre tombera".

 

Au cours des années, il y eut peu d'incendies causés par le tonnerre et pas de perte de vie dans toute la paroisse.

 

LE PETIT BARACHOIS

 

Entre McGinley's Corner et le chemin de la "Mountain", le terrain qui s'y trouve est connu sous le nom du petit Barachois car c'est une partie du marais. On définit un barachois comme suit: Un fjord-golfe qui s'enfonce au fond des terres entre les montagnes et ressemble à une rivière qui ne descent pas vers la mer, mais en sort. Le Petit Barachois remplit en miniature cette définition. II reste maintenant à savoir lequel de nos ancêtres a donné le nom de petit barachois à ce petit coin de la paroisse.

 

LE PARC LEBLANC - LA VILLA - LE LAC ST-CAMILLE

 

L'année après les noces d'argent de la fondation du collège StJoseph en 1889, des travaux en vue d'aménager un parc, à l'arrière des bâtiments du Collège dans un bocage qui contenait plusieurs espèces d'arbres, telles que sapins, "prusses", érables, bouleaux, débutèrent en 1890. Ce travail était sous la direction du Père André T. LeBlanc, qui donna son nom au parc. Des jeunes hommes de la paroisse furent engagés au prix de 50 cents par jour, pour abattre certains arbres, couper [160] les branches, nettoyer et ramasser les débris, etc... De belles et large allées sillonnaient ce bocage. On y construisit plusieurs kiosques, une petite chapelle, un hangar dans lequel on avait installé un poêle, des tables et des balançoires. Ce parc était le rendez-vous des élèves pendant certains jours de congé. La fanfare du Collège s'y rendaient certaines belles soirées de juin et installés dans un des kiosques, les musiciens jouaient plusieurs beaux morceaux ainsi que des marchesentraînantes de Philip Sousa. Le parc était l'endroit tout désigné pour les philosophes qui s'y rendaient étudier la philosophie en vue des examens de la fin d'année. C'était aussi l'endroit idéal pour aller pratiquer les discours bilingues tout en se promenant dans les allées à l'ombre des grands arbres. Durant les vacances d'été, c'était aussi le rendez-vous des jeunes de la paroisse qui profitaient des beaux après-midis de dimanches pour s'asseoir dans les kiosques, se balancer ou tout simplement se balader dans les différentes allées du parc ou de la villa tout comme on le désirait.

 

En 1909, fut construite la chassée (dam) à côté du parc et cette masse d'eau douce provenant des sources et des ruisseaux du haut des terres créait un lac d'une profondeur d'une trentaine de pieds à la chaussée et d'une longueur d'à peu près un demi-mille et de quelque cent pieds de largeur. Ce lac fut nommé le lac St-Camille (Camille étant le prénom du père Lefebvre). A un certain temps, on y trouvait amarré au quai près de la chaussée, plusieurs chaloupes qui permettaient de belles promenades sur cette surface d'eau claire. A l'automne, lorsque les premières gelées arrivaient et dès que la glace avait 4 à 5 pouces d'épaisseur, elle était jugée suffisante pour permettre aux élèves de patiner. II va sans dire que ceux-ci s'en donnaient à coeur joie. Avec la tombée de la neige et avec des températures plus froides, le patinage et le hockey se faisait à l'aréna du collège. C'est aussi au lac St-Camille que se prenait la récolte de glace qui était entreposée dans la glacière du collège. Durant l'été, même s'il n'était pas permis de se baigner dans le lac, plusieurs jeunes du village s'y rendaient pour nager et plonger dans le lac St-Camille. Dans la petite chapelle blanche, il y avait un autel sur lequel les prêtres célébraient occasionnellement la messe. [161]

 

Au moins, une fois par été, lors des cours d'été qui groupaient les instituteurs et institutrices à l'Université, une messe de minuit avait lieu. Après le transfert de l'Université à Moncton, le parc fut abandonné. On détruisit les kiosques, la chapelle fut vendue et transportée ailleurs. Quel dommage que ce site attrayant n'existe plus.

 

CITOYENS MORTS AU CHAMPS DE BATAILLE

 

Extrait d'un feuillet paroissial "Hommage des paroissiens et de la Légion, Branche 89, Memramcook".

 

A tous les hommes courageux qui ont risqué leur vie pour la défense de la liberté; à tous les hommes et les femmes qui estiment la paix comme une valeur suprême.

 

En souvenir des Citoyens de la Vallée de Memramcook qui sont morts sur le champs de bataille:

 

1914-1918                                               1939-1945

Emile Landry                                 Laurie Bourgeois

Edouard Landry                                       Alfred Cormier

Edouard LeBlanc                                     Ulysse LeBlanc

Clovis Saulnier                                        William McManus

Blair Bourgeois                                        Gerry Nugent

Maurice Mills                                 Alfred J. Cormier

François LeBlanc                          Lionel Dupuis

Vietnam: Réginald Gautreau                    Clarence Richard

                                                                Valmond LeBlanc

 

LA RIVIERE PETITCODIAC

 

Pascal Poirier, dans son livre "Le Père Lefebvre et l'Acadie" nous fait une description détaillée de la rivière Memramcook. Cette description s'applique également à la rivière Petitcodiac qui borne la vallée à l'ouest et qui sépare le comté de Westmorland du comté d'Albert. La rivière de Petitcodiac est beaucoup plus grande que la rivière de Memramcook et est navigable jusqu'à Moncton à marée haute. Jusqu'à tout dernièrement, les goélettes, les "tankers" "scows" pouvaient accoster au hâvre de Moncton, soit pour charger ou décharger leur marchandise. A marée haute, la largeur est presqu'un mille de distance séparant Belliveau Village de Hillsborough. Dans le passé, les pêcheurs des villages des Gautreaux et de la Pré-d'en-Haut ont pêché une bonne quantité de poissons, tels l'agate (shad) qu'ils vendaient à un certain profit. A leur grande joie, de temps en temps, les pêcheurs trouvaient aussi dans leurs filets, du saumon. En plein été, à marée haute, la rivière Petitcodiac est assez belle à voir en dépit que son eau n'est pas claire. La rivière Petitcodiac qui a sa source à plusieurs milles au delà de Moncton vient se jetter dans la baie Fundy. "Fait géographique et même astronomique vraiment extraordinaire précisément tant au solstice de juin qu'à celui de décembre, quand le soleil avise son ardeur et que l'influence de la lune [162] se fait plus intense, surtout si le vent souffle du sud, les flots de la baie Française (Fundy) s'accumulent, se repoussent, s'éperonnent et s'élancent comme un escadron dans un chemin creux, s'engouffant dans leur entonnoire, atteignent en six heures la hauteur de quelques cinquante pieds et font de la marée montante du Petitcodiac un phénomène unique au monde". Une des attractions touristiques de la ville de Moncton, le mascaret (tidal bore), c'est-à-dire ce reflux de la marée montante, ce mur d'eau refoulé, écumant qui à certain temps de l'année, est de plusieurs pieds de hauteur et fait l'émerveillement des milliers de curieux qui se rassemblent au "Bore Park" aux heures indiquées pour observer ce phénomène. Le Père Napoléon Landry a dédié un de ses poèmes à la rivière Petitcodiac et à la pêche sur cette rivière.

 

LES PONTS DE LA VALLEE

 

C'est un fait reconnu qu'au fond de chaque vallée coule une rivière ou un cours d'eau quelconque. La Vallée de Memramcook ne fait pas exception. Tout le monde le sait, la Vallée de Memramcook a sa rivière, sa rivière "chocolat" comme la décrivent ceux qui la voient pour la première fois, rivière qui prend ses racines à Calhoun et se déverse dans la baie de Fundy. Elle divise la paroisse pour ainsi dire en deux, le côté est et le côté ouest. Pour passer d'un côté à l'autre, il y a des ponts. Au début du siècle, cinq ponts enjambaient la rivière. Celui de "Rockland" (Upper Dorchester) reconnu comme le deuxième plus long pont couvert au monde, (848 pieds de long), pont qui a disparu pendant une tempête le 2 février 1976. Le pont Lefebvre construit en 1897, nommé ainsi par l'Honorable H.R. Emmerson député fédéral pour le comté de Westmorland, en l'honneur du Père Lefebvre. L'Honorable Emmerson était un ancien élève du Collège Saint-Joseph. Ce pont de fer, fut remplacé par une chaussée en 1973. II reliait les villages de St-Joseph, du Cove, de la Pré-d'en-Haut au village de Collège Bridge. Le chemin du marais qui commence à l'église en direction de l'est conduisait directement à ce pont qui était le terminus de la marche quotidienne (le [163] temps le permettant) des élèves qui défilaient en rang accompagnés de deux maîtres de salle. Les milliers d'élèves qui ont fréquenté le Collège pendant 100 ans se rappelleront bien des souvenirs de cette marche du midi. A Memramcook, un pont couvert fut emporté par la tempête du 20 mars 1907 et reconstruit par la suite. Ce deuxième pont couvert fut remplacé plus tard par un pont ouvert qui est encore en usage de nos jours. Plus haut en remontant la rivière, un autre pont couvert enjambe la rivière, c'est le pont de Gayton's. Un autre pont en ciment faisant partie du chemin Trans-Canada fut construit en 1960.

Un mot sur les ponts couverts. Avant l'installation des ponts en fer ou en béton, les ponts faits de bois étaient couverts. On les recouvraient pour protéger les madriers des rayons du soleil et de la pluie, non pas pour éviter la neige comme on aurait pu le croire. En effet, durant les mois d'hiver, il fallait étendre la neige sur les ponts pour faciliter les passages des carrioles, des traîneaux et "bob sleds". Le Nouveau-Brunswick était riche en bois, un matériel de construction économique pour bâtir et couvrir les ponts. Un pont couvert dure 80 ans tandis qu'un pont qui n'était pas couvert durait seulement 10 ans.

 

Ces ponts couverts étaient connus sous le nom de "Kissing Bridges". On raconte que certains chevaux arrêtaient automatiquement en entrant dans ces ponts probablement à cause du fait que lorsqu'un garçon et une fille les traversaient, il en profitaient pour s'embrasser. A l'entrée des ponts, on y trouvait aussi une affiche sur laquelle était écrit: "Walk your horse and save a fine". [164]

 

UNE PAGE DU GRAND LIVRE DE COMPTES

1873

 

Ce document est une page de comptes d'un magasin de Memramcook des années 1872 à 1889. Ce texte figure dans la collection de Clément M. Léger, marchand, député de Memramcook. Cette collection se trouve au Centre d'études acadiennes.

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[165]

CONCLUSION

 

Un auteur fort spirituel écrivait dernièrement un livre plein d'humour comparant le temps passé et le temps présent. En voici quelques extraits: "Quand nous sommes venus au monde", écrivait-il, "c'était une place différente d'aujourd'hui. Nous sommes venus avant les vues parlantes, les gramophones électriques, les annonces "neon signs", les livres de poche, les enregistreuses "tape recorders", radio et télévision. II n'y avait pas de téléphone "dial", d'air climatisé, fers électriques, d'allumeurs de cigarettes ou de coquemarres électriques. Personne n'avait jamais rêvé d'un lot de choses qui font partie de notre vie quotidienne, telles que "tondeuses et guitares électriques", "pop up toasters", "pressure cookers", détergents, fermetures éclairs "zippers", les computers et laveuses électriques automatiques n'étaient pas encore arrivés. II n'y avait pas de frigidaires électriques ni "vacuum cleaners". Au printemps, les tapis étaient placés sur la corde à linge et battus pour enlever la poussière. Un nuage épais de poussière provenant de la cour était un des premiers signes du printemps. Préservés pour l'hiver. II n'y avait pas de produits congelés parce qu'il n'y avait pas de "supermarkets".

Aujourd'hui en hiver, le céleri, la laitue, les figues et les avocados arrivent en "jet" de la Californie. II n'y en avait pas alors. II n'y avait pas de fraises fraîches de la Floride, etc ... Nous avions des choux jaunis, des oignons mous et des navets, des pois secs et des fèves. Les patates étaient encavées et produisaient des germes et lorsqu'il fallait aller à la cave et chercher dans les hangars noirs, nous avions peur de trouver des araignées et autres vers. II n'y avait pas de fournaises à l'huile, ni au gaz; ni de chauffrettes électriques ou des planchers et plafonds "radiant heat". Si une femme étendait son lavage dehors durant l'hiver, il gelait solidement. Les chemises étaient gelées sur les branches de lilas. Les changes de dessous gelaient durs comme du fer et les ménagères avaient de la difficulté à plier les bras et les jambes pour les mettre dans le panier à linge. C'était comme si elle avaient tué et aplati leurs maris et voulaient les "stuffer" dans des boîtes. II n'y avait pas de spectacles plue tristes que de voir une femme sur la galerie, dans la neige jusqu'aux genoux, emmitouflée dans un vieux chandail brun de son mari et avec son casque, en train d'étendre ou de rentrer son lavage, sautant et dansant afin de se tenir les pieds chauds et soufflant sur ses doigts. Notre génération ignorait tous ces agréments qui sauvent du travail mais nous avions un meilleur sens de valeur. Peut-être y avait-il plus de poussière et de doigts froids, mais d'un autre côté, le monde était plus tranquille alors. Certainement, nous étions moins nerveux et probablement mieux équipés pour nous amuser que le sont les jeunes d'aujourd'hui. L'atterissage sur la lune nous impressionna pas autant que l'apparence du premier radio (crystal set) alors qu'en touchant un bout de broche sur un petit morceau de roche, nous pouvions entendre un orchestre (Guy Lombardo) des milles et des milles au loin. Notre génération ne peut concevoir que les juenes d'aujourd'hui parlent de [166] choses telles que radio transistors, aeroplanes, (movie cameras et record players) comme choses acquises".

 

1781 - 1981

Le Bicentenaire de la paroisse Saint-Thomas de Memramcook

 

Le Père Louis Joseph Boudreau, c.s.c., curé de Memramcook écrivait ce qui suit dans l'Evangéline du vendredi 31 juillet 1981:

 

"Les centenaires d'une paroisse sont des événements plutôt rares en Acadie. Que dire des bicentenaires? Memramcook se glorifie de compter 200 ans d'existence paroissiale cette année et de figurer comme la plus ancienne paroisse de la remontée acadienne."

 

Le Père Boudreau, curé, avec toute l'énergie et le dynamisme qu'on lui connait, secondé par l'éxécutif du comité des fêtes du bicentenaire de la paroisse Saint-Thomas, avec Madame Béatrice Boudreau, comme présidente, Madame Annette Allain, responsable des spectacles et Monsieur Guy Legendre, trésorier, Monsieur Donald E. LeBlanc, responsable de la publicité et lui-même secrétaire et avec l'aide des diverses organisations paroissiales voulait souligner en cette année bicentenaire, des dates, des faits, des événements du passé qui ont marqué la paroisse au cours des deux cents dernières années, de sorte que cette année de 1981 reste à jamais mémorable dans les annales de la paroisse. Cette liste est longue et impressionnante. Elle comporte des événements tant dans l'ordre spirituel que dans l'ordre temporel. En 1781, c'était l'arrivée du premier curé résident, l'abbé Thomas Leroux. En prenant possession de la cure, il y a 200 ans, Memramcook devint donc la plus vieille paroisse de l'Acadie et la mère qui a donné naissance à une bonne douzaine de paroisses du sud-est du Nouveau-Brunswick. C'est donc cette arrivée, il y a deux siècles passés que Memramcook célèbre en 1981. En plus de ce bicentenaire, c'est en même temps, la célébration du centenaire de la première convention générale des Acadiens tenue au Collège Saint-Joseph, les 20 et 21 juillet 1981, alors que Notre-Dame de l'Assomption, fête qui se célèbre le 15 août, fut choisie comme patronne des Acadiens. Pour les paroissiens de Saint-Thomas, c'est aussi le centenaire de l'installation du premier carillon de trois cloches. Dans la province du Nouveau-Brunswick, 1981 marque le cinquantenaire du premier congrès marial des Maritimes tenu à Memramcook le 6 septembre 1931. Ce sont donc ces anniversaires que la paroisse se devait de célébrer avec tout l'éclat possible. La première célébration fut la reprise de la neuvaine à Saint Joseph. On trouve dans le feuillet spécial ce qui suit:

 

"Pour renouer les liens avec la vie de nos ancêtres et nous préparer spirituellement à fêter les 200 ans de vie paroissiale à Memramcook, nous ouvrons l'année du bicentenaire avec la [167] neuvaine à Saint-Joseph, interrompue en 1967, reprise partiellement en 1971 avec des triduums, la neuvaine était un point de ralliement des fidèles chrétiens de la Vallée. On se rappelle les prés "noirs de monde" pour les exercices de 3 heures; de tous les points de la paroisse on accourait pour les prières et la prédication. On croit que c'est le Père Lefebvre qui a implanté cette fervante tradition de la neuvaine au bon Saint Joseph. Elle était une caractéristique de la paroisse de Memramcook, bien qu'ailleurs dans le diocèse, on choisissait d'autre temps de l'année pour faire des missions. Nous vous invitons, toutes les familles de la paroisse et aussi les anciens paroissiens, à venir prier et réfléchir sur notre vie chrétienne durant la neuvaine à Saint Joseph du 10 au 19 mars.

 

Le programme de la neuvaine

200 ans de fidélité: Vivre notre foi en 1981

 

Du 10 au 19 mars, tous les jours (sauf samedi et dimanche, aux heures habituelles) il y aura messe et prière de la neuvaine à 9:00 a.m. et 7:30 p.m. A la messe du soir seulement il y aura prédication; nous indiquons ici les thèmes de sermons et les prédications de chaque journée.

 

Mardi, le 10 mars:   Fidélité d'âge en âge

                                           "Ta fidélité dure d'âge en âge (Ps. 119, 9)

                                           Prédicateur: Père André Richard, c.s.c.

 

Mercredi,                            Dieu a promis

le 11 mars:                         "Si vous appartenez au Christ, selon la promesse,

                                           vous êtes héritiers." (Galates 3,29)

 

Jeudi, le 12 mars:    Prédicateur: Père André Richard, c.s.c.

                                           Notre appel: amour gratuit de Dieu

                                           "Je t'ai appelé par ton nom." (Isaie 43,1)

                                           Prédicateur: Père Ulysse LeBlanc, c.s.c.

 

Vendredi,                           Notre réponse: la foi

                                           le 13 mars:   "Tu choisiras la vie en écoutant sa voix, en

t'attachant à lui" (Deut. 30,20)

Prédicateur: Père André Richard, c.s.c.

 

Samedi, le 14 mars:           aux messes de 4h30 et 7h30

 

Dimanche,                          aux messes de 9h00 et 10h45

le 15 mars:                         Baptisés en Jésus, notre regard n'est plus le même.

                                           Prédicateur: Père Louis Joseph Boudreau, c.s.c.

                                           3h00 exercices de la neuvaine (sans messe) [168]

 

Lundi, le 16 mars:   Donner une réponse d'amour

"Demeurez dans mon . amour... comme moi, j'ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour." (Jn. 15,9)

 

Mardi, le 17 mars:              Des paroissiens à la fois fidèles et infidèles

Prédicateur: Père Louis Joseph Boudreau, c.s.c.

 

Mercredi,                            Laissons-nous reconcilier (2 Cor. 5,20)

le 18 mars:                         Prédicateur: Père Ulysse LeBlanc, c.s.c.

 

Jeudi, le 19 mars:    Fête de Saint-Joseph

Mgr Chiasson présidera l'eucharistie de 7h30. II donnera l'homélie et présidera à l'installation des ministres laies de la communion.

 

Le feuillet du 22 mars 1981 note ce qui suit: Neuvaine de Saint-Joseph. Comme les participants ont pu le constater, notre neuvaine a connu un vrai succès tant par le nombre de participants que par la qualité de la prière qui l'a marquée. Ce fut pour la paroisse une expérience de foi. Avec cette neuvaine, nos fêtes du bicentenaire sont bien lancées et elles devraient se dérouler dans le même atmosphère d'action de grâce et de désir de renouvellement spirituel.

 

Le 21 juin, dimanche de la procession de la Fête-Dieu, le parcours prévu était de l'église au foyer Saint-Thomas. Les Chevaliers de Colomb s'occupèrent de préparer le reposoir et de voir aux décorations le long du parcours. Tout était donc prêt, mais la pluie vint.déranger les plans et la procession dut se faire dans l'église. II faut se rappeler que la dernière procession solennelle à l'extérieur avait eu lieu en 1966, soit quinze ans passés.

Dimanche, le 5 juillet, la paroisse recevait, lors de la grande messe célébrée par Monseigneur Donat Chiasson, archevêque du diocèse, les anciens de la chorale du Père Léandre Breault, chorale de renommée internationale qui a remporté un premier prix en chant folklorique lors d'un concours au pays de Galles en 1951, c'est-à-dire, il y a trente ans.

 

Pendant trois jours presque tous les anciens membres de cette chorale étaient de retour à leur Alma Mater, l'Université Saint-Joseph, et ont pu revivre les années de leur jeunesse sur la butte à Pétard, alors que jeunes étudiants ils remportèrent années après années les trophées pour la meilleure chorale au Canada. On se rappelera les concerts de chants au monument Lefebvre ou dans l'auditorium du Moncton High Schflol, alors que ces élèves dirigés par le Père Breault, cet homme de haute et imposante stature, que ses admiratrices avaient qualifié "tall, dark and handsome", devant une salle remplie à capacité, offrant une programme de chant grégorien, de musique sacrée et de chant folklorique. Le chant à la messe du 5 juillet était sous la direction de M. Neil Michaud, ancien directeur de la chorale. Les chantres placés devant le maître-autel firent les frais de propre de la messe en chant grégorien. La messe terminée, Mgr Chiasson, célébrant, qui avait fait partie de la chorale alors qu'il était [169] étudiant, alla prendre sa place parmi ses anciens compagnons et les paroissiens présents purent jouir d'un mini concert que ces anciens, jeunes hommes en 1951, maintenant des hommes dans la cinquantaine, présentaient un programme varié en passant par l'Alléluia en grégorien du 23ième dimanche après la Pentecôte, à l'Hyme à la nuit, au populaire J'ai du grain du mil. Que d'agréables souvenirs que ce concert dans la vieille église de Memramcook revenaient à la mémoire de ceux et de celles qui avaient eu la bonne fortune de goûter et d'apprécier le travail gigantesque que le Père Breault, de regrettée mémoire, avant accomplit lors de son trop court passage en Acadie.

 

Le 26 juillet, la fête de Sainte Anne, se célébra à la chapelle de Beaumont, chapelle construite en 1842 pour desservir la population "Micmacs", et desserte de la paroisse de Pré-d'en-Haut. Après la messe on assista à un pique-nique familial sur le terrain de la chapelle, le long de la rivière Petitcodiac. Les dernières familles Micmacs sont disparues depuis plusieurs années déjà. D'après les registres de la paroisse SaintThomas, il y aurait 79 personnes inhumées dans le cimetière près de la chapelle.

 

Memramcook fête 200 ans de vie paroissiale: (Tiré du feuillet parossial du 26 juillet 1981)

 

Dès samedi prochain, le 1 août, la paroisse Saint-Thomas accueillera ses visiteurs pour fêter l'événement. D'ici là, chacun est invité à décorer sa maison et à se préparer à fêter avec les siens. Samedi, le 1 août à 4h00 il y aura une messe du souvenir des ancêtres au cimetière Saint-Thomas. Hommages à nos ancêtres dans la foi: 1781-1981 (200 ans) Auffray, Belliveau, Boudreau, Bourgeois, Bourque, Breau, Cormier, Dupuis, Gaudet, Gautreau, Landry, LeBlanc, Leger, McManus, Melanson, Ouellette, Richard, Saulnier. A 8h00 p.m. - Soirée d'ouverture au Monument Lefebvre; Invités d'honneur: tous nos paroissiens de plus de 90 ans et talents musicaux de la région. Lancement du livre: 200 ans de vie paroissial à Memramcook. Cette monographie de la vie religieuse de Memramcook est due à la plume du Père Louis Joseph Boudreau, c.s.c., curé de la paroisse. Dimanche, le 2 août: Fête de la fidélité des couples (particulièrement les 25e, 30e, 35e, 40e, 50e et 60e anniversaires - Messe à 10h45, Pique-nique familial à Beaumont. Aux couples mariés de la paroisse: Peu importe le nombre d'années que comporte votre anniversaire de mariage en cette année bicentenaire; car c'est vous tous que nous voulons honorer. Avec chaque anniversaire, vos illusions sur la vie conjugale se sont certainement dissipées. Vous vous êtes révélés l'un à l'autre dans la vie quotidienne et dans la générosité qu'elle exige de tous ceux qui veulent vire chrétiennement. Ainsi votre amour est devenu plus lucide, plus solide et plus profond.

 

Devant les difficultés de la vie, vous auriez pu, comme tant d'autres, abandonner la lutte et choisir les solutions de facilité ou de compromis. Mais non! Vous encourageant l'un l'autre, vous avez poursuivi votre route sans faiblir et sans vous décourager. Vous faites la joie de ceux qui vous admirent.

 

A l'heure où une propagande orchestrée influence de plus en plus [170] le monde d'aujourd'hui en le faisant douter de la possibilité de vivre heureux dans le mariage, nous avons besoin de témoins qui peuvent attester qu'il est toujours possible de trouver un bonheur solide et durable dans un amour fidèle et fort. A vous qui avez vécu l'aventure conjugale et qui avez réussi, puissiez-vous être imités par tous ceux qui vous admirent, après avoir été témoins de votre fidélité, de votre amour et de votre dévouement. Que Dieu continue de protéger et de bénir votre amour. Les 2 et 3 août 1981 au Monument Lefebvre, Saint-Joseph: Soirée musicale Gens d'Acadie. Programme de chansons et musique acadiennes avec Louise Boudreau, Cécilia LeBlanc, Saulnier et les musiciens, Léo Boudreau, contre-basse, Robert Boudreau, guitare, harmonica, Bobby Dupuis, première guitare, Paul Gautreau, flûte, Charles LeBlanc, piano, directeur musical. Décors: Maurice Arsenault, éclairage: Ivan Vanhecke. La soirée débuta avec la chanson thème:

 

Fête du bicentenaire de Memramcook

 

Refrain: A Memramcook, c'est notre fête

Grands et petits, tous réunis

Le coeur joyeux avec entrain

Viens t'en danser sur mon refrain

 

1.       Après deux siècles de passés,

          On redonne les mêmes refrains,

          Pour grandir dans l'amitié,

          Marchons donc la main dans la main.

 

2.       L'Acadien est déterminé d'accomplir sa destinée,

          Même avec les bois dans les roues,

          II a pu parer les coups.

 

3.       On le chante ou bien on le crie,

C'est la patrie qu'on leur dit

On retrouve plein de gaieté

A Memramcook pour fêter.

 

4.       J'allons regarder en avant,

Fini d'brailler su l'passé,

Poursuivons dans notre élan,

II faut toujours avancer.

 

Composition de Cécilia LeBlanc-Saulnier, choisie comme chanson thème par le comité des fêtes du bicentenaire à Memramcook en août 1981.

 

Le programme d'une durée de deux heures comprenait des oeuvres de compositeurs acadiens, à savoir de Raymond LeBlanc, Anna Malenfant, Cécilia LeBlanc, Angèle Arsenault, Calixte Duguay, Donat Lacroix et Edith Butler, chants folkloriques exécutés, soit en solo de Cécilia LeBlanc et Louise Boudreau ou en duo de ces deux mêmes [171] artistes, chants entremêlés de morceaux entraînants joués par les musiciens. Cette soirée a remporté un grand succès et ce même programme fut répété le lundi soir encore devant une salle comble.

 

Samedi le 8 août, la paroisse recevait les anciens du Collège SaintJoseph et les anciennes du couvent Notre-Dame du Sacré-Coeur à la messe de 4h00 dans l'église Saint-Thomas. Cette messe fut suivie d'un souper acadien à l'Institut et d'une soirée dansante à l'aréna avec Roland et ses musiciens. Cette soirée attira plusieurs centaines de couples.

 

Dimanche, le 9 août, à 2h30 récital d'orgue à l'église SaintThomas. Organiste: Charles LeBlanc. Fête de la fidélité des prêtres, religieux et religieuses de la paroisse et célébration d'action de grâces pour la vénérable Mère Marie-Léonie. PSSF. Messe à l'église à 4h00 p.m. 5h00 à 7h00 p.m. souper acadien à l'Institut, visite au musée et artisanat. 8h00 p.m. films au Monuments Lefebvre: Vie de Mère Marie-Léonie et Evénements de la vallée dans les années 1950 ...

 

Samedi le 15 août, on fêtait le centenaire de la première convention nationale des Acadiens à Memramcook en 1881 et en même temps l'arrivée du premier curé résident en 1781. Double fête! A 11 h00: Lancement d'un timbre commémorant la première convention nationale des Acadiens à Memramcook en 1881. Cette cérémonie eut lieu au Monument Lefebvre et fut suivie d'un vin d'honneur à l'Institut. Monsieur Roméo LeBlanc, ministre représentant le premier ministre.

 

Première convention nationale des Acadiens - Extrait du Moniteur Acadien du 28 juillet 1881

 

Les journées du 20 et du 21 juillet de l'année 1881 resteront à jamais gravées dans les annales de la race acadienne et occuperont une des premières places dans l'histoire de son réveil national. Car c'est en ces jours qu'eut lieu la première convention, la première réunion générale de ce petit peuple martyr, jadis spolié de ses biens, chassé du pays qu'il avait colonisé, mais qu'un attachement invincible et inébranlable à sa foi et au coin de terre sur lequel il avait le premier planté la croix, emblême du chistianisme et de la civilisation, a miraculeusement préservé de l'extinction à laquelle il aurait été voué sans une protection providentielle.

 

Après plus d'un siècle d'oubli, d'abandon, d'isolement, le peuple acadien, resté inviolablement attaché au précieux dépôt que lui avaient légué ses aiéux, relevait la tête il y a vingt ans et donnait des signes de vie qui n'on fait que s'accentuer depuis.

 

Mais les groupes qu'ils formaient étaient dispersés, sans rapport intimes, sans cohésion, et cet isolement était une cause de faiblesse. Pénétré de l'axiôme que "l'union fait la force", il voulut donner une expression matérielle, extérieure à l'entente fraternelle qui existait déjà dans ses aspirations .

... Environ 5,000 étrangers ont visité Memramcook pendant ces deux jours. L'Ile Saint-Jean a fourni près de 200 délégués et autres ... La Nouvelle-Ecosse était représentée par un prêtre, un député et sept ou huit autres délégués de la Baie Sainte-Marie ...

 

Du Nouveau-Brunswick il y avait affluence, et mercredi [172] toutes les avenues conduisant à St-Joseph étaient remplies d'une nombreuse foule formant comme une procession s'acheminant à la convention. Les abords du collège étaient pavoisés de drapeaux et de verdures et l'église ou devait s'inaugurer cette grande et mémorable réunion, était décoré avec goût.

 

La messe ... Sur les neuf heures et demie, le beffroi invitait la foule à l'église paroissiale de Memramcook, bien trop petite pour la contenir ...

 

A 4h00 p.m. messe solennelle présidée par Mgr Donat Chiasson. Chant d'entrée: Ave Maris Stella. A la fin de la messe Mgr procéda au dévoilement et dédicace de la plaque dédiée à la mémoire de l'abbé Joseph François Leroux, premier curé de Memramcook.

 

Seigneur, en cette année bicentenaire de la paroisse Saint-Thomas de Memramcook, nous nous rappelons ta présence et tes merveilles au milieu des épreuves de notre peuple.

 

En dévoilant cette plaque à la mémoire de l'abbé Joseph François Thomas Leroux, premier curé de cette paroisse, nous prenons conscience de notre enracinement dans le peuple acadien et dans le peuple de Dieu.

 

Que cette plaque soit toujours un rappel pour les hommes, les femmes et les jeunes de la vallée de Memramcook, des valeurs chrétiennes et humaines vécues par leurs ancêtres. Qu'elle témoigne aussi d'engagement à vivre ces mêmes valeurs aujourd'hui et dans l'avenir.

 

Nous te demandons par Jésus-Christ, ton fils, notre Seigneur et Notre Dieu, qui vit et règne avec toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

 

Cette plaque est placée du côté sud de l'église près de la porte. Le même soir, soirée au Monument Lefebvre, spectacle de chorales et d'artistes de la paroisse: Groupe rythmé, chorale du bicentenaire, danseurs du Club d'âge d'or de Memramcook. Cette soirée, comme les précédentes connut un franc succès. Par leur présence, les paroissiens voulaient en quelque sorte remercier les artistes, les membres des divers comités et tous ceux et celles qui, au cours des fêtes, par leur participation, leur support et encouragement avaient contribué aux fêtes du Bicentenaire et à en faire un succès sur toute la ligne et un événement mémorable qui restera à jamais gravée dans leur coeur.

 

Dimanche le 16 août, à cause de la pluie, la messe qui devait être chantée à la croix de la Montain fut remise au dimanche du 23 août.

 

Les fêtes du bicentenaire devaient se terminer officiellement le 16 août par une messe célébrée en plein air à la croix de la Montain. A cause de la mauvaise température, la célébration fut remise au dimanche 30 août. Le Père Louis Joseph Boudreau, c.s.c., curé, officia. Les Pères André Richard et Ulysse LeBlanc concélébrèrent. Un grand nombre de paroissiens ainsi que de nombreux visiteurs entouraient l'autel dressé au pied de la Croix et assistaient à cette messe sur l'emplacement de la première chapelle, qui comme on le sait, fut détruite par une incendie en 1795. C'est donc dire, qu'après 186 ans, le Saint sacrifice se célébrait à [173] nouveau là où les premiers colons, nos ancêtres accomplissaient leur devoir dominical en assistant fidèlement à la messe à chaque dimanche. Après la célébration, on dévoila la plaque commémorative sur laquelle on lit ce qui suit: "Site de la première église construite vers 1781 et du premier cimetière à Memramcook. Les paroissiens se rappellent leur ancêtres dans la foi en cette année du bicentenaire de la fondation de la paroisse Saint-Thomas de Memramcook soit le 16 août 1981." Comme celles qui l'ont précédée, l'année 1981 fait maintenant partie de l'histoire et s'est évaporée dans la nuit des temps. Pour les gens de la vallée, elle n'a pas été une année comme les autres, et ça a plusieurs points de vue, elle fut une année spéciale, une année remplie de célébrations tant religieuses que profanes. Ceux qui l'ont vécue, ont voulu rappeler le souvenir de nos ancêtres, "ces peux venus de France" qui ont jeté les fondations d'une grande paroisse, un coin de terre qu'ils ont défriché, cultivé et agrandi. Armés de bras valeureux, confiants dans l'avenir, remplis de courage, ils ont bravé toutes sortes d'épreuves pour fonder et établir ce qui est aujourd'hui la belle et grande paroisse de Memramcook, la paroisse mère, la plus vieille de l'Acadie, qui a donné à l'Eglise au-delà de quarante prêtres et religieux, plus de deux cents religieuses, des professionnels, hommes et femmes, qui ont fait et font encore honneur à leur lieu de naissance, paroisse qui a vu la fondation de deux congrégations religieuses nommément Les Petites Soeurs de la SainteFamille et les religieuses Notre-Dame du Sacré-Coeur. Ce sont là des titres de gloire qui lui sont propres desquels elle a raison de s'enorgueillir. Puisse ce court résumé des événements survenus en cette année mémorable faire revivre de beaux souvenirs et inculquer un culte de fierté paroissiale et nationale dans le coeur de la génération montante. [174]

 

Le Bicentenaire

 

A Memramcook, on fête le bicentenaire

La vieille paroisse se veut de célébrer

Redire à ses enfants, en cet anniversaire

Sa grande joie de les voir se rassembler.

 

Deux cents ans passés, arrivait son premier curé

Prenant direction spirituelle, temporelle

De nos ancêtres, ces vaillants pionniers

De cette vallée toute jeune, toute belle.

 

Cette nouvelle colonie, à bras ouverts

En bons chrétiens, accueillant ce prêtre breton

Cet envoyé de Dieu, désormais leur père

Devant les conduire dans le sentier du bon.

 

Curés, vicaires, dans le vieux presbytère

Années après années, ils se sont succédés

Accueillants, compatisants à la misère

De leurs paroissiens, pauvres et peu fortunés.

 

A Memramcook, le berceau de l'Acadie

Cinq mille congressistes, en convention

Après de longues discussions, sur la patrie

D'un commun accord, optent pour l'Assomption.

 

Depuis cette rencontre, il y a cent ans

Nous honorons Marie, la reine d'Acadie

A Memramcook, elle rallie tous ses enfants

A l'invoquer, ils veulent consacrer leur vie.

 

Sous la sage direction des Pères Sainte Croix

Notre paroisse a bien progressé, a grandi

Sa renommé s'est répandue toute à la fois

Au delà des frontières de notre grand pays.

 

C'est double fête, double anniversaire

Jeunes et vieux, fêtons, célébrons, jubilons

A Memramcook, c'est le bicentenaire

De tous les coins'du pays, au plus vite, accourons.

 

Gustave Gaudet [175]

 

BIOGRAPHIES

 

Pour mettre fin à ce livre, il serait propice d'inclure de courtes biographies de fils et de filles, nés ou élevés dans la paroisse. Hommes et femmes qui, au cours de leur vie, ont laissé leur marque en se montrant dignes de leur paroisse natale, dans le domaine religieux, dans la magistrature, dans la médecine, dans les arts, dans le monde des affaires, dans la politique et dans la vie civile. Ceux qui en tout temps et en tout lieu ont fait rejaillir sur leur paroisse, la gloire et la renommée qu'ils ont méritées. J'écris ces lignes pour ceux et celles qui sont partis pour un monde meilleur et aussi pour ceux et celles qui oeuvrent encore et qui font toujours honneur à Memramcook.

 

LES PERES STE-CROIX

 

Vouloir écrire l'histoire de Memramcook, sans parler du Père Lefebvre et des Sainte-Croix depuis leur arrivée en 1864 dans la paroisse, serait commettre un gros péché d'omission, car les deux sont tellement liés ensembles que l'on pourrait dire qu'ils sont inséparables. Si le nom de la paroisse de Memramcook paraissait sur les cartes du NouveauBrunswick avant 1864 comme paroisse assez importante, c'est à partir de la venue du Père Lefebvre et à sa suite, que le nom de la paroisse de Memramcook a pu s'écrire en lettres majuscules à cause du rôle qu'elle a joué dans la vie des Acadiens, non seulement dans la provinces, mais dans tout le Canada et même aux Etats-Unis.

L'oeuvre des Sainte-Croix en Acadie et plus spécialement dans la paroisse est relatée en grandes lignes dans un volume "Sainte-Croix au Canada". Dans le chapitre, l'oeuvre des Sainte-Croix en Acadie, on trouve un résumé de l'histoire de la paroisse Saint-Thomas jusqu'à l'arrivée du Père Lefebvre le 7 juin 1864, avec une quantité de portraits des bâtiments du collège, ancien et moderne, de l'église, du couvent, des curés, de la congrégation jusqu'en 1949, de même que des photos des églises de Lourdes, Pré-d'En-Haut, Dorchester et Beaumont. Description des cours d'études; cours préparatoire, académique, universitaire, école d'éducation, de commerce et d'agriculture. Dans le chapitre, "Au regard de l'histoire", on lit ce qui suit:

 

"Toutefois, l'Université Saint-Joseph a fait oeuvre de pionnier et peut sans vaine prétention réclamer sa large part des fruits de l'éducation en terre Acadienne. A l'Église, elle a donné près de 350 prêtres, dont 3 archevêques et 3 évêques, des vicaires généraux et de nombreux prélâts. A la société civile, elle a préparé une foule d'hommes distingués qui ont fait leur marque un peu partout dans le pays; un premier ministre au Nouveau-Brunswick, un autre pour l'lle-du-Prince-Édouard, plusieurs ministres des gouvernements provinciaux, du fédéral, des [176] sénateurs, des membres du parlement et des assemblées léglislatives, des médecins en grand nombre, des avocats, juges, des journalistes, des hommes d'affaires, des inspecteurs d'école, des agronomes et des cultivateurs instruits. "On reconnaît l'arbre à ses fruits."

 

En tout cela, l'Université Saint-Joseph n'a été qu'un instrument entre les mains de la Providence dont l'action évidente se révèle à chaque étape de l'oeuvre." 1947 [177]

 

Le Père Camille Lefebvre, c.s.c.

 

L'abbé F.X. Lafrance, curé de la paroisse de Memramcook avait fondé en 1854, le petit séminaire St-Thomas qui ouvrit ses portes le 15 novembre de la même année. A la suite d'embarras pécuniers et autres difficultés, le séminaire de St-Thomas fut fermé en 1862. Ne pouvant plus rayer ses dettes, monsieur le Curé Lafrance fit cession de ses propriétés a Mgr Sweeney, évêque de St-Jean et demanda à son Excellence qu'il fasse venir à Memramcook une communauté religieuse qui continuerait l'oeuvre déjà commencée. Pour mieux assurer la réussite et le succès de l'entreprise, il offrait d'abandonner la cure de Memramcook à celui qui serait choisi comme supérieur de cet établissement d'éducation.

 

Mgr Sweeney rencontra à New York, le visiteur Général de la congrégation Sainte-Croix et fit les démarches pour qu'il fasse en son nom, une proposition en ce sens au supérieur de sa communauté. La demande de Mgr Sweeney, ayant été acceptée par les autorités de la Congrégation Sainte-Croix, le T.R.P. Générai désigna, le révérend Père Camille Lefebvre qui devint curé de la paroisse de Memramcook et en même temps supérieur du nouvel établissement que la communauté réussit de fonder à cet endroit. Le Père Lefebvre se mit en route le 27 mai de l'année 1864 et arriva à Memramcook le 7 juin suivant. Le dimanche qui suivit l'arrivée du Père Lefebvre, le Curé Lafrance monta en chaire pour la dernière fois et prononca ces paroles prophétiques en présentant son successeur à ses paroissiens: "Enfin il est arrivé le nouveau Moïse qui doit conduire son peuple dans la terre promise! Dieu soit loué!" II fit ensuite ses adieux aux habitants de Memramcook qu'il desservait depuis au-delà de douze ans; et la semaine suivante s'en alla prendre la cure de la paroisse du Barachois.

 

Le nouveau curé et à la fois supérieur se mit à l'oeuvre et c'est le 10 octobre 1864 que s'ouvrirent les classes au collège Saint-Joseph, nom qui remplacait celui de "petit séminaire de Saint-Thomas". La vie du Père Lefebvre et l'oeuvre qu'il a accompli avec les autres religieux de Sainte-Croix a fait l'objet d'un livre de 300 pages, ouvrage dû à la plume d'un des se premiers élèves, l'honorbale Sénateur Pascal Poirier. [178]

 

Le Père Camille Lefebvre naquit le 14 février 1831. II entra à l'Institut de Ste-Croix le 28 avril 1852 et y fut ordonné prêtre le 27 juillet 1855.

 

Arrivée à Memramcook, le 7 juin 1864, il y demeura jusqu'à sa mort, le 28 janvier 1895, alors qu'il fut trouvé mort dans son lit. Ce Saint prêtre, cet éducateur, ce fondateur de la première institution qui a donné aux Acadiens le privilège de l'enseignement français sur un pied d'égalité avec la langue anglaise (du moins pour les garçons) dans les provinces Maritimes. Après ses funérailles imposantes, il a été enterré dans le vieux cimetière de Memramcook, près de la petite chapelle blanche, dans ce coin de terre réservé aux religieux de la communauté, ses collaborateurs et ses continuateurs dans l'oeuvre de l'éducation des Acadiens pendant 100 ans.

 

LE PERE A. ROY

 

Le père Alfred-Valère Roy succéda au Père Lefebvre en tant que supérieur du Collège et comme curé de la paroisse. Dans le volume "Sainte Croix au Canada", voici ce qui est écrit sur le père Roy.

 

"II vit le jour le 25 octobre 1850 à Côte des Liesses, P. Q. II fit toutes ses études classiques au Collège St-Laurent, entra au noviciat en septembre 1871, fit profession le 7 décembre 1872 et fut ordonné prêtre le 21 août 1875."

 

Le père Lefebvre, alors provincial, ayant trouvé, dit la chronique, en ce jeune religieux une piété très remarquable, une grande activité et beaucoup de savoir-faire dans la direction du jeune âge, l'appela à Memramcook dès 1873, soit deux ans avant son ordination. Comme il avait l'intention d'en faire son successeur dans les oeuvres d'Acadie, il lui abandonna bientôt toute la direction du département des élèves. Cependant, il le laissa venir à Saint-Laurent comme supérieur de 1892 à 1895. Après la mort du Père Lefebvre en 1895, le conseil provincial [179] désigna le Père Roy, comme successeur de ce dernier à la direction de l'Université Saint-Joseph, poste qu'il occupa jusqu'en 1904 et qui comportait en plus la desserte de la paroisse. A partir de cette date, le "bon Père Roy" comme disent encore les vieux Acadiens, s'occupa exclusivement de la paroisse jusqu'en 1918. Pendant la terrible épidémie d'influenza à l'automne de cette même année, malgré son grand âge, il se dépensa sans mesure au secours des malades. II dût, à plusieurs reprises, se faire fosseyeur pour inhumer les victimes du fléau. Dieu lui avait ménagé une épreuve encore plus pénible: il lui fallût bientôt dire adieu à ses paroissiens à peine sortis de la terrible épidémie et quitter ce coin de terre où il avait donné le meilleur de lui-même. Le supérieur général l'appelait à la succession du regretté Père Dion, comme provincial. Admirable d'obéissance et d'abnégation, le père Roy dût quitter cette paroisse où il se sentait aimé de tous et s'en vint à l'Oratoire avec la double charge de provincial et de supérieur. Au chapitre général de 1926, il devint assistant du supérieur général et alla vivre à Notre-Dame, Indiana, jusqu'en 1932: autre exil qu'il accepta avec sa bonhomie ordinaire. Le supérieur général sût adoucir les rigueurs de cet exil en lui permettant de fréquents séjours en Acadie "chez-nous", comme il disait de si bon coeur. II passa les deux dernières années de sa vie à Saint-Laurent où il édifia toutes ses confrères et en fut profondément estimé. II mourut au collège, le 10 mars 1934 à l'âge de 84 ans.

 

En ce qui concerne la paroisse de Memramcook, où il a oeuvré pendant vingt-trois ans, comme curé, son souvenir passera à l'histoire, comme ayant été un curé modèle, charitable, accessible à tous, en un mot, méritant bien le surnom le "bon Père Roy".

 

LE PERE LOUIS GUERTIN, c.s.c.

 

Quoiqu'il ne fut jamais ni vicaire, ni curé à la paroisse Saint-Thomas, le Père Louis Guertin a donné 53 ans de sa vie au Collège Saint-Joseph, comme éducateur. II fut à tour de rôle professeur, préfet des études et supérieur à deux reprises. II a donc joué un rôle prépondérant [180] au cours d'au delà d'un demi-siècle en Acadie. En plus de ses occupations, dans les diverses fonctions qu'il a occupées, il a été dans la paroisse comme dans beaucoup de nos centres acadiens du sud de la province, un promoteur de l'agriculture par ses écrits dans chaque numéro du Fermier Acadien, par ses conférences sur l'agriculture, prônant l'emploi de la chaux, la culture du trèfle et l'amélioration de l'industrie laitière comme moyens de progresser et d'améliorer le sort de l'agriculteur acadien. Son expression favorite était "Pas de chaux, pas de trèfle."

 

L'on raconte qu'un jour, un des employés de la ferme, que le Père Guertin taquinait souvent, avec cette expression, ayant vu le Père Guertin faire une taille sévère des pommiers du verger en avant du collège et trouvant qu'il coupait beaucoup trop de branches, dit au Père Guertin: "Pas de branches, pas de poumes".

 

Tout au cours de sa longue carrière, l'agriculture fut donc, après l'éducation, le second amour du Père Guertin. Aussi fut-il l'instrument du choix de profession de plusieurs de ses élèves qui devinrent agronomes. II était bon professeur de latin et de sciences. II aimait surtout le football et c'était lui l'arbitre en chef lors des parties. Cette préférence pour le football était probablement dûe au fait qu'il avait fait un stage d'études à l'Université de Harvard aux Etats-Unis et qu'il avait été témoin de parties toujours très contestées entre Yale et Harvard.

 

Au collège, il fut le fondateur de la Société Bilingue. Les anciens se rappellent ces fameux débats bilingues du 24 mai ou de la veille de la fin d'année. Sa contribution au service de la paroisse, pendant plusieurs années, était son sermon de Noël en anglais. De sa voix grave, il commençait toujours par: "Jésus Christ, the only begotten son of God was born today". II ne manquait pas au long de son sermon de se "dérhumer" et de cracher dans son grand mouchoir rouge. Le Père Guertin est né en 1864 et décédé à l'Hôtel-Dieu de Moncton le 3 février 1941. II est enterré dans le cimetière de la paroisse à côté des autres prêtres de la Congrégation Sainte-Croix.

 

Voici un extrait de l'éloge funèbre prononcé par son Excellence Mgr L.J.A. Melanson, archevêque de Moncton.

 

"Le Père Guertin fut essentiellement un éducateur. Sa belle intelligence, son vaste savoir, sa longue expérience en avait fait un homme de toute première valeur. Son oeuvre d'éducation ne fut pas restreinte à l'Université dont il fut deux fois le recteur et durant de si nombreuses années le professeur désintéressé et zélé. II fut par-dessus tout un saint religieux et un saint prêtre. Nous pouvons dire sans nous tromper que nul autant que lui n'a incarné la vie du pieux fondateur de notre Université, le vénérable Père Lefebvre. II s'est identifié à son oeuvre, il s'est épuisé à la maintenir et à la développer pour l'Église et ce pays qu'il avait fait sien. A la mémoire du Père Lefebvre, l'Acadie désire désormais associer le nom de celui qui pendant plus de 50 ans s'est dépensé pour l'instruction de plusieurs générations de ses enfants." [181]

 

LE PERE PHILEAS BOURGEOIS, c.s.c.

 

De tous les prêtres et religieux natifs de la paroisse Saint-Thomas de Memramcook qui se sont signalés au cours d'une vie bien remplie au service de l'Église et de l'Acadie, le père Philéas Bourgeois, c.s.c., occupe une des premières places. Dans une conférence devant la société historique acadienne, la Mère Saint-Marc Bédard, o.s.u. de Saint-Léonard, nous donne un apercu du travail gigantesque que le Père Bourgeois a accompli durant sa vie. Éducateur, écrivain, journaliste, il a été au dire de ses contemporains, l'âme de la plupart des grands discours patriotiques de son époque. Sous le manteau de l'anonymat, il a rempli pendant plusieurs années la fonction de rédacteur au journal L'Evangéline. Sous le pseudonymes Jude et Viator, il a écrit une quantité de lettres et mansucrits. Le Père Bourgeois fut le fils de prédilection du Père Lefebvre. II entra au Collège Saint-Joseph à l'âge de neuf ans et demi. Benjamin de sa classe, doué d'une mémoire prodigieuse, il fait, au témoignage de son compagnon d'enfance et de toujours, le Révérend Père André Bourque, c.s.c., "le cours d'études le plus brillant et le plus solide de tous les élèves passés au Collège." D'une politesse exquise rempli de douceur et d'urbanisme, il est aimé de tous.

 

II entra au noviciat des Père Sainte-Croix le 29 juin 1873. Après son noviciat, il est nommé professeur à son Alma Mater. Ordonné prêtre le 27 septembre 1879, par Mgr John Sweeney à Moncton, il chante sa première grande messe dans l'église paroissiale de Saint-Thomas de Memramcook, le dimanche suivant son ordination en présence de ses parents, Monsieur et Madame Frédéric Bourgeois. En 1880, lors de la convention de Québec, le Père Bourgeois, un des délégués de l'Acadie semble être le porte parole tout désigné du groupe Acadien. II présente à la convention, un substantiel mémoire sur "L'État présent des Acadiens et leur avenir." Notre jeune ami s'est surpassé déclare le Moniteur Acadien de Shédiac. "Son discours est aussi solide par les idées et beau par les sentiments, qu'il a été bien dit". Des tonnerres d'applaudissements l'ont accueilli.

 

Le Père Bourgeois prend aussi une part active à la Convention de [182] 1881 à Memramcook. Pour aider à son père à payer une hypothèque, quitte l'enseignement et s'en va comme vicaire pour un an à l'église canadienne Sainte-Marie à Manchester, N.H. De là, il devint curé à Main-Dieu et Louisbourg au Cap Breton. Transféré ensuite au Havre-Boucher comme curé pendant trois ans, alors qu'il donne sa démission le octobre 1889. II revient comme professeur au Collège Saint-Joseph. Tout en enseignant, il continue sa collaboration au Moniteur Acadien et à L'Évangéline. En 1891, il s'embarque pour un voyage en Europe. Chaque semaine, il adresse son journal de voyage aux éditeurs du Moniteur et de l'Evangéline. A sa demande, ses articles paraissent sous pseudonyme de Viator. Dans son journal de voyage, écrit au fil de la plume, se révèle le prêtre, l'historien, le patriote, le poète, le journaliste. En 1891, à son retour, il entre chez les Eudistes au Collège de la Pointe de l'Église, où il sera professeur d'anglais. II écrit pendant son séjour au collège "Le Panégyrique de l'abbé Jean-Mandé Sigogne" et par le fait même, devint le premier Acadien à publier un livre en 1892. En 1893, il rend la route de son Alma Mater où il enseigna la classe de rhétorique latine. II écrit un deuxième livre "L'école aux apparitions mystérieuses", relatant au seul point de vue historique, note-t-il dans sa préface, les faits étrangers qui ont agité le village de Scoudouc pendant plus de trois ans.

 

De 1900 à 1902, le Père Bourgeois emploie les deux années qu'il passe au Collège Notre-Dame de la Côte des Neiges à Montréal à rassembler les documents nécessaires pour son Histoire du Canada en 200 leçons qu'il destine "à la jeunesse française de la Puissance du Canada". Ce volume, publié d'abord en 1903, connaîtra plusieurs `éditions. La maison Beauchemin le publia sous le titre "L'Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours" (c'est-à-dire jusqu'en 1925 au moins).

 

En juillet 1903, celui que l'on désignera comme "l'un des plus brillants professeurs et écrivains de l'Acadie et du Canada" revint au Collège Saint-Joseph comme professeur de littérature et d'histoire.

 

Pendant les années 1903 à 1911, le Père Bourgeois publie en volume, une série d'articles intitulés "Les Anciens Missionnaires de l'Acadie devant l'histoire". En 1911, le Père Bourgeois se retire à l'Oiratoire Saint-Joseph du Mont-Royal. Là il participe activement à organisation et à la rédaction des tous premiers numéros des "Annales

Saint-Joseph du Mont-Royal"

.

Le 1 février 1912, sur l'ordre formel de son médecin, il met un terme à ses activités aux Annales. Dans ses temps libres, il avait commencé la composition de la "Vie de l'Abbé François-Xavier Lafrance" et "Une courte notice biographique de l'Abbé François-Xavier Cormier". Le malade, conscient de la gravité de son état obtient de venir terminer sa vie au presbytère de Memramcook, tout près de sa chère Alma Mater. C'est là, que son ami le Père André Bourque lui fermera les yeux le 3 avril 1913.

 

Le service funèbre est chanté en l'église de Memramcook, témoin de son baptême, de sa première communion, de sa profession religieuse et de sa première messe. Cette église où à maintes reprises il a distribué le pain de vie et proclamé la parole de Dieu à ses co-paroissiens. Son [183] Excellence Mgr E.A. LeBlanc, premier évêque acadien et ancien élève du Père Bourgeois au collège de Church Point, est venu de Saint-Jean présider les funérailles. A côté des autres prêtres et religieux de Sainte-Croix, enterré dans le cimetière paroissial, le Père Bourgeois qui a fait connaître sa paroisse de Memramcook d'un bout à l'autre du pays, un de ses plus dignes fils, dort de son dernier sommeil.

 

LE PERE A.T. BOURQUE, c.s.c.

 

Le père André Bourque est né le 27 juillet 1854, fils de Thaddée Bourque et Anne Bourque. Placé en 1865 au Collège St-Joseph, André Bourque fit ses études classiques au complet, après quoi, comme son ami d'enfance et confrère de classe le Révérend Père Phileas Bourgeois, se sentant appelé à la vie religieuse, il se fit admettre dans les rangs des prêtres régulier de la Congrégation Sainte-Croix. II enseigna ensuite dans l'institution ou s'étaient écoulés ses "jeunes ans" à partir de l'année même de son ordination en 1884 jusqu'en 1889. Ensuite, il alla à St-Laurent, près de Montréal. Tels sont les événements qui ont précédé la date de son départ pour les missions du Bengale. Cependant, au mérite d'avoir été missionnaire jusqu'en 1896, il a mérité aussi un autre titre assez enviable, celui d'être l'auteur de plusieurs belles chansons acadiennes, telles: "Evangéline", "La Marseillaise Acadienne", "Plainte et pardon", "Le Pêcheur Acadien" et "La fleur du souvenir", celles-ci respirant toutes d'un même coup, l'amour du catholicisme et du pays natal, l'Acadie.

 

La chanson "Evangéline" qui est en quelque sorte, notre deuxième hymne national après "L'Ave Maris Stella", chanson que l'on chante, non seulement en Acadie, mais en Nouvelle-Angleterre, au Québec et même en Louisiane. Dans nos soirées acadiennes après avoir chanté Evangéline, on chante avec non moins d'entrain, "Le Pêcheur Acadien" et "La Fleur du souvenir". En plus de ces chansons si bien connues, le Père Bourque a aussi, à son crédit la composition d'une cantate, des odes, des hymnes, et des marches d'inspiration nationale. II a aussi écrit un ouvrage de longue haleine intitulé: "Les causeries du Grand Père [184] Antoine", ouvrage extrêmement intéressant, décrivant les moeurs et les coutumes de la vie traditionnelle acadienne, dans un atmosphère gaie et légère. En faisant parler son personnage, le grand-père Antoine, le Père Bourque parle ainsi d'un des chants qu'il a composé; sa "Petite Marseillaise acadienne" qui ne ressemble guère à celle de nos fougueux républicains d'outre-mer; que ce chant acadien nous serve donc, pour ainsi dire, de bénédicité patriotique aujourd'hui et pour toujours. Si ces propos peuvent nous sembler démodés, ils reflêtent cependant le profond sentiment patriotique qu'animait le Père Bourque, tout en étant modeste en parlant de ses talents, il déplorait le manque de compositeurs acadiens. "Je vous envoie un petit chant patriotique que je viens de composer" écrivait-il au Père Stanislas Doucet, en 1910, "Comme vous pouvez le voir, ce n'est rien de bien prétentieux ou de bien grandiose ... Ce n'est qu'un humble effort, à d'autres de faire mieux". Le Père Bourque a donc fait oeuvre de bâtisseur, en claironnant un premier réveil, même si certains vers sonnent faux à nos oreilles exercées et à nos coeurs réconfortés. Le Père Bourque est décédé le 30 juin 1914. II repose à côté des autres Pères et Frères Sainte-Croix dans le cimetière de sa paroisse natale, Saint-Thomas de Memramcook. Par ses chansons, il a fait connaître au loin sa paroisse et il a été lui aussi, un de ses dignes fils.

 

LE PERE JEAN BAPTISTE CORMIER, c.s.c.

 

Le 21 octobre 1979, un hommage grandement mérité était rendu au Père Jean Baptiste Cormier, c.s.c. En ce jour, une plaque commémorative de bronze fut érigée en l'honneur de ce prêtre, natif de la paroisse de Memramcook, à la faculté des Sciences et de Génie de l'Université de Moncton, à l'occasion du retour des anciens de 1979. Le Père Cormier est né le 23 juin 1918, fils de Pascal Cormier et d'Evangéline LeBlanc. II fit ses études classiques à l'Université St-Joseph, où il obtint un B.A. en 1940, il fit ensuite ses études théologiques à Montréal et fut ordonné prêtre en 1944 dans la chapelle de l'Université St-Joseph par Mgr [185] Norbert Robichaud. II étudia aussi à l'Université de Montréal où il obtint une license en science en 1950. II fut professeur à l'Université St-Joseph et l'Université de Moncton de 1945 à 1979. II fut le premier professeur de chimie de ces institutions et les milliers d'étudiants auxquels il a fait la classe depuis 1945 à St-Joseph et à Moncton, s'accordent pour dire qu'il a une réputation "qui frôle la légende". II a été, à tour de rôle professeur de chimie et de physique, directeur du département, responsable de laboratoire, membre du conseil d'administration et a siégé au Sénat Académique de l'Université.

 

La plaque érigée en son honneur se lit comme suit: "En reconnaissance à l'apport précieux du Père Cormier à l'enseignement de la chimie et faisait suite à la recommandation de la Faculté des Sciences et de Génie, l'administration du Centre Universitaire de Moncton a décidé que l'aile de chimie de l'édifice de la Faculté des Sciences et de Génie, sera dorénavant appelée "l'Aile Jean Baptiste Cormier". Le Père Jean Baptiste Cormier est décédé le 25 mars 1980. Ses funérailles eurent lieu le 27 mars 1980. II repose maintenant dans le cimetière paroissial à côté des autres Pères et Religieux de Sainte-Croix. Lui aussi a fait honneur à sa paroisse natale et l'a fait connaître au dehors de nos frontières.

 

LE PERE DISMAS LEBLANC, c.s.c.

 

Le Père Dismas LeBlanc, natif de la paroisse, a eu la distinction d'avoir été le premier supérieur acadien de l'Université St-Joseph et aussi d'avoir été le premier curé acadien de la paroisse de St-Thomas de Memramcook. Le Père Dismas, né le 26 septembre 1879 du mariage de Pacifique LeBlanc et de Scholastique Caissie. II fit ses études classiques à l'Université graduant avec un B.A. en 1904. Après ses études théologiques au Séminaire de Québec, il est ordonné prêtre le 18 juin 1908 par Mgr Casey dans l'église Saint-Thomas de Memramcook. Prêtre séculier pendant quelques années et vicaire dans différentes paroisses du diocèse, il décide de joindre la Congrégation Sainte-Croix en 1914 et il fut nommé à l'Université St-Joseph. Tour à tour, il fut professeur, préfêt de [186] discipline avant de devenir le premier supérieur acadien de l'Université en 1925.

 

En 1928, il descend à la paroisse comme curé. Encore ici, il fut le premier acadien a être nommé à cette importante charge, curé de l'une des plus grandes paroisses du diocèse. Pendant son terme qui dura 6 ans, eurent lieu les assises du premier congrès marial du diocèse de Saint-Jean, les 4, 5 et 6 septembre 1931. La clôture de ce congrès pour la population de langue française eut lieu à Memramcook. La messe pontificale en plein air dans la cour de l'école réunit une foule immense. Pour perpétuer le souvenir de ce congrès, on érigea en face du presbytère un magnifique monument à Notre-Dame de la Paix.

 

En 1934, commencèrent les travaux de l'agrandissement de l'église et en juillet de la même année, les travaux de rénovation étaient déjà très avancés quand finit le second terme du Père Dismas LeBlanc, en juillet 1934. Comme collégien, le Père Dismas s'était acquis la réputation d'être un très bon acteur et c'est lors de la représentation du premier drame joué au Monument Lefebvre, qu'il perdit accidentellement le bout d'un doigt (second doigt de la main droite). Plus tard, il dirigea les comédies et drames qui se jouaient aux fêtes de la Sainte-Cécile et à la Saint-Joseph. II était aussi un très bon artiste et un amateur de la culture des fleurs. Retiré au presbytère de la paroisse durant ses dernières années, il est mort le 17 octobre 1957.

 

MGR PHILIPPE BELLIVEAU, P.D.

 

Philippe Belliveau, né le 21 juin 1861, fils de François Belliveau et Madeleine Landry. Etudes classiques au Collège St. Joseph 1879-81. Etudes théologiques au Grand Séminaire de Montréal, ordonné le 20 décembre 1884 à Montréal par Mgr Fabre. Curé de Grande Digue, le 30 septembre 1896. Créé prélat domestique en 1914. M.A., de l'Université St. Joseph, 1897. Décédé le 7 août 1933. Un saint prêtre, grand patriote il fut toute sa vie durant, un champion de l'éducation en Acadie.

 

Mgr Belliveau était surtout un bon orateur. II était connu comme [187] l'orateur des grandes circonstances. De belle prestance, de taille imposante, il savait commander l'attention de son auditoire. C'est lui, qui prononca l'oraison funèbre lors des funérailles du Père Lefebvre. Son discours pour me servir de propres expressions fut l'apothéose "du meilleur d'entre tous ceux qui ont vécu et sont morts en Acadie". Extrait du livre, Le Père Lefebvre et l'Acadie, de Pascal Poirier.

 

Aux fêtes du cinquantenaire du Collège, en juin 1914, Mgr Belliveau, lors du grand banquet dans le patinoir, fut au nombre des anciens, qui répondaient aux diverses santés. Là encore, il sut se faire valoir dans un discours à l'emporte pièce. A Grand Pré, en août 1921, lors de la prise de possession du terrain cédé à la Société Nationale de l'Assomption par le Canadien Pacifique, son discours intitulé "La revanche de l'Histoire", discours dans lequel il cite en anglais les neuf premiers vers, à jamais célèbres, du poême Evangeline de Longfellow "This is the forest primeval, etc..." Que sont devenus ces feuilles que l'ouragan a jadis dispersées en légers tourbillons sur l'onde et les sillons? Elles sont ici, Mesdames et Messieurs, en s'adressant aux quelques trois cents congressistes qui revenant du congrès national à la Pointe de l'Eglise (Church Point), s'étaient arrêtés à Grand Pré, (où se trouve aujourd'hui l'église St. Charles), les descendants de ceux et celles qu'on avait dispersés comme des feuilles éparpillées aux quatre coins du monde. Cette page d'histoire si bien racontée par l'orateur demeurera à jamais gravée dans la mémoire de ceux et celles qui l'ont entendu à Grand Pré en 1921. Comme orateur, Mgr. Philippe Belliveau, fait partie à juste titre des membres illustres de la paroisse de Memramcook.

 

MGR HENRI D. CORMIER

 

Le Frère Antoine Bernard dans son livre: "La renaissance Acadienne" écrivit:

 

"M. le curé Cormier à Moncton. A cette paroisse française de Moncton, née dans l'agitation, il faut un curé de choix, résigné [188] d'avance à semer parmi les épines. Qui assumera la redoutable tâche? Nul autre que l'Abbé Henri Cormier, fils de la paroisse et du Collège de Memramcook, prêtre âgé de quarante ans, répondit à l'appel de son évêque et accepta le lourd honneur. Ancien vicaire de l'Abbé Savage à Saint Bernard (1904-1906) et alors curé de l'Aboujagane, le Père Cormier ne se distinguait pas par une haute éloquence ou par des dons brillants de l'extérieur. C'était un humble, un patient, mais un fort. Résolument, il se mit à l'oeuvre et entraîna toute sa paroisse. II acheta, au prix d'environ $23,000.00 un bel emplacement d'église, à l'angle des rues Lutz et Saint-Georges. Ensuite, il y construisit une crypte inaugurée en 1915, qui devait suffire aux besoins du culte jusqu'à l'arrivée, en 1937, du premier archevêque de Moncton, Mgr Melanson. Car il y aura un jour un archevêque acadien à Moncton."

 

Voici ce qu'écrivait M. Henri P. LeBlanc, dans l'album souvenir du 25ième anniversaire - Paroisse Notre-Dame de l'Assomption, en février 1939. "Fondation de la paroisse". Sa grandeur Mgr LeBlanc qui avait été nommé au siège épiscopal de Saint-Jean en 1912 décida d'établir à Moncton une nouvelle paroisse. Le décret épiscopal statuait que la division viendrait en vigueur le 10 février 1914 et que monsieur l'Abbé Henri D. Cormier, alors curé de l'Aboujagane, en serait le curé. En 1914, le 10 février se trouvait un mardi. Or le Père Cormier devait arriver le lundi après-midi. Une réception fut préparée pour le nouveau curé. En attendant, un groupe de 75 Acadiens allèrent à sa rencontre à Painsec Junction. Avant la réception à l'église, il y eut un souper intime à l'hôtel LeBlanc. Ce soir-là, tous les paroissiens de l'abbé Cormier se rendirent à l'église St-Bernard pour recevoir officiellement leur pasteur. La cérémonie fut aussi simple que touchante. Après la cérémonie, le Père Cormier se retira dans la résidence que lui avaient acheté les paroissiens, immédiatement après sa nomination. Cette belle propriété était sur la rue Alma. Le nouveau curé se mit à l'oeuvre, Dès sa jeunesse, le Père Cormier, comme tous les enfants de la belle paroisse de Memramcook, avait appris à aimer le grand Saint-Joseph que l'on honore d'une dévotion toute spéciale dans cette paroisse depuis les jours du bon Père Lefebvre. Le nom de sa nouvelle paroisse qu'allait-il être? II aimait le nom de paroisse du Sacré-Coeur. Enfin, il opta pour le nom "Notre-Dame de l'Assomption". Toutefois, il choisit Saint-Joseph comme pourvoyeur des fonds. Est-il nécessaire de dire que dès le premier dimanche, le Père Cormier gagna tous les coeurs et rallia, selon le décret épiscopal, toutes ses ouailles sous la banière de Notre-Dame de l'Assomption. Le grand désir de tous était d'avoir une nouvelle église. Monsieur le curé ne tarda point à chercher où en jeter les fondations. Quant à lui, un véritable prêtre, l'église serait dans la localité où circule la population, un lieu où le Divin Prisonnier du Saint Tabernacle aurait des nombreux visiteurs. Le 21 mars 1915, la première messe fut célébrée dans le nouveau local, sous-basement de la cathédrale. "Le 21 juillet 1919, on commence les travaux à l'Académie du Sacré-Coeur". "Les Soeurs de la Providence arrivent [189] en 1922". "Les Soeurs Notre-Dame du Sacré-Coeur, le 23 décembre 1923". "On commenca la construction de l'Hôtel Dieu au mois de mars 1927". La Prélature pour Mgr Cormier. C'est au mois de mars 1934, que le Père Cormier fut élevé à la dignité de la Prélature Romaine par Sa Sainteté Pie XI. La cérémonie de l'investiture eût lieu à l'Assomption, le 5 juin suivant et fut l'occasion de grandes réjouissances. La mort de Mgr H.D. Cormier, malade depuis quelque temps, le médecin lui dit qu'il n'y a plus d'espoir, la réponse du saint prêtre fut "Deo Gratias". J'accepte volontiers. J'ai fait tout ce que j'ai pu. Le lendemain, le 2 août, il rendait son âme sacerdotale à Dieu. Paroissiens de l'Assomption, inclinons-nous devant la dépouille mortelle de notre premier curé. II s'est usé pour notre bien spirituel et temporel. Le 4 août avait lieu les funérailles de Mgr Cormier. Elles furent imposantes, pieuses, tristes, en présence d'un archevêque, de deux évêques, de plusieurs prélats, d'un grand nombre de prêtres, de religieuses et d'une foule de laiques de toutes les classes de la société, preuve indubitable du respect que la population de Moncton et des environs avait pour le regretté défunt. Que son âme sacerdotale repose en paix dans le sein de son Dieu.

 

Mgr Melanson, l'archevêque prononca les paroles suivantes lors du service funèbre:

 

"Le travail gigantesque qu'il a accomplit ici durant 25 années, les soucis et les tracas accumulés l'ont miné et usé au point que l'on peut dire que la grande preuve d'amour que l'on peut donner à ceux que l'on aime est de donner sa vie pour eux. Nous pouvons mesurer dans sa mort le degré d'amour et de dévouement que fut Mgr Cormier a porté à ses paroissiens. Aussi son souvenir demeure au milieu des siens et sa mémoire se transmettra de génération en génération comme le type achevé du vrai prêtre. Un apôtre infatiguable et un bienfaiteur insigne de sa race."

 

Mgr Henri Cormier est né le 24 octobre 1873, fils de Dominique Cormier et Lydie Dupuis. II fit ses études classiques à l'Université Saint Joseph et gradua bachelier ès Arts en 1895. Après ses études théologiques au grand séminaire de Québec, il fut ordonné prêtre à Saint-Jean, N.-B. le 16 juillet 1898 par Mgr Sweeney. II fut l'un des plus dignes fils de la paroisse de Memramcook. [190]

 

MGR. JEAN V. GAUDET, P.D.

 

Jean Gaudet, prêtre, né le 11 août 1883, était le fils de Vital Gaudet et Marie LeBlanc. II obtient son B.A. en 1902 de l'Université St-Joseph et fut ordonné prêtre en 1906 par Mgr Casey à Memramcook. II fut successivement vicaire à St-Paul (1906-1911), curé de St-Thimothée d'Adamsville (1911-1916), capitaine-aumônier du 165e Bataillon Acadien durant la guerre 1914-1918 et Major pendant la guerre 1939-1945. De 1919 à 1923, il fut curé de Ste-Anne de Kent, curé de Notre-Dame de Mont Carmel, Ste-Marie (1923-1925), curé de Shédiac de 1925 à 1939 et curé de Dieppe de 1942 à 1956 alors qu'il se retira à Dieppe. L'Université St-Joseph lui décerna un M.A. en 1908 et un doctorat en 1946. Créé prélat domestique en janvier 1948, il est décédé le 25 mai 1971. Son service funèbre fut chanté dans l'église Ste-Thérèse de Dieppe par Mgr l'Archevêque dans une messe concélébrée par plusieurs évêques et une centaine de prêtres dans une église remplie à capacité.

 

Après le service, le cortège funèbre se mit en route pour Memramcook pour l'inhumation dans le cimetière paroissial. A Memramcook, un dernier libera fut chanté dans l'église où il avait été baptisé, confirmé et où à douze ans, il fit sa première communion en plus d'y être ordonné prêtre en 1906. C'est ici aussi où il avait chanté sa première messe en présence de ses parents et amis. II fut le premier prêtre natif de la paroisse de Memramcook, proprement dite, à être ordonné dans son église paroissiale. Les membres de la Légion Canadienne présents en grand nombre, entouraient le cerceuil et à la fin du Libera, le clairon sonne le dernier "Reveil". La voute de la vieille église en tressaillit alors qu'on rendait un dernier hommage à ce fils issu d'une nombreuse famille qui pendant toute sa vie avait honoré et fait connaître sa paroisse, non seulement dans la province et dans le pays, mais même en Europe pendant les deux grandes guerres, comme aumônier militaire. II dort maintenant de son dernier sommeil parmi les siens. [191]

 

L'ABBE FRANÇOIS XAVIER CORMIER

 

Le Père Philéas Bourgeois, c.s.c., auteur de plusieurs livres et de nombreux articles pour les journaux, a écrit une courte notice biographique de l'Abbé François Xavier Cormier, premier prêtre né dans la paroisse de Memramcook et insigne bienfaiteur du Collège St-Joseph.

 

François Xavier Cormier est né le 27 février 1846 à l'anse des Cormiers, Memramcook, fils de Bénoni Cormier et Marguerite Cormier. En 1855, le jeune François fut envoyé, après bien des instances, au collège de M. Lafrance, c'est là qu'il révela ses talents et ses belles dispositions. En 1861, il fut envoyé par le Père Lafrance au collège Ste Anne de la Pocatière. A l'ouverture des classes en 1864, il fut l'un des premiers élèves du Père Lefebvre. II termina ses études classiques en 1867. II fit ses études théologiques au grand séminaire de Montréal, où il fut ordonné prêtre en 1870. II fut le premier prêtre acadien gradué du Collège St-Joseph. Vicaire à St-Jean et à Frédéricton. Curé à St-Anselme, au Village de Richibouctou et à Cocagne. En 1895, Mgr Sweeney, le nomma curé de l'Aboujagane, poste qui jusqu'à là, avait été une mission du Barachois. II y demeura curé jusqu'à sa mort le 4 août 1906. Un premier service funèbre fut chanté dans l'église de l'Aboujagane, après quoi, le défunt fut transporté à Memramcook où eut lieu un deuxième service chanté, par Mgr Casey, évêque de St-Jean. Dans son testament, l'abbé Cormier avait demandé qu'on placât, pour tout monument sur sa tombe, une petite pierre tombale, avec une inscription: commune, courte et simple.

 

Le Collège St-Joseph a voulu néanmoins lui élever un monument convenable en marbre. Ce dernier est érigé tout près des restes mortel du Révérend Père Lefebvre. L'inscription est courte et simple. Elle se Iit comme suit: "A la mémoire de l'abbé François Xavier Cormier, insigne bienfaiteur du Collège St-Joseph, décédé le 4 août 1906, à l'âge de 60 ans et 6 mois, R.L.P."

 

Bienfaiteur du Collège St-Joseph, feu l'abbé François Cormier Ia été, dans le vrai sens du mot. II a versé une première somme de $3000.00 lors de la construction de l'aile en bois du Collège. En 1900, lorsque cette [192] aile a été recouverte de pierre, il a versé un autre $3000.00. II a acheté la terre de feu Joseph Belliveau au prix de $4,400.00. Cette terre revenait au Collège après sa mort. Après ses funérailles, il laissait la belle somme de $3,200.00, ce qui fait un total d'à peu près $14,000.00 que ce fils de la paroisse a fourni à l'oeuvre de l'éducation. II a passé en faisant le bien et il mérite une première place à côté des autres enfants de Memramcook. II a été un grand et insigne bienfaiteur de son Alma Mater, patriote éclairé et providentiel de son temps et de son pays.

 

LE PERE NAPOLEON LANDRY

 

Le Père Napoléon Landry, né le 31 décembre 1884, fils de Philippe Landry et Marie Gaudet fit ses études classiques à l'Université St-Joseph et au Collège Ste-Anne de Pointe de l'Eglise en Nouvelle-Ecosse. II fit ses études théologiques au Séminaire d'Halifax et fut ordonné prêtre le 29 juin 1914 à Halifax par Mgr O'Leary. L'Université St-Joseph lui décerna aussi un M.A., en 1950. II fut vicaire à Bouctouche et curé dans les paroisses de Sackville et à Sainte-Marie de Kent de 1925 jusqu'à sa retraite en 1954. Le Père Landry a publié deux recueils de poésies "Poèmes de mon pays" et "Poèmes Acadiens". Ces publications lui ont donné une renommé non seulement au pays mais aussi en France. Dans un concours littéraire international organisé en 1951, par le Père Florimontain de Lyon, en l'honneur de l'Assomption de la Vierge Marie, son poème "Notre Assomption" a obtenu le quatrième prix. Le 20 mars, le texte a été lu dans la Basilique de Notre-Dame de Fourvière, à Lyon, et l'auteur a reçu comme trophée un diplôme à la Croix-Blanche de Savoie, Lauréat de l'Académie des Jeux Floraux de Lyon. En 1955, il obtint le grand prix de la langue française de l'Académie Française. Les poèmes du Père Landry, nous font voir son grand patriotisme, d'abord pour sa paroisse natale car il intitule un de ses poèmes "Memramcook" qu'il écrivit à l'occasion du centennaire de l'église. Patriotisme aussi pour sa patrie l'Acadie, pour laquelle, en diverses occasions, il lui dédia des poèmes.

 

M. Alphonse Désilets, secrétaire de l'Institut Canadien écrit ce qui [193] suit sur le Père Napoléon Landry:

 

"L'auteur et son oeuvre: Si notre poète national, Louis-Honoré Fréchette, revenait, il ne dédaignerait pas de prêter à ce beau livre le sous-titre de "légende d'un peuple". En des vers immortels, que Pamphile Lemay, nous présentait dans la noblesse de l'alexandrin français, Longfellow a chanté l'odyssée de l'Acadie Martyre. A son tour un poète authentique, descendat des héros de Grand'Pré et de Beaubassin, a décroché la cithare toujours pendant aux rameaux séculaires qui ombragent le puits d'Evangéline.

Monsieur l'Abbé Landry est à la fois historien et poète. Et c'est l'histoire qui nourrit sa muse préférée, celle du patriotisme.

 

Il y a dans ce livre tant de flamme et de vie ardente qu'on y retrouve en vérité, l'âme et le coeur de l'Acadie indomptée, debout dans sa foi vive et sa fierté française. II y a tant dans ces strophes, un souffle de grandeur d'énergie et de volonté qui entraîne vers les sommets de la pensée et détermine à l'action.

 

J'ai entendu des voix acadiennes, celles des Savoie, des Robichaud, des Bourque, des Sormany et des Poirier, entre autre, et j'en retrouve les accents nobles, virils, agressifs et tendres tour à tour, dans les chants du prêtre-poète ou passe l'âme de son pays.

 

Une critique moderne, moins soucieuse de la règle littéraire que protagoniste de l'aberration vers-libriste, cherchera la paille dans le lingot d'or vierge. Elle en trouvera toujours pour se boucher les yeux. Mais le lecteur ordinaire, celui qui demande à nos livres, l'aliment de son coeur et la lumière de sa pensée, ne se rassasiera point de méditer cette poésie, sobre et grave, simple et claire, expressive et entraînante. II s'en dégage un dynamisme auquel ne résistera pas le vieux levain patriotique de la race acadienne.

 

Les "Poèmes Acadiens" de M. L'abbé Napoléon Landry sont comme un chant de résurrection qui s'ajoute à l'épopée de la nation martyre, notre soeur dans la foi, le sang et la parlure, l'immortelle Acadie."

 

Le Père Napoléon Landry, de taille imposante, et bon athlète dans sa jeunesse mourut accidentellement à Moncton le 28 septembre 1956. Comme les autres fils de la paroisse, il a porté la renommé de Memramcook au-delà des siens. A côté de ses parents et de ses ancêtres, il repose en paix dans le cimetière de sa paroisse natale. [194]

 

SIR P. A. LANDRY

 

Au côté des prêtres et religieux, fils de la paroisse, qui ont joué un rôle de premier plan dans la vie de l'Eglise dans cette partie de la province, il y eut aussi des laïcs qui firent connaître notre paroisse dans le domaine professionnel et dont la renommé, qu'ils ont acquise fut rejetté sur leur paroisse natale, la paroisse de Saint-Thomas de Memramcook et en fut la gloire.

 

En premier lieu, ce fut Pierre Amand Landry, né à Memramcook en 1846 qui fût un des premiers élèves du collège Saint-Joseph. Ses études classiques terminées, il enseigna pendant quelques années avant d'entreprendre des études en droit. Le 21 octobre 1870, il fût admis au barreau du N.-B. situé dans l'édifice du Palais de justice de Dorchester; il était le 1er acadien à y être admis. Son père Amand Landry, qui fut le premier acadien élu député de la province, décida en 1870 de se retirer de la politique. Ce fut son fils, Pierre, jeune avocat, qui se porta candidat et fût élu député à l'élection de juin. II fut réélu en 1878, Ministre des Travaux Publics et Secrétaire-provincial et occupa ces fonctions jusqu'en 1883.

 

Elu député fédéral pour Kent en 1883, il obtient une maître ès Arts à l'Université Saint-Joseph. II fut juge pour le comté de Westmorland en 1890, juge de la Cour Suprême en 1893 et juge en chef de la Cour Suprême en 1912. II fut nommé Chevalier en 1916. De même qu'Amand Landry, son père fut avant lui le premier Acadien élu député à la Législature du Nouveau-Brunswick, son fils, Pierre fut le premier avocat acadien de sa province natale qui occupat un porte-feuille de Ministre de la Couronne. Le premier Acadien qui ait siégé sur le Banc de la Cour Suprême, le premier Acadien qui soit devenu Juge en Chef de cette même Cour, le premier Acadien qu'un souverain d'Angleterre ait nommé Chevalier. C'est à ma connaissance, un cas unique dans l'histoire du Canada. (Placide Gaudet).

 

Le juge Landry, décédé en juillet 1916, a été enterré à Memramcook dans le cimetière de sa paroisse natale. A l'entrée de l'Institut de Memramcook, anciennement, l'Université Saint-Joseph, on y voit une plaque apposée en 1955 par la Commission des lieux et [195] monuments historiques du Gouvernement du Canada.

 

Sir P.A. Landry.

 

Membre de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, 1870-1874, et 1878-82. Commissaire en chef des Travaux Publics et Secrétaire-Provincial, membre des Communes en 1883-1890 et juge en chef du Banc du Roy en 1913. Le premier acadien fait chevalier par sa Majesté le 13 juin 1916. Né à Memramcook, N.-B., le 1 er mai 1846, mort a Dorchester le 28 juillet 1916. (Fin de la citation)

 

Pour les personnes intéressées, Della Margeret Stanley, a publié une intéressante biographie de Sir Pierre A. Landry, intitulée: "Au service de deux peuples".

 

P.A. Landry a acquis une renommé considérable dans le monde politique et juridique. Cet homme fût l'âme et la tête de toutes nos oeuvres de redressement national, de nos conventions nationales, de nos conventions sur l'éducation et l'économie ainsi que pour notre lutte pour obtenir un évêque acadien. Derrière sa grande tenacité, était son grand talent d'orateur, son âme de patriote ardent, doué d'une intelligence peu commune et d'un jugement extraordinaire. Pierre Amand Landry peut être considéré comme le plus grand acadien de l'histoire. (Père Anselme Chiasson). II était un digne fils de la vieille paroisse de Memramcook.

 

LE JUGE ARTHUR LEBLANC

 

Arthur LeBlanc, avocat, né le 3 octobre 1879, fils de Thomas LeBlanc et Marie LeBlanc. Etudes classiques à l'Université St-Joseph B.A., en 1900. Admis au Barreau en 1905. Marié en 1907 à Mariie Mclnnes. Elu député à la législature pour le comté de Restigouche en 1917. Conseiller du Roi en 1921. Nommé juge de la Cour Suprême en mars 1924. M.A. 1925, L.L.D. 1931, de l'Université St-Joseph, L.L.D., Laval 1925. Crée Chevalier de St. Grégoire en juin 1937 par Pie IX.

 

Comme avocat, il s'est attiré une grande renommé. II a défendu plusieurs causes et a réussi à obtenir des verdicts favorables pour ses clients. II était reconnu comme un bon orateur. Ardent patriote, il était de [196] toutes les fêtes acadiennes. Fervent chrétien, il l'a été pendant toute sa vie. II repose maintenant dans le cimetière de sa paroisse natale à côté des siens, descendants des premiers habitants de la vallée ,de Memramcook.

 

LE SENATEUR ANTOINE LEGER

 

Antoine Léger, avocat, né le 16 octobre 1880 fils de Julien Léger et Marie LeBlanc. Etudes classiques à l'Université St-Joseph, B.A. 1903, admis au Barreau le 6 novembre 1907. Marié le 11 avril 1910 à Alvina Léger, élu député conservateur en 1925. Secrétaire-Provincial de 1925 à 1935. Depuis la Confédération, il fut le seul au Nouveau-Brunswick à avoir présenté le discours budgétaire dix années consécutives.

De plus, il fut auteur des livres suivants: "Les Grandes Lignes de l'Histoire de la Société l'Assomption" et deux romans "Elle et Lui", "Une fileur dAcadie". Pour ces deux romans, il s'est vu attribué le titre de premier romancier acadien et sa production historique et littéraire lui a valut l'honneur d'être reçu membre de la Société Royale du Canada. II obtient une Maîtrise ès Arts en 1928 et une L.L.D. en 1933 à l'Université St-Joseph. II fut nommé Sénateur en août 1935. II était l'avocat conseil de la Société l'Assomption, membre de la Société Royale du Canada, Vice-président du Bureau des Commissaires Censeurs de la Banque provinciale, aviseur parlementaire de la Délégation Canadienne à la deuxième réunion plénière des Nations-Unies. Patriote sincère, actif et compétent, le Sénateur Léger résidait à Moncton où il a maintenu une étude légale pendant 40 ans. Toute sa vie durant, il a resté profondément attaché à sa paroisse natale et la visitait aussi souvent que possible. Bon chrétien, il participait à toutes les grandes cérémonies religieuses qui se déroulaient dans la paroisse. Comme bien d'autres ex-paroissiens, il ne manquait pas la procession de la Fête-Dieu, le chapelet à la main on pouvait le voir dans les groupes d'assomptionistes qui défilaient en rang derrière la bannière de la Société. Lui aussi, il a fait honneur à sa paroisse natale en se montrant un de ses dignes fils partout où il a passé. [197]

 

Depuis le 7 avril 1950, il repose dans le cimetière de Memramcook où il a tenu à être enterré à côté de ses parents et amis.

 

DR DAVID LANDRY

 

David Landry, né en juillet 1866, fils de Vital Landry et Mathilde Cormier, fit ses études classiques à l'Université St-Joseph et gradua en 1885. Son cours classique terminé, il se rendit à Montréal pour faire ses études en médecine. Docteur à partir d'août 1895, il s'en alla pratiquer sa profession à Bouctouche. II se marie à Marie-Anne Michaud le 6 octobre 1894. II fut élu à la législature provinciale et devint membre du cabinet à titre de Secrétaire-Trésorier. II fut aussi Ministre d'agriculture de 1908-1912; le premier acadien à occuper ce poste. Pendant toute sa vie, le Dr. Landry eut à coeur la société l'Assomption. II fonda la première succursale à Bouctouche en 1904, seulement un an après la fondation de la société à Waltham en 1903. En autre, il fut Président Général de la Société de 1913-1919. II obtint de l'Université St-Joseph une maîtrise es Arts en 1901. II mourut le 18 décembre 1928.

 

Le Dr. Landry était reconnu comme un bon orateur et un ardent patriote. A toutes les fêtes ou manifestations acadiennes, il prenait une part active. Pendant toute sa vie, il fut aussi un bon chrétien. Le Nouveau-Brunswick, sa province natale qu'il a apporté pendant toute sa vie au service des autres au meilleur de ses capacités, en nommant un pont qui enjambe la rivière de Bouctouche, le pont Dr. David Landry. La plaque commémorative fixée à l'extrémité sud du pont fut dévoilée pas deux de ses fils, le Dr. Raoul Landry et le Père Léopold Landry, père Blanc, le 6 septembre 1980. [198]

 

LE DOCTEUR CAMILLE GAUDET

 

La renommée du Dr. Camille n'a peut être pas dépassé les cadres de la paroisse comparativement à celle d'autres fils de Memramcook, qui se sont distingués dans les différentes sphères de leur profession à travers la province et même à l'étranger. Mais c'est surtout dans les alentours de sa paroisse natale, que pendant presque 50 ans, le nom du Docteur Camille fut connu et où il exerce sa profession de médecin de famille. A ceci, il fut un modèle du genre, il fut un médecin qui était disponible vingt-quatre heures par jour. Le docteur Camille était le fils du Dr Edouard Gaudet et de Julia Michaud et est né le 15 mai 1888. II fit ses études primaires à l'école du village St-Joseph et ses études classiques à l'Université St-Joseph où il obtient un B.A. en 1912. II gradua en médecine de l'Université de Montréal en 1913 après quoi, il maria le 9 juin 1914, Corine Léger. II débuta sa pratique médicale à Montréal jusqu'en 1918. A l'automne 1918, il ouvrit un bureau à Shédiac, où il demeura jusqu'en 1920. C'est alors qu'il vint s'établir à St-Joseph où il pratiqua jusqu'à sa mort. II prenait la succession de son père, le Dr. Edouard puis de celle de son frère aîné, le Dr. Alfred. L'Université St-Joseph lui décerna un M.A. en 1941. Au moment de son décès, le Dr. Camille était conseiller de la commission de la santé du comté de Westmorland, président honoraire de la Chambre de Commerce de Memramcook, membre du Club Richelieu de Moncton, membre de la ligue du Sacré-Coeur, membre de l'Association des médecins canadiens de langue française et médecin de l'Université St-Joseph. Bien connu et apprécié dans tous les milieux sportifs de la région, il avait été lui-même, joueur de baseball, de hockey et de football. Toute sa vie durant, il montra un grand intérêt pour tous les sports qui se pratiquaient dans la vallée, en assistant aux parties et en leur fournissant tous les encouragements possibles. Le Dr. Camille était surtout reconnu pour sa grande charité. Au lieu de recueillir des honoraires, souvent c'est lui qui déboursait en faveur des déshérités. Lorsqu'un incendie aurait brûlé une maison dans la paroisse et les bénévoles passaient de maison en maison pour recueillir des offrandes en faveur du sinistré, le docteur fournissait toujours sa grosse part. Si celui [199] pour qui on demandait l'aumône avait un compte avec le docteur, il lui donnait aussi un reçu payé en entier. Cela se passait évidemment avant l'avènement de l'assurance maladie. Le docteur Camille est décédé le 29 novembre 1961 après une courte maladie. Lors de ses funérailles, l'église St-Thomas était remplie à capacité, témoignage de l'estime de tous les paroissiens, envers celui qui, pendant toute sa vie, leur avait prodigué ses soins et ses conseils. II repose en paix dans le cimetière paroissial.

 

ALPHE BELLIVEAU

 

M. Alex Savoie dans son livre "Un siècle de revendication scolaire au N.-B." raconte ce qui suit au sujet du professeur Alphé Belliveau: "Un grand méconnu". II cite les paroles du Père Hector Belliveau, un des fils du professeur:

 

"Durant une période de 40 ans, le professeur Alphé Belliveau a donc formé près de 2,000 enseignants qui portèrent ensuite, avec plus de compétence et un meilleur salaire, l'éducation à des centaines de mille petits Acadiens dans les paroisses du N.B."

 

Qui était Alphé Belliveau?

 

Pour bien comprendre le caractère de l'homme et l'influence exercée dans son milieu, il faut rappeler deux faits de sa jeunesse: il n'hésitait pas à marcher huit milles par jour pour parcourir la distance qui séparait le village des Belliveau, son patelin, au Collège St-Joseph et Memramcook, où il commenca son cours commercial en 1864 et son cours classique en 1867. De plus, il avait comme amis du collège, Pascal Poirier, Pierre Amand Landry, Placide Gaudet, Philias T. Bourgeois, Philippe Belliveau et André T. Bourque pour ne mentionner que les plus importants. Comme ses amis, il fut sans doute influencé par les charismes du Père Camille Lefebvre. A sa façon, il jouera un rôle très important, quoique plus effacé à la renaissance des Acadiens. [200]

 

II termine ses études en 1870 et opte pour l'enseignement dans le but d'améliorer l'instruction des petits Acadiens qui étaient fort dépourvus dans ce domaine. II enseigna trois années à l'école primaire,de Memramcook, avant d'enseigner cinq années à Grosses-Coques et à Saulniervïlle, chez les Acadiens de la Baie Ste-Marie dans la NouvelleEcosse. Le 16 avril 1879, Alphé Belliveau était engagé pour enseigner aux élèves francophones du cours préparatoire à l'Ecole Normale de Frédéricton. II obtint la permanence d'emploi le 1 août 1880. II fut titulaire du cours français de 1885 à 1920. En 1885, il épousait Marie Babineau, une ancienne élève du couvent de Saint-Louis et une de ses premières élèves du département préparatoire à l'Ecole Normale. De 1885 à 1920, la famille Belliveau fût la seule famille française à demeurer à Frédéricton. Le milieu était alors entièrement anglophone; pas un mot de français à l'église, à l'école et dans la rue. Malgré cette situation défavorable, Alphé et Marie Babineau ont réussi à élever une famille de sept enfants en français. La demeure des Belliveau devenait le lieu de rendez-vous des députés acadiens durant la session du parlement à Frédéricton. "Même Pierre A. Landry, alors juge de la Cour Suprême au N.-8., écrit le Père Hector Belliveau, assistait à ces soirées." Alphé Belliveau mourut le 1 juin 1927 à l'âge de 76 ans moins deux mois, sa mort passa inaperçue. II ne reçu aucun éloge pour l'immense travail accompli au cours de ses quarante années de service à la cause française au Nouveau-Brunswick. II a passé en faisant le bien et c'est le cas de dire avec l'historien: "Le bien ne fait pas de bruit". Alphé Belliveau avait dédié sa vie à la formation des futurs enseignants francophones de la province et il ne dévia jamais de l'objectif qu'il s'était fixé. II le fit toujours avec dignité. Mgr Carney, curé, fit un touchant éloge au défunt lors de ses funérailles et parla du rôle qu'il avait joué dans les activités paroissiales et dans l'enseignement. Des quantités d'éloges de ceux et celles qui ont fréquenté le cours français de l'Ecole Normale de Frédéricton, lorsque le professeur Belliveau y enseignait, ont écrit des témoignages éloquents d'appréciation de leur ancien professeur. Comme tous les autres fils de la paroisse de Memramcook, il a fait honneur à sa paroisse natale et en même temps à sa race et à son pays. [201]

 

ARTHUR GAUDET, B.A., M.A.

 

C'était le 9 mai 1949, un de ces beaux matins de mai, qu'on portait en terre ses restes mortels. Son âme immortelle s'était envolée vers son créateur quatre jours auparavant. Arthur Gaudet, agronome, un pionnier, dort maintenant du sommeil des justes dans le cimetière paroissial, protégé par un grand Calvaire et à l'ombre des érables en attendant le jour du réveil général. II dort à côté d'un Lafrance, d'un Lefebvre, d'un Guertin, d'un Landry, tous des pionniers dans différents sphères d'activités, à côté de ses ancêtres, pionniers eux aussi et fondateurs de la paroisse. Mort à la tâche, il aurait pu prendre une retraite bien méritée à 64 ans mais cédant aux demandes de son chef, il continua à remplir ses fonctions jusqu'à ce que le mal le terrassa. Cet homme de devoir voulait remplir jusqu'au bout sa mission.

 

Arthur Gaudet a eu dans sa vie deux amours; son pays et l'agriculture. Son pays, c'était tout d'abord sa famille, son épouse distinguée et ses enfants dont il pouvait à juste titre s'en orgueillir, son église paroissiale où il fut baptisé, où il se maria, où deux de ses fils reçurent le sacerdoce, où il servit lui-même comme enfant de choeur durant une soixantaine d'années, son Université, où il fit ses études classiques et qui l'honora d'un parchemin de Maître des Arts, son village de St-Joseph qu'il servit de mille et une manières, comme juge de paix, secrétaire d'école, secrétaire des propriétaires des marais, secrétaire de la société d'agriculture, secrétaire des producteurs de fraises, président de la succursale Lefebvre de la société l'Assomption, président de la compagnie de l'aqueduc, amateur et supporteur des clubs de baseball et d'hockey ainsi que pour tous les mouvements pour l'avancement du village, de la paroisse, enfin de l'Acadie dont il épousa toutes les causes et qu'il savait défendre en tout temps, comme patriote ardent et éclairé. Arthur était avant tout un Acadien de tous les jours et non seulement des grandes occasions et des grands ralliements patriotiques, membre distingué de nos sociétés nationales et mutuelles, conseiller général de la Société l'Assomption pendant plusieurs années, membre de l'Association Acadienne d'Education, ligueur du Sacré-CSur. [202]

 

L'agriculture, après son pays, l'avait prit tout entier. A l'emploi du ministère fédéral pendant au delà de quinze ans, il parcourait les sections françaises de notre province et prenait part à tout mouvement d'organisation et de relèvement agricole. Transférant, en 1926, ses activités du département fédéral au département provincial, il devenait par le fait même agronome de district pour les comtés de Westmorland et Kent avec un bureau à Moncton. Son travail comme agronome, le mettait en contact journalier avec les fermiers de deux comtés et leurs nombreux problèmes. Profitant de ses vastes connaissances, tous recevaient la réponse appropriée et de bons conseils. Secrétaire pour au-delà de 27 ans et membre de l'exécutif de l'Association des Fermiers de la province, Arthur était l'âme dirigeante de cette organisation. En sa qualité de secrétaire correspondant, travail qui accaparait beaucoup de son temps, il voyait aux programmes de l'assemblée annuelle, à la présentation auprès des autorités gouvernementales des nombreuses résolutions adoptées tous les ans. II fut aussi secrétaire de la Société de Littérature Française Agricole depuis sa fondation, il était l'homme responsable de la publication du "Fermier Acadien" et Dieu sait les nombreuses difficultés qu'il eut à surmonter. Arthur Gaudet fut donc un pionnier dans ce domaine de l'agriculture. C'était lui l'aîné, qui était toujours prêt a donner un bon conseil à nous les plus jeunes et le corps agronomique de la province tant anglais que français perds en lui un de ses membres les plus distingués, qui a su en tout temps faire honneur à sa profession. Orateur avec la parole chaude, il pouvait enthousiasmer les foules. II était parfaitement bilingue, bon conférencier, apôtre du mouvement co-opératif, il était de toutes les fêtes et de tous les rassemblement agricoles. Arthur était avant tout modeste, il faisait le bien tout en restant dans l'ombre.

 

La foule immense qui remplissait la grande église de Memramcook témoigne de l'amitié qu'il s'était créé durant sa vie. Funérailles, imposantes, spectacle jamais vu en Acadie où trois frères, deux prêtres et un séminariste célébraient la messe de Requiem, présidaient à l'Absouts et récitaient les dernières prières sur la fosse de leur père en ce 9 mai 1949 (étrange coincidence, ce jour était le jour anniversaire de sa naissance.

 

Sur cette tombe fermée depuis quelques jours, nous ses confrères de travail, voulons déposer l'offrande de nos plus ardentes prières, offrir nos plus sincères condoléances à la famille et leur assurer que nous garderons de celui qui nous avons nous aussi aimé et admiré, un pieux et fidèle souvenir. [203]

 

M. HENRI P. LEBLANC

 

Lors des funérailles d'Henri P. LeBlanc, Euclide Daigle écrivait dans l'Evangéline:

 

"Le 17 juin 1958, sur une hauteur dominant la rivière Petitcodiac, nous avons remis à la terre, Henri P. LeBlanc (1879-1958). Encore à la face des peuples et des siècles, comme à la face du ciel, de la terre et de la mer, nous avons proclamé les mérites de celui qui venait de déposer les armes. Comme on descendait sa dépouille mortelle dans le tombeau, la foule laissa éclater son admiration reconnaissante en entonnant et avec quelle émotion, l'Avé Maris Stella, ce chant religieux et patriotique que le défunt avait si souvent entonné lui-même pour clôturer des réunions acadiennes et qu'il convenait d'entonner pour clôturer une carrière un vie acadienne."

 

Une heure auparavant, sous la voûte du Monument de Reconnaissance Acadienne, l'éloge du défunt sortait de la bouche de l'Archevêque des Acadiens:

 

"Sans vouloir prononcer l'oraison funèbre, disait Mgr L'Archevêque, il est de mon devoir de souligner les grandes qualités qui ont caractérisé le cher disparu. L'Eglise Canadienne et l'Église Acadienne perdent un grand serviteur, un fidèle serviteur. L'Acadie perd un ardent patriote dont le rôle et les services seront davantage reconnus à mesure que se fera le recul des années."

 

Les remarques que faisait S.E. Mgr Robichaud le 17 juin 1958 avant d'officier à l'absoute d'Henri P. LeBlanc, pointaient également vers l'avenir: "Si je puis formuler un voeux", disait Son Excellence, "C'est la prière que ferait le défunt lui-même s'il vivait encore, qu'il ait parmi nos laïcs de nombreux et fervents imitateurs."

 

Henri LeBlanc, né le 21 juillet 1879, fils de Pierre LeBlanc et Marie Belliveau. Etudes classiques à l'Université St-Jospeh. Etudia la [204] philosophie à Montréal. Marié à Euphémie Arsenault le 30 juillet 1906, il entra au service de l'Intercolonial à Moncton en 1907 où il devint directeur du magasin C.N.R. II obtint un M.A. de l'Université St-Joseph en 1930 et un doctorat en histoire de l'Université St-Joseph de Moncton en 1955. II reçu la médaille "Pro Pontofice et Ecclesia" en 1937. II fut le premier organisateur général de la Société l'Assomption, nommé à ce poste le 8 mai 1904. Un historien de la Société lui consacre cette phrase élogieuse: "Par sa parole vigoureuse, sa connaissance approfondie de l'histoire de l'Acadie, son enthousiasme ardent, il sut vite enrôler sous l'étendard de !'Assomption, les Acadiens des Etats-Unis". Conseiller général de la Société pendant plusieurs années, lui aussi fut un des dignes fils de la paroisse de Memramcook.

ABBEY LANDRY *

*[La Société historique de la Vallée de Memramcook a apporté quelques ajouts ou corrections à cet artice afin d'en assurer la précision historique.].

 

Abbey Landry, né le 2 octobre 1903 était le fils de Philomon Landry et Eleonore Bourque. II fut marié à Eveline Léger le 5 août 1929. C'est pendant les années 40 * qu'il fonda la compagnie "Abbey Landry Construction Co." ** ; et il commenca à prendre des contrats pour construire des écoles un peu partout dans la province. Cette compagnie à date a construit plus d'une quarantaine d'écoles. En plus, il dirigea aussi la construction des églises de Lakeburn, Parkton, Dieppe, Bouctouche, Pointe Sapin, Ste-Marie, St-Paul Notre-Dame, Newcastle ainsi que le monastère des Trappistines et celui des Trappistes de Rogersville. En 1947, il construisit le collège Notre-Dame d'Acadie à Moncton et en 1950 il construisit la bâtisse de la Société l'Assomption sur la rue St-Georges de Moncton. De 1960 à 1965, il construisit plusieurs édifices de l'Université de Moncton tel que l'école Normale, différentes résidences *** et l'aréna Jean-Louis Levesque.

*1953
**Abbey Landry Ltd
***L'édifice des Sciences et la Bibliothèque

 

En Nouvelle-Ecosse, la compagnie Abbey Landry Ltd construisit une résidence au Collège Ste-Anne de Pointe de l'Eglise. A Shédiac, il construisit Villa Providence. II construisit aussi les résidences des religieuses N.D.S.C, de Pointe Sapin Grand Sault, Baie Ste-Anne, Pré-d'en-Haut et St-Anselme.

 

II fut responsable des additions à l'Hôtel Dieu et à la Moncton City Hospital, à l'Hôtel-Dieu de Chatham de même qu'à la succursale de Mountain Road de la Banque Royale, de la Banque de Commerce de la rue Main de Moncton, du magasin Dominion et autres compagnies de la ville de Moncton.

 

Abbey Landry a su pendant sa vie s'entourer de bons ouvriers et de maîtres charpentiers. II est mort à la tâche le 17 décembre 1968. La compagnie reste toujours sous la direction de son fils aîné, Laurie, et oeuvre dans le domaine de la construction au Nouveau-Brunswick. Toutes ces églises, toutes ces écoles et bâtiments variés que l'on trouve un peu partout dans la province sont un témoignage de l'oeuvre accomplie par ce fils de la paroisse de Memramcook et autant de monuments consacrés à sa mémoire. Lui aussi a fait honneur à Memramcook.

 

ELOI LEBLANC

 

En collaboration spéciale dans l'Evangéline du mercredi 5 juillet 1978, le Père Médard Daigle, c.s.c., professeur à l'Université St-Joseph pendant au-delà de 25 ans écrivait ce qui suit:

 

"L'Acadie se souviendra longtemps de ce petit violoneux qu'on remarquait à peine au début des soirées parce que sa taille et son humilité, son respect des autres et sa conscience professionnelle le tenaient à l'écart.

 

La nature l'avait doué d'un physique modeste, avec un nez et des oreilles amplifiées ce qui explique peut-être sa timidité. Sans érudition, mais aussi sans prétention, Eloi parlait peu et d'un timbre de voix étouffée, utilisant le language du terroir, c'est-à-dire le parler quelque peu "sagouinien", ne disant que ce qu'il voulait dire, dans ce français folklorique pittoresque et sublime sans détour et sans éclat, préférant se taire et passer pour niaiseux plutôt que d'afficher ce qui dépassait ses connaissances et sa sincérité. [206]

 

Au début des soirées, alors que les poignées de mains et les rires introduisaient les rencontres, Eloi, renfrongré à l'ombre du piano, ajustait la voix de son violon dans des quintes parfaites, aidé de sa soeur, Laura, sa fidèle accompagnatrice.

 

Quand tout à coup le micro annonçait: "Eloi LeBlanc", et dès que les applaudissements et les hourrah s'éteignaient, les mélodies sonores, puissantes, précises, vigoureuses remplissaient toute la salle, atteignant les coins et les recoins des objets, des coeurs et des consciences.

 

Toute une vie folklorique surgissait de son violon, tantôt tendre et doux comme une mousseline de mariée, tantôt fulgurant et endiablé comme une course de chevaux. Dans une salle bondée de monde ou dans l'intimité d'une humble cuisine, le violon d'Eloi chantait, riait ou pleurait, émouvant jusqu'aux plus réfractaires à la musique.

 

Eloi a plus fait pour l'Acadie que bien des discoureurs et des chevronnés. C'est en travaillant et en amusant qu'il fut patriote. Son violon chantait l'Acadie, perpétuait les pures expressions de son folklore, la faisait aimer par les charmes de ses mélodies, de son âme, de sa sincérité, de son amour, sans jamais blesser personne.

 

Pour Eloi, le violon servait de prolongement à sa personne, ou plutôt sa personne passait dans son violon. Alors il révélait sa foi, son language, tout ce qu'il avait au coeur, et il s'exprimait son être avec la clarté d'un message écrit.

 

Dès l'âge de huit ans, sur un violon plus long que le bras, car les petits violon adaptés aux enfants étaient alors inconnus, Eloi, en compagnie de ses frères et soeurs, accumulait à chaque jour ce fameux répertoire qui fit de lui une encyclopédie vivante, vibrante et exacte de toutes les mélodies exprimées par les violoneux des Maritimes.

 

Ne connaissant que très peu la lecture musicale, Eloi compensait cette lacune par une mémoire phénoménale qui avait l'avantage de saisir plus fidèlement les nuances, les ritournelles, les soupirs même de ses condisciples. Ce qu'il avait dans la tête, il l'avait sous les doigts; ses mains semblaient directement branchées sur sa mémoire, de sorte que ses doigts, même son petit doigt crochu, couraient avec une précision et une rapidité incroyable. Il était notre Jean Carignan acadien. S'il n'avait pas comme son brillant émule, la prestance, la technique merveilleuse, ni les connaissances approfondies des mélodies traditionnelles puisées aux sources même de leur origine, il en avait l'âme, la justesse, la rapidité, la mémoire et la beauté sonore.

 

Un jour il me joua le début de Rosmarin de Kreisler, m'avouant qu'il ignorait le reste. Quelques jours après, il me joua la pièce en entier parce qu'il avait eu le bonheur de l'entendre sur disque. Sa mémoire formidable accumulait beaucoup plus vite les airs que les titres, et il s'agissait de turlutter ou de "subler" (siffler) une "toune pour que la reprise sorte claire, nette, en pleine allure sous les doigts magiques de notre héros.

Conscient de la gravité de sa maladie, cette vedette régionale envisagea la mort avec sérénité. II choisit et paya son cerceuil, exigeant simplement le petit symbole d'un violon sur sa tombe. II [207] révéla même à quelques intimes qui le visitaient les morsures progressives que la mort grugeait dans ses entrailles; et tout cela sans frayeur, sans énervement, tout simplement comme s'il avait rendez-vous pour un concert chez Dieu."

 

Au salon funéraire Dupuis, le premier soir, le père Médard Daigle, grand ami et admirateur du célèbre violoniste, rappela la grandeur caché de ce petit homme qui distribua son temps, sa musique, son coeur et sa santé pour que l'Acadie participe un peu plus à cette fidélité folklorique ou le travail, la joie, la fidélité, l'âme des ancêtres reviennent chez nous à travers les mélodies, les chants et les objets d'autrefois.

 

Puis lui-même, s'excusant de son audace, prit son violon, joua pour les sympathiques assistants, ces mélodies toujours nationales "Ave Maris Stella" et "Reine d'Acadie", ces deux airs de chez nous à la fois religieux et patriotiques qui ont rallié tant d'énergie et d'amitié chez les Acadiens, non seulement pour louanger la Vierge-patronne et son Fils, mais pour l'obtention de nos droits linguistiques et politiques.

 

Ses obsèques remplirent les bancs, les allées et le sanctuaire de l'église de Pré-d'en-Haut. Parmi les vingt-deux petits violonistes aux écoutes de Suzuki et dirigés par le curé, une dizaine des meilleurs âgés de 10 à 12 ans, ajoutèrent leurs sympathiques cordes à la louange liturgique dirigée par Alice Belliveau.

 

Le Père Paul Prévost, c.s.c., célébrant, fit une admirable éloge du défunt, et c'est ainsi que disparut, aux regards des yeux mouillés, Eloi LeBlanc, probablement le plus éloquent folkloriste de notre région.

 

Eloi LeBlanc est né à Collège Bridge, le 26 novembre 1909. Fils de Protais LeBlanc et d'Henriette LeBlanc. Avec son violon, à sa manière, a fait connaître sa paroisse natale et lui a fait honneur. II est mort le 21 juin 1978. II repose maintenant dans le cimetière de la paroisse de la Pré-d'en-Haut, paroisse où il a vécu une partie de sa vie. [208]

 

ALYRE CORMIER, B.S.C., C.A, C.D.

 

Alyre Cormier est né le 27 septembre 1923, fils de Damien Cormier et Alva Landry. Etudes commerciales à l'Université St-Joseph. II fut un des premiers gradués de la classe du cours de Sciences Commerciales (B.S. Comm.) à l'Université St-Joseph en 1945. Marié à Andréa Doucet le 29 juin 1953. II fut employé, comme assesseur, au bureau provincial de l'Impôt sur le Revenu, Saint-Jean, N.-B. II est le seul Acadien à occuper ce poste de confiance au bureau de Saint-Jean.

 

Le Bulletin des Anciens de l'Université de Moncton du mois de mars 1981 disait à son égard:

 

"La Chambre de Commerce de Moncton Métropolitain (CCMM) s'est élu le mois dernier lors de sa 90e réunion annuelle, un nouveau président en la personne de M. Alyre Cormier, professeur à la Faculté d'administration de l'Université de Moncton. M. Cormier succède ainsi à Donald Lebans de MacArthur Flower Shop qui devient président sortant. II est le cinquième francophone à accéder à ce poste tant convoité par nos amis anglophones. Dans une entrevue accordée au journal l'Evangéline, le nouveau président déclare que la CCMM s'est sensibilitée au fait français à l'intérieur de ses murs et croit que cette tendance ne peut aller qu'en accentuant.

 

M. Cormier à l'emploi de l'Université de Moncton à titre de professeur de comptabilité finance depuis 1975. II a accumulé au cours des années, une expérience fort intéressante dans le domaine des affaires. Sa carrière a débuté en 1945 alors qu'il était au service de Revenu Canada à St-Jean, N.-B. Lors de son séjour à St-Jean il a également servi dans les forces armées réserve (marine) et lorsqu'il quitta St-Jean et la marine réserve, il détenait la grade de Lieutenant-Commandant.

 

De 1963 à 1967, il fut président et contrôleur d'un groupe de sociétés à Fredericton. En 1967, il fut embauché par l'Assomption Cie Mutuelle d'assurance-vie, puis devint président et directeur général de l'Imprimerie Acadienne et du journal l'Evangéline. Quelques temps plus tard, il acceptait un poste de vice-président administratif avec la Cie de Gestion Atlantique Ltée.

 

M. Cormier est comptable agréé et un ancien président de l'Institut des Comptables agréés du Nouveau-Brunswick, deuxième francophone à occuper ce poste. II siège de plus à divers comités qui se préoccupent de près ou de loin du développement économique de la région."

 

De plus, il a été membre du conseil scolaire District No. 15 de Moncton et président du Comité de Finances, président de la Commission des biens temporels, Archidiocèse de Moncton (Comité aviseur à l'Archevêque de Moncton), président du Conseil paroissial, Paroisse du Christ-Roi. Moncton. Actuellement, il est le directeur général, Institut de Memramcook à Saint-Joseph, N.-B. Un autre fils de la paroisse qui occupe d'une manière digne, un poste de confiance et qui fait honneur à sa race, à sa paroisse natale. [209]

 

GIORGIO GAUDET, B.A.M.A.

 

Giogio Gaudet, fils de Louis Gaudet et d'Alice Gauvin est né en juin 1941. Bachelier es Arts de l'Université de Moncton, maîtrise es Arts en travail social de l'Université de Montréal et Diplômé en Gestion (Career Assignment Program) de la Fonction publique du Canada. II est marié à Rosella Gaudet le 15 août 1964.

 

Tour à tour, enseignant à l'école secondaire de type correctionnel, N.-B. en 1961-62, travailleur social, ministère de la Jeunesse et Bien-être, N.-B. en 1964-65, surveillant, service au Bien-être de l'enfance, Ministère de la Jeunesse et Bien-être, N.B. de 1965-1967, surveillant suppléant, programme d'assistance sociale, Ministère de la Santé et Bien-être, N.-B. en 1967-68, professeur à l'Université de Moncton à la Faculté des sciences sociales 1968-70, directeur de la Formation et du Développement du personnel du Ministère de la Santé et Bien-être, N.-B., 1970-71, directeur du programme de développement social au Ministère des Services Sociaux, N.-B. 1971-73.

 

Analyste de politiques sociales au bureau du conseil privé, Ottawa, 1973-74, agent exécutif principal au bureau du Sous-Ministre, Santé et Bien-être social, Canada, Ottawa, 1974-76, directeur à la division des Services Sociaux, Santé et Bien-être social Canada, Ottawa, 1976-77.

 

Ces divers stages dans le domaine du Bien-être et de la Santé lui ont permis d'accéder au haut poste de Sous-ministre en août 1977 au Ministère des Services Sociaux à Frédéricton. Les Acadiens qui ont atteint le poste de Sous-ministre sont peu nombreux et lorsqu'un jeune homme de moins de 40 ans y arrive, on peut dire de lui "il est jeune, il est vrai, mais aux âmes, bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années". En occupant la position de Sous-ministre au Ministère des Services Sociaux à Frédéricton, Georgio Gaudet, un autre fils de Memramcook fait honneur à sa paroisse, à son village natal et à sa famille. [210]

 

J. DOLLARD LANDRY

 

Date de naissance: le 10 juillet 1942

Lieu de naissance: Memramcook-est, N.-B.

Parents: Onisime Landry et Feu Régina Arsenault

Marié à: Huberte LeBlanc, le 5 septembre 1966

Education:

Cours Commercial, Collège Saint-Joseph, 1959.

Baccalauréat en Sciences Commerciales, Université Saint-Joseph. Moncton, 1963.

Maîtrise en Commerce, Université de Moncton, 1964.

Doctorat en Economie du Développement, Université de Paris. France. Scolarité en 1964-65; défense de thèse intitulée: "Structures des Provinces Maritimes du Canada face au Développement Economique" en 1971, et obtention du doctorat. Bourses d'étude:

1962 et 1963 - Boursier du Club Acadien.

1964 - Boursier de l'ACELF, donné par "L'Union du Canada".

- Bourse d'enseignement de l'Université de Moncton.

- Bourse de dévouement du Conseil étudiant de l'Université

1965 - Bourse France-Acadie.

Publications:

- Mémoires de la Société Royale du Canada, 1977 "La nature et les causes des disparités socio-économiques sur le territoire acadien".

- Revue de l'Université Sainte-Anne, Nouvelle-Ecosse, 1977 "Les circonstances économiques des provinces maritimes et des régions acadiennes".

- M.E.E.R., Bureau régional, Moncton, 1979. "Les parcs industriels de la région de l'Atlantique: une évalucxtror de l'incidence économique".

- Revue de l'Université de Moncton, 1980. "Le sous-développement en Acadie"

Emplois: [211]

- CHARGE D'ENSEIGNEMENT, 1965-67; Université de Moncton.

- AMENAGISTE RURAL, 1967-70, à l'Institut de Memramcook, sous le programme de l'Arda, responsable de Kent-Westmorland.

- ANALYSTE INDUSTRIEL, 1970-71, au Ministère de la Croissance économique, Fredericton.

- AGENT DES SUBVENTIONS, 1971-72, au M.E.E.R., Bureau de Fredericton, il s'occupait principalement des régions francophones du N.-B.

- GERANT DES ENTENTES FORDER-ARDA, 1972-74, au M.E.E.R., bureau de Fredericton, il s'occupait principalement de l'entente FORDER du Nord-Est du N.-B. et de l'entente ARDA de Kent.

- ANALYSTE REGIONAL, 1974-76, au M.E.E.R., bureau régional de Moncton.

- ADMINISTRATEUR, ANALYSES ECONOMIQUES, 1977-80, au bureau régional de la région Atlantique, Moncton.

- DIRECTEUR DE LA PLANIFICATION, 1980-81, M.E.E.R., Bureau régional de la région Atlantique, Moncton (avec un personnel de 14).

- DIRECTEUR GENERAL, Conseil Economique Acadien, 1981, prêté pour 3 ans par le M.E.E.R. afin d'établir le CEA sur une base plus permanente, responsable d'établir un secrétariat, préparer un Bulletin (à tous les 2 mois), faire le recrutement et les relations publiques, et faire ou diriger de la recherche sur l'économie des Acadiens.

 

Dollard Landry, malgré son jeune âge, a déjà joué un rôle de premier plan dans différentes sphères de l'enseignement, dans le service civil et à mis ses vastes connaissances au profit des Acadiens du Nouveau-Brunswick. Ce jeune homme est un digne représentant de la Vallée qui l'a vu naître et a contribué comme bien d'autres, à répandre sa renommée comme étant un des plus beaux coins de l'Acadie, pourvoyeuse d'homme et de femmes qui l'ont honoré et l'honorent encore. [212]

 

SGT. ALBAN LEBLANC

 

Une biographie du Sgt. Alban LeBlanc de la plume de Robert E. LeBlanc, officier des Services de la Succursale no. 89 de la Légion Canadienne nous dit:

 

"Alban LeBlanc s'enrolle à Fredericton, le 26 novembre 1942. II fut assigné au camp militaire d'Edmundston. Après son entraînement à Edmundston, il fut transféré au Camp de Valcatier, P.Q., et assigné au régiment "Les Voltigeurs de Québec". En juillet 1942, on le retrouve au camp militaire de Whitley en Angleterre. Là, il se joint au fameux régiment Royal Même, les "Van Doos". En janvier 1944, les "Van Doos" mettaient pied à terre à Valina, port de mer d'Italie. Le 15 janvier, le soldat Alban LeBlanc ainsi que ses copains du régiment du Royal 22ième connaissaient la terrible réalité de la guerre à Anzio en Italie où l'hiver se passa dans les tranchées au nord du chemin d'Ortona-Orsagna.

 

En mai 1944, les forces alliées, par le Royal 22ième, dont Alban LeBlanc faisait partie, attaquait la fameuse ligne Adolphe Hitler. Le 23 mai 1944, le Sgt. Alban LeBlanc se distingua au point de se mériter la médaille militaire.

 

Les compagnies A, B et C, accompagnées de trois chars d'assaut devaient, à travers un long champ de pois, avancer sur l'ennemi à l'heure zéro (9:00 a.m.). Après une avance de 400 verges, les trois compagnies furent arrêtées par une mitrailleuse Allemande qui vomissait 700 balles à la minute. Chaque peloton comptait plusieurs morts et blessés. Reculer ou avancer s'avérait impossible à cause du feu mortel provenant de la mitrailleuse Allemande installée à cent verges du peloton 13, dont le sergent Alban LeBlanc et son ami le soldat Armand Landry faisait partie. Au moment où le soldat qu'il était blessé, le sergent Alban LeBlanc sauta debout et s'attaqua seul au nid de la mitrailleuse Allemande. Après avoir lancé une grenade no. 36 dans cette direction, il fonça sur la position ennemie avec une mitrailleuse légère ("Bren Gun') crachant 120 balles à la minute. II captura seul cet emplacement ennemi si dangereux. [213]

 

Les documents attestant cette rencontre nous donnant la suite: Le sergent Alban LeBlanc fonça seul la position ennemie et captura la position de la mitrailleuse et l'en débarrassa de ses occupants. II fut décoré par le roi et reçut une lettre de félicitation de l'Honorable Vincent Massey, Haut Commissaire du Canada, à Londres.

 

Le 30 décembre 1944, le sergent LeBlanc souffrit une blessure qui consistait de trois "scharnels" à la jambe gauche. En août 1945, le régiment Royal 22ième se rendait en France afin de continuer leur campagne à travers la Belgique, la Hollande jusqu'en Allemagne. Une fois la campagne d'Europe terminée, il s'en revint au camp d'Aldershot en Angleterre jusqu'en septembre 1945. Lorsqu'il retourna à son pays natal, après un séjour à la Citadelle de Québec, il fut libéré de l'armée le 12 novembre de la même année.

 

En plus de la décoration de la médaille Militaire, il reçut les médailles suivantes: L'Etoile France-Allemagne, l'Etoile de l'Italie, la médaille 1939-1945, C.V.S.M. et Clasp.

Le sergent Alban LeBlanc, de Lourdes, en se méritant ces hautes décorations a fait honneur à notre grande et belle vallée de Memramcook. II demeure un de ses fils distingué.

 

ALDOR LEBLANC

 

Aldor LeBlanc est né à Collège Bridge, le 12 juillet 1927, fils d'Antoine et Ella LeBlanc, après ses études à l'Université St-Joseph, il a travaillé au département de comptabilité du Canadian National à Moncton. II fut marié le 27 juillet 1949 à Colombe Léger. En août 1957, il fut nommé inspecteur de la santé publique pour le comté de Westmorland et en 1953 il fut certifié par l'Association Canadienne d'Hygiène Publique. En 1953, il fut boursier du Ministère de la Santé et Bien-être National pour poursuivre ses études en Ontario. A son retour, il devint inspecteur en chef du comté de Westmorland de 1955 à 1965.

 

En 1965, appointé Superviseur Régional pour la région de santé district no. 1 (comtés de Albert, Kent et Westmorland). En [214] 1967, promu au poste de directeur de la division environnement du Ministère de la Santé de la province du Nouveau-Brunswick, avec un bureau à Frédéricton.

 

En 1970, il quitte le ministère et accepta le poste d'administrateur de Villa Providence Shédiac Inc., nouveau foyer pour vieillards de 201 lits. Aujourd'hui, il est directeur de la Villa Providence, Shédiac, Villa du Repos Inc., Moncton, Cité d'âge d'Or Inc., Shédiac, complexe d'appartements (171), Villa Héritage Inc., Moncton, complexe de 204 appartements, membre du bureau de direction d'un centre de loisirs, du Centre Médical Régional Inc., de Shédiac et du Centre des handicappés, Moncton.

 

En plus de toutes ces activités, il fait partie de plusieurs organisations telles que: N.B. Gerontology Association, Canadian College of Health Service Executives, N.-B., Association of Health Service Executives, American College of Nursing Home Administrators, Fellow Governor, Région XII (Canada) avril 1979 - mai 1981, Royal Society of Health - Fellow, Secrétaire-trésorier de l'Association des foyers de secours du N.-B. II a été aussi membre et président de charte, région Atlantique en 1956 de la Canadian Institute of Public Health Inspector, membre actif de la Chambre de Commerce de Shédiac, membre du Shediac Yacht Club et du Pine Needle Golf & Tennis Club, des Chevaliers de Colomb, du Cercle Acadien et du Club Beauséjour, du conseil d'administration de l'hôpital Georges L. Dumont, Moncton et président de la Commission d'Aménagement Beaubassin.

 

Aldor LeBlanc, en juin 1981, reçu l'honneur d'être nommé président national d'une association canadienne à Vancouver. La présidence d'une organisation ou d'une société nationale est à la fois un honneur et qui peut en même temps comporter de très grandes responsabilités.

 

L'Association Canadienne des soins à long terme est une fédération d'associations (de foyers) provinciales et compte parmi ses membres, des associations du secteur privé ainsi que du secteur public. Le but de l'association est de promouvoir des soins de qualité et d'uniformité des services dans le domaine des soins à long terme à travers le Canada.

 

Aldor LeBlanc, en plus d'occuper une position de grandes responsabilités, trouve le temps de prendre une part active dans les domaines de la vie sociale et civique. Agé d'un peu plus de 50 ans, ce fis de Memramcook, devrait servir d'inspiration et de modèle à la jeune génération de la Vallée. [215]

 

LOUIS G. LEBLANC, D. SC. C.

 

Louis Gonzague LeBlanc est né le 24 février 1902, fils de Marcel LeBlanc et de Joséphine LeBlanc. II fit ses études primaires à l'école de son village, McGinley's Corner de 1909 à 1918. De 1918 à 1920, on le trouve comme étudiant au Collège Saint-Joseph. Employé de la Banque Provinciale de 1920 à 1924, aux Etats-Unis, à des études du soir au Bentley College, Boston, Massachusetts, de 1924 à 1926, à l'emploi de la Waltham Trust Company de 1924 à 1933, de l'Etat du Massachusetts, département des banques de 1933 à 1937, et de la Waltham National Bank de 1937 à 1945, à l'emploi de la Newton National Bank de 1945 jusqu'à sa retraite, alors qu'il en était le président. II a été directeur des institutions suivantes: Newton National Bank, R.L. Gourley Co., F.W. Foley Corporation (Mass.), South County Gas Co., Bristol Warren Gas Co. (R.I.), Better Business Management Corp. (Mass.). Elu conseiller général de la Société Mutuelle de l'Assomption pour le Massachusetts à la convention générale de 1959, réélu en 1963, réélu en 1967 et nommé 1er vice-président de l'Assomption, Compagnie Mutuelle d'Assurance-vie, le 1er janvier 1969. II devint administrateur de la nouvelle mutuelle et vice-président du conseil d'administration en 1969 pour un an. Réélu en 1970 pour trois ans et réélu en 1973 pour trois ans. Nommé au conseil en 1976 pour deux ans, 1978 fin du mandat et retraite en raison du règlement d'âge.

 

Membre du Club Kiwanis et du Brae Burn Country Club, Louis G. LeBlanc et son épouse, née Mélendé Belliveau, résident au 67 rue Summit, Waltham, Mass.

 

L'Université de Moncton lui décerna un Doctorat en Sciences Commerciales, et reconnu par là les mérites de ce fils de Memramcook, qui a occupé des postes de haute importance dans le monde des finances chez nos voisins du sud. Les hauts sommets qu'il a atteint dans un pays étranger, lui font honneur et en même temps à sa paroisse natale, qui en est fière et dont il mérite toute l'admiration. [216]

 

ROMEO LEBLANC

 

A côté des Belliveau, Bourgeois, Bourque, Cormier, Gaudet, Landry, Léger et LeBlanc, fils de M'Cook, qui au cours de leur vie ont illustré leur paroisse natale et l'on fait connaître à travers le pays et même au-delà de ses frontières et qui après avoir atteint la renommé durant leur vie terrestre dorment dans le vieux cimetière paroissial, un autre fils de la paroisse, encore relativement jeune, est à se tailler une renommée à travers tout le Canada, aux Etats-Unis et dans les vieux pays. C'est l'Honorable Roméo LeBlanc, ministre des Pêches dans le gouvernement fédéral. Roméo LeBlanc, né le 18 décembre 1927 est le fils de Philias LeBlanc et de Lucie LeBlanc. II fit ses études classiques à l'Université StJoseph et obtient un B.A. en 1948. II fit aussi des études pédagogiques à l'Université St-Joseph, un baccalauréat en Pédagogie en 1951. II fut professeur à Drummond, N.-B. pendant 2 ans. Ensuite, boursier de France-Acadie, il fit des études à Paris de septembre 1953 à 1954 à la Sorbonne. A son retour, il fut journaliste et correspondant à Radio-Canada pendant 8 ans, soit à Ottawa, Londres ou Washington. II fut ensuite secrétaire de presse pour le Premier Ministre Lester Pearson et le Premier Ministre Pierre Trudeau pendant 5 ans. En 1971, il fut nommé assistant président de l'Université de Moncton. En 1972, il fut élu député fédéral pour la circonscription de Kent et Westmorland. En 1974, il fut nommé Ministre des Pêches dans le cabinet Trudeau. Après l'élection du 18 février 1980, à la demande des pêcheurs, il fut demandé à nouveau d'occuper le ministère des Pêches. Elus à 2 différentes reprises avec des majorités accrues à chaque élection, Romeo, comme Ministre des Pêches et Oceans a gagné le respect et la confidence des pêcheurs. Durant son séjour à ce ministère, il imposa la limite de 200 milles. Le Canada, ayant été le premier pays a annoncé cette limite. Comme Ministre des Travaux Publics depuis 1982, représentant toujours sa province natale, il a été responsable de la venue du Département des Pensions à Shédiac, de même que de l'octroi de construction des corvettes à Saint-Jean. II a aussi eut beaucoup à dire au sujet de la construction des centres français à Saint-Jean comme à celui de la Miramichi à Newcastle. En juin 1984, [217] Roméo annoncait qu'il se retirait pour le moment de la politique et qu'il ne serait pas candidat aux élections fédérales. C'est alors que des éditoriaux du Telegraph de Saint-Jean et du Moncton Times-Transcript ont signalé et vanté tous les services qu'il a rendus à la province comme Ministre des Pêches et Oceans et aussi comme Ministre des Travaux Publics depuis 1982. Ces hommages rendus, à celui qui a si bien représenté les Nouveau-Brunswickois, sont des plus mérités. Nommé au Senat en juin où il continuera à nous faire honneur. Roméo, habite Ottawa, mais pendant la saison estivale, il passe quelques jours de vacances bien méritées à son chalet de Caissie Cape.

 

AURELE YOUNG

 

Aurèle Young, né le 19 septembre 1921, fils d'Arthur Young et de Dina Belliveau. II fit ses études classiques à l'Université St-Joseph où il obtint un B.A. avec distinction, en 1943. II poursuivit ensuite des études en sciences sociales à l'Université Laval où en 1945 il obtint un Bacalauréat en Sciences Sociales et en 1946, une maîtrise en économie à la même université. II est le premier de l'Université St-Joseph à avoir obtenu un tel diplôme. II fut professeur à l'Université St-Joseph en 1946 avant de retourner faire des études post-universitaires à l'école libre des Sciences Politiques, Université de Paris de 1948-49. II fut candidat au parti conservateur pour le comté de Westmorland en 1952. II se maria le 28 juillet 1952 à Rita Boudreau. Tour à tour, il fut directeur du département des sciences sociales à l'Université de Moncton. En 1965, président des professeurs de l'Université de Moncton, directeur du département d'économie en 1967, membre du conseil canadien des sciences sociales, de la Chambre de Commerce Nationale, du Conseil Economique des Maritimes, du Conseil Economique du Canada, de la "World Peace Foundation"; de la société ACFAS du Canada, du Sénat Académique de l'Université de Moncton, de l'Association des Conseils des économistes francophones.

 

Aviseur économique auprès du Gouvernement du [218] Nouveau-Brunswick, membre de la Commission des relations du travail dans la fonction publique, N.-B., 1970-1976, membre de la commmission sur la commercialisation des produits de la pêche du N.-B., co-auteur de la Planification économique dans un état fédéral et du volume "Les Acadiens des Maritimes".

 

Par ses études approfondies et par son travail persévérant, Aurèle Young s'est acquis la réputation de bon professeur. Ces vastes connaissances en matières économiques ont été reconnues par sa province natale qui n'a pas hésité à avoir recours à ses services. Comme d'autres fils natifs de Memramcook, Aurèle Young, joue un rôle de premier plan dans le domaine économique. II a contribué largement à faire connaître et apprécier sa compétence économique dans tout l'est du pays.

 

Si de justesse et sans fausse prétention, la vallée est fière de ses fils illustres, dont on vient de lire la biographie, elle l'est, non moins de ses filles et femmes de la vallée, les épouses, les mères de famille, les religieuses et institutrices laiques, les gardes-malades, toutes ces admirables acadiennes qui, elles aussi ont contribué à sa gloire et à sa renommée, tout en restant dans l'ombre, en remplissant leurs rôles d'une manière digne et édifiante.

 

Martin Gray, cet auteur bien connu, écrivait dans son livre "Au nom de tous les miens" ce qui suit en parlant des enfants:

 

"Chacun de nous a besoin de laisser la trace de son passage parmi les hommes. Chacun se doit de vouloir laisser une marque, sa marque, parce que c'est ainsi que l'humanité, ce corps aux visages innombrables, creuse un sillon. L'enfant, c'est la trace d'un homme et d'une femme. II faut qu'un couple crée des enfants ou des oeuvres ou le bonheur pour les autres. II faut qu'un couple donne son amour."

 

Ils ont certainement laissé leur traces, ces couples de la paroisse qui ont élevé 10, 12 et 15 enfants et qui, dans certaines familles ont donné à l'Eglise, un, deux ou plus de leurs enfants, qui ont été et sont encore prêtres, religieux ou religieuses et à la société des hommes et des femmes qui ont été et sont encore, la gloire de leurs familles et de leur paroisse natale. Tous et toutes, méritent notre admiration et nos remerciements. C'est chapeau bas, qu'il faut les saluer.

 

Elles ont aussi laissé leurs traces et donné de leur amour, ces institutrices religieuses et laies, filles de la vallée et elles ont créé des oeuvres en dispensant une éducation française et catholique à des milliers de jeunes acadiens et acadiennes, dans nos écoles de campagne, de villes et dans les couvents des Maritimes, pendant 35, 40 ans et plus de leur vie. Pour la génération présente et pour les générations futures, voici leurs noms: Les Soeurs Marie Euphraisie, Marie Hélène, Marie Julienne (encore vivante 104 ans), Marie Angéline, Marie Hélène, Marie Anita. Florence Gaudet, Juliette Gaudet, Catherine Richard; les institutrices laïques: Sara Melanson, Béatrice Gaudet, Marie Boudreau, [219] Rosalie Belliveau, Prémélia Gaudet, Alberta Gaudet, Créola LeBlanc, Estelle Léger, Marie Léger, Germaine Cormier. Sept d'entre elles jouissent d'une retraite bien méritée après plus de 35 ans d'enseignement. Elles ont droit à une place prépondérante sur le tableau d'honneur et dans l'histoire de la paroisse. Les autres, tant religieuses que laïques qui ne sont plus de ce monde, jouissent de la récompense promise aux servantes fidèles. Non moins méritantes, quoique moins nombreuses, sont aussi les filles de la paroisse, les gardes-malades qui ont prodigné à des milliers de malades dans les hôpitaux ou foyers pour invalides et qui sont encore à la tâche. Celles-ci aussi ont droit à l'admiration de leurs coparoissiens et la vallée est aussi fière d'elles.

 

Toutes ont contribué à faire de cette vallée la plus belle sous la calotte des cieux.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Bourgeois, Philias, c.s.c., - Vie de l'abbé F.X. Lafrance, suivie d'une notice biographique de l'abbé F.X. Cormier, premier prêtre né dans la paroisse de Memramcook.

 

Chiasson, Anselme, Père, Cahiers de la Société historique acadienne.

 

Bulletins, feuillets paroissiaux de Memramcook, différentes dates.

 

LeBlanc, Henri P., Notes de Placide Gaudet sur la fondation de Memramcook.

 

Léger, Antoine, Les grandes lignes de l'Histoire de la Société de L'Assomption.

 

Livre - Les Saintes Croix en Acadie.

 

Maillet, Antonine - L'Acadie pour quasiment rien.

 

Missel Romain.

 

Poirier, Pascal - Le Père Lefebvre et l'Acadie.

 

Robichaud, Mgr Donat, - Le Grand Chipagan.

 

Soeur Marie Dorothée, n.d.s.c., - Au moment de franchir le seuil.

 

De Valigny, Pacifique, - Chroniques des plus anciennes églises de l'Acadie.

 

Un grand nombre de personnes "interviewées" sur divers événements survenus dans la paroisse et dans la Vallée au cours des cinquante ans et plus.

 

Articles de journaux - Comptes rendus puisés dans L'Ordre Social, L'Evangéline, Le Moniteur Acadien, Le Moncton Times - Transcript de différentes époques.

 

Frère Marie Victorin - Peuple sans histoire.

 

Roger Duhamel - Editeur de la Patrie - Montréal.

 

Mgr Tanguay - Généalogiste.

 

Photos du Centre d'études acadiennes, U. de M.

 

Photos - Pères Sainte-Croix.

 

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