LES ÉGLISES DE MEMRAMCOOK

(Texte qui paraît au panneau d'interprétation de l'Écomusée du patrimoine, érigé en 2004)


Les premiers Acadiens de la grande région de Memramcook, à partir d’environ 1700, étaient desservis par les missionnaires de la paroisse de Beaubassin, l’église-mère de Memramcook.

Ce n’est qu’à l’avant-veille de la déportation, en 1753, qu’une première chapelle fut érigée à Memramcook, à un endroit nommé Pointe-à-Bouleau (le présent ruisseau des Breau). Cette chapelle fut incendiée par les Anglais, deux ans plus tard, lors des malheureux événements de 1755.

Quelques dix ans après la déportation, vers 1765, certains Acadiens revinrent à Memramcook pour en commencer la re-colonisation. Ceux-ci recevaient périodiquement la visite des missionnaires itinérants, en particulier l’abbé Joseph-Mathurin Bourg, nommé missionnaire de l’Acadie en 1772.

En 1781, arrive à Memramcook l’abbé Thomas Leroux qui vient d’être nommé curé de la paroisse Saint-Thomas de Memramcook, érigée canoniquement l’année précédente. La paroisse s’étend alors de Richibouctou jusqu’à Menoudie, en Nouvelle-Écosse.

Peu après son arrivée, l’abbé Leroux construit* la première église de l’ère nouvelle, dans la région de La Montain, où une croix commémorative en rappelle encore l’emplacement aujourd’hui. À la mort de Leroux, en 1794, la paroisse Saint-Thomas avait déjà diminué de superficie, suite à l’érection de la paroisse de Richibouctou.

Le remplaçant de Leroux fut un prêtre irlandais du nom de Thomas Power. Deux ans après son arrivée, l’église de La Montain est la proie des flammes. Suite à certaines mésententes, l’abbé Power prend la décision de rebâtir au Village-des-Piau (le présent Saint-Joseph), sur l’emplacement approximatif de l’église actuelle. Cette nouvelle église était d’une construction assez médiocre.

En 1803, l’abbé Power est remplacé par François Ciquard, un Sulpicien français, qui demeure curé de la paroisse Saint-Thomas jusqu’en 1812. Durant ces dernières années, d’autres paroisses ont apparues sur la côte est de sorte que la paroisse Saint-Thomas ne s’étend plus que de Scoudouc jusqu’à Menoudie.

En 1816, le successeur de Ciquard, l’abbé Louis Brodeur, fait ériger une nouvelle église qu’on décrit alors comme «le plus beau temple qu’ait connu la région». En se basant sur le contrat émis pour sa construction, on a pu en reproduire l’apparence par un croquis assez détaillé.

L’abbé Brodeur sera remplacé consécutivement par l’abbé Isidore Poirier (1818), l’abbé Louis Gingras (1821), l’abbé Célestin Gauvreau (1825) et l’abbé Ferdinand Gauvreau (1829). Parti de Memramcook en 1832, Ferdinand Gauvreau y revient comme curé en 1836. Pendant ces quatre années, plusieurs prêtres s’occuperont du ministère de la paroisse, dont l’abbé Joseph Couture, nommé curé en 1833, et parti au début de l’année 1836.

À son deuxième séjour à Memramcook, Ferdinand Gauvreau y demeurera vingt ans. Malgré qu’il n’existe qu’une église dans la région de la vallée de Memramcook à cette époque, d’autres chapelles et églises ont apparu dans certaines localités qui dépendent encore de la paroisse Saint-Thomas, y compris Saint-Anselme et Scoudouc.

En 1840, l’abbé Ferdinand Gauvreau commence la construction d’une nouvelle église. Il s’agit d’une église en pierre dont la charpente principale est celle qui existe encore aujourd’hui. Plusieurs facteurs retardent sa construction de sorte qu’en 1847 on n’a réussi qu’à terminer les murs extérieurs, l’intérieur demeurant inachevé. En même temps que se poursuivent les travaux sur l’église en pierre, une chapelle est érigée à Beaumont en 1842, là où se trouve une réserve de la nation autochtone Mi’kmaq. Cela marque la première fois où deux églises ou chapelles existent simultanément dans la vallée de Memramcook.

En 1852, l’abbé Ferdinand Gauvreau termine son ministère à Memramcook et est remplacé par François-Xavier Lafrance. À son arrivée à Memramcook, Lafrance a deux préoccupations majeures: construire un séminaire, ou collège, pour les jeunes Acadiens et achever la construction de l’église en pierre. Le séminaire Saint-Thomas ouvrira ses portes à l’automne de 1854 tandis que les travaux de l’église, commencés en 1853, se termineront en 1855. La bénédiction solennelle de l’église a lieu le 15 août 1856. Une sacristie est ajoutée en 1857.

En 1864, l’abbé Lafrance est remplacé par le père Camille Lefebvre, c.s.c., qui arrive à Memramcook avec la mission de ré-ouvrir le collège de Lafrance qui a dû fermer ses portes à cause de difficultés financières. C’est ainsi qu’en 1864 le collège Saint-Joseph prend naissance sous la direction du père Lefebvre assisté de religieux de la congrégation de Sainte-Croix. Directeur de ce nouveau collège, Lefebvre est également curé de la paroisse Saint-Thomas, deux fonctions qu’il remplira simultanément pendant plus de trente ans.

L’apparence extérieure de l’église de pierre ne changera qu’en 1879 alors que le père Lefebvre fait démolir le clocher original pour le remplacer par une tour de pierre surmontée d’un nouveau clocher, tels qu’ils existent encore aujourd’hui. Deux ans plus tard, lors du congrès national acadien de 1881, a lieu la bénédiction de deux nouvelles cloches qui viennent d’être ajoutées à celle qui existait déjà depuis 1865.

Le 28 janvier 1895, la paroisse Saint-Thomas de Memramcook éprouve le deuil de son curé alors que le père Camille Lefebvre est trouvé mort dans son lit. Ses trentes années de ministère à Memramcook ne seront jamais dépassées dans l’histoire de la paroisse. Depuis déjà quelques années, les parties périphériques de l’ancienne grande paroisse s’étaient vues érigées en nouvelles paroisses de sorte qu’à la mort de Lefebvre la paroisse Saint-Thomas se limite à «la Vallée», comme on aime de l’identifier.

Le remplaçant de Camille Lefebvre, le père Alfred Roy continuera d’exercer les doubles fonctions de supérieur du collège et de curé de la paroisse jusqu’en 1904. À partir de cette date, le curé de la paroisse n’aura jamais cette double fonction.

Trois ans après être nommé curé de la paroisse, le père Roy prend la décision d’ériger une église au Village-du-Bois, l’église de pierre souffrant alors d’un manque d’espace. Cette nouvelle église est dédiée à Notre-Dame-de-Lourdres, nom que prendra la nouvelle paroisse lorsque’elle sera érigée canoniquement en 1960.

Malgré la construction de l’église de Lourdres, le manque d’espace se fait encore sentir à l’église Saint-Thomas, ce qui amène de gros travaux d’agrandissement en 1934. La nef est presque doublée de superficie, et on ajoute un nouveau sanctuaire, la tribune de l’orgue, une nouvelle sacristie, la chapelle Sainte-Anne et une salle paroissiale au sous-sol de la nouvelle sacristie. Les jubés latéraux sont éliminés permettant de remplacer les doubles fenêtres de côté par des fenêtres simples, plus larges et plus hautes.

Pendant que se font les travaux de construction de l’église Saint-Thomas, le curé de la paroisse dirige également les travaux de construction d’ une nouvelle église, à Pré-d’en-Haut. Cette nouvelle église, ouverte au culte en 1935, fut dédiée à Notre-Dame-de-l’Annonciation, nom que prit la paroisse lorsqu’elle fut érigée canoniquement en 1940.

À partir de cette date, l’étendue de la paroisse Saint-Thomas de Memramcook se limitera approximativement à la région qui longe la rivière Memramcook, étant flanquée à l’est par Notre-Dame-de-Lourdes et à l’ouest par Notre-Dame-de-L’Annonciation.

*Soit qu'il l'a fait construire lui-même ou qu'elle fut construite tout juste avant son arrivée à Memramcook.